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Cela faisait un moment que je voulais écrire un article à ce sujet mais faute de temps, j’ai toujours décalé l’écriture et la publication de cet article qui me tient pourtant à cœur : les violences policières sur les femmes racisées, et plus particulièrement les femmes noires en France. Pourquoi ? Parce que rare sont celleux qui en parle et il n’existe pratiquement aucune manifestation ou révoltes des quartiers à la suite de violences policières subies par les femmes noires contrairement à ce qui est fait pour les hommes noirs. Un fait qui faisait la une il y a un peu plus d’un an m’avait interpellé, mais cela ne vous a peut-être pas interpellé. Ou peut-être que vous l’avez remarqué mais que vous êtes restées silencieuxs.e.s dans votre coin. Vous vous souvenez de cette affaire de l’enseignant-chercheur de la Sorbonne Guillaume Vadot qui portait plainte contre « abus d’autorité, violences volontaires aggravées, agression sexuelle aggravée, menaces, injures publiques et vol » en septembre 2016 ? Voici un article qui traite du sujet pour vous rafraîchir la mémoire au cas où : ici. Est-ce que vous vous souvenez de l’élément déclencheur de l’agression qu’a subi ce professeur ?  Exacte. Peu, s’en souviennent (je fais la go, oklm, y’a rien). Ce professeur s’est fait insulter et agressé de la sorte parce qu’il était en train de filmer une agression policière sur une femme noire de 31 ans :  Marie Florence G (je n’ai pas trouvé son nom de famille, peut-être qu’elle veut rester anonyme…). Cette dernière criait de douleur tout en étant menottée entourée de nombreuxs.e.s policièr.e.s selon le deuxième témoin qui a filmé la scène, Maurice Makwala. Il existerait donc des preuves vidéos de l’interpellation violente à laquelle à fait face Marie Florence G. Et pourtant tout au long du suivi de cette affaire, son nom n’a jamais été évoquée et la violence dont elle a subi non plus. L’attention s’est focalisée massivement sur les violences qu’ont subi le professeur (privilège blanc ah) et Maurice Makwala (privilège d’homme ah). Je voulais partir sur ce point de départ pour montrer à quel point l’invisibilisation des violences policières sur les femmes noires est conséquent. Dans cet exemple-là, on peut voir que même si l’on a des preuves solides, des témoignages et des vidéos, cela ne choque pas et n’intéresse pas le fait qu’une femme noire soit violentée par la police. On peut voir le même traitement dans l’affaire de 2015 lorsqu’un groupe de 18 lycénn.e.s racisé.e.s ont portés plainte pour violences policières. Dans les médias, les voix qui étaient misent en valeur étaient celles des garçons comme on peut le voir ici. On voit que les voix féminines racisées ne comptent pas.

 

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Et plus une femme noire sera à l’intersection des discriminations, plus on se fichera de son vécu et par conséquent des violences policières qu’elle a subi. C’est le cas par exemple des femmes noires pauvres et réfugiées de Calais, dans le Nord de la France qui subissent régulièrement le comportement violent de policièr.e.s. Il est su depuis cette année grâce au rapport rendu publique par l’organisation Human Right Watch, que les violences policières envers les migrant.e.s renoi.e.s à Calais sont quotidiennes. QUOTIDIENNES. Certaines femmes se sont d’ailleurs plusieurs fois plaintes de viol de la part des policièr.e.s. il y avait par ailleurs le témoignage d’une soudanaise noire qui s’était plaint d’avoir été violée par un policier (j’avais trouvé l’article l’an dernier mais il a disparu comme par magie, j’ai seulement le titre : IMMIGRATION. Le fonctionnaire nie avoir abusé d’une jeune Soudanaise qu’il devait accompagner dans un centre de réfugiés-si jamais quelqu’un.e arrive à le retrouver). En plus, du fait qu’elles se fassent harcelées, agressées sexuellement voire violées sur leur camp malgré la répartition en non mixité des tentes, elles ont en plus à confronter les violences policières. Mais bon vu que ce ne sont pas des Théo, ça n’intéresse pas.

 

Parce que la découverte de la culture du viol ne s’est pas faite avec l’affaire Théo pour beaucoup d’entre nous. Il existe en réalité pas mal d’histoires de viols de policiers sur des femmes racisées. Comme celle-ci par exemple. Celle d’une racisée violée par un policier lorsqu’elle était en cellule de dégrisement dans les Yvelines: ici. Il existe d’autres ici dont la race des femmes n’est pas mentionné :  ici et ici.

