A la base, je voulais écrire sur une autre thématique puis je me suis dis qu’on parle que trop rarement des résistances anti impérialistes et anti coloniales camerounaises, surtout celles au point culminant de la guerre coloniale entre le Cameroun et la France dans les années 60-70. M’enfin il s’agit pas vraiment d’un article où je vais blablater comme les précédents (quoique) mais plus un court article pour poster une vidéo que j’adore et que j’estime méconnue (de même que les protagonistes).

Nous les renoi.e.s scolarisé.e.s en France, avons souvent tendance à nous plaindre que l’Histoire enseignée par la France invisibilise nos Histoires, les modifient et les falsifient à son avantage. Ce qui est vrai. On a souvent tendance à dire qu’il existe des archives françaises nous concernant classées secret défenses inaccessibles aux yeux du public. Pourtant on oublie aussi que l’on est en 2017 et qu’Internet est notre ami, surtout Google.

C’est pour cela que je vous incite fortement, les personnes intéressées à effectuer des recherches. L’information ne se trouve pas, elle se cherche. Et pour cela, il faut un minimum de volonté de savoir. Le Cameroun est un Etat tout comme les Etats-Unis ou la France donc par exemple si vous êtes intéressées par les résistances coloniales là-bas, il suffit bêtement de chercher. Comme vous avez l’habitude pour les Black Panthers par exemple. C’est trop facile en 2017 de dire « ah je savais pas », « on m’a jamais dit », « on me l’a caché ». Non, si tu as de l’intérêt pour un sujet, fais tes recherches. L’information et la connaissance ne tombent pas du ciel, elles se cultivent. Je suis exaspérée d’entendre des gent.e.s dirent n’être pas au courant de la guerre coloniale au Cameroun. Après toutes les productions intellectuelles, artistiques, visuelles, littéraires sur le sujet, c’est insultant. Le Cameroun comme tout autre pays a des philosophes, des militant.e.s, des activistes, des historienn.e.s, des sociologues, des radios, des revues, des journaux, des politistes, des anthropologues, des chaînes de télévisions, des émissions télévisées politiques, des théoricienn.e.s… Il ne manque pas d’informations concernant le Cameroun. Faut arrêter d’attendre qu’une personne occidentale (quelque soit sa couleur de peau) se réveille pour dire qu’il y a eu un fait au Cameroun pour vous sursautiez tout.e.s comme des étonné.e.s comme si des travaux n’ont pas été effectués avant. Surtout que ces personnes occidentales jouissant d’un privilège du fait de leur position territoriale (sans parler de leur privilège blanc si ce sont des bab) qui produisent le savoir sur l’Histoire (et non les Histoires du Cameroun) pour le coup récoltent ensuite tous les fruits moraux et surtout financiers qui font défaut à celleux qui sont au pays et qui bossent quotidiennement sur ces sujets. Bref, fin de la digression.

Donc ici, c’est juste un petit rappel que oui, vous pouvez trouvez des archives de résistances anti coloniales sur Internet. Et non, ce ne sont pas forcément des images ou des vidéos où l’on nous voit en étant soumis.e.s en situation d’infériorité ou en défaite de combat mais il existe aussi des archives gratifiantes, qui peuvent aussi vous donner la pêche pour les personnes noires qui croient comme moi au futur d’une Afrique libre de tout néocolonialisme et d’impérialisme et à des diasporas afrodescendant-e-s totalement libre aussi. Nous ne sommes qu’une continuation de nombreux combats menés depuis des siècles, inspirons nous de nos résistant.e.s africain.e.s qui étaient là avant nous, de nos grands-parents, de nos arrières-grands parents… Rien qu’au sein de votre famille ou dans votre entourage, vous pourriez vous surprendre à entendre de nombreux récits de luttes anticoloniales pour celleux qui n’y ont jamais pensé.

 

La vidéo est celle d’une interview télévisée en 1960 par la chaîne suisse RTS d’Ernest Ouandié et de Marthe Moumié, deux militant.e.s de l’UPC (Union des Populations du Cameroun).

Pour vous remettre dans le contexte historique et politique de l’époque pour les gent.e.s qui ne connaissent pas, on est en pleine guerre coloniale au Cameroun, la France massacrent durement les populations camerounaises résistantes. Dans l’optique d’avoir de nouveaux soutiens, de faire entendre leurs voix et d’étendre son influence outre le territoire camerounais, l’UPC (Principal parti politique de la résistance anticoloniale) commence une politique internationale d’élargissement. C’est dans ce cadre là que Ruben Um Nyobe par exemple ira se présenter aux Nations Unies pour réclamer l’indépendance camerounaise effective et totale (la vidéo est sur YouTube). Dans cette même optique, Félix Moumié, mari de Marthe Ekemeyong, à la tête du parti après l’assassinat de Ruben Um Nyobe, se rend en Suisse où lui aussi sera assassiné par empoisonnement. L’interview a donc lieu quelques jours seulement après l’assassinat de Félix Moumié en Suisse.

