Nous, les kainf ont à tendance à affirmer que les femmes africaines ont toujours été dans le combat anti-esclavagiste et anti-colonial et pourtant lorsqu’il faut sortir des exemples, ça bégaie. Alors pour les gent.e.s qui bégaient moins, iels vont en général te sortir quelques noms que l’ont connait tout.e.s à peu près mais sans savoir l’ensemble des combats concrets de ces personnalités comme par exemple les Amazones du Dahomey, la Reine Nzinga de l’actuel Angola…. On va te sortir « Reines d’Afriques », « les femmes fortes d’Afrique », des images sans noms, des bribes de récits sans histoires personnelles, on va tout cacher en magnifiant un imaginaire. Elles faisaient ci, elles faisaient ça, elles sont comme ci, elles sont comme ça… Mais qui sont-elles en réalité ? Personne ne sait. Des noms ? Des biographies non enjolivées ou floues? Peu de gent.e.s en ont sur les résistances africaines. On va donner toujours des exemples dans des luttes anciennes (bien qu’actuelles), lorsqu’il s’agit de parler de figures féminines dans des luttes plus récentes y’a presque rien qui sort, on va peut être parlé de Miriam Makeba ou encore de Djamila Bouhired mais ça part souvent en kinkinkin non mais y’a aussi Angela Davis, des femmes des Black Panthers, Rosa Parks….

Bref, très peu sur les Histoires coloniales contemporaines africaines et le rôle des femmes dans ces Histoires.  J’continue ici encore avec mon joli pays le Cameroun.

Personne ne parle des femmes camerounaises dans les combats anticoloniaux ou ne brandit de figures féminines à idolâtrer car peu de personnes connaissent les Histoires des femmes camerounaises. Surtout celles durant la guerre coloniale avec les Français.e.s (parce que oui les femmes blanches étaient aussi dedans).

Cette Histoire ci-dessous ne trouve pas sa centralité exclusivement dans le Sud Cameroun même si cela peut le paraître puisque l’organisation dont je vais parler était essentiellement basée là-bas. En effet, des femmes camerounaises de provenance de toutes les régions du Cameroun se sont ensuite ralliées à leur cause. Bien sûr, il existe d’autres Histoires féministes durant la résistance coloniale comme celles des femmes Anlu du Nord-Ouest du Cameroun qui ont effectuées de nombreuses marches pacifiques pour l’indépendance mais aussi pour la réunification du Cameroun.

Comme je l’avais mentionné dans l’article précédent Marthe Moumié fût (et est encore) une personnalité anticoloniale majeure au Cameroun bien qu’oubliée aujourd’hui. Elle fit partie à seulement 18 ans de la création de l’UDEFEC (l’Union démocratique des Femmes Camerounaises), une organisation politique de résistance de femmes camerounaises. Cette organisation était composée exclusivement de femmes anti impérialistes. Oui, la non-mixité politique n’est pas une invention occidentale. Il est important de souligner que l’UDEFEC était crée en 1947 en tant qu’organisation politique autonome pratiquement au même moment que le célèbre parti de l’indépendance l’UPC (Union des Populations du Cameroun). L’organisation indépendante et féministe camerounaise s’est ensuite affiliée à l’UPC en gardant son statut autonome lorsque la résistance armée dans la durée fût imminente. Mais l’UDEFEC avait tout de même son propre financement, sa propre stratégie et sa propre lignée politique.  A noter qu’au même titre que l’UPC, l’UDEFEC aura des soutiens de femmes de camerounaises en provenance de toutes les régions du Cameroun.

Leur statut politique consistait en plusieurs articles concis. Leur siège de l’organisation était à Douala. Les principaux axes de leurs luttes étaient la défense des familles camerounaises quant aux droits matériels, moraux, intellectuels et culturels, la défense des droits des femmes sur le plan économique, social et civique. Il fût acté que l’organisation serait exclusivement féminine mais n’avait pas pour optique de ne contenir seulement des camerounaises puisque l’on peut penser selon les dires de la militante Marthe Moumié que ces dernières avaient une optique de libération panafricaine également. Leur statut politique a été adopté en 1952 par l’Assemblée constitutive à Douala à l’unanimité par les cadres de l’UDEFEC qu’étaient : Mbem Emma Gisèle, Kamen Monique, Teck Cécile, Ngapeth Marie –Irène, Marthe Ouandié et Meido Marie.

marthe ouandié
Marthe Eding, son mari était Ernest Ouandié

 

Elles étaient toutes jeunes, la vingtaine comme Marthe Ekemeyong (Moumié, le nom du mari) qui avait à peine 18 ans ou encore Marie Ngo Biyong (Ngapeth, le nom de son mari) qui en avait 26. Elles sont particulièrement connues pour avoir envoyées dès 1949 envoyées plus de 1000 pétitions au Conseil de Tutelles des Nations Unies pour réclamer l’indépendance totale des populations camerounaises mais aussi plus tard la réunification des territoires camerounais. Elles ont aussi financées l’éducation de celleux qu’elles percevaient comme leurs futur.e.s dirigeant.e.s du Cameroun. En effet, l’UPC avait mis en place une école censée former les prochain.e.s cadres du parti mais aussi du pays. Il y avait ainsi 5 femmes diplômées de l’UDEFEC de « l’Ecole des Cadres » : Marie Ndjat, Marie-Irène Ngo Biyong, Marthe Eding, Gertrude Omog et Marthe Ekemeyong.