Ou encore cette femme racisée et non valide qui a été violentée par les policièr.e.s : http://www.bfmtv.com/police-justice/paris-une-mere-de-famille-sourde-et-muette-accuse-des-policiers-de-l-avoir-violentee-1232129.html . Celle-ci également n’aura révolter personne également malheureusement.

Egalement dans le Tumblr Paye Ta Police, il y a pas mal de témoignages de femmes racisées qui dénoncent les violences policières qu’elles ont subi. Pas seulement celles de l’ordre du harcèlement ou de l’agression sexuelle mais également celle d’ordre psychologique et morale.

Comme celle là:

 “Bah c’est bien, ça vous fait un peu de changement, pour une fois que vous n’êtes pas à mendier ou faire mendier vos enfants dans le métro.” Le policer, à qui une jeune femme Rom expliquait avoir été battue à mort par son ex-conjoint, lors d’une tentative de dépôt de plainte pour violences conjugales . Il a finalement refusé de prendre la plainte.

Ou encore celle-ci:

“Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En sortant de soirée, un homme m’a agressée et violée contre un grillage. Il m’avais menacée d’un couteau si je me débattais. J’étais terrorisée. J’ai mis une semaine pour m’en remettre et porter plainte. Au commissariat, dans le bureau j’étais seule avec le policier. Il m’a regardée d’un air sinistre, et m’a dit “Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute ? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En me mettant sa main entre mes jambes et en me touchant. C’était lui qui m’avait violée… j’étais pétrifiée. Il m’avait traitée de sauvage car je suis maghrébine. J’ai essayé de mettre fin à ma vie car j’avais peur de sortir de chez moi… J’ai déménagé et sors peu… je ne fais plus confiance à personne…

 

Et je voulais finir par deux affaires plus récentes, celle de Marie Reine, une femme noire qui s’est faite insultée et agressée par des policièr.e.s mysoginoiristes dont l’histoire figure ici, vous pouvez également trouver son pot commun ici.

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La militaire guadeloupéenne Morgane Blanchet, victime d’harcèlement moral et sexuel dans son camp militaire en printemps 2016, le témoignage de la concernée est ici. A soutenir impérativement! Actuellement, elle a tout perdue, est précaire et vit dans un foyer. Elle a porté plainte au printemps 2017. J’ai pas trouvé de pot commun pour son cas, si il y en a qui trouvent, qu’iels fassent signe.

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Morgane Blanchet

 

Bien sûr ce ne sont pas toutes les violences policières commis sur des femmes noires et racisées qui sont mentionnées ici. Je n’en ai sélectionné que quelques-unes parmi le lot (Google est votre ami). C’était surtout pour montrer que OUI les violences policières contre les femmes noires existent et qu’elles sont largement invisibilisées. Surtout celles qui décident de parler (car on peut comprendre qu’on ait pas d’information de celles qui n’osent pas parler). Et également un article pour inciter à toutes les femmes racisées de faire attention à la police surtout dans le cas où vous pensiez que vous ne pouviez jamais être victime de violences policières parce que vous êtes une femme. L’imaginaire collectif tendant à penser que les violences policières ne soient faites que sur des hommes racisés est à déconstruire. Les femmes noires en France ne bénéficient même pas d’hastag personnalisé pour parler de leurs expériences violentes avec la police du genre #JusticepourThéo et encore moins un hastag genre #Sayhername (comme aux US) pour visibiliser les violences policières faites aux femmes noires. Elles bénéficient encore moins de mobilisation forte (contrairement aux hommes noirs) lorsque ça les concerne. La solidarité afro a ses limites. Personne ne s’intéresse à nous, personne ne marche pour nous. Soyons vigilantes, entraidons-nous et supportons-nous.

Et n’oubliez pas de soutenir Marie Reine avec son pot commun et également Morgane Blanchet !

 

 

 

Kel Lam.

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Les résistantes camerounaises : invisibilisées et pourtant largement au dessus du game

 

 

Nous, les kainf ont à tendance à affirmer que les femmes africaines ont toujours été dans le combat anti-esclavagiste et anti-colonial et pourtant lorsqu’il faut sortir des exemples, ça bégaie. Alors pour les gent.e.s qui bégaient moins, iels vont en général te sortir quelques noms que l’ont connait tout.e.s à peu près mais sans savoir l’ensemble des combats concrets de ces personnalités comme par exemple les Amazones du Dahomey, la Reine Nzinga de l’actuel Angola…. On va te sortir « Reines d’Afriques », « les femmes fortes d’Afrique », des images sans noms, des bribes de récits sans histoires personnelles, on va tout cacher en magnifiant un imaginaire. Elles faisaient ci, elles faisaient ça, elles sont comme ci, elles sont comme ça… Mais qui sont-elles en réalité ? Personne ne sait. Des noms ? Des biographies non enjolivées ou floues? Peu de gent.e.s en ont sur les résistances africaines. On va donner toujours des exemples dans des luttes anciennes (bien qu’actuelles), lorsqu’il s’agit de parler de figures féminines dans des luttes plus récentes y’a presque rien qui sort, on va peut être parlé de Miriam Makeba ou encore de Djamila Bouhired mais ça part souvent en kinkinkin non mais y’a aussi Angela Davis, des femmes des Black Panthers, Rosa Parks….

