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Propos coloristes, anti africain & cie

 

On a  tout-e-s à peu près (ou non) une définition basique du colorisme en tête : le fait que  des personnes ayant le teint clair soit valorisées au détriment des personnes ayant le teint foncé, provoquant ainsi des discriminations lourdes envers ces dernièr-e-s. Dans cette petite définition, on peut aussi y rajouter aussi les traits fins, la typologie du cheveux. On peut accessoirement élargir et ajouter aussi d’autres critères qui ne sont pas du ressort du colorisme mais du privilège occidental (vu que les deux soient liées) dont certain-e-s afrodescendantes noir-e-s bénéficient et ne s’en rendent pas forcément compte : l’accent, le passeport, le code vestimentaire, l’adoption de la culture occidentale ?

Il faut garder en tête que bien que les critères de beautés coloristes se rapprochent de la beauté occidentalo-blanche, ils ne sont pas exclusifs et propre à la beauté occidentale. Oui, il existe des personnes noires qui naissent avec des cheveux bouclés voire lisses et parfois blonds, ou avec des traits fins. Ce qui n’empêche en aucun cas que ces personnes soient noire d’ascendance africaine.

 

J’ai fais exprès de choisir des jeunes parce que je voulais pas qu’on pense que ce sont des personnes qui ont traités chimiquement leurs cheveux mais BREF. Pas besoin d’avoir la peau blanche ou claire pour avoir des traits fins, des cheveux non noirs et/ou  longs ou/et lisses ou bouclés.

Les clichés coloristes ont la vie dure et surtout qu’elles vont de pair avec les clichés coloniaux et racistes. Je ne vais pas me fatiguer à revoir ici l’historique du colorisme, comment la noirceur est perçue comme masculine voire déshumanisante alors que la clarté est synonyme de beauté, gracieuseté. Flemme.

Je vais m’attarder sur comment le colorisme contribue à insulter l’Afrique, à renforcer le sentiment anti-africain qui est déjà fort dans les sociétés occidentales. On peut voir un parallèle entre les propos coloristes, que ce soit les soi-disant « compliments » ou les insultes et la manière dont ceci est le reflet d’un rejet fort de l’Afrique et d’un dénigrement pour les peuples africains. Et je pèse mes mots, je n’exagère en rien.

Pas mal de renoies kinf vont peut-être se reconnaître dans ce passage bien qu’on pourrait écrire des milliards de romans de ce type de réflexions (rien n’a été inventé ci-dessous) :

Quand on t’aborde : « T’es martiniquaise ? » « T’es antillaise ? » « T’es guadeloupéenne ? » « T’es haïtienne ? » « T’es brésilienne ? » « T’es métisse ? » « Antillaise !! Antillaise !! » « T’es chabine ? » « T’es réunionnaise? » « Souvent des inconnu.e.s  me parlent directement créole….

Puis, quand tu sors le nom d’un pays africain : « Quoi ? Sérieux ? » « Ça existe des comme toi en Afrique ? » « Non impossible t’es trop belle pour être africaine » « Ah mais en faites-vous en (nom du pays) vous êtes pas des gens trop foncés » « Mais non tu mens les africaines elles sont très noires d’habitude » « T’es clair pour une africaine » « T’as des beaux cheveux pour une africaine »  « Ah mais t’as pas d’accent » «C’est impossible que tu sois africaine, tu fais pas du tout africaine» «Mais toi tu ne ressembles pas du tout à une africaine, tu fais antillaise» « Ah bon? mais tu fais trop martiniquaise pourtant».

J’espère que juste en lisant cela vous voyez le problème. Déjà, une personne en se basant sur votre physique se permet d’assumer vos origines sur la base du colorisme. Elle pense que la beauté est synonyme de clarté, forcément extérieur à l’Afrique ou le fruit d’un métissage. Et NON les compliments COLORISTES ne sont pas à prendre! Ils sont dégradants, c’est sale, c’est bas, c’est insultant parce que c’est au détriment d’autres renoi-e-s, c’est de la négrophobie et l’on vous fétichise par le même biais. Donc les sorcièr-e-s qui sourient ou acceptent ce genre de compliment, arrêtez. Quand une personne noire en France correspond au diktat de beauté coloriste noire (ou du moins une des caractéristiques), les gent.e.s ont tendance à penser que cette dernière est forcément originaire d’une communauté de la diaspora africaine, forcément originaire d’une île mais jamais d’Afrique ce qui est INSULTANT.

 

Détachons du cadre étasunien noir pour penser le colorisme dans le cadre français. Ce que le colorisme veut dire ici c’est que la beauté en Afrique n’existe pas, qu’elle n’existe qu’en dehors de ses frontières ou du moins dans des îles africaines dont les gent.e.s ont tendance à oublier que ce sont des parties de l’Afrique dixit Ile de la Réunion, le Cap Vert.

En France, il reprend les schèmes coloniaux avec les comparaisons idiotes haineuses posées par les autorités coloniales entre les Antilles et l’Afrique, du style :

Les personnes « belles » (synonyme de clair) sont forcément originaires des Antilles et non d’Afrique puisque là bas ils y sont tous « moches » (synonyme de foncé). C’est qu’aux Antilles tout le monde a les traits fins, en Afrique tout le monde a de gros traits, c’est qu’aux Antilles tout le monde est civilisé alors qu’en Afrique ce sont que des sauvages. C’est qu’aux Antilles tout le monde vit si bien et qu’en Afrique tout le monde vit si mal, on y croule sous la pauvreté et la saleté. C’est qu’aux Antilles il n’y a aucune culture, que le créole antillais c’est que du français mal formé, que les gent.e.s y sont bêtes et se prennent pour des blanc-h-es alors qu’en Afrique tout est authentique, il y a de vraies langues et les cultures et les traditions sont intactes et véritables, ce sont toutes des personnes fortes, battantes n’ayant aucun traumatisme psychologique des relations avec la France.

Il y a toujours ces imaginaires coloniales (et néocoloniales) qui persistent dans les esprits dans la majorité des esprits d’afrodescendant-e-s noires. Perso, quand quelqu’un s’approche de moi pour me demander si je suis antillaise, je me sens mal. J’ai compris petit à petit que la plupart de ces personnes ont en tête la vision caricaturale de femmes africaines forcément noires très foncées avec de grosses formes et des traits du visage très épais. Ou alors de jeunes femmes noires foncées avec des tissages que certain-e-s insultent avec le prénom Fatou. Et que dans les deux cas, ils trouvent cela moche. Pour ces personnes, tout-e-s les personnes qui viennent d’Afrique sont forcément moche. Ainsi, lorsque ces sorcièr-e-s rencontrent une personne africaine ou d’ascendance africaine qu’il trouve beau, c’est le choc, ils n’y croient pas.

Je me souviens encore dernièrement d’une personne non-noire qui me fit ce « compliment » entouré de nombreux hommes noirs qui n’ont même pas été choqué à minima : « Ah mais toi c’est bien tu fais pas Fatou » « Comment ça ? C’est quoi une Fatou ? » « Bah on dirait t’es antillaise, tu portes pas de tissages fatiguées, tes cheveux sont biens, même ta peau tout ça t’es bien » « Bah non je suis africaine, je suis comme elles, je suis même une Fatou » « Non tu l’es pas ».

Sorcellerie en plein jour.

Bref, j’ai compris qu’implicitement c’est mon continent qu’on insulte, les pays et les peuples qui y sont. Ce sont mes gent.e.s et moi-même. Je ne vais pas jamais m’excuser de cela, je suis africaine et je suis fière de l’être. Avec ce colorisme colonial anti-africain, on néglige d’abord que les femmes noires foncées sont belles qu’on caricature ici à la bonne dose occidentale (l’image de la tanti renoi énervée, de la maman renoi masculine ou qui s’éclaircit, merci les hommes noirs pseudos comédiens pour le renforcement du stéréotype)  mais aussi on néglige qu’il existe une diversité de femmes qui existe en Afrique, qui ne sont pas tout-e-s foncées ou noires d’ailleurs. L’Afrique est un continent tout comme l’est l’Europe, l’Asie. Dans vos post censés représenter les beautés africaines où sont les Albinos ? les Maures ? les Handicapées? les Berbères ? les Malgaches ? les Peuls? les Réunionnais-e-s? les Vieilles ? …

 

 

 

   

Quand est-ce que les gent.e.s vont marquer au fer rouge dans leurs esprits qu’il existe une diversité africaine extraordinairement riche et belle ? Que ça vous plaise ou non l’Afrique n’a rien à avoir avec les idées coloniales françaises et belges. L’Afrique n’est pas le continent noir, ce n’est pas un continent divisé en deux parties coloniales : Afrique blanche, Afrique noire : ça n’existe pas. Et oui l’Afrique du Nord il n’y a pas que des arabes non il y a une diversité ethnique forte dans cette région africaine. Votre anti africanisme et votre négrophobie s’arrête là. Que vous aimez ou pas il existe une diversité de faciès dans toute l’Afrique entière, OUI  même en Afrique de l’OUEST, OUI !! 

Et oui la Mayotte, Madagascar et l’Ile de Réunion et le Cap-Vert font partie de l’Afrique !!!!!

Quand vous êtes en face de ce genre de situation n’hésitez pas à prendre la parole, arrêtez d’accepter qu’on vous fasse des faux compliments coloriste anti africain à la con comme ça parce que vous méritez mieux et l’Afrique aussi.

 

 

/!\ D’ailleurs, ce passing-antillais me fait penser aussi à toutes les bêtises anti-antillaises que l’on a pu me dire bien que je ne sois pas antillaise. Apparemment les femmes antillaises seraient pas sérieuses, seraient faciles, n’auraient aucune valeur, pas de principes et aucune culture?? Les personnes qui sous estiment la valeur DES cultures et des langues antillaises peuvent aller se pendre. Honnêtement vous devriez vous sérieusement vous pencher sur les créoles et les cultures antillaises, vous avez tord de ne pas le faire. Vous y verrez beaucoup de ressemblances entre les cultures afrodescendantes entre elles mais aussi le lien d’africanité qui existe en plus de similitudes entre les cultures africaines et antillaises. Surtout si vous êtes pro-noir-e et ou panafricain-e, comment est ce que vous pouvez envisager la lutte sans prendre les pays antillais en considération??? Comment??? Haiti?? Martinique?? Guadeloupe?? Jamaique?? Trinité et Tobago??.. Ainsi que les autres pays colonisés par la France comme la Nouvelle-Calédonie ou Mayotte.

Les populations antillaises sont à considérer, leurs parcours politiques résistant n’est pas à négliger. Il n’y a plus résistant que le parcours de ces afrodescendant-e-s arrivé-e-s en terre inconnue qui ont pu à partir de pratiquement rien reconstruire des cultures et des langages qui leurs sont propres.

 

 

 

                                                                                                                                               Kel Lam

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Les poils c’est beau :)

 

Les poils ! Sujet qui peut sembler étrange mais en réalité la question des poils devrait être régulièrement abordée puisqu’il s’agit d’une problématique esthétique, sociale, politique mais aussi économique pour les noir-e-s adeptes de l’épilation en Occident. Dans le cas ici, je vais aborder de la pilosité sur les corps dit  féminins .

