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Les privilèges des hommes noirs: parlons-en!

 

Exclusivement pour la communauté afrodescendante noire, nous pour nous, par nous sans les autres donc pas de comparaisons svp. De plus, les commentaires des autres non noir-e-s ne seront pas répondus pour cet article.

 

group of black men
J’ai voulu la représentation d’un groupe d’hommes noirs en contexte français mais Google a fait son négrophobe invisibilisant comme d’habitude. En écrivant « groupe d’hommes noirs » via Google Images, y’avait pratiquement rien ou par ci par là quelques images d’hommes noirs et de colons aux temps des colonies… Comme si il n’y avait pas de groupe d’hommes noirs en France à l’heure actuelle. Bref, j’ai tapé en anglais « group of black men », là le choix était conséquent.

 

 

 

En lisant ce titre, beaucoup se diront mais quelles privilèges ??? Alors qu’en faites, il existe des privilèges dont les hommes noirs disposent, tout comme les hommes de n’importe quel couleur de peau. Même si cela peut paraître paradoxal au vue du système français négrophobe dans lequel on vit, les hommes noirs disposent d’un privilège en tant qu’homme. Pourtant, beaucoup d’hommes noirs oublient, négligent et outrepassent ce privilège bien qu’ils en jouissent au quotidien. Certains réfuteront et diront que cela est impossible du fait de la couleur de peau. Certes, les privilèges dont les hommes noirs disposent ne sont pas aussi conséquent que ceux des hommes blancs voire des autres hommes racisés mais il y en a. Les hommes noirs ont des privilèges et contribuent à la domination consciente ou non des femmes et plus spécifiquement des femmes noires. Malheureusement nombreux sont les hommes noirs qui sont totalement dans le déni quant à leurs privilèges, négligeant ainsi l’oppression –non intentionnelle, je l’espère- qu’ils exercent sur les femmes noires et les autres minorités sexuelles noires. Ainsi, ceux-là tiennent une responsabilité sans même s’en rendre compte dans le système oppressif actuel (qui les oppressent) puisqu’ils y contribuent. Dixit l’adage qu’on connait toutes et tous : l’ennemi de l’homme noir est l’homme noir.

 

D’abord, il advient d’aborder brièvement le terme privilège au regard de la société, il n’est pas forcément à utiliser dans le cadre de l’oppression. On peut trouver des milliards de façon de définir ce qu’est un privilège. Pour ma part, il s’agit surtout avoir un avantage exclusif dans une société donnée à une période donnée du fait des normes édictées par celles-ci, cela peut alors résulter par exemple de notre genre, notre statut social, de notre apparence physique, de notre condition physique, de notre santé mentale, de notre religion, de notre culture, de notre orientation sexuelle, de notre validité… Par exemple, dans une société comme la France, il est plus avantageux d’être un jeune homme noir catholique riche valide et hétérosexuel sans troubles neuropsychologiques qu’être un vieil homme noir pauvre musulman queer ayant une déformation physique. On ne choisit pas d’avoir des privilèges, c’est ce que l’on est. Il en est de même avec la masculinité et le fait d’être homme. Les personnes noires devenu-e-s hommes n’ont pas choisis de l’être et encore moins de bénéficier du privilège de masculinité. Ce privilège de masculinité s’ancre indépendamment de la volonté de ceux qui l’usent. Il est l’avantage dans une société à être un homme. Il existe d’ailleurs dans la sphère francophone que très peu d’articles sur le sujet, malheureusement mais bref.

 

J’avais envie de concentrer cet article sur les privilèges des hommes noirs pour déjà déconstruire cette idée ancrée selon laquelle les privilèges d’hommes ne sont réservés qu’aux hommes blancs. Ensuite, je préfère me concentrer sur les hommes noirs et pas sur les autres hommes racisés parce que tout simplement je suis communautariste (fière de l’être 🙂 ), faut que l’on fasse des textes sur nous pour avancer ensemble.  Aussi parce que le fait que les hommes noirs prennent conscience de leur privilèges, travaillent dessus, peut aider nettement à une amélioration dans les relations (tout domaine confondue) hommes-femmes noires et cela ne peut être que bénéfique pour une meilleure communauté noire française. Puisqu’en vrai de vrai, on a besoin de s’entraider les uns, les autres tout genre confondu.

Les privilèges dont jouissent les hommes noirs traduisent d’une domination inconsciente normalisée et constante en plusieurs domaines. Par exemple, les hommes noirs dominent les institutions religieuses, politiques et culturelles. Sans ajouter que les hommes noirs en France sont les premiers en ligne à propager la mysogynoir (hein, on vous voit sur les réseaux sociaux et le #toutestnoirsaufnosmeuf, non nous n’avons pas oubliées.). Et donc ainsi regrettable de constater une domination envers les femmes noires dans l’abus sexuel, physique, verbal, moral et psychologique.

Il est donc du devoir des concernés de s’interroger sur leurs privilèges, de les déconstruire et d’aider celles qui n’en bénéficient pas voire qui en souffrent. Parce que prendre conscience de ses propres privilèges c’est aussi prendre conscience de la situation des autres et cela aide à la déconstruction d’un système oppressif.

 

Voici donc ci-dessous une courte (un peu longue en faites mais grave intéressante) liste des privilèges que les hommes noirs peuvent avoir. Bien sûr, il existe une diversité d’hommes noirs, les hommes noirs ne sont pas un groupe homogène. L’expérience d’un jeune homme noir athée homosexuel ne peut pas être le même que l’expérience d’un adulte homme noir musulman hétéro. Mais, en dépit de cela il existe des privilèges qui les concernent, tous deux.

 

-Lors des problématiques sociales et/ou politiques, tu n’as pas à choisir ta couleur de peau au détriment de ton genre.

-Quand tu lis des textes concernant l’histoire des Noir-e-s en Europe, aux Amériques, dans les Antilles, en Afrique ou en Asie, tu apprends majoritairement sur les hommes noirs.

-Tu t’es renseigné sur le Mouvement des droits civiques des Africain-e-s-Américain-e-s et du Black Panther Party et la majorité des leaders que tu connais sont des hommes noirs.

– En général, tu es pris beaucoup plus sérieusement en tant qu’une femme noire.

-Tu peux vivre toute ta vie sans lire un livre sur le féminisme noire, le féminisme africain (et le dénigrer).

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux auteures, blogueuses, activistes, militantes afroféministes, womanist et féministes noires afrodescendantes ou africaines.

-Tu peux vivre toute une vie sans t’intéresser à l’Histoire et aux expériences de vie des femmes noires dans la diaspora afro descendante noire ainsi qu’en Afrique ou aux Antilles.

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux problématiques concernant spécifiquement les femmes noires.

-Tu peux faire parti d’un mouvement noir de libération combattant la négrophobie (ou l’idolâtré), qui soit sexiste et mysogynoir et être OK avec ça, comme par exemple les Black Panther où quelqu’un comme Eldrige Cleaver, violeur affirmé et autoproclamé, avait une position dominante dans l’organisation.

Pour info : il violait les femmes blanches et noires. (Vous pouvez trouvez des citations de sa bibliographie écrite par lui même où il prône le viol et sa haine envers les femmes noires, admet qu’il les violait en masse dans les ghettos. Kathleen Cleaver, son ex-femme a parlé ensuite du problème de colorisme et de la fétichisation des femmes claires au sein de l’organisation et de la haine envers les femmes noires-surtout les plus foncées- quand elle quitta le parti). 