Bref, très peu sur les Histoires coloniales contemporaines africaines et le rôle des femmes dans ces Histoires.  J’continue ici encore avec mon joli pays le Cameroun.

Personne ne parle des femmes camerounaises dans les combats anticoloniaux ou ne brandit de figures féminines à idolâtrer car peu de personnes connaissent les Histoires des femmes camerounaises. Surtout celles durant la guerre coloniale avec les Français.e.s (parce que oui les femmes blanches étaient aussi dedans).

Cette Histoire ci-dessous ne trouve pas sa centralité exclusivement dans le Sud Cameroun même si cela peut le paraître puisque l’organisation dont je vais parler était essentiellement basée là-bas. En effet, des femmes camerounaises de provenance de toutes les régions du Cameroun se sont ensuite ralliées à leur cause. Bien sûr, il existe d’autres Histoires féministes durant la résistance coloniale comme celles des femmes Anlu du Nord-Ouest du Cameroun qui ont effectuées de nombreuses marches pacifiques pour l’indépendance mais aussi pour la réunification du Cameroun.

Comme je l’avais mentionné dans l’article précédent Marthe Moumié fût (et est encore) une personnalité anticoloniale majeure au Cameroun bien qu’oubliée aujourd’hui. Elle fit partie à seulement 18 ans de la création de l’UDEFEC (l’Union démocratique des Femmes Camerounaises), une organisation politique de résistance de femmes camerounaises. Cette organisation était composée exclusivement de femmes anti impérialistes. Oui, la non-mixité politique n’est pas une invention occidentale. Il est important de souligner que l’UDEFEC était crée en 1947 en tant qu’organisation politique autonome pratiquement au même moment que le célèbre parti de l’indépendance l’UPC (Union des Populations du Cameroun). L’organisation indépendante et féministe camerounaise s’est ensuite affiliée à l’UPC en gardant son statut autonome lorsque la résistance armée dans la durée fût imminente. Mais l’UDEFEC avait tout de même son propre financement, sa propre stratégie et sa propre lignée politique.  A noter qu’au même titre que l’UPC, l’UDEFEC aura des soutiens de femmes de camerounaises en provenance de toutes les régions du Cameroun.

Leur statut politique consistait en plusieurs articles concis. Leur siège de l’organisation était à Douala. Les principaux axes de leurs luttes étaient la défense des familles camerounaises quant aux droits matériels, moraux, intellectuels et culturels, la défense des droits des femmes sur le plan économique, social et civique. Il fût acté que l’organisation serait exclusivement féminine mais n’avait pas pour optique de ne contenir seulement des camerounaises puisque l’on peut penser selon les dires de la militante Marthe Moumié que ces dernières avaient une optique de libération panafricaine également. Leur statut politique a été adopté en 1952 par l’Assemblée constitutive à Douala à l’unanimité par les cadres de l’UDEFEC qu’étaient : Mbem Emma Gisèle, Kamen Monique, Teck Cécile, Ngapeth Marie –Irène, Marthe Ouandié et Meido Marie.

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Marthe Eding, son mari était Ernest Ouandié

 

Elles étaient toutes jeunes, la vingtaine comme Marthe Ekemeyong (Moumié, le nom du mari) qui avait à peine 18 ans ou encore Marie Ngo Biyong (Ngapeth, le nom de son mari) qui en avait 26. Elles sont particulièrement connues pour avoir envoyées dès 1949 envoyées plus de 1000 pétitions au Conseil de Tutelles des Nations Unies pour réclamer l’indépendance totale des populations camerounaises mais aussi plus tard la réunification des territoires camerounais. Elles ont aussi financées l’éducation de celleux qu’elles percevaient comme leurs futur.e.s dirigeant.e.s du Cameroun. En effet, l’UPC avait mis en place une école censée former les prochain.e.s cadres du parti mais aussi du pays. Il y avait ainsi 5 femmes diplômées de l’UDEFEC de « l’Ecole des Cadres » : Marie Ndjat, Marie-Irène Ngo Biyong, Marthe Eding, Gertrude Omog et Marthe Ekemeyong.