 

 

Dans le monde occidentalo-blanc, plus précisément celui où nous nous trouvons en France, les poils ne sont pas vus comme beaux. Il faut nécessairement cacher les poils, les enlever, ceux du dos, ceux des jambes, des bras, des aisselles, du menton ou encore du ventre. Partout, partout il faut les arracher, les enlever. Ils sont repoussants, impossible à assimiler à nos corps. Les corps féminins  noires sont soumis à de nombreuses injonctions esthétiques qui ne peuvent être conformes à la réalité de nos corps. Pour tenter de se conformer à cet esthétisme blanc, on a le recours constant à différentes formes d’épilation. Epilation qui peut d’ailleurs aggraver la qualité de votre peau. Par exemple, cela entraîne l’apparition de poils incarnés, de tâches foncées ou encore de blessures dû à l’arrachage de poils et/ou peau. Or, les poils dans différents coins d’Afrique noire (ainsi qu’ailleurs dans le monde) sont perçus comme normal voire comme un signe de beauté. Il est ainsi très commun et normal de croiser des femmes très poilues dans des quartiers de Douala par exemple.

Un exemple ici avec cet article en anglais d’une femme nigériane poilue qui vit très bien sa pilosité.

 

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Poils qui sont le fait de nos corps et NON le fait des produits éclaircissant ou que sais-je. Parce que oui, IL N’Y A PAS QUE LES HOMMES CIS QUI SONT POILUS.

 

Des articles sur la perception du poil sur les corps féminins : ici et ici.

 

Les poils sont historiquement vus comme beaux dans la plupart des communautés d’Afrique noire. Cependant, l’on a pas du tout intégrer cette vision des poils mais plutôt celui de la beauté blanche occidentale oppressive qui nous inculque que la beauté de nos corps se traduit par un corps imberbe. On peut le remarquer régulièrement dans la représentation des corps féminins par les artistes/peintres noires : où se trouve les poils ? Les représentations artistiques, photographiques ne correspondent en rien à la réalité de nos corps. Où sont nos jambes poilues ? Nos aisselles poilues ? Nos seins poilus ? Nos ventres poilus ? Nos sexes poilus ? De même que nos ancêtres, lorsque les reines  sont représentées, étaient-elles poilues ? Les femmes noires de la période pré-coloniale et/ou pré-esclavage ne sont jamais représentées artistiquement avec des poils.

Tu connais ce genre d’images ou de photos que les kamites prophète du kémitisme de Kemet, que les hommes et femmes noir-e-s cis et les soldates noires du patriarcat bénissent matin, midi, soir. Ce genre d’images, de peintures, de photos fort de colorisme représentants des femmes noires imberbes en général jeunes aux traits eurocentriques qui t’énervent. Toi même tu me sais. On se sait.

 

 

On peut d’ailleurs plus loin que les poils et questionner où sont nos cicatrices ? Nos alopécies ? Nos ablations ? Nos vergetures ? Nos vrais kilos ? Nos tâches ? Nos difformités physiques ? Nos boutons? … On est parfait-e-s avec nos imperfections, si vous appréciez tant les corps noirs féminins, montrez que vous nous appréciez pour ce que l’on est vraiment.

 

 

Joue la comme Mo’Nique, joue la comme Amber Amour!

 

 

 

 

 

Malheureusement la fausse perception que l’on a de nos corps, nous la reproduisons et nous la normalisons ce qui est très dangereux. Puisque s’ensuit des regards diaboliques (vreuument), des commentaires désobligeants, vexants voire des insultes à l’égard des personnes aux corps  féminins  assumant leurs poils. Voyez-vous même le paradoxe et la bêtise.

 

#dixitlespronaturelpronappymaisquinabordentenaucuncaslaquestiondelapilositédenoscorps 

Bêtise que l’on peut chercher loin sur nos corps féminins, vous ne vous posez pas souvent la question  pourquoi vous vous épilez  ? Ou pour qui est-ce que vous vous épilez ? Auxquelles on a souvent des réponses toute faite : « parce que c’est beau », « parce que toutes les femmes le font », « parce que les poils ça ne sert à rien », « c’est dégueulasse ce n’est pas propre ». Des réponses toutes faites et vide de sens. Puisque comme on l’a vu tout d’abord les poils c’est aussi esthétique et beau que le sans poil. Ensuite ce n’est pas parce que vous avez l’impression que tout le monde autour de vous fait quelque chose que vous devez forcément le faire. N’ayez pas peur d’oser suivre vos propres normes esthétiques, teintez vos sourcils, vos poils des aisselles, des jambes ! Puis non, les poils ce n’est pas du tout sur nos corps pour rien. Les poils nous servent vitalement pour notre corps, ils ne sont pas là pour rien. En effet, ils nous servent d’abord de barrière contre les différentes températures (chaud, froid), contre les ultraviolets. Les sourcils et les cils par exemple nous servent de protection contre les différentes poussières qui pourraient entrer en contact avec les yeux. Les poils dans différents endroits comme les narines, les oreilles servent de filtre soit auditif ou d’odeur. Les poils au niveau des aisselles et des organes génitaux, eux servent d’antibactérien (donc limite les infections et autres maladies) et de protection d’odorat et à la conservation de l’hydratation de peau.

 

 

 

 

Les poils c’est aussi un moyen, un outil pour voir que là aussi il y a une domination sociale des regards des hommes cis sur les corps  féminins . Pour la plupart des personnes ayant des corps  féminins, lorsqu’elles pensent à l’épilation c’est tout d’abord pour être bien perçu de ses pairs mais surtout des hommes cis hétéro. De ceux qui l’entourent, de ceux qui lui plaisent ou encore de ceux qui partagent sa vie pour être bien vu mais surtout pour paraître présentable et normal-e.

On peut prendre l’exemple de l’épilation pubienne où se trouve les organes génitaux comme une démonstration que même ce qui a de plus privé sur notre corps (vraiment caché en public pour ce coup-ci lol) est quelque chose de publique. D’où nous vient l’idée selon laquelle il faudrait épiler nos sexes ? Où est ce que l’on apprend que les poils sur le sexe c’est moche ? Que se fait un wax brésilien c’est meilleur, c’est sexy ? Merci la pornographie et le regard masculin. Si nombre de personnes pensent l’organe génital normal lorsqu’il est totalement épilé c’est tout d’abord parce que les premières images et vidéos qu’elles regardent ce sont des représentations d’organes génitaux totalement épilés via la pornographie ainsi qu’images et films érotiques. Bien que beaucoup de personnes peuvent tenter de nier, la pornographie y est pour beaucoup dans la représentation que ce font les corps « masculins » de leurs corps mais aussi les corps féminins de leurs corps. Surtout en ce qui concerne les représentations des organes génitaux, non nos sexes ne sont pas tous pas les mêmes et surtout ne ressemblent en rien aux représentations sociales  qui ne sont en rien réaliste.

 

 

 

C’est aussi une question sociale puisque les poils sont aussi un marqueur de maturité des corps pour la plupart d’entre nous. Donc ça nous amène aussi à nous poser la question du pourquoi cette forte volonté d’un corps imberbe (et donc d’enfant) sur des personnes adultes, matures et généralement forcément poilu. Cela amène à voir que la société française est une société pédophile qui ne se voit pas (#JusticePourCais, où en est-on ?). Il existe une obsession, fétichisation et adoration des corps imberbes, sans poils et plus particulièrement des organes génitaux sans poils qui démontrent un parallèle avec la pédophilie dont beaucoup ignorent. L’épilation pubienne rend le corps féminin comme celle d’un enfant, c’est la banalisation de l’adoration d’un corps de jeune enfant (tous les enfants en général n’ayant pas de pilosité sur une grande partie de leurs corps).  En effet, l’épilation intégrale surtout de zone pubienne pour les corps féminins mène à la ressemblance par exemple d’un sexe de jeune fille. Vous voyez le parallèle pédophile ? Il faut vraiment prêter attention sur ces invidividus obsédés du zéro poil qui fétichisent dur les corps totalement épilés.

 

AH oui aussi l’excès de poils (oui à partir de quand dépasse -t-on le barème de la pilosité normale?), surtout sur les corps féminins est perçu comme un dérèglement, une déviance à  l’ordre normal des organes voire comme un signe de virilisme ou de masculinité. Saviez-vous par exemple que l’hyperpilosité est perçue en France comme une maladie ? Comme un dérèglement, quelque chose d’anormal ? Si vous êtes considéré-e comme atteint-e d’hyperpilosité, vous pouvez être pris-e en charge et soigné-e par des médecins compétent-e-s à l’aide d’intervention et de traitement le tout étant remboursé par la Sécurité Sociale.

 

En plus d’un diktat de ce qui est beau ou non c’est aussi une dépossession de nos corps, c’est là que l’on voit que c’est aussi politique. Il s’agit d’un contrôle des corps féminins , de nos corps noir-e-s. Cela montre une vision politique sur nos poils parce que, qu’on le veuille ou non, nos corps féminins noirs ont été les sujets d’une longue histoire d’oppression, de mutilation, de torture et de diktat derrière nous qui trouve son empreinte dans nos sociétés d’aujourd’hui. Nos poils sont aussi politiques que nos cheveux crépus et nos coiffures africaines et antillaises que le monde blanc refuse de voir. Mais qu’aussi bon nombre parmi nous refusons nous mêmes de voir. Se réapproprier un choix  en ce qui concerne nos poils c’est déjà faire un grand pas dans la réappropriation de nos corps. C’est politique puisque ça pose aussi la question de la discrimination au genre en chevauchant sur les questions de pression sociale, virilité, féminité, masculinité et de domination masculine.

 

 

 

 

Combien dépensez-vous par jour, semaine, mois ou année afin d’être parfaitement épiler et conforme à la société ? Vous pourriez économiser en vous épilant moins en espaçant les séances voire en les arrêtant (votre peau vous dira merci lol). Non, sérieusement ne remarquez-vous pas tous ces instituts esthétiques d’épilation et ces produits et accessoires épilatoires en magasins qui coûtent gros dans nos budgets ? Pensez-y et si vous réduisiez voc coûts côté épilation pour vous faire de l’argent pour voyager par exemple? Combien d’entre vous veulent retourner au pays? Faire un retour aux sources ou découvrir un nouveau pays, s’offrir des vraies vacances ou en offrir à un-e proche? C’est possible, avec l’argent économisé de l’épilation, vous pourrez avoir plus de sous pour vos loisirs (ou les factures de fin du mois).

 

 

En bref, ceci n’est pas une injonction pour cesser l’épilation mais plutôt tenter de fournir des axes de critiques afin de démontrer qu’il existe des enjeux du fait de prendre le contrôle de nos choix esthétiques en ce qui concerne les poils. Parce que non il n’y a pas que l’arrêt du défrisage, du lissage brésilien ou autre qui comporte des enjeux pour nous les afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais bon je ne suis pas teubée, les corps féminins noirs ont des poils plus foncés, plus voyants et plus durs que la plupart des autres corps féminins racisés ou blancs donc laisser ses poils volontairement c’est aussi accepter le risque d’affronter au quotidien les offuscations, les critiques et les regards. Il faut se préparer mentalement et psychologiquement avant de le réaliser. Peut-être d’ailleurs que nombre d’entre vous ont été tenté-e-s et ne l’ont pas fait. Peut-être que nombre d’entre vous le font mais on honte de le montrer en public. Peut-être que nombre d’entre vous préfèrent une peau sans poils ou légèrement moins poilu que  la normale. En tout cas, le choix est votre. Mais sachez que les poils ce ne sont pas que des poils.

