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Friendzonage & Gars Frustrés aux Egos Fragiles

 

Le concept de friendzone m’énerve et donc j’ai envie d’en parler.

On l’entend partout. On voit régulièrement des articles fleurir à ce sujet (dont celui-ci ahah), des sons, des tweets, des posts, des sortes de sketchs pseudo-comiques… La plupart des gent.e.s finissent même par croire au fur et à mesure que c’est un concept réel. C’est tellement populaire que c’est devenu courant dans la vie de tous les jours. Surtout chez les hétérosexuell.e.s (et surtout les teubés de mecs cis lààààà) du moins les exemples de friendzonages et autres bêtises assimilées à ce concept sont pris en général chez des personnes cis hétérosexuell.e.s. Pour faire court, c’est un sujet qui serait drôle. On en rit, on se moque, on en parle. Vous comprendrez que je me situe dans cet article dans les exemples exclusif de relation hétéro parce que c’est ce que je connais.

 

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Un vieux gars qui se friendzone parce qu’il a le seum qu’une fille gère un autre gars que lui.

Mais de quoi se moque parle-t-on réellement ?

A croire un peu tout le ramassis que l’on peut faire autour de soi et sur Internet (oui Google est notre ami) concernant cette bêtise, la friendzone est une sorte de zone grise dans laquelle une personne se trouve (souvent un gars cis hétéro – d’où le nombre de sketchs excessifs réalisés par ces derniers pour illustrer leur frustation- archi pathétique) lorsqu’elle est intéressée sexuellement ou amoureusement par une personne  qui ne la considère sous aucun de ces deux aspects. Ce qui est aussi à noter et qui est intéressant et que la friendzone se « déclare » par la personne elle-même et n’a pas réellement de point de départ au sens où cela ne se déclenche pas forcément au moment où la personne B (qui n’a pas d’intérêt amoureux ou sexuel) exprime un non intérêt sexuel ou romantique. C’est la personne A qui détermine la friendzone et la place affective qu’elle a auprès de la personne B au détriment de ce que peut ressentir ou penser la personne B. Cela survient donc en ne prenant pas en compte l’avis exprimé (ou non) et ressenti de la personne B. Sérieusement, quand prend-on en compte l’avis de la personne B dans cette affaire ???

Ah, j’espère que jusque-là vous voyez en quoi cela est problématique ? Oui, le concept des gars frustrés aux ego fragiles autrement dit friendzone ce n’est que le prolongement de la culture du viol qui persiste aujourd’hui dans nos sociétés occidentales. Les gent.e.s qui sont en mode késako culture du viol? Faites des recherches, Google est votre ami, si c’est facile de googoler (or whatever you say…) Beyoncé, c’est aussi facile de googoler la culture du viol. Mais en bref, c’est le fait que l’on soit dans une société dont la culture favorise, approuve voire conforte fortement les pratiques et les attitudes qui conduisent au viol. Là y’en a dernière l’ordi qui sont en mode, mais elle est cheloue, elle ? C’est quoi le rapport avec la friendzone ? Justement c’est TOUT le rapport avec cette histoire de gars frustrés qu’est la friendzone.

Là c’est le moment où j’hétéronormatise à fond puisque ce concept est le fruit de l’hétéronormativité (google est ton ami), il faut prendre des exemples en conséquence de cause. Cette connerie de concept d’ego fragiles qu’est la friendzone néglige totalement le consentement des femmes dans les relations hétérosexuelles. Cela veut dire qu’après même que la femme ait exprimé, clairement, qu’elle n’avait aucun intérêt sexuel ou amoureux pour le mec, ou d’ailleurs comme on l’a dit avant même sans expression d’opinion, le gars se croit de droit de déterminer par lui même une position affective et ou sexuelle auprès de cette même femme. Il se donne cette position en se qualifiant de friendzone, qu’il s’est auto-attribué en imposant sa vision de sa relation qu’il entretient avec cette femme. Il impose ses désirs, il prévaut ses aspirations sexuelles et romantiques sur ceux de la femme. Il refuse d’accepter le « NON » de la femme, le transformant en cette zone grise qu’est la friendzone. En gros, le gars trouve pas normal qu’on lui dise non, puisque de fait, les femmes sont censées être toujours des personnes accessibles et offertes aux hommes et qui ne peuvent sous aucun moyen dire non. Elles finissent forcément par dit oui, elles ne peuvent dire non aux hommes. Et même lorsqu’elles disent non, bah souvent ça veut dire oui, faut juste attendre un peu hein.C’est là tout le raisonnement et le pourquoi de la dangerosité de ce concept de gars frustrés. Accepter qu’une bêtise comme le friendzonage puisse exister c’est refuser aux femmes leur libre disposition sexuelle et affective de leurs corps et de leurs esprits. On le leur refuse parce qu’elles sont forcément à la disposition des hommes.

 

 

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Photo d’une étudiante à une manifestation « Stand With Us » contre la culture du viol à l’université. « Salope » est une manière de dénigrer les femmes sur leur droit de dire OUI. « Friendzone » est une manière de dénigrer les femmes sur leur droit de dire NON.

 

Pourquoi le concept de friendzonage est dangereux ?

 

En plus, que cela est une grave attitude qui favorise la culture du viol, cela aboutit instantanément à une violence exercée envers les femmes. D’où le déferlement d’insultes, de critiques ou de remarques désobligeantes à l’encontre des filles qui auraient soi-disant friendzoner des gars frustrés de s’être manger un NON. Mais aussi il est dangereux d’avoir dans son entourage une personne frustrée à l’égo fragile qui s’autofriendzone. Puisque vous le savez aussi bien que moi, les mecs cis hétérosexuels qui peuvent réellement être amis avec le genre féminin, y’en a vraiment pas beaucoup. Bon nombre d’entre eux ont grandi en apprenant à sexualiser voire hypersexualiser et à romantiser les corps, les attitudes et les pratiques des femmes. Du coup, tout comportement physique ou moral (ou pas forcément d’ailleurs) affectueux, amical que vous pourriez entretenir avec ce frustré pourra être perçu par celui-ci  comme une avance sexuelle ou amoureuse. Parce que dans leurs têtes d’égos fragiles, si elle le tient le bras ça veut dire qu’il y a moyen, si vous faites du shopping ensemble ça veut dire qu’il y a moyen, si elle s’habille court lorsque vous vous voyez bah oui ça veut dire qu’il y a moyen. Frustration & culture du viol puissance x 10.000.

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La « friendzone » n’existe pas. Soit on vous kiffe, soit on vous kiffe pas. Arrêtez d’utiliser le terme « friendzoner » pour cacher le fait qu’on vous kiffe pas.

Donc je rajouterais juste une couche (miskinaa les go, je voulais pas vous déprimer comme ça mais OKLM) sur la dangerosité de ces gars cis hétéro frustrés parce que justement ce sont des hommes cis hétéro frustrés et tout le monde sait que ces êtres maléfiques peuvent être dangereux. Il est su aujourd’hui que la majorité des femmes qui se font agressées sexuellement, le sont par des hommes et surtout des hommes qu’elles connaissent. Ce sont en général des hommes qui leur sont proches, dixit le gars frustré qui s’invente une vie en se friendzonant. Donc là aussi malheureusement, il faut faire attention. Faites gaffe à vous les femmes.

Et non, on va pas masser les égos fragiles des gars frustrés et renforcer la culture du viol en continuant de bavarder de cette connerie de friendzonage, CA N’ EXISTE PAS, POINT FINAL.

 

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J’ai besoin du féminisme parce que le concept « friendzone » se matérialise. Si une fille ne veut pas sortir avec toi, elle n’a rien de mal. Ne la diabolise pas.

 

Kel Lam

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#BlackLivesMatter… Pardon, mais lesquelles?

 

#BlackLivesMatter est un mouvement de résistance noir étasunien crée par trois femmes noires queer Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Un mouvement qui vise à montrer que la vie des noir-e-s compte dans un monde négrophobe où justement nos vies ne comptent pas aux yeux de bon nombre de non-noir-e-s (voire aussi des noir-e-s). J’avais envie dans ce post de questionner ce mouvement, y soumettre des opinions que peut être d’autres noir-e-s se sont posé-e-s au vue de l’ampleur de la popularité actuelle de ce mouvement en dehors des Etats-Unis.

 

L’an dernier fin juin, lors d’une Rencontre à la Bellevilloise à l’occasion de la projection du film Les Marches de la liberté réalisé par Rokhaya Diallo, étaient présent-e-s des activistes étasunienn-e-s, plus précisément de Ferguson venu-e-s. Je me souviens d’une phrase d’un activiste qui m’a marqué, celui-ci disait que lorsque l’un-e d’entre elles/eux se faisait assassiné-e, nous ici en France devions automatiquement sortir dehors pour protester et montrer notre solidarité

 

De la solidarité, si vous êtes noir-e étasunienn-e, c’est en veux-tu en voilà ! En ce moment partout, on peut voir la diaspora africaine et afrodescendante noire manifester partout dans le monde son soutien pour les noir-e-s étasunienn-e-s. Que ce soit en Irlande, au Canada, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil, au Burkina Faso, au Nigeria ou encore au Sénégal, la communauté afro se lève pour montrer leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les rues. Quand vous voyez ça, vous vous dites, waouh c’est cool, on est vraiment uni-e-s ! M’enfin…

 

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En voyant cet élan de solidarité partout à travers le monde, on ne peut que constater l’hypervisibilité de la communauté noire étasunienne, de sa culture, de son histoire et de son expérience. Lorsque le #BlackLivesMatter est brandi à travers le monde, on voit bien que ce mouvement ne s’applique pas aux noir-e-s afrodescendant-e-s et encore moins aux africain-e-s noir-e-s du monde entier et pourtant des crimes négrophobes, des tueries ou génocides qui ne touchent que nous à travers le monde cela ne manque pas dans ce monde raciste. Cela traduit malheureusement d’une sorte d’hiérarchie des vies des noir-e-s au niveau global.

Qu’il soit question des crimes négrophobes en masse en quantité semblables voire beaucoup plus importante qu’aux USA, il en existe et pourtant cela ne bénéficie pas de la même ampleur médiatique ou populaire…

Qu’il soit question des génocides négrophobes au Congo, en Ouest Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore au Brésil, aucun ne bénéficie de soutien palpable sur les réseaux sociaux et encore moins dans les rues.

 

Dernièrement encore ici en France, une Erythréenne a été tuée percuter par un poids lourd à Calais (tueries qui arrivent régulièrement là-bas), aussi un jeune comorien a été retrouvé mort dans un commissariat à Marseille, un nigérian s’est aussi fait assassiné en Italie… N’empêche, aucun soutien massif des afrodescendant-e-s et africain-e-s noir-e-s ne s’est fait sentir sur les réseaux sociaux ou dans les rues semblables à ceux prodiguer pour les victimes noir-e-s étasunienn-e-s. Oui, c’est ça l’autre versant de l’hypervisibilité et du privilège des noir-e-s étasunienn-e-s, cela fait que nous nous désintéressons, oublions voire minimisons ce qui se passe chez nous, voire à deux pas de chez nous ou ailleurs en grande quantité au profit de ce qui se passe des kilomètres de chez nous. Peut-on parler de la situation en Mayotte ? De la criminalité et de l’insécurité en Guadeloupe et en Martinique ? De la situation au Nord Mali? En Centrafrique ou au Burundi?  De Cynthia Vechel ou D’Alexander Brengtsson ?