Les femmes de l’UDEFEC ont rejoint l’Armée de Libération nationale du Kamerun lorsque la résistance armée était imminente de 1955 à 1957. Elles se sont combattues aux côtés des hommes, avec les armes en faisant même plus puisque beaucoup ont cachés des armes voire des documents officiels sous leurs vêtements (nos célèbres kabba ngondo ❤ ) au risque de se faire prendre. D’autres comme Marie Ndjat, ont mené des charges contre des préfectures afin de faire libérer leurs camarades emprisonné.e.s. Aussi, parmi les femmes de l’UDEFEC, certaines sont parties à l’étranger pour avoir de nouveaux acquis à utiliser sur place contre les colonialistes et les impérialistes. C’est le cas de Gertrude Omog qui est parti en Russie afin d’apprendre à piloter des avions de combats ainsi que le métier de parachutiste. Aussi, au même titre que Ruben Um Nyobe, Madame Ngapeth Marie Irène née Ngo Biyong a été chargée d’aller défendre le dossier du territoire camerounais (réunification), auprès de la quatrième commission de tutelle de l’Organisation des Nations Unies à New York aux Etats-Unis.

Le mouvement de l’UDEFEC fût interdit en 1955 en même temps que l’UPC par décret du gouvernement français de l’époque. Les deux organisations poursuivront tout de même leurs activités politiques dans la clandestinité, même si deux ans plus tard l’UDEFEC sera définitivement dissoute puisque la majorité des membres, surtout cadres, seront forcé à l’exil au Soudan en 1957. En dépit de cette dissolution, beaucoup continueront le combat de manière individuel ou collectivement. C’est cas par exemple de la plus connue, Marthe Ekemeyong.

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Marthe Ekemeyong, une des plus grande militante anticoloniale camerounaise

Marthe Ekemeyong généralement réduite au statut de « l’épouse de Félix Moumié » est pourtant une figure emblématique de la résistance anticoloniale camerounaise, a publié des ouvrages dans lesquels elle raconte ses mémoires, ses témoignages de militante. Elle a aussi reçu au cours de sa vie le soutien d’autres figures anticoloniales comme Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Ballah qui a d’ailleurs préfacé un de ces livres mémoires  (et aussi a aidé énormément de résistant.e.s camerounais.e.s <3) ou encore Sékou Touré qui lui avait d’ailleurs accordé à elle et son mari la possibilité d’un asile politique en Guinée, un peu avant l’assassinat de Monsieur Moumié.

Malgré son combat qui reflète le combat de nombre de femmes camerounaises et africaines dans l’ensemble, les reconnaissances envers l’apport des femmes dans les luttes anti coloniales au Cameroun mais aussi en Afrique sont restreintes. Les femmes résistantes camerounaises sont totalement invisibilisées et pourtant se sont énormément battues et ont beaucoup souffert pour l’ensemble des populations camerounaises. Elles subissaient en plus des violences physiques, morales et psychologiques de la part de la part des colons français.e.s , les mêmes violences physiques que les hommes. Elles étaient régulièrement menacées de mort ou d’enlèvement de leurs enfants (voire enlèvement définitif de leurs enfants). Parfois enceintes de leurs violeurs blancs, les bébés métis étaient aussi parfois enterrés à peine né.e.s. Elles ont été battues, torturées, violées, maltraitées, emprisonnées voire assassinées et ce quelque soit leur état, qu’elles soient valides ou non, enceintes ou non. Cependant, même en subissant toutes ces sévices et en se battant aux côtés des hommes, elles contribuaient à fournir l’apport ménager nécessaire et indispensable de la lutte pourtant souvent négligé lorsque l’on parle de lutte armée : elles effectuaient les repas, les tâches ménagères, les récoltes, le marché, elles s’occupaient des enfants et jouaient un rôle moral et psychologique pour elles-mêmes ainsi que pour les hommes engagés dans la lutte.

Elles ont su montrer par ailleurs qu’une libération décoloniale se conjugue forcément avec le genre, en incluant les questions féministes dans leur projet politique anticolonial. Et pourtant, aujourd’hui beaucoup qui se pensent pour la libération des noir-e-s dans les diasporas comme en Afrique ne prennent pas en compte ces questions de genre qui étaient si chères aux résistantes anticoloniales africaines. Déplorable, vraiment. C’est une insulte à leurs mémoires. Cela s’observe notamment par la considération et la place faite aux femmes dans nos milieux militants révolutionnaires noirs, africains, panafricains. Les conditions féminines des femmes noir-e-s en Afrique et dans les diasporas sont complètement négligées ce qui est défavorable à notre émancipation, notre émancipation et notre protection. En démontre notamment le féminicide dont a été victime Marthe Ekemeyong à l’âge de 78 ans, violée, battue, étranglée et laissée morte à son domicile. Mais aussi l’invisibilisation criant des femmes camerounaises dans les Histoires des luttes politiques du pays.