 

 

Je ne sais pas si les personnes non cis et non hétéro sont touché-e-s par ce syndrome oppressif mais petit conseil de copinage comme ça, que tout le monde peut appliquer : si ton chéri supporte pas tes poils, qu’il est la raison pour laquelle tu t’épiles, casses. #YOUKNOWYOUDESERVEBETTERSWEETIE 🙂

 

 

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(non c’est pas moi mais j’ai adoré la photo, btw toutes les photos ont été trouvées sur Google Image).

 

 

 

 

 

Kel Lam.

#BlackLivesMatter… Pardon, mais lesquelles?

 

#BlackLivesMatter est un mouvement de résistance noir étasunien crée par trois femmes noires queer Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Un mouvement qui vise à montrer que la vie des noir-e-s compte dans un monde négrophobe où justement nos vies ne comptent pas aux yeux de bon nombre de non-noir-e-s (voire aussi des noir-e-s). J’avais envie dans ce post de questionner ce mouvement, y soumettre des opinions que peut être d’autres noir-e-s se sont posé-e-s au vue de l’ampleur de la popularité actuelle de ce mouvement en dehors des Etats-Unis.

 

L’an dernier fin juin, lors d’une Rencontre à la Bellevilloise à l’occasion de la projection du film Les Marches de la liberté réalisé par Rokhaya Diallo, étaient présent-e-s des activistes étasunienn-e-s, plus précisément de Ferguson venu-e-s. Je me souviens d’une phrase d’un activiste qui m’a marqué, celui-ci disait que lorsque l’un-e d’entre elles/eux se faisait assassiné-e, nous ici en France devions automatiquement sortir dehors pour protester et montrer notre solidarité

 

De la solidarité, si vous êtes noir-e étasunienn-e, c’est en veux-tu en voilà ! En ce moment partout, on peut voir la diaspora africaine et afrodescendante noire manifester partout dans le monde son soutien pour les noir-e-s étasunienn-e-s. Que ce soit en Irlande, au Canada, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil, au Burkina Faso, au Nigeria ou encore au Sénégal, la communauté afro se lève pour montrer leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les rues. Quand vous voyez ça, vous vous dites, waouh c’est cool, on est vraiment uni-e-s ! M’enfin…

 

BLMAFR

 

En voyant cet élan de solidarité partout à travers le monde, on ne peut que constater l’hypervisibilité de la communauté noire étasunienne, de sa culture, de son histoire et de son expérience. Lorsque le #BlackLivesMatter est brandi à travers le monde, on voit bien que ce mouvement ne s’applique pas aux noir-e-s afrodescendant-e-s et encore moins aux africain-e-s noir-e-s du monde entier et pourtant des crimes négrophobes, des tueries ou génocides qui ne touchent que nous à travers le monde cela ne manque pas dans ce monde raciste. Cela traduit malheureusement d’une sorte d’hiérarchie des vies des noir-e-s au niveau global.

Qu’il soit question des crimes négrophobes en masse en quantité semblables voire beaucoup plus importante qu’aux USA, il en existe et pourtant cela ne bénéficie pas de la même ampleur médiatique ou populaire…

Qu’il soit question des génocides négrophobes au Congo, en Ouest Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore au Brésil, aucun ne bénéficie de soutien palpable sur les réseaux sociaux et encore moins dans les rues.

 

Dernièrement encore ici en France, une Erythréenne a été tuée percuter par un poids lourd à Calais (tueries qui arrivent régulièrement là-bas), aussi un jeune comorien a été retrouvé mort dans un commissariat à Marseille, un nigérian s’est aussi fait assassiné en Italie… N’empêche, aucun soutien massif des afrodescendant-e-s et africain-e-s noir-e-s ne s’est fait sentir sur les réseaux sociaux ou dans les rues semblables à ceux prodiguer pour les victimes noir-e-s étasunienn-e-s. Oui, c’est ça l’autre versant de l’hypervisibilité et du privilège des noir-e-s étasunienn-e-s, cela fait que nous nous désintéressons, oublions voire minimisons ce qui se passe chez nous, voire à deux pas de chez nous ou ailleurs en grande quantité au profit de ce qui se passe des kilomètres de chez nous. Peut-on parler de la situation en Mayotte ? De la criminalité et de l’insécurité en Guadeloupe et en Martinique ? De la situation au Nord Mali? En Centrafrique ou au Burundi?  De Cynthia Vechel ou D’Alexander Brengtsson ?

 

On est toutes et tous là à montrer notre soutien pratiquement automatique pour les étasunienn-e-s noir-e-s mais est-ce qu’ils/elles NOUS soutiennent ?? Quand est-ce la dernière fois que l’on a entendu parler de manifestation de soutien de la communauté noire étasunienne pour une autre communauté noire de la diaspora ou pour une communauté africaine ou caribéenne ? Lorsqu’il y avait des crimes contre des Haitienn-e-s en République Dominicaine, lorsqu’il y a eu tueries et viols en Côte d’Ivoire à cause du conflit Gbagbo-Ouattara, lorsqu’il y a eu les révoltes sociales noires aux Pays-Bas et en Suède… Perso, je n’ai pas encore entendu. Ne serait-ce que pour montrer une solidarité sur les réseaux sociaux ? Avec une communauté nigériane aux USA qui se fait de plus en plus grande, on aurait pu penser qu’il y aurait pu y avoir des ponts réalisés entre les deux communautés, surtout avec l’actualité politique actuelle : le groupe terroriste Boko Haram qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Qu’en est-il d’au moins manifester leur soutien aux personnes noir-e-s présent-e-s sur le même continent qu’elles/qu’eux? Au Canada ? Au Venezuela ? Au Brésil ? En Argentine ? Au Mexique ? NO INFO. Je veux pas être méchante mais je questionne seulement.

 

Mais bon, on ne peut pas les blâmer les noir-e-s étasunienn-e-s de « profiter » (consciemment ou non) de leur privilège d’hypervisibilisation pour concentrer la question des crimes négrophobes et de la négrophobie sur elles/eux, n’est-ce pas… Et ainsi de faire croire ou de laisser penser au monde occidentalo-blanc, que la question raciale comme ITélé aime le dire est une problématique étasunienne. Que la négrophobie c’est qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs tout est mieux..

 

Bien que la question soit en réalité globale, il faut se rendre à l’évidence que le #BlackLivesMatter n’a été élaboré QUE les personnes noires aux Etats-Unis. Il n’est nullement élaboré pour nous autres vivant en Afrique, en Europe, aux Antilles, en Asie, en Amérique Latine, en Amérique du Nord (E.U non compris) ou au Moyen-Orient, que celles et ceux qui pensent le contraire cessent le mensonge. En tout cas, à l’instant actuel, ce sont les faits. Il s’agit d’un mouvement se voulant global pourtant en dépit du fait que la négrophobie, elle soit globale, ce mouvement n’est représentatif et bénéfique QUE pour les étasunienn-e-s noir-e-s vu qu’il ne visibilise qu’elles/eux. A aucun moment ce mouvement se sert de son hypervisibilité pour adresser de la condition des noir-e-s ailleurs qu’aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, je n’ai pas l’impression que le message passé est que la vie des noir-e-s comptent mais plutôt la vie des noir-e-s étasunienn-e-s comptent. D’ailleurs, on peut même se poser la question sur le pourquoi du manque d’effort des étasunienn-e-s noir-e-s à monter ce slogan revendicatif contre la négrophobie à l’échelle mondiale ce qui pourrait justement être bénéfique pour l’ensemble des afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais on ne peut pas les blâmer de produire des choses uniquement pour leur communauté, n’est ce pas?

 

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 #UNITEDWEFIGHT, oui mais on s’unit SEULEMENT pour vous ou pour NOUS TOUT-E-S/ TOUS???

 

Élever justement la lutte à une échelle beaucoup plus large ferait perdre un peu (m’enfin c’est ce que j’espère…) l’hypervisibilité des expériences étasuniennes noires à nos yeux pour permettre une mise en avant des expériences noires dans des lieux dont on ne pense pas, comme en Israël, au Pakistan, en Chine, en Irak, en Russie, en Algérie, en Australie…

 

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Je me rappelle avoir vu cette image partagé sur le FB d’Afropunk, à première vue, je me suis dis wow ces personnes ont enfin compris-es qu’il existe d’autres noir-e-s hors E.U, que NOUS AUSSI on compte TOUT-E-S mais NON en faites ce slogan revendicatif est limité aux E.U (dixit: liberal/republican qui met la puce à l’oreille). Puis, il manque le EVERYWHERE à la fin…

 

 

Un #TOUTESLESVIESNOIRESCOMPTENTPARTOUT ou #ALLBLACKLIVESMATTEREVERYWHERE a ainsi à mon avis beaucoup plus d’impact au niveau politique et international. Il permet de NOUS rendre TOUTES/TOUS VISIBLES qui que nous soyons, où que nous nous trouvons. Quel que soit notre religion, notre genre, notre ethnie, notre orientation sexuelle, notre appartenance géographique, notre condition physique, notre condition mentale, notre milieu social, nos origines…

Parce qu’en vrai, nous tout-e-s et tous en tant que noir-e-s avons des vies qui comptent et ce quelque soit l’endroit où nous nous trouvons.

 

 

 

Kel Lam.

 

Les privilèges des hommes noirs: parlons-en!

 

Exclusivement pour la communauté afrodescendante noire, nous pour nous, par nous sans les autres donc pas de comparaisons svp. De plus, les commentaires des autres non noir-e-s ne seront pas répondus pour cet article.

 

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J’ai voulu la représentation d’un groupe d’hommes noirs en contexte français mais Google a fait son négrophobe invisibilisant comme d’habitude. En écrivant « groupe d’hommes noirs » via Google Images, y’avait pratiquement rien ou par ci par là quelques images d’hommes noirs et de colons aux temps des colonies… Comme si il n’y avait pas de groupe d’hommes noirs en France à l’heure actuelle. Bref, j’ai tapé en anglais « group of black men », là le choix était conséquent.

 

 

 

En lisant ce titre, beaucoup se diront mais quelles privilèges ??? Alors qu’en faites, il existe des privilèges dont les hommes noirs disposent, tout comme les hommes de n’importe quel couleur de peau. Même si cela peut paraître paradoxal au vue du système français négrophobe dans lequel on vit, les hommes noirs disposent d’un privilège en tant qu’homme. Pourtant, beaucoup d’hommes noirs oublient, négligent et outrepassent ce privilège bien qu’ils en jouissent au quotidien. Certains réfuteront et diront que cela est impossible du fait de la couleur de peau. Certes, les privilèges dont les hommes noirs disposent ne sont pas aussi conséquent que ceux des hommes blancs voire des autres hommes racisés mais il y en a. Les hommes noirs ont des privilèges et contribuent à la domination consciente ou non des femmes et plus spécifiquement des femmes noires. Malheureusement nombreux sont les hommes noirs qui sont totalement dans le déni quant à leurs privilèges, négligeant ainsi l’oppression –non intentionnelle, je l’espère- qu’ils exercent sur les femmes noires et les autres minorités sexuelles noires. Ainsi, ceux-là tiennent une responsabilité sans même s’en rendre compte dans le système oppressif actuel (qui les oppressent) puisqu’ils y contribuent. Dixit l’adage qu’on connait toutes et tous : l’ennemi de l’homme noir est l’homme noir.