 

-Tu te fais plus d’argent qu’une femme noire du même niveau d’éducation et d’occupation que toi.

-Tu as le privilège de définir la beauté des femmes noires selon des standards occidentalo-blancs en ce qui concerne le teint de peau, la texture des cheveux, la forme du corps. Alors qu’en comparaison, les femmes noires te définissent rarement par des standards de beauté occidentalo-blancs en ce qui concerne ton teint, tes cheveux ou encore ton corps.

-En tant qu’homme noir, tu n’as pas à craindre d’être harcelé quotidiennement sur le fait d’avoir des cheveux qui ne correspondent pas à l’image que l’on attend d’un homme noir. Contrairement aux femmes noires, constamment harcelées à cause de leurs choix capillaires (Hann lala tu fais quoi avec les tissages ? Pourquoi tu veux faire la blanche ? Pourquoi t’es pas nappy ? C’est quoi cet afro ? C’est moche… C’est exotique, j’adore…Tu fais vraiment kamite, j’adore… Ta gueule, on fait ce qu’on veut).

-Ton apparence physique ne sera pas le standard ultime qui représentera ta valeur par les membres du sexe opposé.

-Tu peux croire que faire mal à une femme durant le sexe est synonyme de plaisir sans avoir à lui demander.

-Tu as le privilège ne pas être vierge et désiré une femme vierge.

-Quand le sujet du sexe est abordé, si tu dis « NON », il n’y a aucune chance pour ce que cela soit pris pour un « OUI » refoulé. Quand tu dis NON c’est NON.

-Si tu te fais violé, personne te dira « t’aurais dû te protéger.. » ou que ton viol est de TA FAUTE, que cela est dû à ton code vestimentaire, que cela est dû au fait que tu étais tard le soir dehors, que tu fréquentes des lieux qui ne sont pas pour toi.

-Tu peux avoir un humour ou un langage sexiste, mysogynoir OKLM. Ex : pute, noirtes, tourner le prénom Fatou en insulte… Les imitations humoristiques mysogynoir de ta mère, de ta sœur, bref de toutes les filles noires que tu connais, hein les connaisseurs de YouTube, en général ils mettent une perruque, prennent un accent kinf pourri au tempérament toujours énervée avec un comportement caricatural violent, dur et insultant.

-Tu vis dans un milieu où la polygamie est encore une option dans un monde dominé par les hommes mais où la polyandrie n’est même pas considérée, ne serait-ce qu’en option.

-En général, tu préfères être en relation avec des femmes plus jeunes socialement et sexuellement.

-Plus tu auras des partenaires sexuelles que tu sois en couple ou non, plus tu auras de succès auprès de mon entourage masculin.

-Tu as un accès facile à la pornographie qui implique une sphère virtuelle où l’on y trouve des hommes dégradant des femmes, souvent des jeunes femmes.

-Quand tu vas au cinéma ou que tu regardes les films en streaming, tu sais que la plupart des rôles principaux dans les films de noir-e-s sont tenus par des hommes. Tu sais aussi que les héros de films d’actions de noir-e-s sont des hommes.

-Tu peux facilement citer des artistes de rap hip hop masculins puisque ce sont des artistes d’un genre musical dominé par des hommes noirs.

-Tu peux facilement deviner également que la plupart des femmes qui apparaissent dans des clips hip hop sont seulement présentes pour le plaisir des hommes.

-La majorité des paroles hip-hop que tu écoutes ne font que perpétuer les idées de domination masculine sur les femmes que ce soit sexuellement ou socialement.

-Tu peux écouter et utiliser des mots comme putes et salopes qui dégradent les femmes et qui n’ont pas de portée similaire pour le genre masculin.

-La plupart de tes films favoris impliquent des séquences de forces qui n’incluent pas des individus d’autres genres que le mien et souvent basés sur la violence.

-Tu as le privilège de définir le comportement des femmes noires sans toi-même définir et critiquer tes attitudes en tant qu’homme noir.

-Tu as le privilège de penser qu’une femme ne peut pas éduquer un enfant afin qu’il devienne un homme. Non c’est la place du père, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’une femme doit se soumettre à son homme ou qu’elle existe pour assister son homme. Difficile de penser qu’une femme peut être seule, indépendante sans nécessité d’un homme, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’avant l’esclavage, la colonisation et les invasions étrangères en Afrique, les relations de genre dans la communauté noire africaine étaient parfaites.

-Tu as le privilège de penser que l’afroféminisme, le féminisme noir est contre les hommes noirs et surtout vise à la destruction de la communauté afrodescendante noire. #oulouloucoucouleshotep 🙂

-Tu as le privilège de penser que l’échec d’une famille afrodescendante noire est à cause de la mère, qu’elle n’a pas donné une bonne éducation à ses enfants.

-Tu as le privilège de penser que les responsabilités de la maison (comme tâches ménagères et autres) sont des responsabilités de femmes.

-Tu as le privilège de penser que les femmes noires sont différentes sexuellement des autres femmes, et tu les juges de manière négative à cause de cela.

-Au collège ou au lycée ou à l’université, les filles sont cheerleaders pour les athlètes masculins (si si ça existe aussi en France) mais il n’existe pas de rôles similaires pour les hommes, des cheerleaders pour les femmes athlètes.

-Tu peux passer la majeure partie d’une journée à parler de sports, à jouer aux jeux vidéo pendant que les femmes seront occupées à réaliser des tâches ménagères ou à s’occuper des enfants.

-Tu peux passer des heures sans compter à regarder le sport à la télé et considérer que cela est naturel.

-Tu peux toucher, câliner, embrasser ou être émotionnellement expressive avec d’autres hommes durant un match sans que des observateurs y voient un comportement sexuel.

-Tu sais que la plupart des spécialistes sportifs sont des hommes.

-Si tu es entraîneur, tu peux motiver, punir ou embarrasser un joueur en lui disant qu’il joue comme une fille.

-Tu es sur que la plupart des entraîneurs, même dans les sports majoritairement féminins, sont des hommes.

-Tu as le privilège de faire du sport dehors le torse nu sans que cela soit un problème.

-En faites, tu as le privilège de faire tout ce que tu veux à l’intérieur ou à l’extérieur sans avoir ton haut alors que les femmes sont toujours censées se couvrir.

-Tu as le privilège de faire partie d’un monde dans lequel les mutilations et les défigurations des parties génitales du genre féminin sont utilisés pour dénié leurs sensations sexuelles ou protéger leur virginité pour vous.

-Tu as le privilège que le viol ne soit pas utilisé en tant que tactique première, outil pour terroriser ton genre pendant la guerre et les périodes de conflit.Tu ne subiras jamais le féminicide. Ex le féminicide en RDC ou encore les viols de masse en Amérique latine …

-Tu as le privilège de ne pas être capable de nommer une femme présidente en Afrique ou en Asie, que ce soit dans le passé ou le présent, de la même manière que tu le ferais pour les présidents masculins en Afrique et/ou en Asie.

-Tu as le privilège de voyager partout dans le monde et d’avoir constamment accès dans les pays en développement à des femmes de manière sexuelle et sociale.

-Tu as le privilège de faire partie d’un genre qui commence les guerres et qui contrôlent la majorité des armes de guerre et de destruction de masse.

