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Cela faisait un moment que je voulais écrire un article à ce sujet mais faute de temps, j’ai toujours décalé l’écriture et la publication de cet article qui me tient pourtant à cœur : les violences policières sur les femmes racisées, et plus particulièrement les femmes noires en France. Pourquoi ? Parce que rare sont celleux qui en parle et il n’existe pratiquement aucune manifestation ou révoltes des quartiers à la suite de violences policières subies par les femmes noires contrairement à ce qui est fait pour les hommes noirs. Un fait qui faisait la une il y a un peu plus d’un an m’avait interpellé, mais cela ne vous a peut-être pas interpellé. Ou peut-être que vous l’avez remarqué mais que vous êtes restées silencieuxs.e.s dans votre coin. Vous vous souvenez de cette affaire de l’enseignant-chercheur de la Sorbonne Guillaume Vadot qui portait plainte contre « abus d’autorité, violences volontaires aggravées, agression sexuelle aggravée, menaces, injures publiques et vol » en septembre 2016 ? Voici un article qui traite du sujet pour vous rafraîchir la mémoire au cas où : ici. Est-ce que vous vous souvenez de l’élément déclencheur de l’agression qu’a subi ce professeur ?  Exacte. Peu, s’en souviennent (je fais la go, oklm, y’a rien). Ce professeur s’est fait insulter et agressé de la sorte parce qu’il était en train de filmer une agression policière sur une femme noire de 31 ans :  Marie Florence G (je n’ai pas trouvé son nom de famille, peut-être qu’elle veut rester anonyme…). Cette dernière criait de douleur tout en étant menottée entourée de nombreuxs.e.s policièr.e.s selon le deuxième témoin qui a filmé la scène, Maurice Makwala. Il existerait donc des preuves vidéos de l’interpellation violente à laquelle à fait face Marie Florence G. Et pourtant tout au long du suivi de cette affaire, son nom n’a jamais été évoquée et la violence dont elle a subi non plus. L’attention s’est focalisée massivement sur les violences qu’ont subi le professeur (privilège blanc ah) et Maurice Makwala (privilège d’homme ah). Je voulais partir sur ce point de départ pour montrer à quel point l’invisibilisation des violences policières sur les femmes noires est conséquent. Dans cet exemple-là, on peut voir que même si l’on a des preuves solides, des témoignages et des vidéos, cela ne choque pas et n’intéresse pas le fait qu’une femme noire soit violentée par la police. On peut voir le même traitement dans l’affaire de 2015 lorsqu’un groupe de 18 lycénn.e.s racisé.e.s ont portés plainte pour violences policières. Dans les médias, les voix qui étaient misent en valeur étaient celles des garçons comme on peut le voir ici. On voit que les voix féminines racisées ne comptent pas.

 

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Et plus une femme noire sera à l’intersection des discriminations, plus on se fichera de son vécu et par conséquent des violences policières qu’elle a subi. C’est le cas par exemple des femmes noires pauvres et réfugiées de Calais, dans le Nord de la France qui subissent régulièrement le comportement violent de policièr.e.s. Il est su depuis cette année grâce au rapport rendu publique par l’organisation Human Right Watch, que les violences policières envers les migrant.e.s renoi.e.s à Calais sont quotidiennes. QUOTIDIENNES. Certaines femmes se sont d’ailleurs plusieurs fois plaintes de viol de la part des policièr.e.s. il y avait par ailleurs le témoignage d’une soudanaise noire qui s’était plaint d’avoir été violée par un policier (j’avais trouvé l’article l’an dernier mais il a disparu comme par magie, j’ai seulement le titre : IMMIGRATION. Le fonctionnaire nie avoir abusé d’une jeune Soudanaise qu’il devait accompagner dans un centre de réfugiés-si jamais quelqu’un.e arrive à le retrouver). En plus, du fait qu’elles se fassent harcelées, agressées sexuellement voire violées sur leur camp malgré la répartition en non mixité des tentes, elles ont en plus à confronter les violences policières. Mais bon vu que ce ne sont pas des Théo, ça n’intéresse pas.

 

Parce que la découverte de la culture du viol ne s’est pas faite avec l’affaire Théo pour beaucoup d’entre nous. Il existe en réalité pas mal d’histoires de viols de policiers sur des femmes racisées. Comme celle-ci par exemple. Celle d’une racisée violée par un policier lorsqu’elle était en cellule de dégrisement dans les Yvelines: ici. Il existe d’autres ici dont la race des femmes n’est pas mentionné :  ici et ici.

