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Cela faisait un moment que je voulais écrire un article à ce sujet mais faute de temps, j’ai toujours décalé l’écriture et la publication de cet article qui me tient pourtant à cœur : les violences policières sur les femmes racisées, et plus particulièrement les femmes noires en France. Pourquoi ? Parce que rare sont celleux qui en parle et il n’existe pratiquement aucune manifestation ou révoltes des quartiers à la suite de violences policières subies par les femmes noires contrairement à ce qui est fait pour les hommes noirs. Un fait qui faisait la une il y a un peu plus d’un an m’avait interpellé, mais cela ne vous a peut-être pas interpellé. Ou peut-être que vous l’avez remarqué mais que vous êtes restées silencieuxs.e.s dans votre coin. Vous vous souvenez de cette affaire de l’enseignant-chercheur de la Sorbonne Guillaume Vadot qui portait plainte contre « abus d’autorité, violences volontaires aggravées, agression sexuelle aggravée, menaces, injures publiques et vol » en septembre 2016 ? Voici un article qui traite du sujet pour vous rafraîchir la mémoire au cas où : ici. Est-ce que vous vous souvenez de l’élément déclencheur de l’agression qu’a subi ce professeur ?  Exacte. Peu, s’en souviennent (je fais la go, oklm, y’a rien). Ce professeur s’est fait insulter et agressé de la sorte parce qu’il était en train de filmer une agression policière sur une femme noire de 31 ans :  Marie Florence G (je n’ai pas trouvé son nom de famille, peut-être qu’elle veut rester anonyme…). Cette dernière criait de douleur tout en étant menottée entourée de nombreuxs.e.s policièr.e.s selon le deuxième témoin qui a filmé la scène, Maurice Makwala. Il existerait donc des preuves vidéos de l’interpellation violente à laquelle à fait face Marie Florence G. Et pourtant tout au long du suivi de cette affaire, son nom n’a jamais été évoquée et la violence dont elle a subi non plus. L’attention s’est focalisée massivement sur les violences qu’ont subi le professeur (privilège blanc ah) et Maurice Makwala (privilège d’homme ah). Je voulais partir sur ce point de départ pour montrer à quel point l’invisibilisation des violences policières sur les femmes noires est conséquent. Dans cet exemple-là, on peut voir que même si l’on a des preuves solides, des témoignages et des vidéos, cela ne choque pas et n’intéresse pas le fait qu’une femme noire soit violentée par la police. On peut voir le même traitement dans l’affaire de 2015 lorsqu’un groupe de 18 lycénn.e.s racisé.e.s ont portés plainte pour violences policières. Dans les médias, les voix qui étaient misent en valeur étaient celles des garçons comme on peut le voir ici. On voit que les voix féminines racisées ne comptent pas.

 

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Et plus une femme noire sera à l’intersection des discriminations, plus on se fichera de son vécu et par conséquent des violences policières qu’elle a subi. C’est le cas par exemple des femmes noires pauvres et réfugiées de Calais, dans le Nord de la France qui subissent régulièrement le comportement violent de policièr.e.s. Il est su depuis cette année grâce au rapport rendu publique par l’organisation Human Right Watch, que les violences policières envers les migrant.e.s renoi.e.s à Calais sont quotidiennes. QUOTIDIENNES. Certaines femmes se sont d’ailleurs plusieurs fois plaintes de viol de la part des policièr.e.s. il y avait par ailleurs le témoignage d’une soudanaise noire qui s’était plaint d’avoir été violée par un policier (j’avais trouvé l’article l’an dernier mais il a disparu comme par magie, j’ai seulement le titre : IMMIGRATION. Le fonctionnaire nie avoir abusé d’une jeune Soudanaise qu’il devait accompagner dans un centre de réfugiés-si jamais quelqu’un.e arrive à le retrouver). En plus, du fait qu’elles se fassent harcelées, agressées sexuellement voire violées sur leur camp malgré la répartition en non mixité des tentes, elles ont en plus à confronter les violences policières. Mais bon vu que ce ne sont pas des Théo, ça n’intéresse pas.

 

Parce que la découverte de la culture du viol ne s’est pas faite avec l’affaire Théo pour beaucoup d’entre nous. Il existe en réalité pas mal d’histoires de viols de policiers sur des femmes racisées. Comme celle-ci par exemple. Celle d’une racisée violée par un policier lorsqu’elle était en cellule de dégrisement dans les Yvelines: ici. Il existe d’autres ici dont la race des femmes n’est pas mentionné :  ici et ici.