Il serait grand temps que ça change.

 

 

Kel Lam

Racisme Anti-Blanc ?

Qu’est-ce que l’on appelle « racisme anti-blanc » ? De quoi s’agit-il ? Et pourquoi existe-il une controverse chez certain-e-s racisé-e-s par rapport à ce terme ?

N’étant pas blanche et ne l’ayant jamais subie, j’ai voulu me renseigner sur le sujet. J’ai décidé de lire des témoignages de personnes ayant subies le racisme anti-blanc. Je me suis résolue à lire l’essai Racisme anti-blanc : ne pas en parler un déni de réalité de Tarik Yildiz. Un petit essai d’une cinquantaine de page (empruntable dans les bibliothèques universitaires). Cet essai est composé d’entretiens de victimes d’agressions relatant des expériences vécues de racisme anti-blanc par des adolescents, des jeunes, des adultes. Je vais le spoiler ci-dessus (bien qu’il n’y ait pas vraiment grand-chose à spoiler)…  En lisant ce mini corpus, j’eus l’impression de lire une succession d’arguments déconstruisant le racisme anti-blanc montrant aussi que la dénonciation de ce racisme tend à une invisibilisation du racisme réel.

 

Racisme de Moshe Yefet La main blanche (on peut supposer d'un genre féminin) invisibilisant, empêchant l'expression de la femme noire.
Racisme du photographe Moshe Yefet
La main blanche (que l’on peut supposer d’un genre féminin) invisibilisant et empêchant l’expression-du racisme et du sexisme- de la femme Noire.

Qu’est le racisme anti-blanc aux yeux des victimes d’agression ?

Souvent, les victimes enquêtées disent être agressées parce qu’ils/elles sont français-e-s. Ainsi, à la page 13, on peut y lire par exemple : « J’avais la haine agressé physiquement et verbalement parce que français » ? Français ? Où se trouve la problématique de la race ? Ou bien ont-ils seulement une vision excluante et raciste de la nation française en pensant que français est forcément synonyme de blancheur… Il y a d’ailleurs dans ce génial l’essai, une continuelle distinction faite par les personnes enquêtées qui vise à séparer les Français-e-s des Arabes et des Noir-e-s, comme si ces derniers ne faisaient pas partie de la population française. Exemple : «Tout le monde pense tout de suite au racisme des Français envers les Arabes ou les Noirs ». On comprend qu’il y a un EUX vs NOUS et que ce sont les Français VS les Arabes et les Noir-e-s. C’est vrai que c’est impossible d’être français-e et arabe ? Ou français-e et noir-e, hein ?

Tout d’abord, jusqu’à preuve du contraire, le racisme n’est pas le fait de se faire agresser en raison de sa nationalité. Mais bien à cause de sa couleur de peau. Lorsque l’on se fait agresser physiquement, verbalement (quelque soit la forme) en raison de sa nationalité, cela s’appelle de la xénophobie. Il faut cesser d’employer n’importe quel terme pour n’importe quoi. Ouvrir un dictionnaire ou réaliser des recherches ça ne fait pas de mal. Dès lors, je ne vois pas en quoi le  racisme anti-français peut exister. Et pour cause encore à la page 19, on retrouve cette vision irréfléchie « Quand on dit racisme, personne ne pense au racisme anti-français » ! C’est NORMAL,  et je pense que c’est parce que cela n’existe pas.

Ce qui saute aux yeux avec ces expressions, c’est que ces victimes qui disent subir ce racisme anti-blanc, oublient qu’ils/qu’elles sont blancs/blanches. Alors qu’ils/qu’elles sont censé-e-s dénoncer  une discrimination raciale basé sur leur blancheur, non ? C’est le but premier, non ?

Les Français-e-s Blancs et Blanches s’oublient. Ils trouvent différents « synonymes » pour ne pas dire blanc-he-s. Il y a le  « car ils/elles sont français-e-s » (de pure souche, hein ?), « car ils/elles  sont Gaulois-e-s »  qui leur permet d’éviter de se voir comme Blanc-he-s. Leur permet de ne pas voir leur couleur de peau. Quand est ce que les Blancs/Blanches reconnaîtront et accepteront tout simplement qu’ils sont blancs/blanches ? Sinon de quelle couleur sont les Blancs/Blanches ? Neutre? Transparent? C’est vrai que lorsque l’on fait partie de la majorité de la population, il est difficile d’avoir des réflexions par rapport à ses positions puisqu’elles sont vues comme normales. Et puis surtout, il leur est plus facile de voir la couleur de peau des Racisé-e-s, de les catégoriser en fonction d’eux, la norme.