 

On est toutes et tous là à montrer notre soutien pratiquement automatique pour les étasunienn-e-s noir-e-s mais est-ce qu’ils/elles NOUS soutiennent ?? Quand est-ce la dernière fois que l’on a entendu parler de manifestation de soutien de la communauté noire étasunienne pour une autre communauté noire de la diaspora ou pour une communauté africaine ou caribéenne ? Lorsqu’il y avait des crimes contre des Haitienn-e-s en République Dominicaine, lorsqu’il y a eu tueries et viols en Côte d’Ivoire à cause du conflit Gbagbo-Ouattara, lorsqu’il y a eu les révoltes sociales noires aux Pays-Bas et en Suède… Perso, je n’ai pas encore entendu. Ne serait-ce que pour montrer une solidarité sur les réseaux sociaux ? Avec une communauté nigériane aux USA qui se fait de plus en plus grande, on aurait pu penser qu’il y aurait pu y avoir des ponts réalisés entre les deux communautés, surtout avec l’actualité politique actuelle : le groupe terroriste Boko Haram qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Qu’en est-il d’au moins manifester leur soutien aux personnes noir-e-s présent-e-s sur le même continent qu’elles/qu’eux? Au Canada ? Au Venezuela ? Au Brésil ? En Argentine ? Au Mexique ? NO INFO. Je veux pas être méchante mais je questionne seulement.

 

Mais bon, on ne peut pas les blâmer les noir-e-s étasunienn-e-s de « profiter » (consciemment ou non) de leur privilège d’hypervisibilisation pour concentrer la question des crimes négrophobes et de la négrophobie sur elles/eux, n’est-ce pas… Et ainsi de faire croire ou de laisser penser au monde occidentalo-blanc, que la question raciale comme ITélé aime le dire est une problématique étasunienne. Que la négrophobie c’est qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs tout est mieux..

 

Bien que la question soit en réalité globale, il faut se rendre à l’évidence que le #BlackLivesMatter n’a été élaboré QUE les personnes noires aux Etats-Unis. Il n’est nullement élaboré pour nous autres vivant en Afrique, en Europe, aux Antilles, en Asie, en Amérique Latine, en Amérique du Nord (E.U non compris) ou au Moyen-Orient, que celles et ceux qui pensent le contraire cessent le mensonge. En tout cas, à l’instant actuel, ce sont les faits. Il s’agit d’un mouvement se voulant global pourtant en dépit du fait que la négrophobie, elle soit globale, ce mouvement n’est représentatif et bénéfique QUE pour les étasunienn-e-s noir-e-s vu qu’il ne visibilise qu’elles/eux. A aucun moment ce mouvement se sert de son hypervisibilité pour adresser de la condition des noir-e-s ailleurs qu’aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, je n’ai pas l’impression que le message passé est que la vie des noir-e-s comptent mais plutôt la vie des noir-e-s étasunienn-e-s comptent. D’ailleurs, on peut même se poser la question sur le pourquoi du manque d’effort des étasunienn-e-s noir-e-s à monter ce slogan revendicatif contre la négrophobie à l’échelle mondiale ce qui pourrait justement être bénéfique pour l’ensemble des afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais on ne peut pas les blâmer de produire des choses uniquement pour leur communauté, n’est ce pas?

 

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 #UNITEDWEFIGHT, oui mais on s’unit SEULEMENT pour vous ou pour NOUS TOUT-E-S/ TOUS???

 

Élever justement la lutte à une échelle beaucoup plus large ferait perdre un peu (m’enfin c’est ce que j’espère…) l’hypervisibilité des expériences étasuniennes noires à nos yeux pour permettre une mise en avant des expériences noires dans des lieux dont on ne pense pas, comme en Israël, au Pakistan, en Chine, en Irak, en Russie, en Algérie, en Australie…

 

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Je me rappelle avoir vu cette image partagé sur le FB d’Afropunk, à première vue, je me suis dis wow ces personnes ont enfin compris-es qu’il existe d’autres noir-e-s hors E.U, que NOUS AUSSI on compte TOUT-E-S mais NON en faites ce slogan revendicatif est limité aux E.U (dixit: liberal/republican qui met la puce à l’oreille). Puis, il manque le EVERYWHERE à la fin…

 

 

Un #TOUTESLESVIESNOIRESCOMPTENTPARTOUT ou #ALLBLACKLIVESMATTEREVERYWHERE a ainsi à mon avis beaucoup plus d’impact au niveau politique et international. Il permet de NOUS rendre TOUTES/TOUS VISIBLES qui que nous soyons, où que nous nous trouvons. Quel que soit notre religion, notre genre, notre ethnie, notre orientation sexuelle, notre appartenance géographique, notre condition physique, notre condition mentale, notre milieu social, nos origines…

Parce qu’en vrai, nous tout-e-s et tous en tant que noir-e-s avons des vies qui comptent et ce quelque soit l’endroit où nous nous trouvons.

 

 

 

Kel Lam.

 

L’écho des Sistas

 

 

Petit post spécial pour la communauté afrodescendante

 

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Image prise du Facebook de l’Echo des Sistas

 

 

L’Echo des Sistas est un nouveau Tumblr dont j’apprécie énormément l’initiative et de ce fait j’ai décidé de vous le faire partager. Il s’agit d’un Tumblr crée pour les afrodescendant.e.s s’identifiant comme tel.l.e.s. Ce Tumblr n’est pas fait pour les hommes cis. L’Echo des Sistas a pour vocation d’être un espace safe pour les afrodescentant-e-s où ils/elles peuvent écrire leurs échos, leurs pensées, leurs confessions…

 

Etant à peu près sur le même concept que le Tumblr Black Women Confessions, l’Echo des Sistas est une innovation dans l’espace francophone à mon avis. Je n’ai personnellement toujours pas perçu de blog ou d’espace francophone qui permettait de libérer nos paroles. Pour moi, cela est surtout innovant dans le sens où il s’agit d’un espace safe. Il permet ainsi aux afrodescent-e-s d’avoir une plateforme où ils/elles peuvent s’exprimer sans honte, sans peur. On peut ainsi prendre la parole, nous livrer ANONYMEMENT  sur nos expériences, sur nos oppressions, nos sentiments, nos questionnements, nos échecs, nos joies, nos réussites, nos pertes, nos angoissses et notre quotidien. Que ce soit du positif ou du négatif, tout est permis sauf si l’écho est « insultant/haineux, transphobe, misogynoiriste, queerphobe, acephobe(ace pour asexuel.le/aromantique), grossophobe, sexiste(dont slut-shaming), raciste, islamophobe, validiste(physique, psychique & mentale »*.

Bref, une initiative à suivre et à partager!

 

 

Donc les Afrodescendant-e-s, à vos claviers et surtout n’hésitez pas à le faire partager à d’autres sistas.

L’Echo des Sistas sur FACEBOOK TUMBLR 

 

 

*Texte en italique pris du Tumblr de l’Echo des Sistas 

 

 

Kel Lam

 

C’est quoi ton type?

Parlons apparences, physique et relations. Je ne vais pas m’attarder à parler « amour » dans ce post, puisque soyons fran-ch-es, lorsque l’on parle amour logiquement on n’évoque pas le physique alors qu’ici c’est principalement ce que je vais faire en parlant de « type ». Ce que j’entends par type est l’apparence physique.

Nous sommes actuellement dans une société française dans laquelle le paraître compte énormément et où nous sommes souvent défini-e-s malgré nous (surtout nous les racisé-e-s) par des stéréotypes -souvent- discriminatoires du fait de notre apparence. Nous nous trouvons dans une société qui nous apprend à avoir un-e compagne/ compagnon avec un certain physique. Elle nous impose des règles de perception physique à suivre.  Ainsi seront jugés les formes, les courbes, les traits, la chevelure et sa texture, la couleur de peau et son teint (régulier ou non, hyperpigmenté ou non etc), la couleur des yeux, le corps non valide et bien d’autres caractéristiques physiques. Elle nous apprend qu’est ce qui est acceptable chez l’autre (et chez NOUS aussi) et ce qui ne l’est pas. On se concentrera alors dans ce post sur l’apparence physique et de son influence dans les relations amoureuses et sexuelles. Puisqu’en effet, sous la question « C’est quoi ton type ? » se cache l’expression décomplexée et normalisée du racisme, du colorisme et du privilège blanc.

Bien que montrant le racisme normalisé de la société française, cette question est courante et populaire. Une grande partie de la population française tend à avoir un type. Traduisez une grande partie de la population française a une perception discriminante (raciste, sexiste, validiste…) des physiques.

C’est quoi ton type ? AUCUN. Ça devrait être votre réponse spontanée, non construite incluant tout-e-s les racisé-e-s et les blanc-h-e-s à cette question.  Normalement, si vous avez un minimum de conscience sociale et que vous n’êtes pas raciste (ou raciste avec vous-même pour les racisé-e-s-, si vous ne comprenez pas, vous allez saisir d’ici la fin du texte), VOUS N’AVEZ PAS DE TYPE PRECONCU. Vous n’avez même pas idée à ce qu’elle/qu’il peut bien ressembler avant de l’avoir rencontré.

Avoir un type c’est avoir une image construite, un idéal forcément issu de la société de la suprématie blanche. En général, le physique type parfait est le suivant : blanc-he , brun-e, blond-e, un corps valide (jamais ouvertement mentionné puisque sous-entendu sans complexe), légèrement musclé pour le genre masculin ou avec des formes légères pour le genre féminin , yeux marrons, bleus ou vert, cheveux lisses ou au pire –légèrement -bouclés. Là je suis sure que nous avons tous des images de ce type qui défilent dans notre cerveau. Mais on ne va pas se limiter à cela, on va aller plus loin. Puisque la suprématie blanche a mis en place des standards de beauté occidentalo-blanches, en découle alors le colorisme, le racisme et tout ce qui s’en suit.

 

Du coup, avoir à tout prix un type relève aussi de la fétichisation, du complexe en plus du racisme. Pourquoi ?

 

                 De la fétichisation : C’est lorsqu’une personne est attirée par vous seulement à cause de votre couleur de peau et des stéréotypes racistes qui en découlent. La notion de fétichisation est donc très large. Elle ne concerne pas seulement l’aspect sexuel mais je choisis personnellement de mettre l’accent dessus ici puisqu’il est en rapport avec le post. Alors qu’est ce qu’est la chosification sexuelle d’une personne racisée ? Vous ne la trouvez pas belle (bien qu’elle le soit), vous ne lui trouvez rien d’exceptionnelle. Seulement, du fait de sa couleur de peau qui n’est pas blanc-h-e, vous la trouvez exotique, vous l’hypersexualisez, vous fantasmez sexuellement sur son corps, sur ce qu’elle représente, ce qu’elle va vous apporter sexuellement. Vous en faites votre chose sexuelle dans votre imaginaire et pas que, aussi dans le réel. Vous voyez la personne racisée en face de vous, non comme votre semblable, un être humain mais comme l’autre, comme un corps étranger non humain, un outil sexuellement excitant. Par exemple, il existe une forte fétichisation des hommes et femmes noir-e-s. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des préjugés sur le sexe des hommes noirs ? Ou sur l’extravagance de la  sexualité des femmes noires au lit ?