Les femmes de l’UDEFEC ont rejoint l’Armée de Libération nationale du Kamerun lorsque la résistance armée était imminente de 1955 à 1957. Elles se sont combattues aux côtés des hommes, avec les armes en faisant même plus puisque beaucoup ont cachés des armes voire des documents officiels sous leurs vêtements (nos célèbres kabba ngondo ❤ ) au risque de se faire prendre. D’autres comme Marie Ndjat, ont mené des charges contre des préfectures afin de faire libérer leurs camarades emprisonné.e.s. Aussi, parmi les femmes de l’UDEFEC, certaines sont parties à l’étranger pour avoir de nouveaux acquis à utiliser sur place contre les colonialistes et les impérialistes. C’est le cas de Gertrude Omog qui est parti en Russie afin d’apprendre à piloter des avions de combats ainsi que le métier de parachutiste. Aussi, au même titre que Ruben Um Nyobe, Madame Ngapeth Marie Irène née Ngo Biyong a été chargée d’aller défendre le dossier du territoire camerounais (réunification), auprès de la quatrième commission de tutelle de l’Organisation des Nations Unies à New York aux Etats-Unis.

Le mouvement de l’UDEFEC fût interdit en 1955 en même temps que l’UPC par décret du gouvernement français de l’époque. Les deux organisations poursuivront tout de même leurs activités politiques dans la clandestinité, même si deux ans plus tard l’UDEFEC sera définitivement dissoute puisque la majorité des membres, surtout cadres, seront forcé à l’exil au Soudan en 1957. En dépit de cette dissolution, beaucoup continueront le combat de manière individuel ou collectivement. C’est cas par exemple de la plus connue, Marthe Ekemeyong.

marthe moumié
Marthe Ekemeyong, une des plus grande militante anticoloniale camerounaise

Marthe Ekemeyong généralement réduite au statut de « l’épouse de Félix Moumié » est pourtant une figure emblématique de la résistance anticoloniale camerounaise, a publié des ouvrages dans lesquels elle raconte ses mémoires, ses témoignages de militante. Elle a aussi reçu au cours de sa vie le soutien d’autres figures anticoloniales comme Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Ballah qui a d’ailleurs préfacé un de ces livres mémoires  (et aussi a aidé énormément de résistant.e.s camerounais.e.s <3) ou encore Sékou Touré qui lui avait d’ailleurs accordé à elle et son mari la possibilité d’un asile politique en Guinée, un peu avant l’assassinat de Monsieur Moumié.

Malgré son combat qui reflète le combat de nombre de femmes camerounaises et africaines dans l’ensemble, les reconnaissances envers l’apport des femmes dans les luttes anti coloniales au Cameroun mais aussi en Afrique sont restreintes. Les femmes résistantes camerounaises sont totalement invisibilisées et pourtant se sont énormément battues et ont beaucoup souffert pour l’ensemble des populations camerounaises. Elles subissaient en plus des violences physiques, morales et psychologiques de la part de la part des colons français.e.s , les mêmes violences physiques que les hommes. Elles étaient régulièrement menacées de mort ou d’enlèvement de leurs enfants (voire enlèvement définitif de leurs enfants). Parfois enceintes de leurs violeurs blancs, les bébés métis étaient aussi parfois enterrés à peine né.e.s. Elles ont été battues, torturées, violées, maltraitées, emprisonnées voire assassinées et ce quelque soit leur état, qu’elles soient valides ou non, enceintes ou non. Cependant, même en subissant toutes ces sévices et en se battant aux côtés des hommes, elles contribuaient à fournir l’apport ménager nécessaire et indispensable de la lutte pourtant souvent négligé lorsque l’on parle de lutte armée : elles effectuaient les repas, les tâches ménagères, les récoltes, le marché, elles s’occupaient des enfants et jouaient un rôle moral et psychologique pour elles-mêmes ainsi que pour les hommes engagés dans la lutte.

Elles ont su montrer par ailleurs qu’une libération décoloniale se conjugue forcément avec le genre, en incluant les questions féministes dans leur projet politique anticolonial. Et pourtant, aujourd’hui beaucoup qui se pensent pour la libération des noir-e-s dans les diasporas comme en Afrique ne prennent pas en compte ces questions de genre qui étaient si chères aux résistantes anticoloniales africaines. Déplorable, vraiment. C’est une insulte à leurs mémoires. Cela s’observe notamment par la considération et la place faite aux femmes dans nos milieux militants révolutionnaires noirs, africains, panafricains. Les conditions féminines des femmes noir-e-s en Afrique et dans les diasporas sont complètement négligées ce qui est défavorable à notre émancipation, notre émancipation et notre protection. En démontre notamment le féminicide dont a été victime Marthe Ekemeyong à l’âge de 78 ans, violée, battue, étranglée et laissée morte à son domicile. Mais aussi l’invisibilisation criant des femmes camerounaises dans les Histoires des luttes politiques du pays.

Il serait grand temps que ça change.

 

 

Kel Lam

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