Ou encore cette femme racisée et non valide qui a été violentée par les policièr.e.s : http://www.bfmtv.com/police-justice/paris-une-mere-de-famille-sourde-et-muette-accuse-des-policiers-de-l-avoir-violentee-1232129.html . Celle-ci également n’aura révolter personne également malheureusement.

Egalement dans le Tumblr Paye Ta Police, il y a pas mal de témoignages de femmes racisées qui dénoncent les violences policières qu’elles ont subi. Pas seulement celles de l’ordre du harcèlement ou de l’agression sexuelle mais également celle d’ordre psychologique et morale.

Comme celle là:

 “Bah c’est bien, ça vous fait un peu de changement, pour une fois que vous n’êtes pas à mendier ou faire mendier vos enfants dans le métro.” Le policer, à qui une jeune femme Rom expliquait avoir été battue à mort par son ex-conjoint, lors d’une tentative de dépôt de plainte pour violences conjugales . Il a finalement refusé de prendre la plainte.

Ou encore celle-ci:

“Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En sortant de soirée, un homme m’a agressée et violée contre un grillage. Il m’avais menacée d’un couteau si je me débattais. J’étais terrorisée. J’ai mis une semaine pour m’en remettre et porter plainte. Au commissariat, dans le bureau j’étais seule avec le policier. Il m’a regardée d’un air sinistre, et m’a dit “Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute ? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En me mettant sa main entre mes jambes et en me touchant. C’était lui qui m’avait violée… j’étais pétrifiée. Il m’avait traitée de sauvage car je suis maghrébine. J’ai essayé de mettre fin à ma vie car j’avais peur de sortir de chez moi… J’ai déménagé et sors peu… je ne fais plus confiance à personne…

 

Et je voulais finir par deux affaires plus récentes, celle de Marie Reine, une femme noire qui s’est faite insultée et agressée par des policièr.e.s mysoginoiristes dont l’histoire figure ici, vous pouvez également trouver son pot commun ici.

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La militaire guadeloupéenne Morgane Blanchet, victime d’harcèlement moral et sexuel dans son camp militaire en printemps 2016, le témoignage de la concernée est ici. A soutenir impérativement! Actuellement, elle a tout perdue, est précaire et vit dans un foyer. Elle a porté plainte au printemps 2017. J’ai pas trouvé de pot commun pour son cas, si il y en a qui trouvent, qu’iels fassent signe.

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Morgane Blanchet

 

Bien sûr ce ne sont pas toutes les violences policières commis sur des femmes noires et racisées qui sont mentionnées ici. Je n’en ai sélectionné que quelques-unes parmi le lot (Google est votre ami). C’était surtout pour montrer que OUI les violences policières contre les femmes noires existent et qu’elles sont largement invisibilisées. Surtout celles qui décident de parler (car on peut comprendre qu’on ait pas d’information de celles qui n’osent pas parler). Et également un article pour inciter à toutes les femmes racisées de faire attention à la police surtout dans le cas où vous pensiez que vous ne pouviez jamais être victime de violences policières parce que vous êtes une femme. L’imaginaire collectif tendant à penser que les violences policières ne soient faites que sur des hommes racisés est à déconstruire. Les femmes noires en France ne bénéficient même pas d’hastag personnalisé pour parler de leurs expériences violentes avec la police du genre #JusticepourThéo et encore moins un hastag genre #Sayhername (comme aux US) pour visibiliser les violences policières faites aux femmes noires. Elles bénéficient encore moins de mobilisation forte (contrairement aux hommes noirs) lorsque ça les concerne. La solidarité afro a ses limites. Personne ne s’intéresse à nous, personne ne marche pour nous. Soyons vigilantes, entraidons-nous et supportons-nous.

Et n’oubliez pas de soutenir Marie Reine avec son pot commun et également Morgane Blanchet !

 

 

 

Kel Lam.

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#BlackLivesMatter… Pardon, mais lesquelles?

 

#BlackLivesMatter est un mouvement de résistance noir étasunien crée par trois femmes noires queer Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Un mouvement qui vise à montrer que la vie des noir-e-s compte dans un monde négrophobe où justement nos vies ne comptent pas aux yeux de bon nombre de non-noir-e-s (voire aussi des noir-e-s). J’avais envie dans ce post de questionner ce mouvement, y soumettre des opinions que peut être d’autres noir-e-s se sont posé-e-s au vue de l’ampleur de la popularité actuelle de ce mouvement en dehors des Etats-Unis.