 

 

                Du complexe : Qu’est-ce que j’entends par là ? Une personne racisée complexée du fait de sa couleur de peau et de ce qu’elle représente dans la société, ici française. Du coup, dans ce cas-là, il faut que mon autre (tout sauf ce que je suis) puisse compenser mon manque, me sauver, et sauver ma progéniture- par extension-, exemple en ayant un enfant métis. Avoir un enfant métis à tout prix dans ce cadre complexé est le reflet d’une fétichisation de l’enfant métisse (en général, enfant métissé blanc-he et racisé), vu par certaines personnes comme une réussite sociale. En gros, c’est « Je me déteste donc je déteste mon autre, mon semblable, qui est de la même couleur que moi », c’est ce que j’entends par être racisme envers soi-même, c’est le racisme intégré. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, voici un exemple. Les hommes noirs et femmes noires qui disent constamment : NON, NON je ne sors pas avec des noir-e-s. Oui, c’est parce que souvent ils se détestent eux-mêmes, s’ils pouvaient changer de couleur, ils le feraient. Ce sont des personnes complexées, souvent remplis d’énormes préjugés et stéréotypes sur leurs semblables noir-e-s provenant de l’image dégradante donné par la société.

 

                Du racisme : Tout d’abord, je pense à toutes les blanches et tous les blancs qui ne se posent jamais de question dans leurs choix amoureux et sexuelles, pour qui leur moitié, c’est eux/elles dans l’autre. En gros, leurs choix sont QUE et SEULEMENT des personnes blanches, ce sont souvent des personnes type physique comme décrit précédemment. Pourtant, personne ne se pose de questions sur le pourquoi de leurs choix et encore moins eux-mêmes. Oui, vous connaissez une personne blanche comme ça, c’est assez commun. A la question pourquoi est-ce que tu ne sors qu’avec des blanc-hes ? Ils ne sauront pas quoi vous répondre, ils balbutieront. Cela parce qu’ils ne se posent pas de question puisqu’ils sont blanc-h-es, c’est le privilège blanc, les standards de beauté sont occidentalo-blancs donc en gros même si ils sont conscient-e-s de tout cela, certain-e-s préfèreront rester dans la norme. Sauf bien sûr, si c’est pour s’amuser de temps en temps, pourquoi pas essayer, hein ? Chosifier et fétichiser de temps en temps. Tu connais ces phrases racistes à la con : Je ne sais pas, c’est comment un-e noir-e au lit? Je veux bien essayer.

 

Bref, ensuite, on a les stéréotypes racistes qui empêchent les individus racisés d’interagir émotionnellement ou sexuellement entre eux. Vous connaissez ou pas ? Afin de ne pas reproduire la violence des propos, je ne les écrierais pas si dessous. Mais partout sur les réseaux sociaux et même dans la vie quotidienne, on entend souvent des stéréotypes racistes (mysoginoir, négrophobie, arabophobie, asiaphobie..) sur les racisé-e-s en ce qui concerne les relations amoureuses et sexuelles. Comme vous le remarquez, je précise bien les stéréotypes raciste sur les racisé-e-s car il n’y en a pas sur les blanc-h-es parce que le racisme anti-blanc n’existe pas. Juste une petite piqûre de rappel.

Du coup, à cause de ce genre de stéréotypes que les gens ont, certaines personnes racisées sélectionnent de par la couleur de peau avec qui choisir ou n’approchent que des personnes de la même couleur de peau qu’elles. On l’a vu tout à l’heure pour les blanc-h-es, que la raison était le privilège blanc qui les aveuglaient. Mais dans le cas des racisé-e-s ?

OUI, il existe des racisé-e-s qui ne choisissent de sortir qu’avec des personnes de la même couleur de peau qu’eux/qu’elles et NON, ce n’est pas du racisme. Par exemple, je suis un homme pro-noir vivant en France, conscient socialement, je ne regarde que la couleur de peau lorsque j’approche une personne que ce soit pour une relation amoureuse ou seulement sexuelle. Je ne veux sortir qu’avec des noir-e-s comme moi, parce que mon choix est social et/ou politique, il n’est plus personnel. Je ne sors pas avec parce que je l’aime (mais avec le temps, on ne sait jamais, hein!) ou parce que la personne m’attire émotionnellement mais parce qu’elle est noire (avec le bonus du physique en général qui passe crème). Je suis dans l’optique de rechercher la personne qui me ressemble le plus, pas seulement par rapport à la couleur de peau mais aussi parfois au niveau de la conscientisation, une personne qui soit en accord avec ma vision de déconstruction de suprématie blanche. J’agis ainsi en tant qu’outil humain, je me sacrifie en mettant de côté mes émotions. Je ne m’intéresse qu’aux noir-e-s aussi car je vis dans la psychose de l’extinction du peuple noir dont je ne veux pas être complice. Cet exemple peut sembler exagérer mais à peine, il est tiré de vraies conversations que j’ai eue à avoir avec diverses personnes noires.

Personnellement, je trouve dommageable le fait de se focaliser sur la couleur de peau en premier lieu. De parler de sacrifice, de ne pas s’ouvrir sentimentalement, de faire comme si le mot « aimer » ne faisait pas partir de votre vocabulaire. Nous ne sommes pas des machines. Vous avez des sentiments, exprimez les. Cessez de d’agir comme des robots, si vous le faites, vous êtes des humain-e-s aussi. Juste une piqûre de rappel. L’amour, le ressenti, les sentiments c’est aussi pour les racisé-e-s.

Et si par exemple, vous êtes noir-e et que vous aimez un-e arabe ou un-e asiatique? Vous préférez faire semblant, vous mettre absolument avec un-e noir-e, juste pour la cause? Pour faire bien? Pour montrer que vous n’êtes pas un-e traître et que vous êtes une personne intègre? Vous savez, ce n’est pas votre partenaire qui définit votre niveau d’intégrité dans votre cause contre la négrophobie, plusieurs personnalités nous l’ont démontré avant nous : Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Alice Walker, Lorraine Hansberry…

 

Cependant, il est compréhensible pour moi que certain-e-s racisé-e-s privilégient les racisé-es ou alors leurs semblables elles/ils ne veulent pas à avoir à souffrir de racisme, fétichisation, de chosification et autre. Là dessus, dans ce cas là, je n’ai rien à redire.

 

La prochaine fois que vous serez attiré-e physiquement par une personne, posez-vous sincèrement la question, pourquoi cette personne vous attire-t-elle ?

 

Kel Lam

Racisme Anti-Blanc ?

Qu’est-ce que l’on appelle « racisme anti-blanc » ? De quoi s’agit-il ? Et pourquoi existe-il une controverse chez certain-e-s racisé-e-s par rapport à ce terme ?

N’étant pas blanche et ne l’ayant jamais subie, j’ai voulu me renseigner sur le sujet. J’ai décidé de lire des témoignages de personnes ayant subies le racisme anti-blanc. Je me suis résolue à lire l’essai Racisme anti-blanc : ne pas en parler un déni de réalité de Tarik Yildiz. Un petit essai d’une cinquantaine de page (empruntable dans les bibliothèques universitaires). Cet essai est composé d’entretiens de victimes d’agressions relatant des expériences vécues de racisme anti-blanc par des adolescents, des jeunes, des adultes. Je vais le spoiler ci-dessus (bien qu’il n’y ait pas vraiment grand-chose à spoiler)…  En lisant ce mini corpus, j’eus l’impression de lire une succession d’arguments déconstruisant le racisme anti-blanc montrant aussi que la dénonciation de ce racisme tend à une invisibilisation du racisme réel.

 

Racisme de Moshe Yefet La main blanche (on peut supposer d'un genre féminin) invisibilisant, empêchant l'expression de la femme noire.
Racisme du photographe Moshe Yefet
La main blanche (que l’on peut supposer d’un genre féminin) invisibilisant et empêchant l’expression-du racisme et du sexisme- de la femme Noire.

Qu’est le racisme anti-blanc aux yeux des victimes d’agression ?

Souvent, les victimes enquêtées disent être agressées parce qu’ils/elles sont français-e-s. Ainsi, à la page 13, on peut y lire par exemple : « J’avais la haine agressé physiquement et verbalement parce que français » ? Français ? Où se trouve la problématique de la race ? Ou bien ont-ils seulement une vision excluante et raciste de la nation française en pensant que français est forcément synonyme de blancheur… Il y a d’ailleurs dans ce génial l’essai, une continuelle distinction faite par les personnes enquêtées qui vise à séparer les Français-e-s des Arabes et des Noir-e-s, comme si ces derniers ne faisaient pas partie de la population française. Exemple : «Tout le monde pense tout de suite au racisme des Français envers les Arabes ou les Noirs ». On comprend qu’il y a un EUX vs NOUS et que ce sont les Français VS les Arabes et les Noir-e-s. C’est vrai que c’est impossible d’être français-e et arabe ? Ou français-e et noir-e, hein ?

Tout d’abord, jusqu’à preuve du contraire, le racisme n’est pas le fait de se faire agresser en raison de sa nationalité. Mais bien à cause de sa couleur de peau. Lorsque l’on se fait agresser physiquement, verbalement (quelque soit la forme) en raison de sa nationalité, cela s’appelle de la xénophobie. Il faut cesser d’employer n’importe quel terme pour n’importe quoi. Ouvrir un dictionnaire ou réaliser des recherches ça ne fait pas de mal. Dès lors, je ne vois pas en quoi le  racisme anti-français peut exister. Et pour cause encore à la page 19, on retrouve cette vision irréfléchie « Quand on dit racisme, personne ne pense au racisme anti-français » ! C’est NORMAL,  et je pense que c’est parce que cela n’existe pas.

Ce qui saute aux yeux avec ces expressions, c’est que ces victimes qui disent subir ce racisme anti-blanc, oublient qu’ils/qu’elles sont blancs/blanches. Alors qu’ils/qu’elles sont censé-e-s dénoncer  une discrimination raciale basé sur leur blancheur, non ? C’est le but premier, non ?

Les Français-e-s Blancs et Blanches s’oublient. Ils trouvent différents « synonymes » pour ne pas dire blanc-he-s. Il y a le  « car ils/elles sont français-e-s » (de pure souche, hein ?), « car ils/elles  sont Gaulois-e-s »  qui leur permet d’éviter de se voir comme Blanc-he-s. Leur permet de ne pas voir leur couleur de peau. Quand est ce que les Blancs/Blanches reconnaîtront et accepteront tout simplement qu’ils sont blancs/blanches ? Sinon de quelle couleur sont les Blancs/Blanches ? Neutre? Transparent? C’est vrai que lorsque l’on fait partie de la majorité de la population, il est difficile d’avoir des réflexions par rapport à ses positions puisqu’elles sont vues comme normales. Et puis surtout, il leur est plus facile de voir la couleur de peau des Racisé-e-s, de les catégoriser en fonction d’eux, la norme.