 

D’abord, il advient d’aborder brièvement le terme privilège au regard de la société, il n’est pas forcément à utiliser dans le cadre de l’oppression. On peut trouver des milliards de façon de définir ce qu’est un privilège. Pour ma part, il s’agit surtout avoir un avantage exclusif dans une société donnée à une période donnée du fait des normes édictées par celles-ci, cela peut alors résulter par exemple de notre genre, notre statut social, de notre apparence physique, de notre condition physique, de notre santé mentale, de notre religion, de notre culture, de notre orientation sexuelle, de notre validité… Par exemple, dans une société comme la France, il est plus avantageux d’être un jeune homme noir catholique riche valide et hétérosexuel sans troubles neuropsychologiques qu’être un vieil homme noir pauvre musulman queer ayant une déformation physique. On ne choisit pas d’avoir des privilèges, c’est ce que l’on est. Il en est de même avec la masculinité et le fait d’être homme. Les personnes noires devenu-e-s hommes n’ont pas choisis de l’être et encore moins de bénéficier du privilège de masculinité. Ce privilège de masculinité s’ancre indépendamment de la volonté de ceux qui l’usent. Il est l’avantage dans une société à être un homme. Il existe d’ailleurs dans la sphère francophone que très peu d’articles sur le sujet, malheureusement mais bref.

 

J’avais envie de concentrer cet article sur les privilèges des hommes noirs pour déjà déconstruire cette idée ancrée selon laquelle les privilèges d’hommes ne sont réservés qu’aux hommes blancs. Ensuite, je préfère me concentrer sur les hommes noirs et pas sur les autres hommes racisés parce que tout simplement je suis communautariste (fière de l’être 🙂 ), faut que l’on fasse des textes sur nous pour avancer ensemble.  Aussi parce que le fait que les hommes noirs prennent conscience de leur privilèges, travaillent dessus, peut aider nettement à une amélioration dans les relations (tout domaine confondue) hommes-femmes noires et cela ne peut être que bénéfique pour une meilleure communauté noire française. Puisqu’en vrai de vrai, on a besoin de s’entraider les uns, les autres tout genre confondu.

Les privilèges dont jouissent les hommes noirs traduisent d’une domination inconsciente normalisée et constante en plusieurs domaines. Par exemple, les hommes noirs dominent les institutions religieuses, politiques et culturelles. Sans ajouter que les hommes noirs en France sont les premiers en ligne à propager la mysogynoir (hein, on vous voit sur les réseaux sociaux et le #toutestnoirsaufnosmeuf, non nous n’avons pas oubliées.). Et donc ainsi regrettable de constater une domination envers les femmes noires dans l’abus sexuel, physique, verbal, moral et psychologique.

Il est donc du devoir des concernés de s’interroger sur leurs privilèges, de les déconstruire et d’aider celles qui n’en bénéficient pas voire qui en souffrent. Parce que prendre conscience de ses propres privilèges c’est aussi prendre conscience de la situation des autres et cela aide à la déconstruction d’un système oppressif.

 

Voici donc ci-dessous une courte (un peu longue en faites mais grave intéressante) liste des privilèges que les hommes noirs peuvent avoir. Bien sûr, il existe une diversité d’hommes noirs, les hommes noirs ne sont pas un groupe homogène. L’expérience d’un jeune homme noir athée homosexuel ne peut pas être le même que l’expérience d’un adulte homme noir musulman hétéro. Mais, en dépit de cela il existe des privilèges qui les concernent, tous deux.

 

-Lors des problématiques sociales et/ou politiques, tu n’as pas à choisir ta couleur de peau au détriment de ton genre.

-Quand tu lis des textes concernant l’histoire des Noir-e-s en Europe, aux Amériques, dans les Antilles, en Afrique ou en Asie, tu apprends majoritairement sur les hommes noirs.

-Tu t’es renseigné sur le Mouvement des droits civiques des Africain-e-s-Américain-e-s et du Black Panther Party et la majorité des leaders que tu connais sont des hommes noirs.

– En général, tu es pris beaucoup plus sérieusement en tant qu’une femme noire.

-Tu peux vivre toute ta vie sans lire un livre sur le féminisme noire, le féminisme africain (et le dénigrer).

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux auteures, blogueuses, activistes, militantes afroféministes, womanist et féministes noires afrodescendantes ou africaines.

-Tu peux vivre toute une vie sans t’intéresser à l’Histoire et aux expériences de vie des femmes noires dans la diaspora afro descendante noire ainsi qu’en Afrique ou aux Antilles.

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux problématiques concernant spécifiquement les femmes noires.

-Tu peux faire parti d’un mouvement noir de libération combattant la négrophobie (ou l’idolâtré), qui soit sexiste et mysogynoir et être OK avec ça, comme par exemple les Black Panther où quelqu’un comme Eldrige Cleaver, violeur affirmé et autoproclamé, avait une position dominante dans l’organisation.

Pour info : il violait les femmes blanches et noires. (Vous pouvez trouvez des citations de sa bibliographie écrite par lui même où il prône le viol et sa haine envers les femmes noires, admet qu’il les violait en masse dans les ghettos. Kathleen Cleaver, son ex-femme a parlé ensuite du problème de colorisme et de la fétichisation des femmes claires au sein de l’organisation et de la haine envers les femmes noires-surtout les plus foncées- quand elle quitta le parti). 

 

-Tu te fais plus d’argent qu’une femme noire du même niveau d’éducation et d’occupation que toi.

-Tu as le privilège de définir la beauté des femmes noires selon des standards occidentalo-blancs en ce qui concerne le teint de peau, la texture des cheveux, la forme du corps. Alors qu’en comparaison, les femmes noires te définissent rarement par des standards de beauté occidentalo-blancs en ce qui concerne ton teint, tes cheveux ou encore ton corps.

-En tant qu’homme noir, tu n’as pas à craindre d’être harcelé quotidiennement sur le fait d’avoir des cheveux qui ne correspondent pas à l’image que l’on attend d’un homme noir. Contrairement aux femmes noires, constamment harcelées à cause de leurs choix capillaires (Hann lala tu fais quoi avec les tissages ? Pourquoi tu veux faire la blanche ? Pourquoi t’es pas nappy ? C’est quoi cet afro ? C’est moche… C’est exotique, j’adore…Tu fais vraiment kamite, j’adore… Ta gueule, on fait ce qu’on veut).

-Ton apparence physique ne sera pas le standard ultime qui représentera ta valeur par les membres du sexe opposé.

-Tu peux croire que faire mal à une femme durant le sexe est synonyme de plaisir sans avoir à lui demander.

-Tu as le privilège ne pas être vierge et désiré une femme vierge.

-Quand le sujet du sexe est abordé, si tu dis « NON », il n’y a aucune chance pour ce que cela soit pris pour un « OUI » refoulé. Quand tu dis NON c’est NON.

-Si tu te fais violé, personne te dira « t’aurais dû te protéger.. » ou que ton viol est de TA FAUTE, que cela est dû à ton code vestimentaire, que cela est dû au fait que tu étais tard le soir dehors, que tu fréquentes des lieux qui ne sont pas pour toi.

-Tu peux avoir un humour ou un langage sexiste, mysogynoir OKLM. Ex : pute, noirtes, tourner le prénom Fatou en insulte… Les imitations humoristiques mysogynoir de ta mère, de ta sœur, bref de toutes les filles noires que tu connais, hein les connaisseurs de YouTube, en général ils mettent une perruque, prennent un accent kinf pourri au tempérament toujours énervée avec un comportement caricatural violent, dur et insultant.

-Tu vis dans un milieu où la polygamie est encore une option dans un monde dominé par les hommes mais où la polyandrie n’est même pas considérée, ne serait-ce qu’en option.

-En général, tu préfères être en relation avec des femmes plus jeunes socialement et sexuellement.

-Plus tu auras des partenaires sexuelles que tu sois en couple ou non, plus tu auras de succès auprès de mon entourage masculin.

-Tu as un accès facile à la pornographie qui implique une sphère virtuelle où l’on y trouve des hommes dégradant des femmes, souvent des jeunes femmes.

-Quand tu vas au cinéma ou que tu regardes les films en streaming, tu sais que la plupart des rôles principaux dans les films de noir-e-s sont tenus par des hommes. Tu sais aussi que les héros de films d’actions de noir-e-s sont des hommes.

-Tu peux facilement citer des artistes de rap hip hop masculins puisque ce sont des artistes d’un genre musical dominé par des hommes noirs.

-Tu peux facilement deviner également que la plupart des femmes qui apparaissent dans des clips hip hop sont seulement présentes pour le plaisir des hommes.

-La majorité des paroles hip-hop que tu écoutes ne font que perpétuer les idées de domination masculine sur les femmes que ce soit sexuellement ou socialement.

-Tu peux écouter et utiliser des mots comme putes et salopes qui dégradent les femmes et qui n’ont pas de portée similaire pour le genre masculin.

-La plupart de tes films favoris impliquent des séquences de forces qui n’incluent pas des individus d’autres genres que le mien et souvent basés sur la violence.

-Tu as le privilège de définir le comportement des femmes noires sans toi-même définir et critiquer tes attitudes en tant qu’homme noir.

-Tu as le privilège de penser qu’une femme ne peut pas éduquer un enfant afin qu’il devienne un homme. Non c’est la place du père, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’une femme doit se soumettre à son homme ou qu’elle existe pour assister son homme. Difficile de penser qu’une femme peut être seule, indépendante sans nécessité d’un homme, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’avant l’esclavage, la colonisation et les invasions étrangères en Afrique, les relations de genre dans la communauté noire africaine étaient parfaites.

-Tu as le privilège de penser que l’afroféminisme, le féminisme noir est contre les hommes noirs et surtout vise à la destruction de la communauté afrodescendante noire. #oulouloucoucouleshotep 🙂

-Tu as le privilège de penser que l’échec d’une famille afrodescendante noire est à cause de la mère, qu’elle n’a pas donné une bonne éducation à ses enfants.

-Tu as le privilège de penser que les responsabilités de la maison (comme tâches ménagères et autres) sont des responsabilités de femmes.

-Tu as le privilège de penser que les femmes noires sont différentes sexuellement des autres femmes, et tu les juges de manière négative à cause de cela.

-Au collège ou au lycée ou à l’université, les filles sont cheerleaders pour les athlètes masculins (si si ça existe aussi en France) mais il n’existe pas de rôles similaires pour les hommes, des cheerleaders pour les femmes athlètes.

-Tu peux passer la majeure partie d’une journée à parler de sports, à jouer aux jeux vidéo pendant que les femmes seront occupées à réaliser des tâches ménagères ou à s’occuper des enfants.

-Tu peux passer des heures sans compter à regarder le sport à la télé et considérer que cela est naturel.

-Tu peux toucher, câliner, embrasser ou être émotionnellement expressive avec d’autres hommes durant un match sans que des observateurs y voient un comportement sexuel.

-Tu sais que la plupart des spécialistes sportifs sont des hommes.

-Si tu es entraîneur, tu peux motiver, punir ou embarrasser un joueur en lui disant qu’il joue comme une fille.

-Tu es sur que la plupart des entraîneurs, même dans les sports majoritairement féminins, sont des hommes.