Ou encore cette femme racisée et non valide qui a été violentée par les policièr.e.s : http://www.bfmtv.com/police-justice/paris-une-mere-de-famille-sourde-et-muette-accuse-des-policiers-de-l-avoir-violentee-1232129.html . Celle-ci également n’aura révolter personne également malheureusement.

Egalement dans le Tumblr Paye Ta Police, il y a pas mal de témoignages de femmes racisées qui dénoncent les violences policières qu’elles ont subi. Pas seulement celles de l’ordre du harcèlement ou de l’agression sexuelle mais également celle d’ordre psychologique et morale.

Comme celle là:

 “Bah c’est bien, ça vous fait un peu de changement, pour une fois que vous n’êtes pas à mendier ou faire mendier vos enfants dans le métro.” Le policer, à qui une jeune femme Rom expliquait avoir été battue à mort par son ex-conjoint, lors d’une tentative de dépôt de plainte pour violences conjugales . Il a finalement refusé de prendre la plainte.

Ou encore celle-ci:

“Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En sortant de soirée, un homme m’a agressée et violée contre un grillage. Il m’avais menacée d’un couteau si je me débattais. J’étais terrorisée. J’ai mis une semaine pour m’en remettre et porter plainte. Au commissariat, dans le bureau j’étais seule avec le policier. Il m’a regardée d’un air sinistre, et m’a dit “Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute ? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En me mettant sa main entre mes jambes et en me touchant. C’était lui qui m’avait violée… j’étais pétrifiée. Il m’avait traitée de sauvage car je suis maghrébine. J’ai essayé de mettre fin à ma vie car j’avais peur de sortir de chez moi… J’ai déménagé et sors peu… je ne fais plus confiance à personne…

 

Et je voulais finir par deux affaires plus récentes, celle de Marie Reine, une femme noire qui s’est faite insultée et agressée par des policièr.e.s mysoginoiristes dont l’histoire figure ici, vous pouvez également trouver son pot commun ici.

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La militaire guadeloupéenne Morgane Blanchet, victime d’harcèlement moral et sexuel dans son camp militaire en printemps 2016, le témoignage de la concernée est ici. A soutenir impérativement! Actuellement, elle a tout perdue, est précaire et vit dans un foyer. Elle a porté plainte au printemps 2017. J’ai pas trouvé de pot commun pour son cas, si il y en a qui trouvent, qu’iels fassent signe.

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Morgane Blanchet

 

Bien sûr ce ne sont pas toutes les violences policières commis sur des femmes noires et racisées qui sont mentionnées ici. Je n’en ai sélectionné que quelques-unes parmi le lot (Google est votre ami). C’était surtout pour montrer que OUI les violences policières contre les femmes noires existent et qu’elles sont largement invisibilisées. Surtout celles qui décident de parler (car on peut comprendre qu’on ait pas d’information de celles qui n’osent pas parler). Et également un article pour inciter à toutes les femmes racisées de faire attention à la police surtout dans le cas où vous pensiez que vous ne pouviez jamais être victime de violences policières parce que vous êtes une femme. L’imaginaire collectif tendant à penser que les violences policières ne soient faites que sur des hommes racisés est à déconstruire. Les femmes noires en France ne bénéficient même pas d’hastag personnalisé pour parler de leurs expériences violentes avec la police du genre #JusticepourThéo et encore moins un hastag genre #Sayhername (comme aux US) pour visibiliser les violences policières faites aux femmes noires. Elles bénéficient encore moins de mobilisation forte (contrairement aux hommes noirs) lorsque ça les concerne. La solidarité afro a ses limites. Personne ne s’intéresse à nous, personne ne marche pour nous. Soyons vigilantes, entraidons-nous et supportons-nous.

Et n’oubliez pas de soutenir Marie Reine avec son pot commun et également Morgane Blanchet !

 

 

 

Kel Lam.

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#BlackLivesMatter… Pardon, mais lesquelles?

 

#BlackLivesMatter est un mouvement de résistance noir étasunien crée par trois femmes noires queer Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Un mouvement qui vise à montrer que la vie des noir-e-s compte dans un monde négrophobe où justement nos vies ne comptent pas aux yeux de bon nombre de non-noir-e-s (voire aussi des noir-e-s). J’avais envie dans ce post de questionner ce mouvement, y soumettre des opinions que peut être d’autres noir-e-s se sont posé-e-s au vue de l’ampleur de la popularité actuelle de ce mouvement en dehors des Etats-Unis.