Une autre expression des victimes qui revient souvent dans l’essai: « issus de l’immigration », les «amis issus de l’immigration», « les familles issues de l’immigration ». On sait que cette expression vise explicitement les familles noires et arabes tout le long de l’essai et non les familles européennes, américaines ou asiatiques, on le sait. Mais pourtant tout le long du texte, il y a le placement de cette expression pour pas faire raciste, on ne va pas dire explicitement que ce sont des noires ou des arabes. Prenez pas de pincettes, n’ayez pas peur des mots, employez les.

Il y a aussi tout un vocable limite qui revient souvent parmi les enquêté-e-s : « la loi de la jungle », « la jungle » qui se passe de commentaire surtout lorsque l’on sait que ce vocable est associé à un lieu où habitent des personnes majoritairement d’origine africaine…

Tout au long de l’essai, censé être sur le racisme anti-blanc, certaines personnes enquêtées en dévoilant leurs expériences vécues de racisme anti-blanc associe ce « racisme»  avec le sujet de l’intolérance aux non-musulman-e-s. Personnellement, je ne vois pas en quoi cela est lié ou peut être lié au racisme anti-blanc. Cela ne vise pas une couleur de peau mais la non pratique d’une religion. De manière plus générale, c’est de l’ordre de la tolérance de certaines personnes (religieuse ou non) envers la religiosité ou non d’autres personnes. On peut appelle cela à la rigueur de la discrimination religieuse.

« Sale gwer », « Sale porc » : En quoi serait-il spécifique au racisme anti-blanc ? Puisqu’il ne vise pas la couleur de peau mais la religion (voire la pratique) ou la non religion d’une personne. D’ailleurs, ça n’a rien à voir avec le racisme tout courtSi je suis noire, arabe ou asiatique et qu’on me le dit, ai-je subie du racisme anti-blanc ? Ai-je subie du racisme? NON et NON! Que d’arguments pour déconstruire ce soi-disant « racisme »

A la page 29, un père musulman explique « le racisme anti-blanc dans la cité est en fait un racisme contre ceux qui n’appliquent pas à la lettre certaines obligations religieuses de l’islam ». ????? En quoi est-ce que cela a un rapport avec la couleur de peau ???? Bien heureusement, celui-ci se reprend juste après en désignant cela comme de « l’intolérance contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux ».

Sérieusement et LOGIQUEMENT, comment peut-on encore parler de racisme anti-blanc après cela ? En quoi cela peut constituer un racisme au même titre que l’arabophobie, la négrophobie ou encore l’asiaphobie ? Je ne vois pas. En sachant, que l’on vit en France dans un système de suprématie blanche (ou hégémonie blanche) avec une société majoritairement blanche.


Penser la blanchéité

Photo (prise par une amie- :) - en ma compagnie) d'une affiche dans le métro parisien avec insrit "White Power KKK" ("Pouvoir Blanc Klux Klux Klan")  le 4 août 2015
Photo (prise par une amie- Nana 🙂 – en ma compagnie) d’une affiche dans le métro parisien avec insrit dessus « White Power KKK » (« Pouvoir Blanc Klux Klux Klan ») le 4 août 2015

/!\ Petit topo vocable pour ceux qui pensent que c’est TROP abusé de parler de suprématie blanche ou d’hégémonie blanche en France. Ce qui est appelé suprématie blanche est la domination sociale, économique et politique des Blanc-he-s. Ce qui est le cas en France. Que ce soit dans le monde politique ou économique, le pouvoir est majoritairement détenu par des Blanc-he-s d’une certaine catégorie sociale. Mais même dans la sphère sociale, si on a les critères caucasiens (la NORME: peau blanche, cheveux lisses-accessoirement blond-e yeux bleus ahah-, culture française bourgeoise..), on a beaucoup plus de chances de s’insérer et de s’élever socialement et ainsi d’accéder aux hautes sphères de la société. Si vous logique et normalement constitué-e, vous voyez de fait que ce système exclut de fait un pan de la population française et plus durement et massivement les racisé-e-s. 

Mais alors qu’est-ce que c’est d’être Blanc-he ? Qu’est-ce que cela représente-t-il ? Pourquoi les Français-es Blanc-he-s refusent de se voir comme tel? Pourquoi la majorité blanche voit la couleur de peau des autres mais pas la leur ? Parce que justement, la blancheité fait partie de la majorité, fait partie d’un système et que celle-ci suppose un privilège que beaucoup ne veulent pas remettre en question.

Lors d’un témoignage dans l’essai, une victime a tout de même reconnu que la probabilité d’agression -verbale ou physique- est plus forte « si la couleur de la peau est plus blanche car il existe ce stéréotype du blanc riche ». L’agression est donc vue comme « une revanche sociale » dit un autre à la page 44. C’est dommage qu’ils n’aient pas creusé, ces stéréotypes et les causes de ces stéréotypes.

Ainsi, refusant de se voir en tant que Blanc-he, certain-e-s se disaient victimes « parce qu’ils avaient l’air plus faible »… La blancheur est synonyme de faiblesse ? LOL, depuis quand ? Surtout en France ? Ou peut-être est-ce parce que ces Blanc-he-s étaient minoritaires dans les milieux où ils ont subis ces agressions? Ou étaient-ils/elles en minorités lors des agressions ? Ce qui est logique, non ? Ils n’ont pas l’air plus faible à cause de leur couleur de peau mais parce que par rapport aux autres groupes raciaux, ils étaient minoritaires. Logique. C’est justement lorsque l’on se trouve en minorité raciale dans un espace où il y a échanges voire contact avec la majorité raciale que l’on a l’impact des problématiques raciales actuelles. Et que l’on se rend vraiment compte (si l’on veut bien ouvrir les yeux) à quel point les questions raciales sont encore (et toujours) d’actualité.

Les Blanc-he-s se retrouvant dans des milieux où ils sont des minorités par rapport aux personnes racisé-e-s, se rendent compte de l’impact de l’instauration d’un système occidental qui les privilégie. Ils se rendent compte de leur blancheur inconsciemment (ou pas d’ailleurs) et des conséquences que peuvent avoir le privilège blanc. Et c’est ce qu’ils/qu’elles appellent à tord le « racisme anti-blanc ». En effet, quand ces jeunes les attaquent physiquement ou moralement, en prononçant « Sale Blanc », « Sale Français », ils s’attaquent au symbole que renvoie la blancheur française. Le symbole du/de la Blanc-he riche exploitant les minorités racisé-e-s. L’image de la France vieille blanche colonisatrice, esclavagiste. France qui est d’ailleurs aujourd’hui toujours impérialiste et colonisatrice, ce qui apparemment ne semble pas choqué grand monde parmi la population française. Le Blanc et la Blanche dominant-e synonyme de canon de beauté (on a tou-te-s en tête l’image d’un-e blond-e, brun-e, yeux bleus, yeux verts). Synonyme d’éducation parce que oui, les racisé-e-s ne sont pas assez présent dans les manuels d’histoire et de géographie, surtout en ce qui concerne leur présence en France (parce que oui, on est pas là depuis les années 80 mais depuis des siècles). Synonyme de culture aussi parce que oui c’est très classe et français de faire de la danse classique, il existe même des écoles réputées spécialisé-e-s pour. Mais le rap, le hip hop ah non non, c’est la rue, c’est voyou! Blancheur comme synonyme d’un système d’oppression pour les minorités racisé-e-s, les renvoyant au système raciale colonisateur exploitant. Ce sont sur ces bases là (pour ne citer que ceux là…) que se font ces agressions dites « racistes anti-blanche ». Je dirais que ce sont des agressions qui vise en réalité à déconstruire le système du privilège blanc. Cependant, la manière est mauvaise, ce n’est pas en s’en prenant aux Blanc-he-s (surtout les minoritaires de quartier ou de banlieue, parfois dans les mêmes conditions sociales ou précaires que les racisé-e-s qui les violentent), en les insultant ou les agressant, que le système va changer. Je ne cautionne pas du tout la démarche.

Donc vous l’aurez compris, ce qui est appelé « racisme anti-blanc » n’est en réalité qu’une des conséquences du VRAI racisme et d’une tentative de déconstruction du système français en place.  On ne peut en AUCUN CAS le considérer comme étant un racisme.

Il s’agit d’un fait de social « délicat à aborder »  puisque récupérer « facilement par divers mouvements ». Mais peut-être aussi parce que cela obligerait que l’on pose les questions de blanchéité, de privilège blanc voire de suprématie (/hégémonie) blanche et de mettre en exergue l’ensemble des conséquences qu’ont eu les razzias négrières et la colonisation dans la société française. Et de là améliorer les avancés sur les questions raciales, commencer à briser le privilège de la blancheur et le système en place. Lorsqu’on voit les enjeux (qui peuvent accessoirement avoir des conséquences colossales), on peut comprendre qu’il y ait énormément de réticent-e-s…

En bref, pour celles et ceux qui sont encore réticent-e-s et non logiques. Les Blanc-he-s ne PEUVENT pas et ne pourront JAMAIS se mettre à la place des personnes racisé-e-s qui vivent réellement le racisme au quotidien. Le fait d’avoir une couleur de peau blanche permet de ne pas se soucier de la question raciale parce que VOUS faites partie de la majorité et que la blancheur est LA norme. Parce que le système dans lequel on se trouve permet beaucoup trop d’avantages et de privilèges aux personnes blanches. Puisque VOUS êtes Blanc-he-s lorsque vous êtes refusez à un poste, VOUS savez ce n’est  à cause de votre couleur de peau. Puisque vous êtes Blanc-he-s vous savez vous ne serez jamais contrôlé-e ou tué-e par la police à cause de votre couleur de peau. Puisque VOUS êtes Blanc-he-s vous savez que vous ne serez jamais suivi-e dans les magasins par des vigiles pour suspicion de vols. Puisque vous êtes Blanc-he-s, VOUS savez que vous n’avez pas à vous questionner sur le racisme systémique et institutionnel de l’Etat français (Les connaisseurs et connaisseuses savent à quel point ça fatigue, GROS BIG UP!). Puisque VOUS êtes Blanc-he-s vous aurez plus de facilité à monter dans les hautes sphères de la société et du pouvoir. Et si vous ne vous en rendiez pas compte, MAINTENANT VOUS LE SAVEZ. Et la liste peut continuer, et continuer…

Comme d’habitude, sur les questions raciales, la France est en retard. Aux USA, les étasunien-ne-s blanc-he-s combattant (VRAIMENT! Pas comme ici…) le racisme, ont tenté d’apporter des réflexions sur la question de la blanchéité, sur le privilège blanc, la suprématie blanche et des institutions racistes. Il existe même des filières universitaires étasuniennes sur la blanchéité, des cours, des ouvrages.