-Tu as le privilège de faire du sport dehors le torse nu sans que cela soit un problème.

-En faites, tu as le privilège de faire tout ce que tu veux à l’intérieur ou à l’extérieur sans avoir ton haut alors que les femmes sont toujours censées se couvrir.

-Tu as le privilège de faire partie d’un monde dans lequel les mutilations et les défigurations des parties génitales du genre féminin sont utilisés pour dénié leurs sensations sexuelles ou protéger leur virginité pour vous.

-Tu as le privilège que le viol ne soit pas utilisé en tant que tactique première, outil pour terroriser ton genre pendant la guerre et les périodes de conflit.Tu ne subiras jamais le féminicide. Ex le féminicide en RDC ou encore les viols de masse en Amérique latine …

-Tu as le privilège de ne pas être capable de nommer une femme présidente en Afrique ou en Asie, que ce soit dans le passé ou le présent, de la même manière que tu le ferais pour les présidents masculins en Afrique et/ou en Asie.

-Tu as le privilège de voyager partout dans le monde et d’avoir constamment accès dans les pays en développement à des femmes de manière sexuelle et sociale.

-Tu as le privilège de faire partie d’un genre qui commence les guerres et qui contrôlent la majorité des armes de guerre et de destruction de masse.

-Tu sais que plus loin tu iras dans les études, plus tu auras du succès avec les femmes. Ce qui n’est pas le cas pour les femmes envers les hommes.

-Lors de ton entrée à l’université, même pendant tes études à l’université, tu as le privilège de ne pas te soucier si tu pourrais être capable de te marier ou non avec une femme noire voire de te marier tout court.

-Tu peux choisir d’être renfermé, introverti et de ne pas communiquer dans une relation (amicale ou amoureuse, quel que soit) et cela sera considéré comme malheureux/dommage mais normal.

-Tu as le privilège de ne pas connaître la définition des mots et des concepts comme patriarchie, phallocentrique, misogynie, hétéronormativité, complicité, womanism, africana womanism, le féminsme noire.

-Ta force en tant qu’homme n’est jamais liée à l’échec de ta famille alors que la force des femmes noires est souvent associée à l’échec de sa famille.

-Si tu envisages le divorce, tu sais que tu auras forcément plus d’options, d’opportunités de mariage et de cohabitation que mon épouse.

-Il y a beaucoup de chances pour que tu sois définie en tant qu’homme bien à cause de choses que tu ne fais pas plutôt que par des choses que tu fais. Si tu ne frappe pas, ne trompe pas, ne mens pas alors tu es considéré comme étant un mec bien. Alors qu’en comparaison, les femmes sont rarement définies comme étant des femmes bien sur des actions qu’elles ne font pas.

-Tu as le privilège de ne pas à avoir à assumer la majeure partie des taches ménagères et des responsabilités parentales.

-Tu as le privilège de ne pas avoir été éduqué avec des responsabilités domestiques comme cuisiner, faire le ménage, faire la lessive, la vaisselle.

-Tu n’as pas à craindre d’être considéré comme étant un traître envers la communauté noire si jamais tu appelles la police contre une femme noire. Par contre, pour une femme noire, l’histoire est tout autre.  

-Tu as le privilège de connaitre des hommes qui sont psychologiquement, physiquement et ou sexuellement abusif envers les femmes et pourtant tu continues de traîner avec eux OKLM et de les appeler voire les considérer comme tes potes, amis, frères.

 

La liste peut continuer et continuer…

 

Je me suis inspirée de la liste de The Black Male Privileges Checklist de Jewel Woods, un auteur universitaire africain américain. J’en ai traduit quelques-uns et introduit d’autres. Bien sûr, la liste des privilèges peut facilement être élargie.

 

Pour avoir accès à celle écrite par Jewel Woods en anglais (en prenant en compte le contexte africain américain différent du notre): ICI.

 

En espérant que cela pourra en inspirer certains… Qu’ils aideront les autres personnes noires qui ne bénéficient pas de leurs privilèges voire qui en souffrent au quotidien pour le bien être de notre communauté.

 

 

Kel Lam.

 

L’inexistence de représentation des couples noirs dans le cinéma français au profit du couple mixte

Parce que les représentations comptent…

**Le titre parle DES couples noirs au profit DU couple mixte parce que j’estime qu’au lieu d’avoir la représentation de la diversité du couple noir, on nous invisibilise en nous représentant par le couple mixte, en général valide et hétérosexuel.

**Aussi en vrai on peut élargir et ne pas se contenter seulement de parler de cinéma français mais de l’espace artistique français en générale. 

Un petit post pour faire écho à la fin de l’article précédent « C’est quoi ton type ? » où je parlais des personnes racisées qui privilégient d’autres racisées ou des personnes de même couleur qu’elles dans les relations amoureuses. J’en suis venue à me questionner sur la représentation de ces couples racisés sur le grand écran français. Pour enfin arriver à la conclusion que notre chère société française prône excessivement les couples mixtes: un-e blanc-he avec un-e racisé-e. Mais en tant que noire, je me suis surtout concentrée sur les noir-e-s, c’est pour cela que le post concerne l’inexistence de représentation des couples noirs. Cependant, il faut admettre que la représentation de l’ensemble des couples racisés dans le cinéma français est catastrophique.

Regardant de temps en temps les films français, j’ai fais le constat que quelque soit la représentation cinématographique française du couple, les couples noirs (j’entends par là tous les types de couples noirs-de tout genre, classe, valide ou non, etc-) n’y figurent jamais. Rare sont les fois où ils sont exposés de manière non discriminatoire, sans clichés, dans un cadre non humoristique, et surtout les MONTRANT HEUREUX ENSEMBLE. Or LES REPRÉSENTATIONS COMPTENT!!

 

 

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Thomas Ngijol et Claudia Tagbo dans « Le Crocodile du Bostwanga »

 

 

Souvent dans le cinéma français, pour montrer un-e noir-e en couple, on va surtout nous montrer un-e noir-e en couple avec un blanc-he, avec un message subliminal mais à peine caché que le couple mixte et le métissage sont la solution au racisme et que ce sont des facteurs qui montrent que tout le monde vit heureux dans le plus beau des mondes.

SPOILER ALERT : C’est faux !

 

 

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LES POUPÉES RUSSES, Romain Duris, Aissa Maiga, 2005, (c) IFC Films

 

 

 

 

 

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Aissa Maiga et Max Boublil dans « Prêt à tout »

 

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Thomas Ngijol et Karole Rocher dans « Fastlife »
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Louis Denis Lion et Audrey Lamy dans la série « Scènes de Ménages ». Bon, il ne s’agit pas d’un film mais ce couple a une telle popularité que j’ai pas pu résisté… A quand un couple NOIR dans « Scènes de ménages »?
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Omar Sy et Charlotte Gainsbourg dans « Samba »

 

Ce ne sont que des exemples parmi d’autres, mais bien évidemment, il y en a sûrement d’autres. Et comme souvent, les hommes noirs sont beaucoup plus à l’affiche que les femmes noires. Mais surtout, les rôles joués par les actrices/acteurs noir-e-s sont malheureusement souvent stéréotypés.

 

Pour revenir à mon spoiler alert, on sait très bien que c’est faux. Ce n’est pas parce que les racisé-e-s se mettent en couple avec des blanc-he-s que cela veut dire que le racisme est terminé. Prenons l’exemple du Brésil, apparemment le pays le plus métissé du monde, la négrophobie et la mysoginoir y bat des records et pourtant il existe une population métisse et noire importante. Petite digression, voici une petite occasion pour rappeler que ce n’est pas parce que vous êtes blanc-he-s et que vous couchez avec un-e noir-e (ou un-e racisé-e) que cela veut dire que vous n’êtes pas ou plus (MDR…) racisteoui parce que cela ne se passe pas comme une vaccination guérisseuse instantanée d’une maladieou que le racisme n’existe plus dans le monde entier.

 

Les couples noirs n’ont pas de représentation dans le paysage cinématographique français. D’ailleurs on pourrait élargir à la représentation en général dans la société comme je l’ai dis un peu plus tôt, représentation qui est elle assez mauvaise. Par exemple, lorsqu’un couple hétérosexuel noir et valide (parce que oui, vu l’hétéronormativité, le validisme et la négrophobie actuelle, les noir-e-s non hétéro, non valide sont carrément invisibles pour ce qui est de la représentation générale) est représenté dans les publicités, c’est souvent dans le cadre de la prévention du SIDA. Comme celle-ci datant de l’an dernier:

 

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Campagne de sensibilisation pour le dépistage du VIH SIDA (d’ailleurs là comme par hasard, on choisit bien des noir-e-s au teint plus foncés, traits négroïdes prononcés avec en plus coiffure afro, cheveux crépus et locksés… Oui, là on a le droit à notre représentation)

 

 

Il n’existe pas (voire trop rarement puisque je ne connais pas l’ensemble des films français) de couples noirs à l’écran français heureux qui donnent envie de rêver. Et je ne parle même pas de rôles principaux, même en tant que rôles secondaires ou de figurations, on est très souvent déçu-e-s. Je trouve dommageable qu’en tant que français-e-s, qu’à chaque fois que l’on ait besoin d’avoir une représentation des couples noirs, que l’on soit constamment obligé de devoir se tourner vers le monde anglophone ou vers le cinéma africain, caribéen voire sud-américain.

N’existe-il pas des couples noirs en France? Pourquoi cette forte invisibilisation de l’amour entre deux personnes noires à l’écran? Cela pose t-il un problème au cinéma français d’avoir à l’écran deux personnes noires amoureuses l’une de l’autre? Les couples noirs font-ils peur, sérieusement?  A quand un film ou une série avec un couple noir heureux, amoureux sans clichés, sans stéréotypes, ni discriminations? Ou même si les personnages ne sont pas forcément amoureux, au moins qu’on nous montre plus de représentativité des relations amoureuses entre noir-e-s en France avec tout ce qui a de diversité sociale, économique, de genre, de culture…

Nous aussi, nous avons bien droit à nos histoires d’amour à l’écran, non? Pourquoi n’existe-t-il toujours pas de films français romantiques (comme Jeux d’Enfants ou encore Amour & Turbulences) avec un couple noir en tête d’affiche ? Nous aussi on mérite des films français comme Love & Basketball ou Love Jones.

Bref, on mérite nos représentations amoureuses mais nous ne l’avons pas. Il serait donc temps de créer nos propres espaces, avec nos propres films, séries, web-séries par nous et pour nous. Parce qu’à allure où va notre société, si l’on prend pas les choses en main, la situation ne peut qu’empirer ou se déboucher hyper lentement (dixit attendre un ou deux siècles pour la sortie d’un film représentant un casting majoritairement noir avec une belle histoire d’amour comme script). On va pas attendre qu’on nous normalise pour avoir une visibilité dans cette société conservatrice française pour que les choses bougent.

Alors n’hésitez pas !! Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous êtes en couple, inondez les réseaux sociaux, rendez-vous visibles! Partout, sur Instagram, Twitter, Facebook… Si vous êtes célibataires, prenez les autres couples afro en photo et patientez, ne soyez pas rabat-joie, votre tour arrivera un jour… (Mdr, petite blague deuspi…). Non la vie ne se limite à être en couple, même en tant que célibataire, inondez les réseaux sociaux par votre beauté et celles de vos ami-e-s, votre famille, vos proches. 

Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous avez toujours hésitez à vous lancer dans la cinématographie ou la photographie, lancez-vous, n’ayez pas peur! On a besoin de votre talent pour nous montrer de beaux couples noirs en photo ou en vidéo. On a besoin de noir-e-s issu-e-s de la communauté pour une représentation juste, avoir quelque chose qui nous ressemble et auquel on peut s’identifier. N’hésitez plus à faire des films courts, des séries, des podcasts pour nous donner un peu plus de représentation! Que ce soit réalisé avec un téléphone portable, un appareil photo ou une caméra, bas de gamme ou haut de gamme, n’ayez pas honte et lancez-vous! N’oubliez pas, une contribution, même petite, reste une contribution et cela compte!

 

Sinon, si certain-e-s d’entre vous connaissent déjà des productions qui ont été réalisées-même petite- sur ce thème, veuillez faire tourner pour que l’on puisse aussi faire tourner! 🙂

 

 

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Photo d’un couple noir trouvé au hasard sur Google Image. Pour info, j’ai dû taper « black couple in love » pour trouver de belles photos de couples noirs amoureux. Parce qu’en français, « couple noir amoureux », ça n’existe pas. Juste pour vous montrer à quel point la situation en France est désastreuse…

 

 

Kel Lam.

 

C’est quoi ton type?

Parlons apparences, physique et relations. Je ne vais pas m’attarder à parler « amour » dans ce post, puisque soyons fran-ch-es, lorsque l’on parle amour logiquement on n’évoque pas le physique alors qu’ici c’est principalement ce que je vais faire en parlant de « type ». Ce que j’entends par type est l’apparence physique.

Nous sommes actuellement dans une société française dans laquelle le paraître compte énormément et où nous sommes souvent défini-e-s malgré nous (surtout nous les racisé-e-s) par des stéréotypes -souvent- discriminatoires du fait de notre apparence. Nous nous trouvons dans une société qui nous apprend à avoir un-e compagne/ compagnon avec un certain physique. Elle nous impose des règles de perception physique à suivre.  Ainsi seront jugés les formes, les courbes, les traits, la chevelure et sa texture, la couleur de peau et son teint (régulier ou non, hyperpigmenté ou non etc), la couleur des yeux, le corps non valide et bien d’autres caractéristiques physiques. Elle nous apprend qu’est ce qui est acceptable chez l’autre (et chez NOUS aussi) et ce qui ne l’est pas. On se concentrera alors dans ce post sur l’apparence physique et de son influence dans les relations amoureuses et sexuelles. Puisqu’en effet, sous la question « C’est quoi ton type ? » se cache l’expression décomplexée et normalisée du racisme, du colorisme et du privilège blanc.

Bien que montrant le racisme normalisé de la société française, cette question est courante et populaire. Une grande partie de la population française tend à avoir un type. Traduisez une grande partie de la population française a une perception discriminante (raciste, sexiste, validiste…) des physiques.

C’est quoi ton type ? AUCUN. Ça devrait être votre réponse spontanée, non construite incluant tout-e-s les racisé-e-s et les blanc-h-e-s à cette question.  Normalement, si vous avez un minimum de conscience sociale et que vous n’êtes pas raciste (ou raciste avec vous-même pour les racisé-e-s-, si vous ne comprenez pas, vous allez saisir d’ici la fin du texte), VOUS N’AVEZ PAS DE TYPE PRECONCU. Vous n’avez même pas idée à ce qu’elle/qu’il peut bien ressembler avant de l’avoir rencontré.

Avoir un type c’est avoir une image construite, un idéal forcément issu de la société de la suprématie blanche. En général, le physique type parfait est le suivant : blanc-he , brun-e, blond-e, un corps valide (jamais ouvertement mentionné puisque sous-entendu sans complexe), légèrement musclé pour le genre masculin ou avec des formes légères pour le genre féminin , yeux marrons, bleus ou vert, cheveux lisses ou au pire –légèrement -bouclés. Là je suis sure que nous avons tous des images de ce type qui défilent dans notre cerveau. Mais on ne va pas se limiter à cela, on va aller plus loin. Puisque la suprématie blanche a mis en place des standards de beauté occidentalo-blanches, en découle alors le colorisme, le racisme et tout ce qui s’en suit.

 

Du coup, avoir à tout prix un type relève aussi de la fétichisation, du complexe en plus du racisme. Pourquoi ?

 

                 De la fétichisation : C’est lorsqu’une personne est attirée par vous seulement à cause de votre couleur de peau et des stéréotypes racistes qui en découlent. La notion de fétichisation est donc très large. Elle ne concerne pas seulement l’aspect sexuel mais je choisis personnellement de mettre l’accent dessus ici puisqu’il est en rapport avec le post. Alors qu’est ce qu’est la chosification sexuelle d’une personne racisée ? Vous ne la trouvez pas belle (bien qu’elle le soit), vous ne lui trouvez rien d’exceptionnelle. Seulement, du fait de sa couleur de peau qui n’est pas blanc-h-e, vous la trouvez exotique, vous l’hypersexualisez, vous fantasmez sexuellement sur son corps, sur ce qu’elle représente, ce qu’elle va vous apporter sexuellement. Vous en faites votre chose sexuelle dans votre imaginaire et pas que, aussi dans le réel. Vous voyez la personne racisée en face de vous, non comme votre semblable, un être humain mais comme l’autre, comme un corps étranger non humain, un outil sexuellement excitant. Par exemple, il existe une forte fétichisation des hommes et femmes noir-e-s. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des préjugés sur le sexe des hommes noirs ? Ou sur l’extravagance de la  sexualité des femmes noires au lit ?

 

 

                Du complexe : Qu’est-ce que j’entends par là ? Une personne racisée complexée du fait de sa couleur de peau et de ce qu’elle représente dans la société, ici française. Du coup, dans ce cas-là, il faut que mon autre (tout sauf ce que je suis) puisse compenser mon manque, me sauver, et sauver ma progéniture- par extension-, exemple en ayant un enfant métis. Avoir un enfant métis à tout prix dans ce cadre complexé est le reflet d’une fétichisation de l’enfant métisse (en général, enfant métissé blanc-he et racisé), vu par certaines personnes comme une réussite sociale. En gros, c’est « Je me déteste donc je déteste mon autre, mon semblable, qui est de la même couleur que moi », c’est ce que j’entends par être racisme envers soi-même, c’est le racisme intégré. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, voici un exemple. Les hommes noirs et femmes noires qui disent constamment : NON, NON je ne sors pas avec des noir-e-s. Oui, c’est parce que souvent ils se détestent eux-mêmes, s’ils pouvaient changer de couleur, ils le feraient. Ce sont des personnes complexées, souvent remplis d’énormes préjugés et stéréotypes sur leurs semblables noir-e-s provenant de l’image dégradante donné par la société.

 

                Du racisme : Tout d’abord, je pense à toutes les blanches et tous les blancs qui ne se posent jamais de question dans leurs choix amoureux et sexuelles, pour qui leur moitié, c’est eux/elles dans l’autre. En gros, leurs choix sont QUE et SEULEMENT des personnes blanches, ce sont souvent des personnes type physique comme décrit précédemment. Pourtant, personne ne se pose de questions sur le pourquoi de leurs choix et encore moins eux-mêmes. Oui, vous connaissez une personne blanche comme ça, c’est assez commun. A la question pourquoi est-ce que tu ne sors qu’avec des blanc-hes ? Ils ne sauront pas quoi vous répondre, ils balbutieront. Cela parce qu’ils ne se posent pas de question puisqu’ils sont blanc-h-es, c’est le privilège blanc, les standards de beauté sont occidentalo-blancs donc en gros même si ils sont conscient-e-s de tout cela, certain-e-s préfèreront rester dans la norme. Sauf bien sûr, si c’est pour s’amuser de temps en temps, pourquoi pas essayer, hein ? Chosifier et fétichiser de temps en temps. Tu connais ces phrases racistes à la con : Je ne sais pas, c’est comment un-e noir-e au lit? Je veux bien essayer.

 

Bref, ensuite, on a les stéréotypes racistes qui empêchent les individus racisés d’interagir émotionnellement ou sexuellement entre eux. Vous connaissez ou pas ? Afin de ne pas reproduire la violence des propos, je ne les écrierais pas si dessous. Mais partout sur les réseaux sociaux et même dans la vie quotidienne, on entend souvent des stéréotypes racistes (mysoginoir, négrophobie, arabophobie, asiaphobie..) sur les racisé-e-s en ce qui concerne les relations amoureuses et sexuelles. Comme vous le remarquez, je précise bien les stéréotypes raciste sur les racisé-e-s car il n’y en a pas sur les blanc-h-es parce que le racisme anti-blanc n’existe pas. Juste une petite piqûre de rappel.

Du coup, à cause de ce genre de stéréotypes que les gens ont, certaines personnes racisées sélectionnent de par la couleur de peau avec qui choisir ou n’approchent que des personnes de la même couleur de peau qu’elles. On l’a vu tout à l’heure pour les blanc-h-es, que la raison était le privilège blanc qui les aveuglaient. Mais dans le cas des racisé-e-s ?

OUI, il existe des racisé-e-s qui ne choisissent de sortir qu’avec des personnes de la même couleur de peau qu’eux/qu’elles et NON, ce n’est pas du racisme. Par exemple, je suis un homme pro-noir vivant en France, conscient socialement, je ne regarde que la couleur de peau lorsque j’approche une personne que ce soit pour une relation amoureuse ou seulement sexuelle. Je ne veux sortir qu’avec des noir-e-s comme moi, parce que mon choix est social et/ou politique, il n’est plus personnel. Je ne sors pas avec parce que je l’aime (mais avec le temps, on ne sait jamais, hein!) ou parce que la personne m’attire émotionnellement mais parce qu’elle est noire (avec le bonus du physique en général qui passe crème). Je suis dans l’optique de rechercher la personne qui me ressemble le plus, pas seulement par rapport à la couleur de peau mais aussi parfois au niveau de la conscientisation, une personne qui soit en accord avec ma vision de déconstruction de suprématie blanche. J’agis ainsi en tant qu’outil humain, je me sacrifie en mettant de côté mes émotions. Je ne m’intéresse qu’aux noir-e-s aussi car je vis dans la psychose de l’extinction du peuple noir dont je ne veux pas être complice. Cet exemple peut sembler exagérer mais à peine, il est tiré de vraies conversations que j’ai eue à avoir avec diverses personnes noires.

Personnellement, je trouve dommageable le fait de se focaliser sur la couleur de peau en premier lieu. De parler de sacrifice, de ne pas s’ouvrir sentimentalement, de faire comme si le mot « aimer » ne faisait pas partir de votre vocabulaire. Nous ne sommes pas des machines. Vous avez des sentiments, exprimez les. Cessez de d’agir comme des robots, si vous le faites, vous êtes des humain-e-s aussi. Juste une piqûre de rappel. L’amour, le ressenti, les sentiments c’est aussi pour les racisé-e-s.