Une autre expression des victimes qui revient souvent dans l’essai: « issus de l’immigration », les «amis issus de l’immigration», « les familles issues de l’immigration ». On sait que cette expression vise explicitement les familles noires et arabes tout le long de l’essai et non les familles européennes, américaines ou asiatiques, on le sait. Mais pourtant tout le long du texte, il y a le placement de cette expression pour pas faire raciste, on ne va pas dire explicitement que ce sont des noires ou des arabes. Prenez pas de pincettes, n’ayez pas peur des mots, employez les.

Il y a aussi tout un vocable limite qui revient souvent parmi les enquêté-e-s : « la loi de la jungle », « la jungle » qui se passe de commentaire surtout lorsque l’on sait que ce vocable est associé à un lieu où habitent des personnes majoritairement d’origine africaine…

Tout au long de l’essai, censé être sur le racisme anti-blanc, certaines personnes enquêtées en dévoilant leurs expériences vécues de racisme anti-blanc associe ce « racisme»  avec le sujet de l’intolérance aux non-musulman-e-s. Personnellement, je ne vois pas en quoi cela est lié ou peut être lié au racisme anti-blanc. Cela ne vise pas une couleur de peau mais la non pratique d’une religion. De manière plus générale, c’est de l’ordre de la tolérance de certaines personnes (religieuse ou non) envers la religiosité ou non d’autres personnes. On peut appelle cela à la rigueur de la discrimination religieuse.

« Sale gwer », « Sale porc » : En quoi serait-il spécifique au racisme anti-blanc ? Puisqu’il ne vise pas la couleur de peau mais la religion (voire la pratique) ou la non religion d’une personne. D’ailleurs, ça n’a rien à voir avec le racisme tout courtSi je suis noire, arabe ou asiatique et qu’on me le dit, ai-je subie du racisme anti-blanc ? Ai-je subie du racisme? NON et NON! Que d’arguments pour déconstruire ce soi-disant « racisme »

A la page 29, un père musulman explique « le racisme anti-blanc dans la cité est en fait un racisme contre ceux qui n’appliquent pas à la lettre certaines obligations religieuses de l’islam ». ????? En quoi est-ce que cela a un rapport avec la couleur de peau ???? Bien heureusement, celui-ci se reprend juste après en désignant cela comme de « l’intolérance contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux ».

Sérieusement et LOGIQUEMENT, comment peut-on encore parler de racisme anti-blanc après cela ? En quoi cela peut constituer un racisme au même titre que l’arabophobie, la négrophobie ou encore l’asiaphobie ? Je ne vois pas. En sachant, que l’on vit en France dans un système de suprématie blanche (ou hégémonie blanche) avec une société majoritairement blanche.


Penser la blanchéité

Photo (prise par une amie- :) - en ma compagnie) d'une affiche dans le métro parisien avec insrit "White Power KKK" ("Pouvoir Blanc Klux Klux Klan")  le 4 août 2015
Photo (prise par une amie- Nana 🙂 – en ma compagnie) d’une affiche dans le métro parisien avec insrit dessus « White Power KKK » (« Pouvoir Blanc Klux Klux Klan ») le 4 août 2015

/!\ Petit topo vocable pour ceux qui pensent que c’est TROP abusé de parler de suprématie blanche ou d’hégémonie blanche en France. Ce qui est appelé suprématie blanche est la domination sociale, économique et politique des Blanc-he-s. Ce qui est le cas en France. Que ce soit dans le monde politique ou économique, le pouvoir est majoritairement détenu par des Blanc-he-s d’une certaine catégorie sociale. Mais même dans la sphère sociale, si on a les critères caucasiens (la NORME: peau blanche, cheveux lisses-accessoirement blond-e yeux bleus ahah-, culture française bourgeoise..), on a beaucoup plus de chances de s’insérer et de s’élever socialement et ainsi d’accéder aux hautes sphères de la société. Si vous logique et normalement constitué-e, vous voyez de fait que ce système exclut de fait un pan de la population française et plus durement et massivement les racisé-e-s. 

Mais alors qu’est-ce que c’est d’être Blanc-he ? Qu’est-ce que cela représente-t-il ? Pourquoi les Français-es Blanc-he-s refusent de se voir comme tel? Pourquoi la majorité blanche voit la couleur de peau des autres mais pas la leur ? Parce que justement, la blancheité fait partie de la majorité, fait partie d’un système et que celle-ci suppose un privilège que beaucoup ne veulent pas remettre en question.