Si vous êtes intéressés sur ces questions, vous pouvez regarder gratuitement:

Whitewashed : Unmasking the World of Whiteness https://www.youtube.com/watch?v=9hiuBlyso0U : Il est tout en anglais, non sous-titré, mais il est compréhensible pour ceux qui ont un anglais oral basique. C’est de loin mon préféré puisqu’il est effectué sous forme de micro-trottoir donnant la parole à différent-e-s Blancs et Blanches d’une grande honnêteté en matière raciale, certain-e-s ont conscience de leur blancheur, d’autres non. Un extrait de témoignage : « I don’t have any trouble admitting that I’m a racist. I think it’s absurd to try to fight with that. I grew up in this society, I was conditioned by it, I think internally in my psyche I have grounded and rooted those attitudes and I see them all the time. » / «Je n’ai pas de problème à affirmer que je suis un raciste. Je trouve idiot d’essayer de le nier, j’ai grandi dans cette société, j’ai été formé (conditionné) par celle-ci, Je pense qu’à l’intérieur dans mon esprit j’ai forgé et enraciné ces attitudes et je les vois tout le temps ».

 

White Like Me : https://www.youtube.com/watch?v=ItiXR5m1yAY Aborde aussi la question de la blanchéité et du privilège blanc en anglais, sans sous-titre, mais là aussi le tout est compréhensible et très intéressant.

De plus, récemment MTV USA (faut ne pas rêver pour la France, hein !) a réalisé un documentaire White People que vous pouvez regarder ici : https://www.youtube.com/watch?v=_zjj1PmJcRM . Il aborde la question de la blanchéité auprès de jeunes adultes blanc-he-s. Il n’est pas aussi pertinent que les documentaires précédents (peut être parce que là le réalisateur était racisé ce qui n’a pas mis les Blanc-he-s en confiance pour bien parler honnêtement de leur blancheur) mais est intéressant pour un début de dialogue sur la blanchéité. Voici un article critique (en anglais, encore) résumant un point de vue sur ce documentaire: http://www.upworthy.com/mtv-decided-to-make-a-bunch-of-white-kids-talk-about-whiteness-and-it-may-have-helped-them.

J’espère que dorénavant les Blanc-he-s anti-racistes, qui disent vouloir nous aider, NOUS les Racisé-e-s, commenceront à réfléchir sur la Blanchéité et à dénoncer le système dominant blanc, le privilège blanc. Plutôt que de seulement dénoncer Nos discriminations vécues, Nos racismes vécus. Chose que l’on fait déjà très bien Nous-même.

Kel Lam.

L’utilisation du mot « Black » pour les Noir-e-s de France : une insulte sans nom.

Il est de plus en plus tendance d’appeler « Black » les personnes de couleur noire en France. Et ce malgré le fait qu’il existe déjà un mot dans la langue française pour caractériser ces individus : Noir-e.

Il s’agit d’un anglicisme qui n’évoque rien de bon pour la société française. Tout d’abord, ce mot contribue fortement à l’africainétasunisation des français-e-s noir-e-s. Dès lors, la question noire est vue comme une problématique lointaine. Une problématique qui n’aurait pas lieu d’être dans la société française. Lorsque la question noire est abordée, elle est toujours orientée vers les Etats-Unis. Alors que les problématiques vécues par ces deux communautés que ce soit en France ou aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes. Lorsqu’est abordé le sujet des violences policières dont souffrent les Noir-e-s, l’œil français (et encore plus lourdement des Noir-e-s de France malheureusement) est constamment en train de s’apitoyer, de s’émouvoir sur la souffrance des africain étasunien et de les dénoncer. Ce qui est fort légitime. Mais ce qui existe là-bas, existe aussi ici. Peu de ceux qui se plaignent des exactions de la police étasunienne sont là pour dénoncer par exemple les morts de Lamine Dieng, Mahamadou Marega, Aboulaye Camara, Bertrand Nzohabonayo (et bien d’autres sans compter les autres racisé-e-s et les minorités sexuelles). Le mot « Black » est donc parfait pour contourner la question noire en France ainsi que toutes les problématiques qui y sont liées.

Le terme « Black » démontre l’attitude toujours et extrêmement complexé envers les Noir-e-s de France . On sait comment nommer sans froisser, sans vexer, sans choquer. Cela contribue à la marginalisation de ces Noir-e-s. On marginalise les Noir-e-s en les assimilant à des « Black » invisibilisant ainsi leurs expériences racisées. Une marginalisation déjà de fait à cause de la discrimination au faciès. Il y a aussi à travers l’expression de ce terme une forte exotisation des personnes noires. Implicitement, on peut aussi voir un renforcement contemporain de l’imaginaire colonial sur les Noir-e-s dans notre société française qui se cristallise avec ce mot. Comme on peut le voir avec les recherches Google :

Outre la deuxième question sur les Black Eyed Peas, on peut voir que la plupart des questions portent sur la sexualité de l'homme noir ici exotisé.
Outre la deuxième question sur les Black Eyed Peas, on peut voir que la plupart des questions portent essentiellement sur la sexualité de l’homme noir ici exotisé.

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En ce qui concerne les femmes, le mot « Black » n’est pas trouvable dans les termes de recherches sur Google. Tout simplement parce que ce terme a une lourde connotation pornographique. En effet, lorsque vous recherchez « femme black », des sites pornographiques s’affichent dans les résultats. Ainsi, dans les termes de recherches lorsque vous commencez à taper « femme black »,  « Black » sera remplacé par Noire.

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A la question posée (aux personnes Noir-e-s et non Noir-e-s) : Pourquoi dis-tu « Black » ?  La réponse (des Noir-e-s et non Noir-e-s) est souvent : Parce que ça fait mieux, parce que c’est plus stylé, parce que ça fait moins raciste, parce que ça fait plus américain, parce que ça fait plus cool…

Il est de coutume républicaine française de ne pas désigner une personne par sa couleur de peau, de peur de créer des divisions, d’effectuer des catégorisations de la société parce que la République Française se veut « Une et Indivisible ».  Elle se voit comme une société abstraite où nous serions tous des personnages hybrides, identiques, abstrait, laïque et égaux où les questions de race, de classe, de genre (et tout autre question) n’existeraient pas. Une société qui a l’air d’être tout droit sorti d’un film d’horreur cauchemardesque invisibilisant toutes les personnes discriminées par l’ensemble de ces questions.

D’ailleurs, petite parenthèse. Au travers de cette idée de la France, on peut se rendre compte de la peur idiote du communautarisme. Cette peur qui ne vise que les minorités d’en bas. Que des hommes ou femmes blanches se réunissent pour se rencontrer, discuter politique, art, économie ou autre. Cela ne pose pas problème. Mais lorsque que ce sont des hommes ou femmes noir-e-s ou arabes ou bien asiatiques, cela pose automatiquement problème. D’ailleurs, il y a toujours cette peur constante qu’il y ait trop de Noir-e-s dans un lieu public. Ainsi, lors du rassemblement « Je suis Nigérian-e », où les Noir-e-s étaient massivement présent-e-s, il était courant d’entendre : « Il y a tellement de Noir-e-s… C’est chelou ». Ou encore dans d’autres contextes des propos de la part de certain-e-s Blanc-h-e-s : « Je veux bien aller à ta soirée mais faut pas qu’il y ait trop de Noir-e-s », «Je vais pas dans ce genre de quartier, il y a trop de Noir-e-s», «J’aime pas ce genre de quartier, c’est plus Paris là bas, c’est la banlieue, c’est l’Afrique là bas», « J’aime pas ce genre de soirée, les gens sont pas assez diversifiés », « Ah je suis étonnée, j’avais peur, je pensais que je serais la seule Blanche !» « Ah mais non, t’inquiètes ! ». Et pourquoi t’inquiètes ? Parce que si la Blanche se trouve au milieu de Noir-e-s, elle va se faire manger ?

Dire qu’une personne est noire, blanche ou métisse n’est pas raciste. Bien que la race soit une construction résultant de la traite négrière, la question raciale est aujourd’hui un fait que nulle ne peut nier. Du moins, elle est une réalité forcée pour ceux pour qui la race est  centrale au quotidien: les racisé-e-s.

La couleur noire serait tellement lourde à porter qu’il faudrait une échappatoire. Echappatoire que nous tendrait avec le mot « Black ». Un renforcement de la domination exercé sur les Noir-e-s émerge alors avec le consentement de ceux même Noir-e-s qui y contribue en employant aussi ce mot.

Il faut constamment un masque/un ensemble artificiel pour le marginalisé, en l’occurrence ici les Noir-e-s pour pouvoir faire partie « intégrante » de la société française.

Parce que la dénomination que l’on s’attribue ou que l’on attribue aux autres n’est pas veine de conséquences pour soi ou pour les autres et renferme une multitude de problématiques, cessez l’emploi du mot « Black » envers les Noir-e-s.

Articles qui ont déjà évoqués le problème sur le WEB :

Un article de Slate datant de 2012 traite de la question : http://www.slate.fr/story/52115/noir

Un article de African Links 2009 : http://africanlinks.net/2014/02/06/sur-lutilisation-du-terme-black-en-france/

Kel Lam.

Où sont-ils ? Où sont-elles ?

Où sont celles et ceux qui se plaignent constamment sur les réseaux sociaux? Celles et ceux qui se plaignent de la différence de traitement accordée aux racisé-e-s en France. Enfin… Qui se plaignent surtout des violences policières aux Etats-Unis oubliant d’ailleurs que nombre de leurs concitoyen-e-s français-e-s subissent le même sort. La différence est qu’il n’y a pas d’intérêt réel des individus, des médias sur ce qui se passe en France en ce qui concerne les questions sociales qui frappent directement les racisé-e-s.

JUSTICE FOR TAMIR RICE! JUSTICE FOR ERIC GARNER! JUSTICE FOR AIYANA JONES! #BLACKLIVESMATTER #SAYHERNAME. OK.

Mais j’aimerais aussi voir ceci en France (et aux Etats-Unis ainsi que partout dans le Monde, pourquoi pas, hein!):

JUSTICE FOR LAMINE DIENG! JUSTICE FOR MAHAMADOU MAREGA! JUSTICE FOR TIMOTHEE LAKE! JUSTICE FOR TINA SEBAA! JUSTICE FOR ZYED & BOUNA! #NIOUBLINIPARDON #LESVIESRACISEESFRANCAISESCOMPTENT 

Beaucoup parlent, beaucoup blogguent et rebbloguent, beaucoup gueulent, beaucoup tweetent, beaucoup retweetent, beaucoup partagent, beaucoup postent, beaucoup like, beaucoup participent aux événements. Mais peu marchent, peu soutiennent réellement.  Lors des marches de soutiens ou de revendications réclamant la justice, les voix du web sont absents. De vrai-e-s fantômes.

La dernière marche en date, la voici.

La 8ème année consécutive de marche en commémoration pour Lamine Dieng, tué par les policiers du 20ème arrondissement de Paris. 

photo prise lors de la marche.
photo prise lors de la marche.

Il existe une vidéo qui retrace la marche du 20 juin contre les violences policières. Avec pour porte parole, la sœur de Lamine DIENG, Ramata DIENG (FB du Collectif Cases Rebelles).