 

L’an dernier fin juin, lors d’une Rencontre à la Bellevilloise à l’occasion de la projection du film Les Marches de la liberté réalisé par Rokhaya Diallo, étaient présent-e-s des activistes étasunienn-e-s, plus précisément de Ferguson venu-e-s. Je me souviens d’une phrase d’un activiste qui m’a marqué, celui-ci disait que lorsque l’un-e d’entre elles/eux se faisait assassiné-e, nous ici en France devions automatiquement sortir dehors pour protester et montrer notre solidarité

 

De la solidarité, si vous êtes noir-e étasunienn-e, c’est en veux-tu en voilà ! En ce moment partout, on peut voir la diaspora africaine et afrodescendante noire manifester partout dans le monde son soutien pour les noir-e-s étasunienn-e-s. Que ce soit en Irlande, au Canada, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil, au Burkina Faso, au Nigeria ou encore au Sénégal, la communauté afro se lève pour montrer leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les rues. Quand vous voyez ça, vous vous dites, waouh c’est cool, on est vraiment uni-e-s ! M’enfin…

 

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En voyant cet élan de solidarité partout à travers le monde, on ne peut que constater l’hypervisibilité de la communauté noire étasunienne, de sa culture, de son histoire et de son expérience. Lorsque le #BlackLivesMatter est brandi à travers le monde, on voit bien que ce mouvement ne s’applique pas aux noir-e-s afrodescendant-e-s et encore moins aux africain-e-s noir-e-s du monde entier et pourtant des crimes négrophobes, des tueries ou génocides qui ne touchent que nous à travers le monde cela ne manque pas dans ce monde raciste. Cela traduit malheureusement d’une sorte d’hiérarchie des vies des noir-e-s au niveau global.

Qu’il soit question des crimes négrophobes en masse en quantité semblables voire beaucoup plus importante qu’aux USA, il en existe et pourtant cela ne bénéficie pas de la même ampleur médiatique ou populaire…

Qu’il soit question des génocides négrophobes au Congo, en Ouest Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore au Brésil, aucun ne bénéficie de soutien palpable sur les réseaux sociaux et encore moins dans les rues.

 

Dernièrement encore ici en France, une Erythréenne a été tuée percuter par un poids lourd à Calais (tueries qui arrivent régulièrement là-bas), aussi un jeune comorien a été retrouvé mort dans un commissariat à Marseille, un nigérian s’est aussi fait assassiné en Italie… N’empêche, aucun soutien massif des afrodescendant-e-s et africain-e-s noir-e-s ne s’est fait sentir sur les réseaux sociaux ou dans les rues semblables à ceux prodiguer pour les victimes noir-e-s étasunienn-e-s. Oui, c’est ça l’autre versant de l’hypervisibilité et du privilège des noir-e-s étasunienn-e-s, cela fait que nous nous désintéressons, oublions voire minimisons ce qui se passe chez nous, voire à deux pas de chez nous ou ailleurs en grande quantité au profit de ce qui se passe des kilomètres de chez nous. Peut-on parler de la situation en Mayotte ? De la criminalité et de l’insécurité en Guadeloupe et en Martinique ? De la situation au Nord Mali? En Centrafrique ou au Burundi?  De Cynthia Vechel ou D’Alexander Brengtsson ?

 

On est toutes et tous là à montrer notre soutien pratiquement automatique pour les étasunienn-e-s noir-e-s mais est-ce qu’ils/elles NOUS soutiennent ?? Quand est-ce la dernière fois que l’on a entendu parler de manifestation de soutien de la communauté noire étasunienne pour une autre communauté noire de la diaspora ou pour une communauté africaine ou caribéenne ? Lorsqu’il y avait des crimes contre des Haitienn-e-s en République Dominicaine, lorsqu’il y a eu tueries et viols en Côte d’Ivoire à cause du conflit Gbagbo-Ouattara, lorsqu’il y a eu les révoltes sociales noires aux Pays-Bas et en Suède… Perso, je n’ai pas encore entendu. Ne serait-ce que pour montrer une solidarité sur les réseaux sociaux ? Avec une communauté nigériane aux USA qui se fait de plus en plus grande, on aurait pu penser qu’il y aurait pu y avoir des ponts réalisés entre les deux communautés, surtout avec l’actualité politique actuelle : le groupe terroriste Boko Haram qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Qu’en est-il d’au moins manifester leur soutien aux personnes noir-e-s présent-e-s sur le même continent qu’elles/qu’eux? Au Canada ? Au Venezuela ? Au Brésil ? En Argentine ? Au Mexique ? NO INFO. Je veux pas être méchante mais je questionne seulement.