 

ouandié marthe kingue
A droite de la photo, Ernest Ouandié, au centre Marthe Ekemeyong et à gauche Abel Kingue, à Genève en Suisse, en 1960 après l’annonce de l’assassinat de Félix Moumié. 

 

Je trouve cette vidéo intéressante en plusieurs points car nos deux militant.e.s anti impérialistes et coloniales nous donnent ici des leçons de conduites anticoloniales :

  • Ne jamais faire confiance (entièrement) aux personnes que tu appelles allié.e.s ou neutres, laisses les faire leur preuve entre eux. On voit cette leçon avec le cas de la Suisse censé être un pays neutre, un pays de protection pour les militant.e.s anticoloniales mais qui se révèlent être de bord avec la France sur l’assassinat de Félix Moumié, ce qu’ont compris les militant.e.s notamment en déclinant une aide juridictionnel et policière suisse. En gros, ces bab veulent faire genre ce sont nos alliées, c’est leur problème, laisse les se bagarrer entre elleux pour voir qui est « plus l’ami.e des noir.e.s que l’autre » mais ne comptent jamais entièrement sur elleux pour des actions à mener, ne les laissent jamais investir nos luttes au premier plan, sinon c’est la mort.

 

  • Ne JAMAIS faire confiance à la police, comme Ernest Ouandié le dit, « la police peut nous protéger à distance comme les autres citoyens » refusant l’aide de la police rapprochée, ne jamais être auprès des policièr.e.s. A l’époque déjà, les militant.e.s camerounais.e.s avaient conscience de la dangerosité de l’institution policière. La police française négrophobe a toujours existé.

 

  • Les femmes africaines étaient aussi massives dans les luttes anticoloniales malheureusement elles sont complètement invisibilisées. Et pourtant, par exemple, il est su qu’au Cameroun, ce sont elles qui ont été au devant des luttes anti-impériales et anticoloniales. A l’image de Marthe Ekemeyong Moumié en tenue de veuve dans la vidéo, on voit que le journaliste blanc suisse ne pose aucune question sur le militantisme de cette dernière malgré son expérience et la considère seulement comme « l’épouse de… ». Et pourtant, il s’agit d’une femme qui a accompli énormément de choses dans sa vie puisqu’elle a consacré sa vie pour l’autodétermination des peuples du Cameroun.

 

  • La maîtrise de la communication est importante. Ne JAMAIS en dire trop devant les dominant.e.s ou comme Ouandié le dit les impérialistes. Ne jamais développer ses idées, ses aspirations et ses projets, ce ne pourrait jamais être à notre avantage. Répondre donc habilement aux questions des journalistes ou alors ne pas répondre du tout.

 

  • Les ennemi.e.s n’ont pas de couleur de peau = #motto à se répéter pour certain.e.s. A un moment, le militant Ernest Ouandié indique que la résistance est toujours à son comble et que des tueries ont encore eu lieu sur des blanc.h.e.s et des noir.e.s, puisqu’iels étaient tout.e.s pour l’ordre colonial et l’impérialisme. Il faut faire la part des choses, c’est pas parce que tu vois des renoi.e.s qu’iels sont forcément pour une libération totale des noir.e.s, les Audrey Pulvar là c’est poubelle. Il ne faut donc pas hésiter à boycotter ces gent.e.s et non les cajoler et les donner des excuses sur leurs attitudes et leurs paroles. On sait que c’est de cette manière que la guerre au Cameroun s’est terminé, des pro-colonialisme, impérialismes à la négrophobie intériorisée massacrant et brûlant des villages entiers. Donc là encore, ne pas répéter les erreurs du passé.

 

  • Et surtout faire attention des organisations du type la Main Rouge (subtilement mis en cause dans l’interview) qui était une organisation française terroriste armée issue des services secrets français, qui assassinait les militant.e.s anticoloniales et sabotait constamment leurs projets. La Main rouge agissait partout en Afrique, vraiment PARTOUT où la France était positionnée. Et partout où les militant.e.s anticoloniales se déplacent. Aujourd’hui, on peut encore tirer des leçons de ce type d’organisations financées par le gouvernement français puisque l’on sait que le gouvernement français est mis en cause dans plusieurs assassinats de personnalités anticoloniales.

 

Bref, voici la vidéo ici :

 

 

Kel Lam.

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