Lors d’un témoignage dans l’essai, une victime a tout de même reconnu que la probabilité d’agression -verbale ou physique- est plus forte « si la couleur de la peau est plus blanche car il existe ce stéréotype du blanc riche ». L’agression est donc vue comme « une revanche sociale » dit un autre à la page 44. C’est dommage qu’ils n’aient pas creusé, ces stéréotypes et les causes de ces stéréotypes.

Ainsi, refusant de se voir en tant que Blanc-he, certain-e-s se disaient victimes « parce qu’ils avaient l’air plus faible »… La blancheur est synonyme de faiblesse ? LOL, depuis quand ? Surtout en France ? Ou peut-être est-ce parce que ces Blanc-he-s étaient minoritaires dans les milieux où ils ont subis ces agressions? Ou étaient-ils/elles en minorités lors des agressions ? Ce qui est logique, non ? Ils n’ont pas l’air plus faible à cause de leur couleur de peau mais parce que par rapport aux autres groupes raciaux, ils étaient minoritaires. Logique. C’est justement lorsque l’on se trouve en minorité raciale dans un espace où il y a échanges voire contact avec la majorité raciale que l’on a l’impact des problématiques raciales actuelles. Et que l’on se rend vraiment compte (si l’on veut bien ouvrir les yeux) à quel point les questions raciales sont encore (et toujours) d’actualité.

Les Blanc-he-s se retrouvant dans des milieux où ils sont des minorités par rapport aux personnes racisé-e-s, se rendent compte de l’impact de l’instauration d’un système occidental qui les privilégie. Ils se rendent compte de leur blancheur inconsciemment (ou pas d’ailleurs) et des conséquences que peuvent avoir le privilège blanc. Et c’est ce qu’ils/qu’elles appellent à tord le « racisme anti-blanc ». En effet, quand ces jeunes les attaquent physiquement ou moralement, en prononçant « Sale Blanc », « Sale Français », ils s’attaquent au symbole que renvoie la blancheur française. Le symbole du/de la Blanc-he riche exploitant les minorités racisé-e-s. L’image de la France vieille blanche colonisatrice, esclavagiste. France qui est d’ailleurs aujourd’hui toujours impérialiste et colonisatrice, ce qui apparemment ne semble pas choqué grand monde parmi la population française. Le Blanc et la Blanche dominant-e synonyme de canon de beauté (on a tou-te-s en tête l’image d’un-e blond-e, brun-e, yeux bleus, yeux verts). Synonyme d’éducation parce que oui, les racisé-e-s ne sont pas assez présent dans les manuels d’histoire et de géographie, surtout en ce qui concerne leur présence en France (parce que oui, on est pas là depuis les années 80 mais depuis des siècles). Synonyme de culture aussi parce que oui c’est très classe et français de faire de la danse classique, il existe même des écoles réputées spécialisé-e-s pour. Mais le rap, le hip hop ah non non, c’est la rue, c’est voyou! Blancheur comme synonyme d’un système d’oppression pour les minorités racisé-e-s, les renvoyant au système raciale colonisateur exploitant. Ce sont sur ces bases là (pour ne citer que ceux là…) que se font ces agressions dites « racistes anti-blanche ». Je dirais que ce sont des agressions qui vise en réalité à déconstruire le système du privilège blanc. Cependant, la manière est mauvaise, ce n’est pas en s’en prenant aux Blanc-he-s (surtout les minoritaires de quartier ou de banlieue, parfois dans les mêmes conditions sociales ou précaires que les racisé-e-s qui les violentent), en les insultant ou les agressant, que le système va changer. Je ne cautionne pas du tout la démarche.

Donc vous l’aurez compris, ce qui est appelé « racisme anti-blanc » n’est en réalité qu’une des conséquences du VRAI racisme et d’une tentative de déconstruction du système français en place.  On ne peut en AUCUN CAS le considérer comme étant un racisme.