 

Mais bon, on ne peut pas les blâmer les noir-e-s étasunienn-e-s de « profiter » (consciemment ou non) de leur privilège d’hypervisibilisation pour concentrer la question des crimes négrophobes et de la négrophobie sur elles/eux, n’est-ce pas… Et ainsi de faire croire ou de laisser penser au monde occidentalo-blanc, que la question raciale comme ITélé aime le dire est une problématique étasunienne. Que la négrophobie c’est qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs tout est mieux..

 

Bien que la question soit en réalité globale, il faut se rendre à l’évidence que le #BlackLivesMatter n’a été élaboré QUE les personnes noires aux Etats-Unis. Il n’est nullement élaboré pour nous autres vivant en Afrique, en Europe, aux Antilles, en Asie, en Amérique Latine, en Amérique du Nord (E.U non compris) ou au Moyen-Orient, que celles et ceux qui pensent le contraire cessent le mensonge. En tout cas, à l’instant actuel, ce sont les faits. Il s’agit d’un mouvement se voulant global pourtant en dépit du fait que la négrophobie, elle soit globale, ce mouvement n’est représentatif et bénéfique QUE pour les étasunienn-e-s noir-e-s vu qu’il ne visibilise qu’elles/eux. A aucun moment ce mouvement se sert de son hypervisibilité pour adresser de la condition des noir-e-s ailleurs qu’aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, je n’ai pas l’impression que le message passé est que la vie des noir-e-s comptent mais plutôt la vie des noir-e-s étasunienn-e-s comptent. D’ailleurs, on peut même se poser la question sur le pourquoi du manque d’effort des étasunienn-e-s noir-e-s à monter ce slogan revendicatif contre la négrophobie à l’échelle mondiale ce qui pourrait justement être bénéfique pour l’ensemble des afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais on ne peut pas les blâmer de produire des choses uniquement pour leur communauté, n’est ce pas?

 

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 #UNITEDWEFIGHT, oui mais on s’unit SEULEMENT pour vous ou pour NOUS TOUT-E-S/ TOUS???

 

Élever justement la lutte à une échelle beaucoup plus large ferait perdre un peu (m’enfin c’est ce que j’espère…) l’hypervisibilité des expériences étasuniennes noires à nos yeux pour permettre une mise en avant des expériences noires dans des lieux dont on ne pense pas, comme en Israël, au Pakistan, en Chine, en Irak, en Russie, en Algérie, en Australie…

 

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Je me rappelle avoir vu cette image partagé sur le FB d’Afropunk, à première vue, je me suis dis wow ces personnes ont enfin compris-es qu’il existe d’autres noir-e-s hors E.U, que NOUS AUSSI on compte TOUT-E-S mais NON en faites ce slogan revendicatif est limité aux E.U (dixit: liberal/republican qui met la puce à l’oreille). Puis, il manque le EVERYWHERE à la fin…

 

 

Un #TOUTESLESVIESNOIRESCOMPTENTPARTOUT ou #ALLBLACKLIVESMATTEREVERYWHERE a ainsi à mon avis beaucoup plus d’impact au niveau politique et international. Il permet de NOUS rendre TOUTES/TOUS VISIBLES qui que nous soyons, où que nous nous trouvons. Quel que soit notre religion, notre genre, notre ethnie, notre orientation sexuelle, notre appartenance géographique, notre condition physique, notre condition mentale, notre milieu social, nos origines…

Parce qu’en vrai, nous tout-e-s et tous en tant que noir-e-s avons des vies qui comptent et ce quelque soit l’endroit où nous nous trouvons.

 

 

 

Kel Lam.

 

Les privilèges des hommes noirs: parlons-en!

 

Exclusivement pour la communauté afrodescendante noire, nous pour nous, par nous sans les autres donc pas de comparaisons svp. De plus, les commentaires des autres non noir-e-s ne seront pas répondus pour cet article.

