#BlackLivesMatter est un mouvement de résistance noir étasunien crée par trois femmes noires queer Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Un mouvement qui vise à montrer que la vie des noir-e-s compte dans un monde négrophobe où justement nos vies ne comptent pas aux yeux de bon nombre de non-noir-e-s (voire aussi des noir-e-s). J’avais envie dans ce post de questionner ce mouvement, y soumettre des opinions que peut être d’autres noir-e-s se sont posé-e-s au vue de l’ampleur de la popularité actuelle de ce mouvement en dehors des Etats-Unis.

 

L’an dernier fin juin, lors d’une Rencontre à la Bellevilloise à l’occasion de la projection du film Les Marches de la liberté réalisé par Rokhaya Diallo, étaient présent-e-s des activistes étasunienn-e-s, plus précisément de Ferguson venu-e-s. Je me souviens d’une phrase d’un activiste qui m’a marqué, celui-ci disait que lorsque l’un-e d’entre elles/eux se faisait assassiné-e, nous ici en France devions automatiquement sortir dehors pour protester et montrer notre solidarité

 

De la solidarité, si vous êtes noir-e étasunienn-e, c’est en veux-tu en voilà ! En ce moment partout, on peut voir la diaspora africaine et afrodescendante noire manifester partout dans le monde son soutien pour les noir-e-s étasunienn-e-s. Que ce soit en Irlande, au Canada, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil, au Burkina Faso, au Nigeria ou encore au Sénégal, la communauté afro se lève pour montrer leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les rues. Quand vous voyez ça, vous vous dites, waouh c’est cool, on est vraiment uni-e-s ! M’enfin…

 

BLMAFR

 

En voyant cet élan de solidarité partout à travers le monde, on ne peut que constater l’hypervisibilité de la communauté noire étasunienne, de sa culture, de son histoire et de son expérience. Lorsque le #BlackLivesMatter est brandi à travers le monde, on voit bien que ce mouvement ne s’applique pas aux noir-e-s afrodescendant-e-s et encore moins aux africain-e-s noir-e-s du monde entier et pourtant des crimes négrophobes, des tueries ou génocides qui ne touchent que nous à travers le monde cela ne manque pas dans ce monde raciste. Cela traduit malheureusement d’une sorte d’hiérarchie des vies des noir-e-s au niveau global.

Qu’il soit question des crimes négrophobes en masse en quantité semblables voire beaucoup plus importante qu’aux USA, il en existe et pourtant cela ne bénéficie pas de la même ampleur médiatique ou populaire…

Qu’il soit question des génocides négrophobes au Congo, en Ouest Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore au Brésil, aucun ne bénéficie de soutien palpable sur les réseaux sociaux et encore moins dans les rues.

 

Dernièrement encore ici en France, une Erythréenne a été tuée percuter par un poids lourd à Calais (tueries qui arrivent régulièrement là-bas), aussi un jeune comorien a été retrouvé mort dans un commissariat à Marseille, un nigérian s’est aussi fait assassiné en Italie… N’empêche, aucun soutien massif des afrodescendant-e-s et africain-e-s noir-e-s ne s’est fait sentir sur les réseaux sociaux ou dans les rues semblables à ceux prodiguer pour les victimes noir-e-s étasunienn-e-s. Oui, c’est ça l’autre versant de l’hypervisibilité et du privilège des noir-e-s étasunienn-e-s, cela fait que nous nous désintéressons, oublions voire minimisons ce qui se passe chez nous, voire à deux pas de chez nous ou ailleurs en grande quantité au profit de ce qui se passe des kilomètres de chez nous. Peut-on parler de la situation en Mayotte ? De la criminalité et de l’insécurité en Guadeloupe et en Martinique ? De la situation au Nord Mali? En Centrafrique ou au Burundi?  De Cynthia Vechel ou D’Alexander Brengtsson ?