-Tu sais que plus loin tu iras dans les études, plus tu auras du succès avec les femmes. Ce qui n’est pas le cas pour les femmes envers les hommes.

-Lors de ton entrée à l’université, même pendant tes études à l’université, tu as le privilège de ne pas te soucier si tu pourrais être capable de te marier ou non avec une femme noire voire de te marier tout court.

-Tu peux choisir d’être renfermé, introverti et de ne pas communiquer dans une relation (amicale ou amoureuse, quel que soit) et cela sera considéré comme malheureux/dommage mais normal.

-Tu as le privilège de ne pas connaître la définition des mots et des concepts comme patriarchie, phallocentrique, misogynie, hétéronormativité, complicité, womanism, africana womanism, le féminsme noire.

-Ta force en tant qu’homme n’est jamais liée à l’échec de ta famille alors que la force des femmes noires est souvent associée à l’échec de sa famille.

-Si tu envisages le divorce, tu sais que tu auras forcément plus d’options, d’opportunités de mariage et de cohabitation que mon épouse.

-Il y a beaucoup de chances pour que tu sois définie en tant qu’homme bien à cause de choses que tu ne fais pas plutôt que par des choses que tu fais. Si tu ne frappe pas, ne trompe pas, ne mens pas alors tu es considéré comme étant un mec bien. Alors qu’en comparaison, les femmes sont rarement définies comme étant des femmes bien sur des actions qu’elles ne font pas.

-Tu as le privilège de ne pas à avoir à assumer la majeure partie des taches ménagères et des responsabilités parentales.

-Tu as le privilège de ne pas avoir été éduqué avec des responsabilités domestiques comme cuisiner, faire le ménage, faire la lessive, la vaisselle.

-Tu n’as pas à craindre d’être considéré comme étant un traître envers la communauté noire si jamais tu appelles la police contre une femme noire. Par contre, pour une femme noire, l’histoire est tout autre.  

-Tu as le privilège de connaitre des hommes qui sont psychologiquement, physiquement et ou sexuellement abusif envers les femmes et pourtant tu continues de traîner avec eux OKLM et de les appeler voire les considérer comme tes potes, amis, frères.

 

La liste peut continuer et continuer…

 

Je me suis inspirée de la liste de The Black Male Privileges Checklist de Jewel Woods, un auteur universitaire africain américain. J’en ai traduit quelques-uns et introduit d’autres. Bien sûr, la liste des privilèges peut facilement être élargie.

 

Pour avoir accès à celle écrite par Jewel Woods en anglais (en prenant en compte le contexte africain américain différent du notre): ICI.

 

En espérant que cela pourra en inspirer certains… Qu’ils aideront les autres personnes noires qui ne bénéficient pas de leurs privilèges voire qui en souffrent au quotidien pour le bien être de notre communauté.

 

 

Kel Lam.

 

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L’inexistence de représentation des couples noirs dans le cinéma français au profit du couple mixte

Parce que les représentations comptent…

**Le titre parle DES couples noirs au profit DU couple mixte parce que j’estime qu’au lieu d’avoir la représentation de la diversité du couple noir, on nous invisibilise en nous représentant par le couple mixte, en général valide et hétérosexuel.

**Aussi en vrai on peut élargir et ne pas se contenter seulement de parler de cinéma français mais de l’espace artistique français en générale. 

Un petit post pour faire écho à la fin de l’article précédent « C’est quoi ton type ? » où je parlais des personnes racisées qui privilégient d’autres racisées ou des personnes de même couleur qu’elles dans les relations amoureuses. J’en suis venue à me questionner sur la représentation de ces couples racisés sur le grand écran français. Pour enfin arriver à la conclusion que notre chère société française prône excessivement les couples mixtes: un-e blanc-he avec un-e racisé-e. Mais en tant que noire, je me suis surtout concentrée sur les noir-e-s, c’est pour cela que le post concerne l’inexistence de représentation des couples noirs. Cependant, il faut admettre que la représentation de l’ensemble des couples racisés dans le cinéma français est catastrophique.

Regardant de temps en temps les films français, j’ai fais le constat que quelque soit la représentation cinématographique française du couple, les couples noirs (j’entends par là tous les types de couples noirs-de tout genre, classe, valide ou non, etc-) n’y figurent jamais. Rare sont les fois où ils sont exposés de manière non discriminatoire, sans clichés, dans un cadre non humoristique, et surtout les MONTRANT HEUREUX ENSEMBLE. Or LES REPRÉSENTATIONS COMPTENT!!

 

 

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Thomas Ngijol et Claudia Tagbo dans « Le Crocodile du Bostwanga »

 

 

Souvent dans le cinéma français, pour montrer un-e noir-e en couple, on va surtout nous montrer un-e noir-e en couple avec un blanc-he, avec un message subliminal mais à peine caché que le couple mixte et le métissage sont la solution au racisme et que ce sont des facteurs qui montrent que tout le monde vit heureux dans le plus beau des mondes.

SPOILER ALERT : C’est faux !

 

 

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LES POUPÉES RUSSES, Romain Duris, Aissa Maiga, 2005, (c) IFC Films

 

 

 

 

 

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Aissa Maiga et Max Boublil dans « Prêt à tout »

 

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Thomas Ngijol et Karole Rocher dans « Fastlife »
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Louis Denis Lion et Audrey Lamy dans la série « Scènes de Ménages ». Bon, il ne s’agit pas d’un film mais ce couple a une telle popularité que j’ai pas pu résisté… A quand un couple NOIR dans « Scènes de ménages »?
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Omar Sy et Charlotte Gainsbourg dans « Samba »

 

Ce ne sont que des exemples parmi d’autres, mais bien évidemment, il y en a sûrement d’autres. Et comme souvent, les hommes noirs sont beaucoup plus à l’affiche que les femmes noires. Mais surtout, les rôles joués par les actrices/acteurs noir-e-s sont malheureusement souvent stéréotypés.

 

Pour revenir à mon spoiler alert, on sait très bien que c’est faux. Ce n’est pas parce que les racisé-e-s se mettent en couple avec des blanc-he-s que cela veut dire que le racisme est terminé. Prenons l’exemple du Brésil, apparemment le pays le plus métissé du monde, la négrophobie et la mysoginoir y bat des records et pourtant il existe une population métisse et noire importante. Petite digression, voici une petite occasion pour rappeler que ce n’est pas parce que vous êtes blanc-he-s et que vous couchez avec un-e noir-e (ou un-e racisé-e) que cela veut dire que vous n’êtes pas ou plus (MDR…) racisteoui parce que cela ne se passe pas comme une vaccination guérisseuse instantanée d’une maladieou que le racisme n’existe plus dans le monde entier.

 

Les couples noirs n’ont pas de représentation dans le paysage cinématographique français. D’ailleurs on pourrait élargir à la représentation en général dans la société comme je l’ai dis un peu plus tôt, représentation qui est elle assez mauvaise. Par exemple, lorsqu’un couple hétérosexuel noir et valide (parce que oui, vu l’hétéronormativité, le validisme et la négrophobie actuelle, les noir-e-s non hétéro, non valide sont carrément invisibles pour ce qui est de la représentation générale) est représenté dans les publicités, c’est souvent dans le cadre de la prévention du SIDA. Comme celle-ci datant de l’an dernier:

 

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Campagne de sensibilisation pour le dépistage du VIH SIDA (d’ailleurs là comme par hasard, on choisit bien des noir-e-s au teint plus foncés, traits négroïdes prononcés avec en plus coiffure afro, cheveux crépus et locksés… Oui, là on a le droit à notre représentation)

 

 

Il n’existe pas (voire trop rarement puisque je ne connais pas l’ensemble des films français) de couples noirs à l’écran français heureux qui donnent envie de rêver. Et je ne parle même pas de rôles principaux, même en tant que rôles secondaires ou de figurations, on est très souvent déçu-e-s. Je trouve dommageable qu’en tant que français-e-s, qu’à chaque fois que l’on ait besoin d’avoir une représentation des couples noirs, que l’on soit constamment obligé de devoir se tourner vers le monde anglophone ou vers le cinéma africain, caribéen voire sud-américain.