 

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J’ai voulu la représentation d’un groupe d’hommes noirs en contexte français mais Google a fait son négrophobe invisibilisant comme d’habitude. En écrivant « groupe d’hommes noirs » via Google Images, y’avait pratiquement rien ou par ci par là quelques images d’hommes noirs et de colons aux temps des colonies… Comme si il n’y avait pas de groupe d’hommes noirs en France à l’heure actuelle. Bref, j’ai tapé en anglais « group of black men », là le choix était conséquent.

 

 

 

En lisant ce titre, beaucoup se diront mais quelles privilèges ??? Alors qu’en faites, il existe des privilèges dont les hommes noirs disposent, tout comme les hommes de n’importe quel couleur de peau. Même si cela peut paraître paradoxal au vue du système français négrophobe dans lequel on vit, les hommes noirs disposent d’un privilège en tant qu’homme. Pourtant, beaucoup d’hommes noirs oublient, négligent et outrepassent ce privilège bien qu’ils en jouissent au quotidien. Certains réfuteront et diront que cela est impossible du fait de la couleur de peau. Certes, les privilèges dont les hommes noirs disposent ne sont pas aussi conséquent que ceux des hommes blancs voire des autres hommes racisés mais il y en a. Les hommes noirs ont des privilèges et contribuent à la domination consciente ou non des femmes et plus spécifiquement des femmes noires. Malheureusement nombreux sont les hommes noirs qui sont totalement dans le déni quant à leurs privilèges, négligeant ainsi l’oppression –non intentionnelle, je l’espère- qu’ils exercent sur les femmes noires et les autres minorités sexuelles noires. Ainsi, ceux-là tiennent une responsabilité sans même s’en rendre compte dans le système oppressif actuel (qui les oppressent) puisqu’ils y contribuent. Dixit l’adage qu’on connait toutes et tous : l’ennemi de l’homme noir est l’homme noir.

 

D’abord, il advient d’aborder brièvement le terme privilège au regard de la société, il n’est pas forcément à utiliser dans le cadre de l’oppression. On peut trouver des milliards de façon de définir ce qu’est un privilège. Pour ma part, il s’agit surtout avoir un avantage exclusif dans une société donnée à une période donnée du fait des normes édictées par celles-ci, cela peut alors résulter par exemple de notre genre, notre statut social, de notre apparence physique, de notre condition physique, de notre santé mentale, de notre religion, de notre culture, de notre orientation sexuelle, de notre validité… Par exemple, dans une société comme la France, il est plus avantageux d’être un jeune homme noir catholique riche valide et hétérosexuel sans troubles neuropsychologiques qu’être un vieil homme noir pauvre musulman queer ayant une déformation physique. On ne choisit pas d’avoir des privilèges, c’est ce que l’on est. Il en est de même avec la masculinité et le fait d’être homme. Les personnes noires devenu-e-s hommes n’ont pas choisis de l’être et encore moins de bénéficier du privilège de masculinité. Ce privilège de masculinité s’ancre indépendamment de la volonté de ceux qui l’usent. Il est l’avantage dans une société à être un homme. Il existe d’ailleurs dans la sphère francophone que très peu d’articles sur le sujet, malheureusement mais bref.

 

J’avais envie de concentrer cet article sur les privilèges des hommes noirs pour déjà déconstruire cette idée ancrée selon laquelle les privilèges d’hommes ne sont réservés qu’aux hommes blancs. Ensuite, je préfère me concentrer sur les hommes noirs et pas sur les autres hommes racisés parce que tout simplement je suis communautariste (fière de l’être 🙂 ), faut que l’on fasse des textes sur nous pour avancer ensemble.  Aussi parce que le fait que les hommes noirs prennent conscience de leur privilèges, travaillent dessus, peut aider nettement à une amélioration dans les relations (tout domaine confondue) hommes-femmes noires et cela ne peut être que bénéfique pour une meilleure communauté noire française. Puisqu’en vrai de vrai, on a besoin de s’entraider les uns, les autres tout genre confondu.

Les privilèges dont jouissent les hommes noirs traduisent d’une domination inconsciente normalisée et constante en plusieurs domaines. Par exemple, les hommes noirs dominent les institutions religieuses, politiques et culturelles. Sans ajouter que les hommes noirs en France sont les premiers en ligne à propager la mysogynoir (hein, on vous voit sur les réseaux sociaux et le #toutestnoirsaufnosmeuf, non nous n’avons pas oubliées.). Et donc ainsi regrettable de constater une domination envers les femmes noires dans l’abus sexuel, physique, verbal, moral et psychologique.