Lamine DIENG était un jeune homme de 25 ans lorsqu’il a été tué dans un fourgon de police par des policiers du 20ème arrondissement. La justice française n’a toujours pas rendu une décision établissant la vérité dans cette affaire. Après 8 ans de procès, le 17 juin dernier, un NON LIEU a été confirmé par la Chambre de l’instruction de la Cour d’Appel de Paris pour les policiers meurtriers. La famille a donc décidé de se pourvoir en cassation.

Malheureusement, il ne s’agit pas d’une affaire isolée en France. Au contraire, des affaires Lamine Dieng, il y en a trop (FB). Bastamag a d’ailleurs réalisé une frise qui tente de retracer les homicides commis par la police.

Ceux qui pensent qu’ils ou qu’elles ne sont pas concerné-e-s parce qu’ils ou qu’elles ne sont pas noir-e-s ou maghrébin-e-s ont tord. Vraiment tord. Surtout que la couleur de peau n’est pas un obstacle au soutien, à l’entraide et à la solidarité.

Celles qui pensent qu’elles ne sont pas concernées parce qu’elles ne sont pas des hommes ont tord. Ce n’est pas parce que votre genre n’est pas particulièrement visé par les actes d’injustices que vous ne pouvez pas vous manifestez. Le genre ne doit pas être un déterminisme de mobilisation. Ainsi ceux qui pensent qu’ils ne peuvent pas manifester contre les viols massifs au Congo et contre les violences faites aux femmes dans le monde, ont tord.

Ramata Dieng, sœur de Lamine Dieng lors de la marche contre les violences policières et en commémoration  à son frère
Ramata Dieng, sœur de Lamine Dieng lors de la marche contre les violences policières et en commémoration à son frère

Le hip hop, les vêtements indiens, le street art, le rap, l’afrobeat, le wax, l’épilation au fil, l’afro, le dashiki, les cultures urbaines, le henné, la cuisine maghrébine, la cuisine asiatique, les soirées hip hop… Tout ce qui provient des quartiers dit « populaires » , des banlieues et des racisé-e-s est continuellement exposé et à la « mode ». Par contre, les expériences des individus provenant de ces lieux ne sont que rarement visibles, elles sont constamment caché-e-s. On ne s’y intéresse pas, à croire qu’il s’agirait d’un malaise honteux à cacher. Or il n’y a rien d’honteux et il n’y a pas de malaise à avoir.

Il n’y a pas de honte ou de malaise à avoir subi le racisme, la négrophobie, le sexisme, l’asiaphobie, la misogynoir, la grossophobie, l’islamophobie ou autre forme de discrimination. Il n’y a pas de honte  à avoir été battu-e. Il n’y a pas de honte à avoir été violé-e. Il n’y a pas de honte à avoir été volé-e. Il n’y a pas de honte à avoir subi de l’injustice. Il n’y a pas de honte à avoir été insulté-e. Et ce quelque soit la personne ou le groupe d’individus qui effectuent cela envers vous. Ce doit être les auteurs de ces faits qui doivent avoir honte et ressentir le malaise.

Il faut cesser d’avoir peur. Peur de dénoncer ? Peur de manifester ? Peur de soutenir? Peur de revendiquer? Peur de la police? Peur de redresser l’échine? Peur des conséquences? Peur d’être fiché-es? Peur de mourir ?

Quelque soit la peur qui vous habite, un jour ou l’autre, il faudra l’affronter. Parce que la peur ne doit pas contraindre nos vies. Nous, la population civile avons les cartes en jeu et avons les moyens d’agir en tant que masse populaire.

Info de dernière minute: Nous sommes DEJA TOUS fiché-e-s! Nous allons TOUS mourir! C’est seulement la manière dont cette mort va s’abattre sur nous que l’on ne connait pas.

En espérant que les nombreuses voix fantomatiques du web se manifestent enfin dans la rue aux côtés de celles et ceux qui osent dénoncer, soutenir, revendiquer et redresser l’échine, je vous laisse sur cette image.

Photo du cortège de la marche faisant face à la police du 20ème arrondissement, en face du commissariat où les policiers meurtriers sont toujours en exercice et ont été promu et gradé. Ceci était un rappel de notre mécontentement des violences qu'elle effectue. Et un rappel que nous n'oublions pas Lamine DIENG.
Photo du cortège de la marche faisant face à la police du 20ème arrondissement, en face du commissariat où les policiers meurtriers sont toujours en exercice et ont été promu et gradé. Ceci était un rappel de notre mécontentement des violences qu’elle effectue. Et un rappel que nous n’oublions pas Lamine DIENG.

D’ailleurs, j’en profite pour féliciter celles et ceux qui osent dénoncer, soutenir, revendiquer et redresser l’échine même en petit nombre, qui bravent la peur (ou qui n’ont pas peur), les interdits et l’autorité. J’espère que toutes vos luttes aboutiront.

Kel Lam.

Un mal tabou marginalisé et consenti ?

Tout le monde le sait pourtant, les produits transformant chimiquement la peau contiennent des substances extrêmement dangereuses pour la santé. Des composants tels que le glucocorticoïde, le mercure ou encore l’hydroquinone sont interdits par la loi française. Pourtant, il continue d’exister aujourd’hui des produits éclaircissants et blanchissants dans lequels il est encore possible de les trouver. De plus, en dépit de ces substances interdites, malgré la dangerosité de ces produits sur la peau, ceux-ci sont tout de même en circulation en France ainsi que dans toute l’Europe. Il s’agit d’un marché en pleine émergence. On ne trouve plus les produits éclaircissants que dans les petits magasins de quartier destinés largement au public racisé mais on le trouve maintenant en grande surface (Auchan par exemple pour ceux qui l’aurait remarqué). En effet, il s’agit d’un marché qui s’élève à des milliards d’euros. Et souvent, qui dit « €€€ » dit aucun intérêt pour le sujet et les effets (pervers) du produit proposé pourvu qu’il fructifie le chiffre d’affaire.

Alors pourquoi ne pas pour une fois s’intéresser au sujet et aux réelles problématiques que rengorge l’éclaircissement et le blanchiment de la peau ?

Fondamentalement, le but de ces pratiques est de transformer la peau. C’est-à-dire de modifier la peau originelle, dit « naturelle », dans le but que la peau n’ait plus son apparence primaire. La transformation de la peau peut être le fruit d’une transformation naturelle ou chimique. Par exemple, la transformation naturelle renvoie au bronzage dû au soleil. Alors que la transformation chimique renvoie aux séances UV en centre de bronzage. Je profite d’ailleurs ici pour attirer l’attention sur ce phénomène qu’est le bronzage. En effet, si pour les peaux mates et noires, les produits éclaircissants et blanchissants sont en pleine expansion, en ce qui concerne les peaux pâles, claires, blanches, ce sont les centres de bronzages qui ne cessent de se multipliés. Ce qui peut paraître paradoxal et en contradiction (notamment avec cette idée d’une norme blanche sociale). Sauf que le marché florissant du bronzage n’a pas du tout les mêmes aspects que l’éclaircissement ou le blanchiment de la peau. Le bronzage est un synonyme de loisir, un synonyme de l’appartenance à une « société de loisirs », de privilège. Il réside alors une aspiration à l’appartenance à une élite sociale. Alors que pour certains il s’agit d’une mode, pour d’autres il s’agit d’un mode de vie qui fait partie de leur routine bien-être. Bronzer est alors synonyme de beauté. Malgré quelques similitudes, on peut ne donc pas réellement mettre le bronzage sur le même plan que le blanchiment ou l’éclaircissement.

Il convient tout d’abord de mettre en lumière que même si les femmes sont souvent les premières visées dans l’utilisation de ces produits, les hommes aussi les utilisent. Essentiellement, des produits éclaircissants. Une enquête sociologique avait été effectuée par Emeriau Céline auprès des vendeurs mais aussi des acheteurs montrant que les hommes aussi utilisent les produits éclaircissants. De plus, un chercheur congolais M’Bemba Ndoumba Gaston avait démontré à partir de plusieurs enquêtes, qu’au Congo les hommes utilisaient autant de produits éclaircissants et blanchissants que les femmes. Il faut aussi impérativement distinguer l’éclaircissement du blanchiment. Nombreux sont ceux qui confondent ces deux termes alors qu’ils ne renferment pas les mêmes affinités.

L’éclaircissement est le fait de s’éclaircir la peau sans pour autant viser la teinte la plus claire possible. La personne de couleur mate ou noire ne le fait pas pour être blanc ou blanche. Des préjugés sociaux autour de ces personnes circulent souvent sur le fait que ce soient des personnes déracinés ou honteuses de leur cultures. Mais non, souvent ce sont au contraire des personnes qui revendiquent leur culture ou leur attachement à celle-ci. La pratique de l’éclaircissement est en réalité un révélateur du colorisme ambiant régnant au sein de chaque groupe racial mat ou noir mais aussi à l’échelle de la société. Il réside toujours une préférence (collective-implicite ou non) quel que soit le groupe racial d’appartenance pour la teinte la plus claire. Ici, par exemple le Noir qui souhaitera s’éclaircir la peau n’aura pas pour exemple un Blanc mais un Métisse ou un Noir plus clair que lui. Les fantasmes pour celui-ci se tourneront sur les peaux de John Legend, Michael Ealy ou encore Terrence J. Il y résidera alors chez certains une constante comparaison maladive. On retrouve d’ailleurs cette idée chez Fanon, de cette constante comparaison destructrice entre les Noir-e-s, ceux qui ne pouvaient pas s’imaginer comme étant l’égal des Blancs, ceux-ci étant la norme. Ainsi, dans le but alors de se sentir plus désiré-e, plus belle/beau ou mieux accepté-e, la personne en question optera pour l’éclaircissement de la peau. Et cela marche (malheureusement ou pas, d’ailleurs !). Lorsque la plupart des femmes (celles qui ont témoignés dans les enquêtes d’Emeriau) s’éclaircissent la peau, elles sont mieux vues, beaucoup plus complimentées. La vie leur semble plus facile dans la globalité. De même, les hommes (quel que soit le type de couleur de peau) sont beaucoup plus attirés par celles-ci. Un homme qui s’éclaircissait la peau avait d’ailleurs témoigné dans le livre d’Emeriau  qu’il se sentait plus beau, propre et apte à draguer (ce parallèle peut être fait avec le témoignage recueilli par M’Bembe N’doumba Gaston d’un homme noir s’éclaircissant la peau). Par ailleurs, il faut souligner que l’utilisation de produits éclaircissants s’utilise chez certain-e-s à des fins dermatologiques à cause du manque de connaissance (ou la non prise en compte ?) de dermatologues spécialisés pour les peaux mates ou noires. Ces peaux étant généralement stigmatisées comme des peaux à problèmes, grasses, les bons produits adaptés réellement à leurs peaux. Par conséquent, lorsque vous avez un teint mat ou noir, que vous vous rendez directement dans un parashop ou dans une pharmacie ou parapharmacie et que vous demandez des propositions de soins pour votre peau à cause de quelques boutons ou tâches, on vous dirigera vers des produits alliant éclaircissement et matification. Pourtant aujourd’hui, certains instituts sont spécialement conçus pour les peaux/cheveux mates et noires. De même, certains produits sont censées résoudre les problèmes dermatologiques rencontrés par les peaux mates et noires).Ces produits n’étant pas à la portée de tout le monde financièrement, il sera plus facile pour d’autres de se diriger directement à la petite boutique du quartier vendant massivement des produits éclaircissants promettant des résultats rapide avec à la clé une peau claire et matifiée.