N’existe-il pas des couples noirs en France? Pourquoi cette forte invisibilisation de l’amour entre deux personnes noires à l’écran? Cela pose t-il un problème au cinéma français d’avoir à l’écran deux personnes noires amoureuses l’une de l’autre? Les couples noirs font-ils peur, sérieusement?  A quand un film ou une série avec un couple noir heureux, amoureux sans clichés, sans stéréotypes, ni discriminations? Ou même si les personnages ne sont pas forcément amoureux, au moins qu’on nous montre plus de représentativité des relations amoureuses entre noir-e-s en France avec tout ce qui a de diversité sociale, économique, de genre, de culture…

Nous aussi, nous avons bien droit à nos histoires d’amour à l’écran, non? Pourquoi n’existe-t-il toujours pas de films français romantiques (comme Jeux d’Enfants ou encore Amour & Turbulences) avec un couple noir en tête d’affiche ? Nous aussi on mérite des films français comme Love & Basketball ou Love Jones.

Bref, on mérite nos représentations amoureuses mais nous ne l’avons pas. Il serait donc temps de créer nos propres espaces, avec nos propres films, séries, web-séries par nous et pour nous. Parce qu’à allure où va notre société, si l’on prend pas les choses en main, la situation ne peut qu’empirer ou se déboucher hyper lentement (dixit attendre un ou deux siècles pour la sortie d’un film représentant un casting majoritairement noir avec une belle histoire d’amour comme script). On va pas attendre qu’on nous normalise pour avoir une visibilité dans cette société conservatrice française pour que les choses bougent.

Alors n’hésitez pas !! Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous êtes en couple, inondez les réseaux sociaux, rendez-vous visibles! Partout, sur Instagram, Twitter, Facebook… Si vous êtes célibataires, prenez les autres couples afro en photo et patientez, ne soyez pas rabat-joie, votre tour arrivera un jour… (Mdr, petite blague deuspi…). Non la vie ne se limite à être en couple, même en tant que célibataire, inondez les réseaux sociaux par votre beauté et celles de vos ami-e-s, votre famille, vos proches. 

Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous avez toujours hésitez à vous lancer dans la cinématographie ou la photographie, lancez-vous, n’ayez pas peur! On a besoin de votre talent pour nous montrer de beaux couples noirs en photo ou en vidéo. On a besoin de noir-e-s issu-e-s de la communauté pour une représentation juste, avoir quelque chose qui nous ressemble et auquel on peut s’identifier. N’hésitez plus à faire des films courts, des séries, des podcasts pour nous donner un peu plus de représentation! Que ce soit réalisé avec un téléphone portable, un appareil photo ou une caméra, bas de gamme ou haut de gamme, n’ayez pas honte et lancez-vous! N’oubliez pas, une contribution, même petite, reste une contribution et cela compte!

 

Sinon, si certain-e-s d’entre vous connaissent déjà des productions qui ont été réalisées-même petite- sur ce thème, veuillez faire tourner pour que l’on puisse aussi faire tourner! 🙂

 

 

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Photo d’un couple noir trouvé au hasard sur Google Image. Pour info, j’ai dû taper « black couple in love » pour trouver de belles photos de couples noirs amoureux. Parce qu’en français, « couple noir amoureux », ça n’existe pas. Juste pour vous montrer à quel point la situation en France est désastreuse…

 

 

Kel Lam.

 

L’écho des Sistas

 

 

Petit post spécial pour la communauté afrodescendante

 

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Image prise du Facebook de l’Echo des Sistas

 

 

L’Echo des Sistas est un nouveau Tumblr dont j’apprécie énormément l’initiative et de ce fait j’ai décidé de vous le faire partager. Il s’agit d’un Tumblr crée pour les afrodescendant.e.s s’identifiant comme tel.l.e.s. Ce Tumblr n’est pas fait pour les hommes cis. L’Echo des Sistas a pour vocation d’être un espace safe pour les afrodescentant-e-s où ils/elles peuvent écrire leurs échos, leurs pensées, leurs confessions…

 

Etant à peu près sur le même concept que le Tumblr Black Women Confessions, l’Echo des Sistas est une innovation dans l’espace francophone à mon avis. Je n’ai personnellement toujours pas perçu de blog ou d’espace francophone qui permettait de libérer nos paroles. Pour moi, cela est surtout innovant dans le sens où il s’agit d’un espace safe. Il permet ainsi aux afrodescent-e-s d’avoir une plateforme où ils/elles peuvent s’exprimer sans honte, sans peur. On peut ainsi prendre la parole, nous livrer ANONYMEMENT  sur nos expériences, sur nos oppressions, nos sentiments, nos questionnements, nos échecs, nos joies, nos réussites, nos pertes, nos angoissses et notre quotidien. Que ce soit du positif ou du négatif, tout est permis sauf si l’écho est « insultant/haineux, transphobe, misogynoiriste, queerphobe, acephobe(ace pour asexuel.le/aromantique), grossophobe, sexiste(dont slut-shaming), raciste, islamophobe, validiste(physique, psychique & mentale »*.

Bref, une initiative à suivre et à partager!

 

 

Donc les Afrodescendant-e-s, à vos claviers et surtout n’hésitez pas à le faire partager à d’autres sistas.

L’Echo des Sistas sur FACEBOOK TUMBLR 

 

 

*Texte en italique pris du Tumblr de l’Echo des Sistas 

 

 

Kel Lam

 

C’est quoi ton type?

Parlons apparences, physique et relations. Je ne vais pas m’attarder à parler « amour » dans ce post, puisque soyons fran-ch-es, lorsque l’on parle amour logiquement on n’évoque pas le physique alors qu’ici c’est principalement ce que je vais faire en parlant de « type ». Ce que j’entends par type est l’apparence physique.

Nous sommes actuellement dans une société française dans laquelle le paraître compte énormément et où nous sommes souvent défini-e-s malgré nous (surtout nous les racisé-e-s) par des stéréotypes -souvent- discriminatoires du fait de notre apparence. Nous nous trouvons dans une société qui nous apprend à avoir un-e compagne/ compagnon avec un certain physique. Elle nous impose des règles de perception physique à suivre.  Ainsi seront jugés les formes, les courbes, les traits, la chevelure et sa texture, la couleur de peau et son teint (régulier ou non, hyperpigmenté ou non etc), la couleur des yeux, le corps non valide et bien d’autres caractéristiques physiques. Elle nous apprend qu’est ce qui est acceptable chez l’autre (et chez NOUS aussi) et ce qui ne l’est pas. On se concentrera alors dans ce post sur l’apparence physique et de son influence dans les relations amoureuses et sexuelles. Puisqu’en effet, sous la question « C’est quoi ton type ? » se cache l’expression décomplexée et normalisée du racisme, du colorisme et du privilège blanc.