Il est donc du devoir des concernés de s’interroger sur leurs privilèges, de les déconstruire et d’aider celles qui n’en bénéficient pas voire qui en souffrent. Parce que prendre conscience de ses propres privilèges c’est aussi prendre conscience de la situation des autres et cela aide à la déconstruction d’un système oppressif.

 

Voici donc ci-dessous une courte (un peu longue en faites mais grave intéressante) liste des privilèges que les hommes noirs peuvent avoir. Bien sûr, il existe une diversité d’hommes noirs, les hommes noirs ne sont pas un groupe homogène. L’expérience d’un jeune homme noir athée homosexuel ne peut pas être le même que l’expérience d’un adulte homme noir musulman hétéro. Mais, en dépit de cela il existe des privilèges qui les concernent, tous deux.

 

-Lors des problématiques sociales et/ou politiques, tu n’as pas à choisir ta couleur de peau au détriment de ton genre.

-Quand tu lis des textes concernant l’histoire des Noir-e-s en Europe, aux Amériques, dans les Antilles, en Afrique ou en Asie, tu apprends majoritairement sur les hommes noirs.

-Tu t’es renseigné sur le Mouvement des droits civiques des Africain-e-s-Américain-e-s et du Black Panther Party et la majorité des leaders que tu connais sont des hommes noirs.

– En général, tu es pris beaucoup plus sérieusement en tant qu’une femme noire.

-Tu peux vivre toute ta vie sans lire un livre sur le féminisme noire, le féminisme africain (et le dénigrer).

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux auteures, blogueuses, activistes, militantes afroféministes, womanist et féministes noires afrodescendantes ou africaines.

-Tu peux vivre toute une vie sans t’intéresser à l’Histoire et aux expériences de vie des femmes noires dans la diaspora afro descendante noire ainsi qu’en Afrique ou aux Antilles.

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux problématiques concernant spécifiquement les femmes noires.

-Tu peux faire parti d’un mouvement noir de libération combattant la négrophobie (ou l’idolâtré), qui soit sexiste et mysogynoir et être OK avec ça, comme par exemple les Black Panther où quelqu’un comme Eldrige Cleaver, violeur affirmé et autoproclamé, avait une position dominante dans l’organisation.

Pour info : il violait les femmes blanches et noires. (Vous pouvez trouvez des citations de sa bibliographie écrite par lui même où il prône le viol et sa haine envers les femmes noires, admet qu’il les violait en masse dans les ghettos. Kathleen Cleaver, son ex-femme a parlé ensuite du problème de colorisme et de la fétichisation des femmes claires au sein de l’organisation et de la haine envers les femmes noires-surtout les plus foncées- quand elle quitta le parti). 

 

-Tu te fais plus d’argent qu’une femme noire du même niveau d’éducation et d’occupation que toi.

-Tu as le privilège de définir la beauté des femmes noires selon des standards occidentalo-blancs en ce qui concerne le teint de peau, la texture des cheveux, la forme du corps. Alors qu’en comparaison, les femmes noires te définissent rarement par des standards de beauté occidentalo-blancs en ce qui concerne ton teint, tes cheveux ou encore ton corps.

-En tant qu’homme noir, tu n’as pas à craindre d’être harcelé quotidiennement sur le fait d’avoir des cheveux qui ne correspondent pas à l’image que l’on attend d’un homme noir. Contrairement aux femmes noires, constamment harcelées à cause de leurs choix capillaires (Hann lala tu fais quoi avec les tissages ? Pourquoi tu veux faire la blanche ? Pourquoi t’es pas nappy ? C’est quoi cet afro ? C’est moche… C’est exotique, j’adore…Tu fais vraiment kamite, j’adore… Ta gueule, on fait ce qu’on veut).

-Ton apparence physique ne sera pas le standard ultime qui représentera ta valeur par les membres du sexe opposé.

-Tu peux croire que faire mal à une femme durant le sexe est synonyme de plaisir sans avoir à lui demander.

-Tu as le privilège ne pas être vierge et désiré une femme vierge.