Et si par exemple, vous êtes noir-e et que vous aimez un-e arabe ou un-e asiatique? Vous préférez faire semblant, vous mettre absolument avec un-e noir-e, juste pour la cause? Pour faire bien? Pour montrer que vous n’êtes pas un-e traître et que vous êtes une personne intègre? Vous savez, ce n’est pas votre partenaire qui définit votre niveau d’intégrité dans votre cause contre la négrophobie, plusieurs personnalités nous l’ont démontré avant nous : Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Alice Walker, Lorraine Hansberry…

 

Cependant, il est compréhensible pour moi que certain-e-s racisé-e-s privilégient les racisé-es ou alors leurs semblables elles/ils ne veulent pas à avoir à souffrir de racisme, fétichisation, de chosification et autre. Là dessus, dans ce cas là, je n’ai rien à redire.

 

La prochaine fois que vous serez attiré-e physiquement par une personne, posez-vous sincèrement la question, pourquoi cette personne vous attire-t-elle ?

 

Kel Lam

L’utilisation du mot « Black » pour les Noir-e-s de France : une insulte sans nom.

Il est de plus en plus tendance d’appeler « Black » les personnes de couleur noire en France. Et ce malgré le fait qu’il existe déjà un mot dans la langue française pour caractériser ces individus : Noir-e.

Il s’agit d’un anglicisme qui n’évoque rien de bon pour la société française. Tout d’abord, ce mot contribue fortement à l’africainétasunisation des français-e-s noir-e-s. Dès lors, la question noire est vue comme une problématique lointaine. Une problématique qui n’aurait pas lieu d’être dans la société française. Lorsque la question noire est abordée, elle est toujours orientée vers les Etats-Unis. Alors que les problématiques vécues par ces deux communautés que ce soit en France ou aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes. Lorsqu’est abordé le sujet des violences policières dont souffrent les Noir-e-s, l’œil français (et encore plus lourdement des Noir-e-s de France malheureusement) est constamment en train de s’apitoyer, de s’émouvoir sur la souffrance des africain étasunien et de les dénoncer. Ce qui est fort légitime. Mais ce qui existe là-bas, existe aussi ici. Peu de ceux qui se plaignent des exactions de la police étasunienne sont là pour dénoncer par exemple les morts de Lamine Dieng, Mahamadou Marega, Aboulaye Camara, Bertrand Nzohabonayo (et bien d’autres sans compter les autres racisé-e-s et les minorités sexuelles). Le mot « Black » est donc parfait pour contourner la question noire en France ainsi que toutes les problématiques qui y sont liées.

Le terme « Black » démontre l’attitude toujours et extrêmement complexé envers les Noir-e-s de France . On sait comment nommer sans froisser, sans vexer, sans choquer. Cela contribue à la marginalisation de ces Noir-e-s. On marginalise les Noir-e-s en les assimilant à des « Black » invisibilisant ainsi leurs expériences racisées. Une marginalisation déjà de fait à cause de la discrimination au faciès. Il y a aussi à travers l’expression de ce terme une forte exotisation des personnes noires. Implicitement, on peut aussi voir un renforcement contemporain de l’imaginaire colonial sur les Noir-e-s dans notre société française qui se cristallise avec ce mot. Comme on peut le voir avec les recherches Google :

Outre la deuxième question sur les Black Eyed Peas, on peut voir que la plupart des questions portent sur la sexualité de l'homme noir ici exotisé.
Outre la deuxième question sur les Black Eyed Peas, on peut voir que la plupart des questions portent essentiellement sur la sexualité de l’homme noir ici exotisé.

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En ce qui concerne les femmes, le mot « Black » n’est pas trouvable dans les termes de recherches sur Google. Tout simplement parce que ce terme a une lourde connotation pornographique. En effet, lorsque vous recherchez « femme black », des sites pornographiques s’affichent dans les résultats. Ainsi, dans les termes de recherches lorsque vous commencez à taper « femme black »,  « Black » sera remplacé par Noire.

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A la question posée (aux personnes Noir-e-s et non Noir-e-s) : Pourquoi dis-tu « Black » ?  La réponse (des Noir-e-s et non Noir-e-s) est souvent : Parce que ça fait mieux, parce que c’est plus stylé, parce que ça fait moins raciste, parce que ça fait plus américain, parce que ça fait plus cool…

Il est de coutume républicaine française de ne pas désigner une personne par sa couleur de peau, de peur de créer des divisions, d’effectuer des catégorisations de la société parce que la République Française se veut « Une et Indivisible ».  Elle se voit comme une société abstraite où nous serions tous des personnages hybrides, identiques, abstrait, laïque et égaux où les questions de race, de classe, de genre (et tout autre question) n’existeraient pas. Une société qui a l’air d’être tout droit sorti d’un film d’horreur cauchemardesque invisibilisant toutes les personnes discriminées par l’ensemble de ces questions.

D’ailleurs, petite parenthèse. Au travers de cette idée de la France, on peut se rendre compte de la peur idiote du communautarisme. Cette peur qui ne vise que les minorités d’en bas. Que des hommes ou femmes blanches se réunissent pour se rencontrer, discuter politique, art, économie ou autre. Cela ne pose pas problème. Mais lorsque que ce sont des hommes ou femmes noir-e-s ou arabes ou bien asiatiques, cela pose automatiquement problème. D’ailleurs, il y a toujours cette peur constante qu’il y ait trop de Noir-e-s dans un lieu public. Ainsi, lors du rassemblement « Je suis Nigérian-e », où les Noir-e-s étaient massivement présent-e-s, il était courant d’entendre : « Il y a tellement de Noir-e-s… C’est chelou ». Ou encore dans d’autres contextes des propos de la part de certain-e-s Blanc-h-e-s : « Je veux bien aller à ta soirée mais faut pas qu’il y ait trop de Noir-e-s », «Je vais pas dans ce genre de quartier, il y a trop de Noir-e-s», «J’aime pas ce genre de quartier, c’est plus Paris là bas, c’est la banlieue, c’est l’Afrique là bas», « J’aime pas ce genre de soirée, les gens sont pas assez diversifiés », « Ah je suis étonnée, j’avais peur, je pensais que je serais la seule Blanche !» « Ah mais non, t’inquiètes ! ». Et pourquoi t’inquiètes ? Parce que si la Blanche se trouve au milieu de Noir-e-s, elle va se faire manger ?

Dire qu’une personne est noire, blanche ou métisse n’est pas raciste. Bien que la race soit une construction résultant de la traite négrière, la question raciale est aujourd’hui un fait que nulle ne peut nier. Du moins, elle est une réalité forcée pour ceux pour qui la race est  centrale au quotidien: les racisé-e-s.

La couleur noire serait tellement lourde à porter qu’il faudrait une échappatoire. Echappatoire que nous tendrait avec le mot « Black ». Un renforcement de la domination exercé sur les Noir-e-s émerge alors avec le consentement de ceux même Noir-e-s qui y contribue en employant aussi ce mot.

Il faut constamment un masque/un ensemble artificiel pour le marginalisé, en l’occurrence ici les Noir-e-s pour pouvoir faire partie « intégrante » de la société française.

Parce que la dénomination que l’on s’attribue ou que l’on attribue aux autres n’est pas veine de conséquences pour soi ou pour les autres et renferme une multitude de problématiques, cessez l’emploi du mot « Black » envers les Noir-e-s.

Articles qui ont déjà évoqués le problème sur le WEB :

Un article de Slate datant de 2012 traite de la question : http://www.slate.fr/story/52115/noir

Un article de African Links 2009 : http://africanlinks.net/2014/02/06/sur-lutilisation-du-terme-black-en-france/

Kel Lam.

Afropéen-ne ?!

« Afropéen-ne »! C’est le mot du moment. Il ne cesse de prendre de l’ampleur depuis quelques années sur internet. Il commence à prendre une certaine place dans le domaine public. Cette année a eu lieu en Février la première rencontre « Afropéenne » à Paris au Carreau du Temple dans le cadre du festival AfricaParis.

Des articles ont tentés d’élaborer des définitions de ce terme. Ceux de Libération et de Culture Kamite m’ont particulièrement interpellée sur le sujet. En effet, je trouve que les définitions proposées sont loin d’être satisfaisante.

Tout d’abord, celui de Libération . Le contenu reprenant ce qui trame sur la blogosphère n’a pas vraiment d’intérêt mais la définition faite de l’ «Afropéen-ne», si. Vous pouvez consultez l’article ici : http://www.liberation.fr/debats/2015/04/09/afropeen-adj-qualifie-le-fait-d-etre-noir-et-ne-en-europe_1237052 . Il considère «Afropéen» comme un adjectif, au masculin, désignant « un Noir né en Europe ». Noir né en Europe ? Donc la noirceur d’un individu définit obligatoirement son identité? Je suis noir donc je suis Africain ? Donc si je suis Blanche, je suis forcément Européenne ? C’est vrai, j’oubliais des africaines blanches, cela n’existe pas (hein). Déconstruisons ces stéréotypes. La couleur de peau ne définit pas une identité et « l’origine » dans une moindre mesure (le berceau de l’Humanité est l’Afrique pourtant personne ne renvoie un Européen blanc à ses origines africaines, non ? Parce que l’Afrique est assimilée à la couleur noire, les Noir-e-s seront toujours renvoyés à leurs origines africaines contrairement aux Asiatiques, aux Européens…). Une définition très réductrice réalisée qui omet bon nombre d’individus. J’ai alors une pensée particulière pour les Maghrébins, Maghrébines et autres individus non Noir d’origine africaine né en Europe. Mais aussi une pensée pour les Africains vivants en Europe ayant adopté la culture européenne. Et pour finir pensée aussi aux FEMMES NoirES, invisible dans cette définition. On a beau dire qu’à travers la majuscule ajoutée aux mots tels que « Homme », « Noir » la femme est représentée. Je ne le pense pas. Je doute d’ailleurs qu’un homme puisse se sentir représenté à travers la majuscule ajoutée au mot « Femme » ou « Noire » (avec la marque du féminin). Bref, on est en 2015, les représentations comptent, faisons-y attention.

Plusieurs articles (majoritairement) afrocentristes ont élaborés un discours sévère de « l’Afropéanisme« . L’article publié sur le site Culture Kamite est le plus conséquent (et revêt ainsi plus d’intérêt au niveau de l’argumentaire proposé). Il propose une définition sans précédent. Il insulte fermement le terme et ceux qui s’en revendiquent. Déclarant ainsi que «Pour se démarquer de leurs congénères et échapper au mépris, de nombreux Africains vivant dans l’Hexagone se désafricanisent en se faisant appeler Afropéens, une identité artificielle reconnue nulle part. Sourire forcé aux lèvres, ils applaudissent des négrophobes patentés dans l’optique d’obtenir un strapotin». Il ne s’agit pas d’une blague. Vous pouvez le lire ici pour les intéressé-e-s: http://culture-kamite.com/a-force-de-sabreuver-a-la-television-les-afropeens-se-sont-vulnerabilises-ils-succombent-facilement-au-poison/. Les «Afropéen-e-s» seraient alors des personnes « naïves, vulnérables, dociles, complexés, aliénés » dont le seul sujet de conversation (favori du moins) est l’intégration.