Bien que montrant le racisme normalisé de la société française, cette question est courante et populaire. Une grande partie de la population française tend à avoir un type. Traduisez une grande partie de la population française a une perception discriminante (raciste, sexiste, validiste…) des physiques.

C’est quoi ton type ? AUCUN. Ça devrait être votre réponse spontanée, non construite incluant tout-e-s les racisé-e-s et les blanc-h-e-s à cette question.  Normalement, si vous avez un minimum de conscience sociale et que vous n’êtes pas raciste (ou raciste avec vous-même pour les racisé-e-s-, si vous ne comprenez pas, vous allez saisir d’ici la fin du texte), VOUS N’AVEZ PAS DE TYPE PRECONCU. Vous n’avez même pas idée à ce qu’elle/qu’il peut bien ressembler avant de l’avoir rencontré.

Avoir un type c’est avoir une image construite, un idéal forcément issu de la société de la suprématie blanche. En général, le physique type parfait est le suivant : blanc-he , brun-e, blond-e, un corps valide (jamais ouvertement mentionné puisque sous-entendu sans complexe), légèrement musclé pour le genre masculin ou avec des formes légères pour le genre féminin , yeux marrons, bleus ou vert, cheveux lisses ou au pire –légèrement -bouclés. Là je suis sure que nous avons tous des images de ce type qui défilent dans notre cerveau. Mais on ne va pas se limiter à cela, on va aller plus loin. Puisque la suprématie blanche a mis en place des standards de beauté occidentalo-blanches, en découle alors le colorisme, le racisme et tout ce qui s’en suit.

 

Du coup, avoir à tout prix un type relève aussi de la fétichisation, du complexe en plus du racisme. Pourquoi ?

 

                 De la fétichisation : C’est lorsqu’une personne est attirée par vous seulement à cause de votre couleur de peau et des stéréotypes racistes qui en découlent. La notion de fétichisation est donc très large. Elle ne concerne pas seulement l’aspect sexuel mais je choisis personnellement de mettre l’accent dessus ici puisqu’il est en rapport avec le post. Alors qu’est ce qu’est la chosification sexuelle d’une personne racisée ? Vous ne la trouvez pas belle (bien qu’elle le soit), vous ne lui trouvez rien d’exceptionnelle. Seulement, du fait de sa couleur de peau qui n’est pas blanc-h-e, vous la trouvez exotique, vous l’hypersexualisez, vous fantasmez sexuellement sur son corps, sur ce qu’elle représente, ce qu’elle va vous apporter sexuellement. Vous en faites votre chose sexuelle dans votre imaginaire et pas que, aussi dans le réel. Vous voyez la personne racisée en face de vous, non comme votre semblable, un être humain mais comme l’autre, comme un corps étranger non humain, un outil sexuellement excitant. Par exemple, il existe une forte fétichisation des hommes et femmes noir-e-s. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des préjugés sur le sexe des hommes noirs ? Ou sur l’extravagance de la  sexualité des femmes noires au lit ?

 

 

                Du complexe : Qu’est-ce que j’entends par là ? Une personne racisée complexée du fait de sa couleur de peau et de ce qu’elle représente dans la société, ici française. Du coup, dans ce cas-là, il faut que mon autre (tout sauf ce que je suis) puisse compenser mon manque, me sauver, et sauver ma progéniture- par extension-, exemple en ayant un enfant métis. Avoir un enfant métis à tout prix dans ce cadre complexé est le reflet d’une fétichisation de l’enfant métisse (en général, enfant métissé blanc-he et racisé), vu par certaines personnes comme une réussite sociale. En gros, c’est « Je me déteste donc je déteste mon autre, mon semblable, qui est de la même couleur que moi », c’est ce que j’entends par être racisme envers soi-même, c’est le racisme intégré. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, voici un exemple. Les hommes noirs et femmes noires qui disent constamment : NON, NON je ne sors pas avec des noir-e-s. Oui, c’est parce que souvent ils se détestent eux-mêmes, s’ils pouvaient changer de couleur, ils le feraient. Ce sont des personnes complexées, souvent remplis d’énormes préjugés et stéréotypes sur leurs semblables noir-e-s provenant de l’image dégradante donné par la société.

 

                Du racisme : Tout d’abord, je pense à toutes les blanches et tous les blancs qui ne se posent jamais de question dans leurs choix amoureux et sexuelles, pour qui leur moitié, c’est eux/elles dans l’autre. En gros, leurs choix sont QUE et SEULEMENT des personnes blanches, ce sont souvent des personnes type physique comme décrit précédemment. Pourtant, personne ne se pose de questions sur le pourquoi de leurs choix et encore moins eux-mêmes. Oui, vous connaissez une personne blanche comme ça, c’est assez commun. A la question pourquoi est-ce que tu ne sors qu’avec des blanc-hes ? Ils ne sauront pas quoi vous répondre, ils balbutieront. Cela parce qu’ils ne se posent pas de question puisqu’ils sont blanc-h-es, c’est le privilège blanc, les standards de beauté sont occidentalo-blancs donc en gros même si ils sont conscient-e-s de tout cela, certain-e-s préfèreront rester dans la norme. Sauf bien sûr, si c’est pour s’amuser de temps en temps, pourquoi pas essayer, hein ? Chosifier et fétichiser de temps en temps. Tu connais ces phrases racistes à la con : Je ne sais pas, c’est comment un-e noir-e au lit? Je veux bien essayer.

 

Bref, ensuite, on a les stéréotypes racistes qui empêchent les individus racisés d’interagir émotionnellement ou sexuellement entre eux. Vous connaissez ou pas ? Afin de ne pas reproduire la violence des propos, je ne les écrierais pas si dessous. Mais partout sur les réseaux sociaux et même dans la vie quotidienne, on entend souvent des stéréotypes racistes (mysoginoir, négrophobie, arabophobie, asiaphobie..) sur les racisé-e-s en ce qui concerne les relations amoureuses et sexuelles. Comme vous le remarquez, je précise bien les stéréotypes raciste sur les racisé-e-s car il n’y en a pas sur les blanc-h-es parce que le racisme anti-blanc n’existe pas. Juste une petite piqûre de rappel.

Du coup, à cause de ce genre de stéréotypes que les gens ont, certaines personnes racisées sélectionnent de par la couleur de peau avec qui choisir ou n’approchent que des personnes de la même couleur de peau qu’elles. On l’a vu tout à l’heure pour les blanc-h-es, que la raison était le privilège blanc qui les aveuglaient. Mais dans le cas des racisé-e-s ?

OUI, il existe des racisé-e-s qui ne choisissent de sortir qu’avec des personnes de la même couleur de peau qu’eux/qu’elles et NON, ce n’est pas du racisme. Par exemple, je suis un homme pro-noir vivant en France, conscient socialement, je ne regarde que la couleur de peau lorsque j’approche une personne que ce soit pour une relation amoureuse ou seulement sexuelle. Je ne veux sortir qu’avec des noir-e-s comme moi, parce que mon choix est social et/ou politique, il n’est plus personnel. Je ne sors pas avec parce que je l’aime (mais avec le temps, on ne sait jamais, hein!) ou parce que la personne m’attire émotionnellement mais parce qu’elle est noire (avec le bonus du physique en général qui passe crème). Je suis dans l’optique de rechercher la personne qui me ressemble le plus, pas seulement par rapport à la couleur de peau mais aussi parfois au niveau de la conscientisation, une personne qui soit en accord avec ma vision de déconstruction de suprématie blanche. J’agis ainsi en tant qu’outil humain, je me sacrifie en mettant de côté mes émotions. Je ne m’intéresse qu’aux noir-e-s aussi car je vis dans la psychose de l’extinction du peuple noir dont je ne veux pas être complice. Cet exemple peut sembler exagérer mais à peine, il est tiré de vraies conversations que j’ai eue à avoir avec diverses personnes noires.