-Quand le sujet du sexe est abordé, si tu dis « NON », il n’y a aucune chance pour ce que cela soit pris pour un « OUI » refoulé. Quand tu dis NON c’est NON.

-Si tu te fais violé, personne te dira « t’aurais dû te protéger.. » ou que ton viol est de TA FAUTE, que cela est dû à ton code vestimentaire, que cela est dû au fait que tu étais tard le soir dehors, que tu fréquentes des lieux qui ne sont pas pour toi.

-Tu peux avoir un humour ou un langage sexiste, mysogynoir OKLM. Ex : pute, noirtes, tourner le prénom Fatou en insulte… Les imitations humoristiques mysogynoir de ta mère, de ta sœur, bref de toutes les filles noires que tu connais, hein les connaisseurs de YouTube, en général ils mettent une perruque, prennent un accent kinf pourri au tempérament toujours énervée avec un comportement caricatural violent, dur et insultant.

-Tu vis dans un milieu où la polygamie est encore une option dans un monde dominé par les hommes mais où la polyandrie n’est même pas considérée, ne serait-ce qu’en option.

-En général, tu préfères être en relation avec des femmes plus jeunes socialement et sexuellement.

-Plus tu auras des partenaires sexuelles que tu sois en couple ou non, plus tu auras de succès auprès de mon entourage masculin.

-Tu as un accès facile à la pornographie qui implique une sphère virtuelle où l’on y trouve des hommes dégradant des femmes, souvent des jeunes femmes.

-Quand tu vas au cinéma ou que tu regardes les films en streaming, tu sais que la plupart des rôles principaux dans les films de noir-e-s sont tenus par des hommes. Tu sais aussi que les héros de films d’actions de noir-e-s sont des hommes.

-Tu peux facilement citer des artistes de rap hip hop masculins puisque ce sont des artistes d’un genre musical dominé par des hommes noirs.

-Tu peux facilement deviner également que la plupart des femmes qui apparaissent dans des clips hip hop sont seulement présentes pour le plaisir des hommes.

-La majorité des paroles hip-hop que tu écoutes ne font que perpétuer les idées de domination masculine sur les femmes que ce soit sexuellement ou socialement.

-Tu peux écouter et utiliser des mots comme putes et salopes qui dégradent les femmes et qui n’ont pas de portée similaire pour le genre masculin.

-La plupart de tes films favoris impliquent des séquences de forces qui n’incluent pas des individus d’autres genres que le mien et souvent basés sur la violence.

-Tu as le privilège de définir le comportement des femmes noires sans toi-même définir et critiquer tes attitudes en tant qu’homme noir.

-Tu as le privilège de penser qu’une femme ne peut pas éduquer un enfant afin qu’il devienne un homme. Non c’est la place du père, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’une femme doit se soumettre à son homme ou qu’elle existe pour assister son homme. Difficile de penser qu’une femme peut être seule, indépendante sans nécessité d’un homme, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’avant l’esclavage, la colonisation et les invasions étrangères en Afrique, les relations de genre dans la communauté noire africaine étaient parfaites.

-Tu as le privilège de penser que l’afroféminisme, le féminisme noir est contre les hommes noirs et surtout vise à la destruction de la communauté afrodescendante noire. #oulouloucoucouleshotep 🙂

-Tu as le privilège de penser que l’échec d’une famille afrodescendante noire est à cause de la mère, qu’elle n’a pas donné une bonne éducation à ses enfants.

-Tu as le privilège de penser que les responsabilités de la maison (comme tâches ménagères et autres) sont des responsabilités de femmes.

-Tu as le privilège de penser que les femmes noires sont différentes sexuellement des autres femmes, et tu les juges de manière négative à cause de cela.

-Au collège ou au lycée ou à l’université, les filles sont cheerleaders pour les athlètes masculins (si si ça existe aussi en France) mais il n’existe pas de rôles similaires pour les hommes, des cheerleaders pour les femmes athlètes.

-Tu peux passer la majeure partie d’une journée à parler de sports, à jouer aux jeux vidéo pendant que les femmes seront occupées à réaliser des tâches ménagères ou à s’occuper des enfants.

-Tu peux passer des heures sans compter à regarder le sport à la télé et considérer que cela est naturel.

-Tu peux toucher, câliner, embrasser ou être émotionnellement expressive avec d’autres hommes durant un match sans que des observateurs y voient un comportement sexuel.

-Tu sais que la plupart des spécialistes sportifs sont des hommes.