 

On est toutes et tous là à montrer notre soutien pratiquement automatique pour les étasunienn-e-s noir-e-s mais est-ce qu’ils/elles NOUS soutiennent ?? Quand est-ce la dernière fois que l’on a entendu parler de manifestation de soutien de la communauté noire étasunienne pour une autre communauté noire de la diaspora ou pour une communauté africaine ou caribéenne ? Lorsqu’il y avait des crimes contre des Haitienn-e-s en République Dominicaine, lorsqu’il y a eu tueries et viols en Côte d’Ivoire à cause du conflit Gbagbo-Ouattara, lorsqu’il y a eu les révoltes sociales noires aux Pays-Bas et en Suède… Perso, je n’ai pas encore entendu. Ne serait-ce que pour montrer une solidarité sur les réseaux sociaux ? Avec une communauté nigériane aux USA qui se fait de plus en plus grande, on aurait pu penser qu’il y aurait pu y avoir des ponts réalisés entre les deux communautés, surtout avec l’actualité politique actuelle : le groupe terroriste Boko Haram qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Qu’en est-il d’au moins manifester leur soutien aux personnes noir-e-s présent-e-s sur le même continent qu’elles/qu’eux? Au Canada ? Au Venezuela ? Au Brésil ? En Argentine ? Au Mexique ? NO INFO. Je veux pas être méchante mais je questionne seulement.

 

Mais bon, on ne peut pas les blâmer les noir-e-s étasunienn-e-s de « profiter » (consciemment ou non) de leur privilège d’hypervisibilisation pour concentrer la question des crimes négrophobes et de la négrophobie sur elles/eux, n’est-ce pas… Et ainsi de faire croire ou de laisser penser au monde occidentalo-blanc, que la question raciale comme ITélé aime le dire est une problématique étasunienne. Que la négrophobie c’est qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs tout est mieux..

 

Bien que la question soit en réalité globale, il faut se rendre à l’évidence que le #BlackLivesMatter n’a été élaboré QUE les personnes noires aux Etats-Unis. Il n’est nullement élaboré pour nous autres vivant en Afrique, en Europe, aux Antilles, en Asie, en Amérique Latine, en Amérique du Nord (E.U non compris) ou au Moyen-Orient, que celles et ceux qui pensent le contraire cessent le mensonge. En tout cas, à l’instant actuel, ce sont les faits. Il s’agit d’un mouvement se voulant global pourtant en dépit du fait que la négrophobie, elle soit globale, ce mouvement n’est représentatif et bénéfique QUE pour les étasunienn-e-s noir-e-s vu qu’il ne visibilise qu’elles/eux. A aucun moment ce mouvement se sert de son hypervisibilité pour adresser de la condition des noir-e-s ailleurs qu’aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, je n’ai pas l’impression que le message passé est que la vie des noir-e-s comptent mais plutôt la vie des noir-e-s étasunienn-e-s comptent. D’ailleurs, on peut même se poser la question sur le pourquoi du manque d’effort des étasunienn-e-s noir-e-s à monter ce slogan revendicatif contre la négrophobie à l’échelle mondiale ce qui pourrait justement être bénéfique pour l’ensemble des afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais on ne peut pas les blâmer de produire des choses uniquement pour leur communauté, n’est ce pas?

 

United+We+Fight-Ferguson-March-web

 #UNITEDWEFIGHT, oui mais on s’unit SEULEMENT pour vous ou pour NOUS TOUT-E-S/ TOUS???

 

Élever justement la lutte à une échelle beaucoup plus large ferait perdre un peu (m’enfin c’est ce que j’espère…) l’hypervisibilité des expériences étasuniennes noires à nos yeux pour permettre une mise en avant des expériences noires dans des lieux dont on ne pense pas, comme en Israël, au Pakistan, en Chine, en Irak, en Russie, en Algérie, en Australie…

 

11811341_10153042630226623_2915683904332249282_n
Je me rappelle avoir vu cette image partagé sur le FB d’Afropunk, à première vue, je me suis dis wow ces personnes ont enfin compris-es qu’il existe d’autres noir-e-s hors E.U, que NOUS AUSSI on compte TOUT-E-S mais NON en faites ce slogan revendicatif est limité aux E.U (dixit: liberal/republican qui met la puce à l’oreille). Puis, il manque le EVERYWHERE à la fin…

 

 

Un #TOUTESLESVIESNOIRESCOMPTENTPARTOUT ou #ALLBLACKLIVESMATTEREVERYWHERE a ainsi à mon avis beaucoup plus d’impact au niveau politique et international. Il permet de NOUS rendre TOUTES/TOUS VISIBLES qui que nous soyons, où que nous nous trouvons. Quel que soit notre religion, notre genre, notre ethnie, notre orientation sexuelle, notre appartenance géographique, notre condition physique, notre condition mentale, notre milieu social, nos origines…

Parce qu’en vrai, nous tout-e-s et tous en tant que noir-e-s avons des vies qui comptent et ce quelque soit l’endroit où nous nous trouvons.

 

 

 

Kel Lam.

 

Publicités