Personnellement, je trouve dommageable le fait de se focaliser sur la couleur de peau en premier lieu. De parler de sacrifice, de ne pas s’ouvrir sentimentalement, de faire comme si le mot « aimer » ne faisait pas partir de votre vocabulaire. Nous ne sommes pas des machines. Vous avez des sentiments, exprimez les. Cessez de d’agir comme des robots, si vous le faites, vous êtes des humain-e-s aussi. Juste une piqûre de rappel. L’amour, le ressenti, les sentiments c’est aussi pour les racisé-e-s.

Et si par exemple, vous êtes noir-e et que vous aimez un-e arabe ou un-e asiatique? Vous préférez faire semblant, vous mettre absolument avec un-e noir-e, juste pour la cause? Pour faire bien? Pour montrer que vous n’êtes pas un-e traître et que vous êtes une personne intègre? Vous savez, ce n’est pas votre partenaire qui définit votre niveau d’intégrité dans votre cause contre la négrophobie, plusieurs personnalités nous l’ont démontré avant nous : Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Alice Walker, Lorraine Hansberry…

 

Cependant, il est compréhensible pour moi que certain-e-s racisé-e-s privilégient les racisé-es ou alors leurs semblables elles/ils ne veulent pas à avoir à souffrir de racisme, fétichisation, de chosification et autre. Là dessus, dans ce cas là, je n’ai rien à redire.

 

La prochaine fois que vous serez attiré-e physiquement par une personne, posez-vous sincèrement la question, pourquoi cette personne vous attire-t-elle ?

 

Kel Lam

L’utilisation du mot « Black » pour les Noir-e-s de France : une insulte sans nom.

Il est de plus en plus tendance d’appeler « Black » les personnes de couleur noire en France. Et ce malgré le fait qu’il existe déjà un mot dans la langue française pour caractériser ces individus : Noir-e.

Il s’agit d’un anglicisme qui n’évoque rien de bon pour la société française. Tout d’abord, ce mot contribue fortement à l’africainétasunisation des français-e-s noir-e-s. Dès lors, la question noire est vue comme une problématique lointaine. Une problématique qui n’aurait pas lieu d’être dans la société française. Lorsque la question noire est abordée, elle est toujours orientée vers les Etats-Unis. Alors que les problématiques vécues par ces deux communautés que ce soit en France ou aux Etats-Unis ne sont pas les mêmes. Lorsqu’est abordé le sujet des violences policières dont souffrent les Noir-e-s, l’œil français (et encore plus lourdement des Noir-e-s de France malheureusement) est constamment en train de s’apitoyer, de s’émouvoir sur la souffrance des africain étasunien et de les dénoncer. Ce qui est fort légitime. Mais ce qui existe là-bas, existe aussi ici. Peu de ceux qui se plaignent des exactions de la police étasunienne sont là pour dénoncer par exemple les morts de Lamine Dieng, Mahamadou Marega, Aboulaye Camara, Bertrand Nzohabonayo (et bien d’autres sans compter les autres racisé-e-s et les minorités sexuelles). Le mot « Black » est donc parfait pour contourner la question noire en France ainsi que toutes les problématiques qui y sont liées.

Le terme « Black » démontre l’attitude toujours et extrêmement complexé envers les Noir-e-s de France . On sait comment nommer sans froisser, sans vexer, sans choquer. Cela contribue à la marginalisation de ces Noir-e-s. On marginalise les Noir-e-s en les assimilant à des « Black » invisibilisant ainsi leurs expériences racisées. Une marginalisation déjà de fait à cause de la discrimination au faciès. Il y a aussi à travers l’expression de ce terme une forte exotisation des personnes noires. Implicitement, on peut aussi voir un renforcement contemporain de l’imaginaire colonial sur les Noir-e-s dans notre société française qui se cristallise avec ce mot. Comme on peut le voir avec les recherches Google :

Outre la deuxième question sur les Black Eyed Peas, on peut voir que la plupart des questions portent sur la sexualité de l'homme noir ici exotisé.
Outre la deuxième question sur les Black Eyed Peas, on peut voir que la plupart des questions portent essentiellement sur la sexualité de l’homme noir ici exotisé.

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En ce qui concerne les femmes, le mot « Black » n’est pas trouvable dans les termes de recherches sur Google. Tout simplement parce que ce terme a une lourde connotation pornographique. En effet, lorsque vous recherchez « femme black », des sites pornographiques s’affichent dans les résultats. Ainsi, dans les termes de recherches lorsque vous commencez à taper « femme black »,  « Black » sera remplacé par Noire.

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A la question posée (aux personnes Noir-e-s et non Noir-e-s) : Pourquoi dis-tu « Black » ?  La réponse (des Noir-e-s et non Noir-e-s) est souvent : Parce que ça fait mieux, parce que c’est plus stylé, parce que ça fait moins raciste, parce que ça fait plus américain, parce que ça fait plus cool…

Il est de coutume républicaine française de ne pas désigner une personne par sa couleur de peau, de peur de créer des divisions, d’effectuer des catégorisations de la société parce que la République Française se veut « Une et Indivisible ».  Elle se voit comme une société abstraite où nous serions tous des personnages hybrides, identiques, abstrait, laïque et égaux où les questions de race, de classe, de genre (et tout autre question) n’existeraient pas. Une société qui a l’air d’être tout droit sorti d’un film d’horreur cauchemardesque invisibilisant toutes les personnes discriminées par l’ensemble de ces questions.

D’ailleurs, petite parenthèse. Au travers de cette idée de la France, on peut se rendre compte de la peur idiote du communautarisme. Cette peur qui ne vise que les minorités d’en bas. Que des hommes ou femmes blanches se réunissent pour se rencontrer, discuter politique, art, économie ou autre. Cela ne pose pas problème. Mais lorsque que ce sont des hommes ou femmes noir-e-s ou arabes ou bien asiatiques, cela pose automatiquement problème. D’ailleurs, il y a toujours cette peur constante qu’il y ait trop de Noir-e-s dans un lieu public. Ainsi, lors du rassemblement « Je suis Nigérian-e », où les Noir-e-s étaient massivement présent-e-s, il était courant d’entendre : « Il y a tellement de Noir-e-s… C’est chelou ». Ou encore dans d’autres contextes des propos de la part de certain-e-s Blanc-h-e-s : « Je veux bien aller à ta soirée mais faut pas qu’il y ait trop de Noir-e-s », «Je vais pas dans ce genre de quartier, il y a trop de Noir-e-s», «J’aime pas ce genre de quartier, c’est plus Paris là bas, c’est la banlieue, c’est l’Afrique là bas», « J’aime pas ce genre de soirée, les gens sont pas assez diversifiés », « Ah je suis étonnée, j’avais peur, je pensais que je serais la seule Blanche !» « Ah mais non, t’inquiètes ! ». Et pourquoi t’inquiètes ? Parce que si la Blanche se trouve au milieu de Noir-e-s, elle va se faire manger ?