Il s’agit d’un fait de social « délicat à aborder »  puisque récupérer « facilement par divers mouvements ». Mais peut-être aussi parce que cela obligerait que l’on pose les questions de blanchéité, de privilège blanc voire de suprématie (/hégémonie) blanche et de mettre en exergue l’ensemble des conséquences qu’ont eu les razzias négrières et la colonisation dans la société française. Et de là améliorer les avancés sur les questions raciales, commencer à briser le privilège de la blancheur et le système en place. Lorsqu’on voit les enjeux (qui peuvent accessoirement avoir des conséquences colossales), on peut comprendre qu’il y ait énormément de réticent-e-s…

En bref, pour celles et ceux qui sont encore réticent-e-s et non logiques. Les Blanc-he-s ne PEUVENT pas et ne pourront JAMAIS se mettre à la place des personnes racisé-e-s qui vivent réellement le racisme au quotidien. Le fait d’avoir une couleur de peau blanche permet de ne pas se soucier de la question raciale parce que VOUS faites partie de la majorité et que la blancheur est LA norme. Parce que le système dans lequel on se trouve permet beaucoup trop d’avantages et de privilèges aux personnes blanches. Puisque VOUS êtes Blanc-he-s lorsque vous êtes refusez à un poste, VOUS savez ce n’est  à cause de votre couleur de peau. Puisque vous êtes Blanc-he-s vous savez vous ne serez jamais contrôlé-e ou tué-e par la police à cause de votre couleur de peau. Puisque VOUS êtes Blanc-he-s vous savez que vous ne serez jamais suivi-e dans les magasins par des vigiles pour suspicion de vols. Puisque vous êtes Blanc-he-s, VOUS savez que vous n’avez pas à vous questionner sur le racisme systémique et institutionnel de l’Etat français (Les connaisseurs et connaisseuses savent à quel point ça fatigue, GROS BIG UP!). Puisque VOUS êtes Blanc-he-s vous aurez plus de facilité à monter dans les hautes sphères de la société et du pouvoir. Et si vous ne vous en rendiez pas compte, MAINTENANT VOUS LE SAVEZ. Et la liste peut continuer, et continuer…

Comme d’habitude, sur les questions raciales, la France est en retard. Aux USA, les étasunien-ne-s blanc-he-s combattant (VRAIMENT! Pas comme ici…) le racisme, ont tenté d’apporter des réflexions sur la question de la blanchéité, sur le privilège blanc, la suprématie blanche et des institutions racistes. Il existe même des filières universitaires étasuniennes sur la blanchéité, des cours, des ouvrages.

Si vous êtes intéressés sur ces questions, vous pouvez regarder gratuitement:

Whitewashed : Unmasking the World of Whiteness https://www.youtube.com/watch?v=9hiuBlyso0U : Il est tout en anglais, non sous-titré, mais il est compréhensible pour ceux qui ont un anglais oral basique. C’est de loin mon préféré puisqu’il est effectué sous forme de micro-trottoir donnant la parole à différent-e-s Blancs et Blanches d’une grande honnêteté en matière raciale, certain-e-s ont conscience de leur blancheur, d’autres non. Un extrait de témoignage : « I don’t have any trouble admitting that I’m a racist. I think it’s absurd to try to fight with that. I grew up in this society, I was conditioned by it, I think internally in my psyche I have grounded and rooted those attitudes and I see them all the time. » / «Je n’ai pas de problème à affirmer que je suis un raciste. Je trouve idiot d’essayer de le nier, j’ai grandi dans cette société, j’ai été formé (conditionné) par celle-ci, Je pense qu’à l’intérieur dans mon esprit j’ai forgé et enraciné ces attitudes et je les vois tout le temps ».

 

White Like Me : https://www.youtube.com/watch?v=ItiXR5m1yAY Aborde aussi la question de la blanchéité et du privilège blanc en anglais, sans sous-titre, mais là aussi le tout est compréhensible et très intéressant.

De plus, récemment MTV USA (faut ne pas rêver pour la France, hein !) a réalisé un documentaire White People que vous pouvez regarder ici : https://www.youtube.com/watch?v=_zjj1PmJcRM . Il aborde la question de la blanchéité auprès de jeunes adultes blanc-he-s. Il n’est pas aussi pertinent que les documentaires précédents (peut être parce que là le réalisateur était racisé ce qui n’a pas mis les Blanc-he-s en confiance pour bien parler honnêtement de leur blancheur) mais est intéressant pour un début de dialogue sur la blanchéité. Voici un article critique (en anglais, encore) résumant un point de vue sur ce documentaire: http://www.upworthy.com/mtv-decided-to-make-a-bunch-of-white-kids-talk-about-whiteness-and-it-may-have-helped-them.

J’espère que dorénavant les Blanc-he-s anti-racistes, qui disent vouloir nous aider, NOUS les Racisé-e-s, commenceront à réfléchir sur la Blanchéité et à dénoncer le système dominant blanc, le privilège blanc. Plutôt que de seulement dénoncer Nos discriminations vécues, Nos racismes vécus. Chose que l’on fait déjà très bien Nous-même.

Kel Lam.

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