Le blanchiment est une méthode radicale. Au sens où il réside une volonté d’employer une méthode total, efficace avec des moyens d’actions forts qui s’attaquent à l’essence profonde, à la racine même, ici la noirceur, la mélanine. Ce pigment à l’origine de la couleur foncée se voit évincer au profit de l’imposition d’une couleur blanche artificielle. Le blanchiment de la peau n’est pas pratiqué sur la base d’une comparaison au sein d’un groupe racial mais dans le but de l’atteinte d’une norme racial explicite : le/la Blanc-he. Cette pratique permet de se distanciée totalement de la couleur noire et du poids socio-historique lié à cette couleur de peau. La couleur noire agissant comme un marqueur physique, elle sert à effectuer une discrimination raciale de fait. Il s’agit alors d’une pratique qui touche majoritairement les Noir-e-s. Le blanchiment de la peau n’est pas forcément pour couper avec ses racines africaines ou renier sa culture africaine. C’est surtout dans le but de s’évader, de se détacher des stéréotypes racistes qui entourent la couleur noire. Certains Noir-e-s sont alors esclave de leur couleur de peau, n’ayant pas les possibilités d’affirmer leur négritude ou de rester eux-mêmes tout en faisant face au racisme ambiant. Ils ont alors tranchés en utilisant le «sérum de dénigrification».

Avec le blanchiment de la peau, on a une multitude de discours véhiculé. On a d’abord le discours esthétique avec l’idée de la primauté de la beauté caucasienne occidentale, le discours social avec l’idée du privilège blanc qui réside au sein d’une société mais aussi un certain discours identitaire puisqu’il y a ici une identification explicite aux Blanc-hes. Le blanchiment de la peau les permet d’être mieux perçus dans l’ensemble de la société. Mais aussi d’être mieux perçus par eux/elles-mêmes. La pratique permet alors d’atteindre une réelle libération.

Le blanchiment et l’éclaircissement sont des manières d’éradiquer un mal être, un sentiment d’infériorité. C’est un moyen de faire face à l’exclusion, de pouvoir se conformer à la norme et pouvoir faire partir ou du moins de répondre à des critères imposant un idéal caucasien. Il s’agit pour les individus pratiquant ces méthodes de transformation chimique corporelle d’aborder une nouvelle vie où ils/elles sont plus visibles (socialement et esthétiquement), plus complimenté-e-s et plus apprécié-e-s. Cela agit alors comme une drogue. Cela crée une dépendance, une addiction. Ces individus ont ensuite du mal à se débarrasser de ces différents produits.

Celles/ceux qui se blanchissent/éclaircissent la peau ont-ils tort ?

Non, le réel problème émane de la société. Véhiculant la primauté d’une certaine teinte de peau en marginalisant, celle-ci contribue fortement à ce mal généralisé. Elle oppresse et néglige une catégorie d’individus en lui imposant un idéal qui ne pourra jamais lui convenir. Elle consent à ce mal en laissant le racisme ambiant se propager avec toujours plus de vigueur. Ainsi, on peut se poser la question de savoir si  les produits de transformation corporelle chimique listés comme dangereux  ne l’étaient pas, ne saurions-nous pas majoritairement à peaux claires dans ces sociétés occidentales? Ceux qui refusent d’utiliser ces produits d’éclaircissement et de blanchiment ne seront pas en fin de compte des résistant-e-s au système? Au même titre aujourd’hui avec que le port du cheveu crépu (surtout porté en afro) qui est (malgré lui) un acte militant.

Au final, ceux qui se blanchissent et s’éclaircissent la peau n’essayerait-ils pas seulement de se conforter à la règle ? Cette règle qui impose une affirmation de la suprématie du privilège sociale, économique et esthétique du/de la caucasien-e. On remarque d’ailleurs que cela agit sous différents formes chez tous les peuples anciennement colonisés ainsi que leurs descendants. Par exemple, en Asie du Sud-Est, nombre sont ceux (surtout des acteurs et actrices de Dramas coréen, japonais ou encore des stars de K-pop) qui réalisent des interventions chirurgicales (étirement des yeux, allongement du nez, gonflement des lèvres voire des pectoraux…) afin de se rapprocher de l’idéal caucasien. On peut aussi prendre l’exemple de l’éclaircissement et du blanchissement de la peau en pleine expansion en Asie Occidentale ou encore au Maghreb. Partout, l’on tente de se conformer à cette règle inatteignable.

Au lieu de sans cesse stigmatisé ces pratiquant-e-s en les pointant du doigt, en les dénigrant ne devrions pas justement les comprendre ? Comprendre le passage à l’acte ? En identifier les raisons ? Et aussi peut-être qu’au lieu de ne lutter seulement contre l’éclaircissement et/ou le blanchiment de la peau et de se concentrer seulement sur les sociétés productrices de ces produits, il ne serait pas plus judicieux de lutter contre le diktat caucasien globalement imposé ?

A quand une réelle prise en charge des pratiquant-e-s de ces produits et qui souffrent ? A quand réel suivi psychologique ? Une norme (globale) sociale, économique et esthétique qui serait ENFIN pluri-identitaire, pluriethnique et pluriculturelle ?

Le marché autour des produits éclaircissants et blanchissants étant plus florissant que jamais, il est vrai que l’on peut douter d’un éventuel changement. L’environnement global est prédestiné a encouragé ce mal et à le maintenir au sein de la société comme un secret tabou et silencieusement accepté. Au contraire, il serait plus que temps d’en discuter ouvertement et sans honte (surtout de la part des pratiquant-e-s puisqu’il n’y a pas lieu d’en avoir) si l’on veut qu’un changement aboutisse.

Sources utilisées :

Le site du Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine, l’onglet Connaître le bronzage en cabine : http://www.snpbc.org/marche-du-bronzage-en-cabine/

M’Bemba-Ndoumba, Gaston. — Ces Noirs qui se blanchissent la peau. La pratique du « maquillage » chez les Congolais : un résumé de son essai sur la question ici : https://etudesafricaines.revues.org/6088

FANON Frantz, Œuvres, Peaux Noires, Masques Blancs, Collection Cahier. Dans le chapitre 5, l’expérience vécue d’un Noir où la notion de « sérum de dénégrification » est abordée.

EMERIAU Céline, S’éclaircir pour faire « peau neuve », Une pratique entre santé et identité, PUN, Editions universitaire de Lorraine : pour tout ce qui concerne les enquêtes, recherches sur les personnes utilisant les produits éclaircissants et blanchissants.

Kel lam.

Afropéen-ne ?!

« Afropéen-ne »! C’est le mot du moment. Il ne cesse de prendre de l’ampleur depuis quelques années sur internet. Il commence à prendre une certaine place dans le domaine public. Cette année a eu lieu en Février la première rencontre « Afropéenne » à Paris au Carreau du Temple dans le cadre du festival AfricaParis.

Des articles ont tentés d’élaborer des définitions de ce terme. Ceux de Libération et de Culture Kamite m’ont particulièrement interpellée sur le sujet. En effet, je trouve que les définitions proposées sont loin d’être satisfaisante.

Tout d’abord, celui de Libération . Le contenu reprenant ce qui trame sur la blogosphère n’a pas vraiment d’intérêt mais la définition faite de l’ «Afropéen-ne», si. Vous pouvez consultez l’article ici : http://www.liberation.fr/debats/2015/04/09/afropeen-adj-qualifie-le-fait-d-etre-noir-et-ne-en-europe_1237052 . Il considère «Afropéen» comme un adjectif, au masculin, désignant « un Noir né en Europe ». Noir né en Europe ? Donc la noirceur d’un individu définit obligatoirement son identité? Je suis noir donc je suis Africain ? Donc si je suis Blanche, je suis forcément Européenne ? C’est vrai, j’oubliais des africaines blanches, cela n’existe pas (hein). Déconstruisons ces stéréotypes. La couleur de peau ne définit pas une identité et « l’origine » dans une moindre mesure (le berceau de l’Humanité est l’Afrique pourtant personne ne renvoie un Européen blanc à ses origines africaines, non ? Parce que l’Afrique est assimilée à la couleur noire, les Noir-e-s seront toujours renvoyés à leurs origines africaines contrairement aux Asiatiques, aux Européens…). Une définition très réductrice réalisée qui omet bon nombre d’individus. J’ai alors une pensée particulière pour les Maghrébins, Maghrébines et autres individus non Noir d’origine africaine né en Europe. Mais aussi une pensée pour les Africains vivants en Europe ayant adopté la culture européenne. Et pour finir pensée aussi aux FEMMES NoirES, invisible dans cette définition. On a beau dire qu’à travers la majuscule ajoutée aux mots tels que « Homme », « Noir » la femme est représentée. Je ne le pense pas. Je doute d’ailleurs qu’un homme puisse se sentir représenté à travers la majuscule ajoutée au mot « Femme » ou « Noire » (avec la marque du féminin). Bref, on est en 2015, les représentations comptent, faisons-y attention.

Plusieurs articles (majoritairement) afrocentristes ont élaborés un discours sévère de « l’Afropéanisme« . L’article publié sur le site Culture Kamite est le plus conséquent (et revêt ainsi plus d’intérêt au niveau de l’argumentaire proposé). Il propose une définition sans précédent. Il insulte fermement le terme et ceux qui s’en revendiquent. Déclarant ainsi que «Pour se démarquer de leurs congénères et échapper au mépris, de nombreux Africains vivant dans l’Hexagone se désafricanisent en se faisant appeler Afropéens, une identité artificielle reconnue nulle part. Sourire forcé aux lèvres, ils applaudissent des négrophobes patentés dans l’optique d’obtenir un strapotin». Il ne s’agit pas d’une blague. Vous pouvez le lire ici pour les intéressé-e-s: http://culture-kamite.com/a-force-de-sabreuver-a-la-television-les-afropeens-se-sont-vulnerabilises-ils-succombent-facilement-au-poison/. Les «Afropéen-e-s» seraient alors des personnes « naïves, vulnérables, dociles, complexés, aliénés » dont le seul sujet de conversation (favori du moins) est l’intégration.

La question de l’intégration soulevé ici est pertinente. Il est critiqué le fait pour un-e afrodescendant-e d’aborder le sujet de l’intégration puisqu’il/elle serait de fait entièrement africain-e. Pour contredire cet argumentaire (ou du moins le nuancer), j’invite les intéressé-e-s à porter leur attention sur l’itinéraire de vie de Maryse Condé, qui peut correspondre à bon nombre de français-e-s (ou simplement) afrodescendant-e-s vivant en Europe. En effet, Maryse Condé à son arrivée en France ne parvient pas à se fondre dans la société. En quête d’identité, elle se rendra en Afrique ce qui lui semble logique puisqu’elle considère que ce sont ses origines. Elle pense ainsi résoudre ses interrogations identitaires. Mais arrivée en Afrique, elle est totalement déconnectée de la vie, des cultures et de la vision de la femme qu’ont les Africains. Elle ne peut donc pas s’affirmer Africaine (du moins totalement). Vous pouvez visionner l’intégralité de cette question abordée par Maryse Condé dans le documentaire que je vous ai recommandé plus bas.