Dire qu’une personne est noire, blanche ou métisse n’est pas raciste. Bien que la race soit une construction résultant de la traite négrière, la question raciale est aujourd’hui un fait que nulle ne peut nier. Du moins, elle est une réalité forcée pour ceux pour qui la race est  centrale au quotidien: les racisé-e-s.

La couleur noire serait tellement lourde à porter qu’il faudrait une échappatoire. Echappatoire que nous tendrait avec le mot « Black ». Un renforcement de la domination exercé sur les Noir-e-s émerge alors avec le consentement de ceux même Noir-e-s qui y contribue en employant aussi ce mot.

Il faut constamment un masque/un ensemble artificiel pour le marginalisé, en l’occurrence ici les Noir-e-s pour pouvoir faire partie « intégrante » de la société française.

Parce que la dénomination que l’on s’attribue ou que l’on attribue aux autres n’est pas veine de conséquences pour soi ou pour les autres et renferme une multitude de problématiques, cessez l’emploi du mot « Black » envers les Noir-e-s.

Articles qui ont déjà évoqués le problème sur le WEB :

Un article de Slate datant de 2012 traite de la question : http://www.slate.fr/story/52115/noir

Un article de African Links 2009 : http://africanlinks.net/2014/02/06/sur-lutilisation-du-terme-black-en-france/

Kel Lam.

Un mal tabou marginalisé et consenti ?

Tout le monde le sait pourtant, les produits transformant chimiquement la peau contiennent des substances extrêmement dangereuses pour la santé. Des composants tels que le glucocorticoïde, le mercure ou encore l’hydroquinone sont interdits par la loi française. Pourtant, il continue d’exister aujourd’hui des produits éclaircissants et blanchissants dans lequels il est encore possible de les trouver. De plus, en dépit de ces substances interdites, malgré la dangerosité de ces produits sur la peau, ceux-ci sont tout de même en circulation en France ainsi que dans toute l’Europe. Il s’agit d’un marché en pleine émergence. On ne trouve plus les produits éclaircissants que dans les petits magasins de quartier destinés largement au public racisé mais on le trouve maintenant en grande surface (Auchan par exemple pour ceux qui l’aurait remarqué). En effet, il s’agit d’un marché qui s’élève à des milliards d’euros. Et souvent, qui dit « €€€ » dit aucun intérêt pour le sujet et les effets (pervers) du produit proposé pourvu qu’il fructifie le chiffre d’affaire.

Alors pourquoi ne pas pour une fois s’intéresser au sujet et aux réelles problématiques que rengorge l’éclaircissement et le blanchiment de la peau ?

Fondamentalement, le but de ces pratiques est de transformer la peau. C’est-à-dire de modifier la peau originelle, dit « naturelle », dans le but que la peau n’ait plus son apparence primaire. La transformation de la peau peut être le fruit d’une transformation naturelle ou chimique. Par exemple, la transformation naturelle renvoie au bronzage dû au soleil. Alors que la transformation chimique renvoie aux séances UV en centre de bronzage. Je profite d’ailleurs ici pour attirer l’attention sur ce phénomène qu’est le bronzage. En effet, si pour les peaux mates et noires, les produits éclaircissants et blanchissants sont en pleine expansion, en ce qui concerne les peaux pâles, claires, blanches, ce sont les centres de bronzages qui ne cessent de se multipliés. Ce qui peut paraître paradoxal et en contradiction (notamment avec cette idée d’une norme blanche sociale). Sauf que le marché florissant du bronzage n’a pas du tout les mêmes aspects que l’éclaircissement ou le blanchiment de la peau. Le bronzage est un synonyme de loisir, un synonyme de l’appartenance à une « société de loisirs », de privilège. Il réside alors une aspiration à l’appartenance à une élite sociale. Alors que pour certains il s’agit d’une mode, pour d’autres il s’agit d’un mode de vie qui fait partie de leur routine bien-être. Bronzer est alors synonyme de beauté. Malgré quelques similitudes, on peut ne donc pas réellement mettre le bronzage sur le même plan que le blanchiment ou l’éclaircissement.

Il convient tout d’abord de mettre en lumière que même si les femmes sont souvent les premières visées dans l’utilisation de ces produits, les hommes aussi les utilisent. Essentiellement, des produits éclaircissants. Une enquête sociologique avait été effectuée par Emeriau Céline auprès des vendeurs mais aussi des acheteurs montrant que les hommes aussi utilisent les produits éclaircissants. De plus, un chercheur congolais M’Bemba Ndoumba Gaston avait démontré à partir de plusieurs enquêtes, qu’au Congo les hommes utilisaient autant de produits éclaircissants et blanchissants que les femmes. Il faut aussi impérativement distinguer l’éclaircissement du blanchiment. Nombreux sont ceux qui confondent ces deux termes alors qu’ils ne renferment pas les mêmes affinités.

L’éclaircissement est le fait de s’éclaircir la peau sans pour autant viser la teinte la plus claire possible. La personne de couleur mate ou noire ne le fait pas pour être blanc ou blanche. Des préjugés sociaux autour de ces personnes circulent souvent sur le fait que ce soient des personnes déracinés ou honteuses de leur cultures. Mais non, souvent ce sont au contraire des personnes qui revendiquent leur culture ou leur attachement à celle-ci. La pratique de l’éclaircissement est en réalité un révélateur du colorisme ambiant régnant au sein de chaque groupe racial mat ou noir mais aussi à l’échelle de la société. Il réside toujours une préférence (collective-implicite ou non) quel que soit le groupe racial d’appartenance pour la teinte la plus claire. Ici, par exemple le Noir qui souhaitera s’éclaircir la peau n’aura pas pour exemple un Blanc mais un Métisse ou un Noir plus clair que lui. Les fantasmes pour celui-ci se tourneront sur les peaux de John Legend, Michael Ealy ou encore Terrence J. Il y résidera alors chez certains une constante comparaison maladive. On retrouve d’ailleurs cette idée chez Fanon, de cette constante comparaison destructrice entre les Noir-e-s, ceux qui ne pouvaient pas s’imaginer comme étant l’égal des Blancs, ceux-ci étant la norme. Ainsi, dans le but alors de se sentir plus désiré-e, plus belle/beau ou mieux accepté-e, la personne en question optera pour l’éclaircissement de la peau. Et cela marche (malheureusement ou pas, d’ailleurs !). Lorsque la plupart des femmes (celles qui ont témoignés dans les enquêtes d’Emeriau) s’éclaircissent la peau, elles sont mieux vues, beaucoup plus complimentées. La vie leur semble plus facile dans la globalité. De même, les hommes (quel que soit le type de couleur de peau) sont beaucoup plus attirés par celles-ci. Un homme qui s’éclaircissait la peau avait d’ailleurs témoigné dans le livre d’Emeriau  qu’il se sentait plus beau, propre et apte à draguer (ce parallèle peut être fait avec le témoignage recueilli par M’Bembe N’doumba Gaston d’un homme noir s’éclaircissant la peau). Par ailleurs, il faut souligner que l’utilisation de produits éclaircissants s’utilise chez certain-e-s à des fins dermatologiques à cause du manque de connaissance (ou la non prise en compte ?) de dermatologues spécialisés pour les peaux mates ou noires. Ces peaux étant généralement stigmatisées comme des peaux à problèmes, grasses, les bons produits adaptés réellement à leurs peaux. Par conséquent, lorsque vous avez un teint mat ou noir, que vous vous rendez directement dans un parashop ou dans une pharmacie ou parapharmacie et que vous demandez des propositions de soins pour votre peau à cause de quelques boutons ou tâches, on vous dirigera vers des produits alliant éclaircissement et matification. Pourtant aujourd’hui, certains instituts sont spécialement conçus pour les peaux/cheveux mates et noires. De même, certains produits sont censées résoudre les problèmes dermatologiques rencontrés par les peaux mates et noires).Ces produits n’étant pas à la portée de tout le monde financièrement, il sera plus facile pour d’autres de se diriger directement à la petite boutique du quartier vendant massivement des produits éclaircissants promettant des résultats rapide avec à la clé une peau claire et matifiée.