-Si tu es entraîneur, tu peux motiver, punir ou embarrasser un joueur en lui disant qu’il joue comme une fille.

-Tu es sur que la plupart des entraîneurs, même dans les sports majoritairement féminins, sont des hommes.

-Tu as le privilège de faire du sport dehors le torse nu sans que cela soit un problème.

-En faites, tu as le privilège de faire tout ce que tu veux à l’intérieur ou à l’extérieur sans avoir ton haut alors que les femmes sont toujours censées se couvrir.

-Tu as le privilège de faire partie d’un monde dans lequel les mutilations et les défigurations des parties génitales du genre féminin sont utilisés pour dénié leurs sensations sexuelles ou protéger leur virginité pour vous.

-Tu as le privilège que le viol ne soit pas utilisé en tant que tactique première, outil pour terroriser ton genre pendant la guerre et les périodes de conflit.Tu ne subiras jamais le féminicide. Ex le féminicide en RDC ou encore les viols de masse en Amérique latine …

-Tu as le privilège de ne pas être capable de nommer une femme présidente en Afrique ou en Asie, que ce soit dans le passé ou le présent, de la même manière que tu le ferais pour les présidents masculins en Afrique et/ou en Asie.

-Tu as le privilège de voyager partout dans le monde et d’avoir constamment accès dans les pays en développement à des femmes de manière sexuelle et sociale.

-Tu as le privilège de faire partie d’un genre qui commence les guerres et qui contrôlent la majorité des armes de guerre et de destruction de masse.

-Tu sais que plus loin tu iras dans les études, plus tu auras du succès avec les femmes. Ce qui n’est pas le cas pour les femmes envers les hommes.

-Lors de ton entrée à l’université, même pendant tes études à l’université, tu as le privilège de ne pas te soucier si tu pourrais être capable de te marier ou non avec une femme noire voire de te marier tout court.

-Tu peux choisir d’être renfermé, introverti et de ne pas communiquer dans une relation (amicale ou amoureuse, quel que soit) et cela sera considéré comme malheureux/dommage mais normal.

-Tu as le privilège de ne pas connaître la définition des mots et des concepts comme patriarchie, phallocentrique, misogynie, hétéronormativité, complicité, womanism, africana womanism, le féminsme noire.

-Ta force en tant qu’homme n’est jamais liée à l’échec de ta famille alors que la force des femmes noires est souvent associée à l’échec de sa famille.

-Si tu envisages le divorce, tu sais que tu auras forcément plus d’options, d’opportunités de mariage et de cohabitation que mon épouse.

-Il y a beaucoup de chances pour que tu sois définie en tant qu’homme bien à cause de choses que tu ne fais pas plutôt que par des choses que tu fais. Si tu ne frappe pas, ne trompe pas, ne mens pas alors tu es considéré comme étant un mec bien. Alors qu’en comparaison, les femmes sont rarement définies comme étant des femmes bien sur des actions qu’elles ne font pas.

-Tu as le privilège de ne pas à avoir à assumer la majeure partie des taches ménagères et des responsabilités parentales.

-Tu as le privilège de ne pas avoir été éduqué avec des responsabilités domestiques comme cuisiner, faire le ménage, faire la lessive, la vaisselle.

-Tu n’as pas à craindre d’être considéré comme étant un traître envers la communauté noire si jamais tu appelles la police contre une femme noire. Par contre, pour une femme noire, l’histoire est tout autre.  

-Tu as le privilège de connaitre des hommes qui sont psychologiquement, physiquement et ou sexuellement abusif envers les femmes et pourtant tu continues de traîner avec eux OKLM et de les appeler voire les considérer comme tes potes, amis, frères.

 

La liste peut continuer et continuer…

 

Je me suis inspirée de la liste de The Black Male Privileges Checklist de Jewel Woods, un auteur universitaire africain américain. J’en ai traduit quelques-uns et introduit d’autres. Bien sûr, la liste des privilèges peut facilement être élargie.

 

Pour avoir accès à celle écrite par Jewel Woods en anglais (en prenant en compte le contexte africain américain différent du notre): ICI.

 

En espérant que cela pourra en inspirer certains… Qu’ils aideront les autres personnes noires qui ne bénéficient pas de leurs privilèges voire qui en souffrent au quotidien pour le bien être de notre communauté.

 

 

Kel Lam.

 

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