Alors, n’ayons pas peur de le dire. Ce n’est pas parce que vos origines sont africaines, que vous êtes forcément présentement (entièrement) africain. Comme je l’ai écrit précédemment, le/la Noir-e est visiblement considéré-e comme Africain-e. Alors que le/la Blanc-he malgré que ses ancêtres soient aussi des Africains ne sera jamais renvoyé à ses origines comme faisant partie intégrante de son identité présente. Je prends en exemple (mais c’en est un parmi tant d’autres), le/la Noir-e qui est en France depuis plusieurs générations en France et qui n’a strictement aucun lien avec l’Afrique. Pour elle/lui, l’Afrique lui semble loin. Cependant, malgré qu’il/elle n’ait aucune attache africaine, en raison de sa couleur de peau, la société lui rappellera sans cesse son « africanité« .


Qu’en penser? 

« Afropéen-e », est un mot valise entre africain et européen intéressant en ce qu’il acte le métissage culturel existant entre l’Afrique, l’Europe voire les Caraïbes. Je ne cesse de le mettre entre guillemets. Et pour cause, on peut s’interroger sur le « pourquoi » d’un mot valise, non ? Pourquoi l’expression africaine-européenne n’est pas plutôt restée ? Est-ce un effet d’américanisation ?

Il est d’usage contemporain d’employer l’expression « africain-e-américain-e» et non « afro-américain-e » lorsque l’on veut parler des noir-e-s américain-e-s. En effet, depuis des années l’expression « afro américain-e » a été largement critiquée par des intellectuelles et militant-e-s noir-e-s américains, car selon eux cette expression tend à minimiser l’héritage et l’identité africaine au profit de l’identité américaine. Avec le terme « Afropéen-e », on fonce tout droit vers la même problématique future, non ? On peut aussi s’interroger sur le fait que cette appellation tend à minimiser l’héritage et l’identité africaine ? On pourrait aussi se demander pourquoi pas un terme tel « Eurafricain-e » plutôt que qu’«Afropéen-e» ? Peut-être qu’après tout le terme « Afro- », forme atrophié d’africain, révèle bien la déportation, l’arrachement (aux origines) ou l’émigration d’un peuple ou bien la forme nouvelle d’une culture qui puise ses origines en Afrique… On peut aussi se demander qui qualifie qui ? Et par rapport à quoi? Les termes sans cesse attribués aux « Noir-e-s » comme « Afropéen », « Afro pessimiste » (ou optimiste d’ailleurs), « Afro-muppie » ne démontrent-elles pas la depersonnalisation des individus? De ces « Noir-e-s » qui sont avant tout des personnes. Personne ne songe à nommer le blanc d’ « Euro pessimiste », d’ « Euro muppie », d' »Europolitain »… On peut alors se demander si ce ne serait pas une énième qualification du/de la Noir-e par rapport au Blanc-h-e (la norme). La perpétuelle construction du/de la Noir-e par rapport au/à la blanc-h-e.

L’ « Afropéanisme » aborde avant tout une question complexe et individuelle : la question identitaire. De tout temps, il y a eu des Africains qui habitaient en Europe. Quelles que soit les périodes, cela existait déjà depuis des siècles donc pourquoi ressentir aujourd’hui le besoin de nommer un phénomène qui se produisait déjà ? Problème identitaire? Problème d’exclusion ? Problème sociétal ? Problème contextuel? Ou bien l’expérience singulière d’un vécu en tant que racisé-e dans un monde majoritairement blanc ? L’expérience du racisé-e peut être collective et partagé, mais l’identité l’est-elle ?

L’identité est aujourd’hui propre à chacun/chacune. Elle est individuelle. Historiquement, l’identité a été un moyen pour l’Etat (dans le cas spécifique français) d’effectuer un contrôle sur les individus. De marquer les individus qui ne se fondent pas dans la société homogène (blanche) pour pouvoir les identifier et les gérer spécifiquement. Comme le sociologue Kauffman le dit, la question qui se pose n’est pas « qui suis-je ? » mais « qui est qui ? ». Ainsi en France, les questions posés sont: Qui est français, qui n’est pas français ? Interprétable en : Qui est donc légitime à rester sur le territoire et qui ne l’est pas ? Avec ces questions, la figure de « l’immigré-e » et des français-e-s non blanc-h-e-s (« pas de souches » comme dirait certains) viennent directement à l’esprit des personnes instrumentalisées, aliénées ou bénéficiaire du système. Ainsi, l’identité telle qu’elle nous est présenté aujourd’hui vise toujours à exclure.

La construction identitaire est et a toujours été une question de socialisation. L’individu est construit par la société globale et locale, c’est la société qui forme et transforme les individus. Il est ensuite difficile à l’âge adulte de déconstruire cette socialisation (surtout en ce qui concerne le genre). Nous nous construisons tous individuellement par rapport à notre environnement social puis à notre histoire de vie.

Pourquoi je parle de cela ? Parce que s’identifier, se définir c’est se construire et se donner une perspective de vie (future).

Exemple : si je suis née en France, à Paris, dans un milieu dit « populaire » et que je me considère Africaine, qu’en parallèle je développe à l’extrême ma culture africaine, que je multiplie mes séjours dans mon pays d’origine et que je ne sens aucune appartenance à la nation française (pour raisons X ou Y, souvent la discrimination raciale, l’exclusion ou tout simplement l’amour du pays d’origine), de fait je ne me vois pas avoir un futur en France. J’aspire seulement à un « retour aux origines », au « Bled », à mon pays d’origine. C’est caricatural, mais c’est pour la compréhension du propos.

L’identité oriente la vie des individus. Elle aide à se construire et à se projeter dans un avenir. En cela le terme « Afropéen-e » est intéressant puisqu’il permet de donner à l’individu racisé-e (qui le souhaite et/ou qui en a besoin) une perspective de vie (et identitaire) dans une Europe encore trop ancrée dans sa blancheur. Le racisé-e étant un individu invisible dans les sociétés européennes. Il permet en un sens de valoriser culturellement l’appartenance à deux cultures. Certaines personnes qui ont du mal à se positionner face à leurs identités africaines et européennes (en concurrence ?) trouvent un certain confort, un bien être avec le terme « Afropéen-e ». C’est un fait, le mot « Afropéen-e » est un terme légitime. Cependant ne nous emballons pas. Méfions-nous des étiquettes. Comprenons les sceptiques (la peur d’être enfermé-e dans une nouvelle catégorie identitaire non choisie). Bien souvent, lorsque les étiquettes sont institutionnalisés, elles se retournent contre le dominé. Ne serait-ce pas une énième dénomination pour se démarquer de la société européenne, française? Ou au contraire une dénomination permettant de favoriser l’intégration? Il serait ainsi peut être judicieux de ne pas s’enfermer totalement dans l’identité afropéenne. Non ?

D’ailleurs, n’avons-nous pas des identités plurielles ?

Nous nous trouvons dans une époque où il est «obligatoire» d’être conforme. Obligatoire de se positionner. De montrer que l’on rentre dans une identité unique. Ceux qui ne rentrent pas dans une identité spécifique sont souvent mal perçus.

L’identité est multiforme, complexe, temporelle, construite et donnée. Nous avons de fait plusieurs appartenances. L’identité est à la fois sociale, génétique, sexuelle, biologique, politique, religieuse, culturelle, psychologique, ethnique…Nous pouvons alors nous définir comme française, maltais, hétérosexuelle, nigériane, transsexuelle, queer, africaine, républicaine, lesbienne, ouvrière, femme, homme, noire, arabe, chrétienne, juive, socialiste, musulmane, asiatique, mandingue, berbère, libérale, basaa, bouddhiste, conservatrice, homosexuel, bambara, métisse, bretonne, européenne, wenzhou… Vous me suivez ? Il existe une multiplicité d’identité (libre à chacun de les hiérarchiser ou non), explorons les toutes. La diversité, c’est la richesse !


Remarque 

Dans des sociétés majoritairement blanches, les personnes de couleur noire sont sans cesse en quête (d’une nouvelle ?) identité. Elles sont toujours en train de se réinventer ou de subir une dénomination identitaire venue de l’extérieure (voire de ses semblables, racisme intériorisé quand tu nous tiens !) en fonction du pays «blanc» elles se trouvent. Ainsi, en France (parmi ceux qui me viennent directement à l’esprit) on retrouve ces mots là : nègre, renoi, négresse, esclave, niafou, fatou, mamadou, bounty, noire, afropolitain, noir, afropéenne, black, négro, karlouche… (Vous en avez d’autres en tête ?)

L’idée principale est donc qu’il faut faire attention à ce que le terme d’ « Afropéen-e » ne devienne pas un moyen d’asservissement (d’exclusion aussi ?) ou d’aliénation à notre encontre dans une société qui nous est déjà assez difficile en tant que racisé-e. Mais l’intérêt serait aussi de comprendre à l’envers pourquoi est-ce que ce terme à émerger.

L’emploi d’ «Afropéen-e » n’est-il pas en réalité la démonstration explicite de la difficile intégration du racisé-e (ou plus particulièrement du/de la Noir-e puisque ce sont eux les principaux visés dans les articles et ils le seront dans les articles futures) dans une société majoritairement blanche ? Ne pose-t-elle pas le problème du racisme au sein même de ce qu’être Français/Française ? De la question du synonyme entre français et blancheur et la difficulté pour cette société d’assimiler les racisé-e-s en tant que français ? Et n’est-elle pas une stigmatisation en devenir? Une dénomination qui visera à l’exclusion ? Ou bien à l’inclusion de ce groupe qui se revendique comme tel?

A votre avis ?

La Réflexion s’impose.


Pour approfondir (les intéressés et intéressées) :

Bien sûr, d’autres textes (ou documentaire) conviennent au sujet mais ceux là illustre la réflexion proposée dans cet article.

Autour de la « question identitaire noir » en France :

Noirs, l’identité au cœur de la question noire réalisé par Arnaud Ngatcha : documentaire d’à peu près une heure très intéressant à visionner (ou re-visionner) attentivement. Il est en plusieurs parties sur Dailymotion.

Autour de la question identitaire :

Kaufmann Jean-Claude,« L’identité », in Joyce Ain , Identités, ERES « Hors collection », 2009 p. 55-63. DOI : 10.3917/eres.ain.2009.01.0055

Pape Virginie,« Identités plurielles ou l’Odyssée de notre Vie », in Joyce A , Identités, ERES « Hors collection », 2009 p. 65-78. DOI : 10.3917/eres.ain.2009.01.0065 : lire surtout jusqu’à la page 72, la partie domaine animalier pour les courageux est tout aussi intéressante

Kel lam.

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