Le blanchiment est une méthode radicale. Au sens où il réside une volonté d’employer une méthode total, efficace avec des moyens d’actions forts qui s’attaquent à l’essence profonde, à la racine même, ici la noirceur, la mélanine. Ce pigment à l’origine de la couleur foncée se voit évincer au profit de l’imposition d’une couleur blanche artificielle. Le blanchiment de la peau n’est pas pratiqué sur la base d’une comparaison au sein d’un groupe racial mais dans le but de l’atteinte d’une norme racial explicite : le/la Blanc-he. Cette pratique permet de se distanciée totalement de la couleur noire et du poids socio-historique lié à cette couleur de peau. La couleur noire agissant comme un marqueur physique, elle sert à effectuer une discrimination raciale de fait. Il s’agit alors d’une pratique qui touche majoritairement les Noir-e-s. Le blanchiment de la peau n’est pas forcément pour couper avec ses racines africaines ou renier sa culture africaine. C’est surtout dans le but de s’évader, de se détacher des stéréotypes racistes qui entourent la couleur noire. Certains Noir-e-s sont alors esclave de leur couleur de peau, n’ayant pas les possibilités d’affirmer leur négritude ou de rester eux-mêmes tout en faisant face au racisme ambiant. Ils ont alors tranchés en utilisant le «sérum de dénigrification».

Avec le blanchiment de la peau, on a une multitude de discours véhiculé. On a d’abord le discours esthétique avec l’idée de la primauté de la beauté caucasienne occidentale, le discours social avec l’idée du privilège blanc qui réside au sein d’une société mais aussi un certain discours identitaire puisqu’il y a ici une identification explicite aux Blanc-hes. Le blanchiment de la peau les permet d’être mieux perçus dans l’ensemble de la société. Mais aussi d’être mieux perçus par eux/elles-mêmes. La pratique permet alors d’atteindre une réelle libération.

Le blanchiment et l’éclaircissement sont des manières d’éradiquer un mal être, un sentiment d’infériorité. C’est un moyen de faire face à l’exclusion, de pouvoir se conformer à la norme et pouvoir faire partir ou du moins de répondre à des critères imposant un idéal caucasien. Il s’agit pour les individus pratiquant ces méthodes de transformation chimique corporelle d’aborder une nouvelle vie où ils/elles sont plus visibles (socialement et esthétiquement), plus complimenté-e-s et plus apprécié-e-s. Cela agit alors comme une drogue. Cela crée une dépendance, une addiction. Ces individus ont ensuite du mal à se débarrasser de ces différents produits.

Celles/ceux qui se blanchissent/éclaircissent la peau ont-ils tort ?

Non, le réel problème émane de la société. Véhiculant la primauté d’une certaine teinte de peau en marginalisant, celle-ci contribue fortement à ce mal généralisé. Elle oppresse et néglige une catégorie d’individus en lui imposant un idéal qui ne pourra jamais lui convenir. Elle consent à ce mal en laissant le racisme ambiant se propager avec toujours plus de vigueur. Ainsi, on peut se poser la question de savoir si  les produits de transformation corporelle chimique listés comme dangereux  ne l’étaient pas, ne saurions-nous pas majoritairement à peaux claires dans ces sociétés occidentales? Ceux qui refusent d’utiliser ces produits d’éclaircissement et de blanchiment ne seront pas en fin de compte des résistant-e-s au système? Au même titre aujourd’hui avec que le port du cheveu crépu (surtout porté en afro) qui est (malgré lui) un acte militant.

Au final, ceux qui se blanchissent et s’éclaircissent la peau n’essayerait-ils pas seulement de se conforter à la règle ? Cette règle qui impose une affirmation de la suprématie du privilège sociale, économique et esthétique du/de la caucasien-e. On remarque d’ailleurs que cela agit sous différents formes chez tous les peuples anciennement colonisés ainsi que leurs descendants. Par exemple, en Asie du Sud-Est, nombre sont ceux (surtout des acteurs et actrices de Dramas coréen, japonais ou encore des stars de K-pop) qui réalisent des interventions chirurgicales (étirement des yeux, allongement du nez, gonflement des lèvres voire des pectoraux…) afin de se rapprocher de l’idéal caucasien. On peut aussi prendre l’exemple de l’éclaircissement et du blanchissement de la peau en pleine expansion en Asie Occidentale ou encore au Maghreb. Partout, l’on tente de se conformer à cette règle inatteignable.

Au lieu de sans cesse stigmatisé ces pratiquant-e-s en les pointant du doigt, en les dénigrant ne devrions pas justement les comprendre ? Comprendre le passage à l’acte ? En identifier les raisons ? Et aussi peut-être qu’au lieu de ne lutter seulement contre l’éclaircissement et/ou le blanchiment de la peau et de se concentrer seulement sur les sociétés productrices de ces produits, il ne serait pas plus judicieux de lutter contre le diktat caucasien globalement imposé ?

A quand une réelle prise en charge des pratiquant-e-s de ces produits et qui souffrent ? A quand réel suivi psychologique ? Une norme (globale) sociale, économique et esthétique qui serait ENFIN pluri-identitaire, pluriethnique et pluriculturelle ?

Le marché autour des produits éclaircissants et blanchissants étant plus florissant que jamais, il est vrai que l’on peut douter d’un éventuel changement. L’environnement global est prédestiné a encouragé ce mal et à le maintenir au sein de la société comme un secret tabou et silencieusement accepté. Au contraire, il serait plus que temps d’en discuter ouvertement et sans honte (surtout de la part des pratiquant-e-s puisqu’il n’y a pas lieu d’en avoir) si l’on veut qu’un changement aboutisse.

Sources utilisées :

Le site du Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine, l’onglet Connaître le bronzage en cabine : http://www.snpbc.org/marche-du-bronzage-en-cabine/

M’Bemba-Ndoumba, Gaston. — Ces Noirs qui se blanchissent la peau. La pratique du « maquillage » chez les Congolais : un résumé de son essai sur la question ici : https://etudesafricaines.revues.org/6088

FANON Frantz, Œuvres, Peaux Noires, Masques Blancs, Collection Cahier. Dans le chapitre 5, l’expérience vécue d’un Noir où la notion de « sérum de dénégrification » est abordée.

EMERIAU Céline, S’éclaircir pour faire « peau neuve », Une pratique entre santé et identité, PUN, Editions universitaire de Lorraine : pour tout ce qui concerne les enquêtes, recherches sur les personnes utilisant les produits éclaircissants et blanchissants.

Kel lam.

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