La question de l’intégration soulevé ici est pertinente. Il est critiqué le fait pour un-e afrodescendant-e d’aborder le sujet de l’intégration puisqu’il/elle serait de fait entièrement africain-e. Pour contredire cet argumentaire (ou du moins le nuancer), j’invite les intéressé-e-s à porter leur attention sur l’itinéraire de vie de Maryse Condé, qui peut correspondre à bon nombre de français-e-s (ou simplement) afrodescendant-e-s vivant en Europe. En effet, Maryse Condé à son arrivée en France ne parvient pas à se fondre dans la société. En quête d’identité, elle se rendra en Afrique ce qui lui semble logique puisqu’elle considère que ce sont ses origines. Elle pense ainsi résoudre ses interrogations identitaires. Mais arrivée en Afrique, elle est totalement déconnectée de la vie, des cultures et de la vision de la femme qu’ont les Africains. Elle ne peut donc pas s’affirmer Africaine (du moins totalement). Vous pouvez visionner l’intégralité de cette question abordée par Maryse Condé dans le documentaire que je vous ai recommandé plus bas.

Alors, n’ayons pas peur de le dire. Ce n’est pas parce que vos origines sont africaines, que vous êtes forcément présentement (entièrement) africain. Comme je l’ai écrit précédemment, le/la Noir-e est visiblement considéré-e comme Africain-e. Alors que le/la Blanc-he malgré que ses ancêtres soient aussi des Africains ne sera jamais renvoyé à ses origines comme faisant partie intégrante de son identité présente. Je prends en exemple (mais c’en est un parmi tant d’autres), le/la Noir-e qui est en France depuis plusieurs générations en France et qui n’a strictement aucun lien avec l’Afrique. Pour elle/lui, l’Afrique lui semble loin. Cependant, malgré qu’il/elle n’ait aucune attache africaine, en raison de sa couleur de peau, la société lui rappellera sans cesse son « africanité« .


Qu’en penser? 

« Afropéen-e », est un mot valise entre africain et européen intéressant en ce qu’il acte le métissage culturel existant entre l’Afrique, l’Europe voire les Caraïbes. Je ne cesse de le mettre entre guillemets. Et pour cause, on peut s’interroger sur le « pourquoi » d’un mot valise, non ? Pourquoi l’expression africaine-européenne n’est pas plutôt restée ? Est-ce un effet d’américanisation ?

Il est d’usage contemporain d’employer l’expression « africain-e-américain-e» et non « afro-américain-e » lorsque l’on veut parler des noir-e-s américain-e-s. En effet, depuis des années l’expression « afro américain-e » a été largement critiquée par des intellectuelles et militant-e-s noir-e-s américains, car selon eux cette expression tend à minimiser l’héritage et l’identité africaine au profit de l’identité américaine. Avec le terme « Afropéen-e », on fonce tout droit vers la même problématique future, non ? On peut aussi s’interroger sur le fait que cette appellation tend à minimiser l’héritage et l’identité africaine ? On pourrait aussi se demander pourquoi pas un terme tel « Eurafricain-e » plutôt que qu’«Afropéen-e» ? Peut-être qu’après tout le terme « Afro- », forme atrophié d’africain, révèle bien la déportation, l’arrachement (aux origines) ou l’émigration d’un peuple ou bien la forme nouvelle d’une culture qui puise ses origines en Afrique… On peut aussi se demander qui qualifie qui ? Et par rapport à quoi? Les termes sans cesse attribués aux « Noir-e-s » comme « Afropéen », « Afro pessimiste » (ou optimiste d’ailleurs), « Afro-muppie » ne démontrent-elles pas la depersonnalisation des individus? De ces « Noir-e-s » qui sont avant tout des personnes. Personne ne songe à nommer le blanc d’ « Euro pessimiste », d’ « Euro muppie », d' »Europolitain »… On peut alors se demander si ce ne serait pas une énième qualification du/de la Noir-e par rapport au Blanc-h-e (la norme). La perpétuelle construction du/de la Noir-e par rapport au/à la blanc-h-e.

L’ « Afropéanisme » aborde avant tout une question complexe et individuelle : la question identitaire. De tout temps, il y a eu des Africains qui habitaient en Europe. Quelles que soit les périodes, cela existait déjà depuis des siècles donc pourquoi ressentir aujourd’hui le besoin de nommer un phénomène qui se produisait déjà ? Problème identitaire? Problème d’exclusion ? Problème sociétal ? Problème contextuel? Ou bien l’expérience singulière d’un vécu en tant que racisé-e dans un monde majoritairement blanc ? L’expérience du racisé-e peut être collective et partagé, mais l’identité l’est-elle ?

L’identité est aujourd’hui propre à chacun/chacune. Elle est individuelle. Historiquement, l’identité a été un moyen pour l’Etat (dans le cas spécifique français) d’effectuer un contrôle sur les individus. De marquer les individus qui ne se fondent pas dans la société homogène (blanche) pour pouvoir les identifier et les gérer spécifiquement. Comme le sociologue Kauffman le dit, la question qui se pose n’est pas « qui suis-je ? » mais « qui est qui ? ». Ainsi en France, les questions posés sont: Qui est français, qui n’est pas français ? Interprétable en : Qui est donc légitime à rester sur le territoire et qui ne l’est pas ? Avec ces questions, la figure de « l’immigré-e » et des français-e-s non blanc-h-e-s (« pas de souches » comme dirait certains) viennent directement à l’esprit des personnes instrumentalisées, aliénées ou bénéficiaire du système. Ainsi, l’identité telle qu’elle nous est présenté aujourd’hui vise toujours à exclure.

La construction identitaire est et a toujours été une question de socialisation. L’individu est construit par la société globale et locale, c’est la société qui forme et transforme les individus. Il est ensuite difficile à l’âge adulte de déconstruire cette socialisation (surtout en ce qui concerne le genre). Nous nous construisons tous individuellement par rapport à notre environnement social puis à notre histoire de vie.

Pourquoi je parle de cela ? Parce que s’identifier, se définir c’est se construire et se donner une perspective de vie (future).

Exemple : si je suis née en France, à Paris, dans un milieu dit « populaire » et que je me considère Africaine, qu’en parallèle je développe à l’extrême ma culture africaine, que je multiplie mes séjours dans mon pays d’origine et que je ne sens aucune appartenance à la nation française (pour raisons X ou Y, souvent la discrimination raciale, l’exclusion ou tout simplement l’amour du pays d’origine), de fait je ne me vois pas avoir un futur en France. J’aspire seulement à un « retour aux origines », au « Bled », à mon pays d’origine. C’est caricatural, mais c’est pour la compréhension du propos.

L’identité oriente la vie des individus. Elle aide à se construire et à se projeter dans un avenir. En cela le terme « Afropéen-e » est intéressant puisqu’il permet de donner à l’individu racisé-e (qui le souhaite et/ou qui en a besoin) une perspective de vie (et identitaire) dans une Europe encore trop ancrée dans sa blancheur. Le racisé-e étant un individu invisible dans les sociétés européennes. Il permet en un sens de valoriser culturellement l’appartenance à deux cultures. Certaines personnes qui ont du mal à se positionner face à leurs identités africaines et européennes (en concurrence ?) trouvent un certain confort, un bien être avec le terme « Afropéen-e ». C’est un fait, le mot « Afropéen-e » est un terme légitime. Cependant ne nous emballons pas. Méfions-nous des étiquettes. Comprenons les sceptiques (la peur d’être enfermé-e dans une nouvelle catégorie identitaire non choisie). Bien souvent, lorsque les étiquettes sont institutionnalisés, elles se retournent contre le dominé. Ne serait-ce pas une énième dénomination pour se démarquer de la société européenne, française? Ou au contraire une dénomination permettant de favoriser l’intégration? Il serait ainsi peut être judicieux de ne pas s’enfermer totalement dans l’identité afropéenne. Non ?

D’ailleurs, n’avons-nous pas des identités plurielles ?

Nous nous trouvons dans une époque où il est «obligatoire» d’être conforme. Obligatoire de se positionner. De montrer que l’on rentre dans une identité unique. Ceux qui ne rentrent pas dans une identité spécifique sont souvent mal perçus.

L’identité est multiforme, complexe, temporelle, construite et donnée. Nous avons de fait plusieurs appartenances. L’identité est à la fois sociale, génétique, sexuelle, biologique, politique, religieuse, culturelle, psychologique, ethnique…Nous pouvons alors nous définir comme française, maltais, hétérosexuelle, nigériane, transsexuelle, queer, africaine, républicaine, lesbienne, ouvrière, femme, homme, noire, arabe, chrétienne, juive, socialiste, musulmane, asiatique, mandingue, berbère, libérale, basaa, bouddhiste, conservatrice, homosexuel, bambara, métisse, bretonne, européenne, wenzhou… Vous me suivez ? Il existe une multiplicité d’identité (libre à chacun de les hiérarchiser ou non), explorons les toutes. La diversité, c’est la richesse !


Remarque 

Dans des sociétés majoritairement blanches, les personnes de couleur noire sont sans cesse en quête (d’une nouvelle ?) identité. Elles sont toujours en train de se réinventer ou de subir une dénomination identitaire venue de l’extérieure (voire de ses semblables, racisme intériorisé quand tu nous tiens !) en fonction du pays «blanc» elles se trouvent. Ainsi, en France (parmi ceux qui me viennent directement à l’esprit) on retrouve ces mots là : nègre, renoi, négresse, esclave, niafou, fatou, mamadou, bounty, noire, afropolitain, noir, afropéenne, black, négro, karlouche… (Vous en avez d’autres en tête ?)

L’idée principale est donc qu’il faut faire attention à ce que le terme d’ « Afropéen-e » ne devienne pas un moyen d’asservissement (d’exclusion aussi ?) ou d’aliénation à notre encontre dans une société qui nous est déjà assez difficile en tant que racisé-e. Mais l’intérêt serait aussi de comprendre à l’envers pourquoi est-ce que ce terme à émerger.

L’emploi d’ «Afropéen-e » n’est-il pas en réalité la démonstration explicite de la difficile intégration du racisé-e (ou plus particulièrement du/de la Noir-e puisque ce sont eux les principaux visés dans les articles et ils le seront dans les articles futures) dans une société majoritairement blanche ? Ne pose-t-elle pas le problème du racisme au sein même de ce qu’être Français/Française ? De la question du synonyme entre français et blancheur et la difficulté pour cette société d’assimiler les racisé-e-s en tant que français ? Et n’est-elle pas une stigmatisation en devenir? Une dénomination qui visera à l’exclusion ? Ou bien à l’inclusion de ce groupe qui se revendique comme tel?

A votre avis ?

La Réflexion s’impose.


Pour approfondir (les intéressés et intéressées) :

Bien sûr, d’autres textes (ou documentaire) conviennent au sujet mais ceux là illustre la réflexion proposée dans cet article.

Autour de la « question identitaire noir » en France :

Noirs, l’identité au cœur de la question noire réalisé par Arnaud Ngatcha : documentaire d’à peu près une heure très intéressant à visionner (ou re-visionner) attentivement. Il est en plusieurs parties sur Dailymotion.

Autour de la question identitaire :

Kaufmann Jean-Claude,« L’identité », in Joyce Ain , Identités, ERES « Hors collection », 2009 p. 55-63. DOI : 10.3917/eres.ain.2009.01.0055

Pape Virginie,« Identités plurielles ou l’Odyssée de notre Vie », in Joyce A , Identités, ERES « Hors collection », 2009 p. 65-78. DOI : 10.3917/eres.ain.2009.01.0065 : lire surtout jusqu’à la page 72, la partie domaine animalier pour les courageux est tout aussi intéressante

Kel lam.

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