 

L’an dernier fin juin, lors d’une Rencontre à la Bellevilloise à l’occasion de la projection du film Les Marches de la liberté réalisé par Rokhaya Diallo, étaient présent-e-s des activistes étasunienn-e-s, plus précisément de Ferguson venu-e-s. Je me souviens d’une phrase d’un activiste qui m’a marqué, celui-ci disait que lorsque l’un-e d’entre elles/eux se faisait assassiné-e, nous ici en France devions automatiquement sortir dehors pour protester et montrer notre solidarité

 

De la solidarité, si vous êtes noir-e étasunienn-e, c’est en veux-tu en voilà ! En ce moment partout, on peut voir la diaspora africaine et afrodescendante noire manifester partout dans le monde son soutien pour les noir-e-s étasunienn-e-s. Que ce soit en Irlande, au Canada, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil, au Burkina Faso, au Nigeria ou encore au Sénégal, la communauté afro se lève pour montrer leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les rues. Quand vous voyez ça, vous vous dites, waouh c’est cool, on est vraiment uni-e-s ! M’enfin…

 

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En voyant cet élan de solidarité partout à travers le monde, on ne peut que constater l’hypervisibilité de la communauté noire étasunienne, de sa culture, de son histoire et de son expérience. Lorsque le #BlackLivesMatter est brandi à travers le monde, on voit bien que ce mouvement ne s’applique pas aux noir-e-s afrodescendant-e-s et encore moins aux africain-e-s noir-e-s du monde entier et pourtant des crimes négrophobes, des tueries ou génocides qui ne touchent que nous à travers le monde cela ne manque pas dans ce monde raciste. Cela traduit malheureusement d’une sorte d’hiérarchie des vies des noir-e-s au niveau global.

Qu’il soit question des crimes négrophobes en masse en quantité semblables voire beaucoup plus importante qu’aux USA, il en existe et pourtant cela ne bénéficie pas de la même ampleur médiatique ou populaire…

Qu’il soit question des génocides négrophobes au Congo, en Ouest Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore au Brésil, aucun ne bénéficie de soutien palpable sur les réseaux sociaux et encore moins dans les rues.

 

Dernièrement encore ici en France, une Erythréenne a été tuée percuter par un poids lourd à Calais (tueries qui arrivent régulièrement là-bas), aussi un jeune comorien a été retrouvé mort dans un commissariat à Marseille, un nigérian s’est aussi fait assassiné en Italie… N’empêche, aucun soutien massif des afrodescendant-e-s et africain-e-s noir-e-s ne s’est fait sentir sur les réseaux sociaux ou dans les rues semblables à ceux prodiguer pour les victimes noir-e-s étasunienn-e-s. Oui, c’est ça l’autre versant de l’hypervisibilité et du privilège des noir-e-s étasunienn-e-s, cela fait que nous nous désintéressons, oublions voire minimisons ce qui se passe chez nous, voire à deux pas de chez nous ou ailleurs en grande quantité au profit de ce qui se passe des kilomètres de chez nous. Peut-on parler de la situation en Mayotte ? De la criminalité et de l’insécurité en Guadeloupe et en Martinique ? De la situation au Nord Mali? En Centrafrique ou au Burundi?  De Cynthia Vechel ou D’Alexander Brengtsson ?

 

On est toutes et tous là à montrer notre soutien pratiquement automatique pour les étasunienn-e-s noir-e-s mais est-ce qu’ils/elles NOUS soutiennent ?? Quand est-ce la dernière fois que l’on a entendu parler de manifestation de soutien de la communauté noire étasunienne pour une autre communauté noire de la diaspora ou pour une communauté africaine ou caribéenne ? Lorsqu’il y avait des crimes contre des Haitienn-e-s en République Dominicaine, lorsqu’il y a eu tueries et viols en Côte d’Ivoire à cause du conflit Gbagbo-Ouattara, lorsqu’il y a eu les révoltes sociales noires aux Pays-Bas et en Suède… Perso, je n’ai pas encore entendu. Ne serait-ce que pour montrer une solidarité sur les réseaux sociaux ? Avec une communauté nigériane aux USA qui se fait de plus en plus grande, on aurait pu penser qu’il y aurait pu y avoir des ponts réalisés entre les deux communautés, surtout avec l’actualité politique actuelle : le groupe terroriste Boko Haram qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Qu’en est-il d’au moins manifester leur soutien aux personnes noir-e-s présent-e-s sur le même continent qu’elles/qu’eux? Au Canada ? Au Venezuela ? Au Brésil ? En Argentine ? Au Mexique ? NO INFO. Je veux pas être méchante mais je questionne seulement.

 

Mais bon, on ne peut pas les blâmer les noir-e-s étasunienn-e-s de « profiter » (consciemment ou non) de leur privilège d’hypervisibilisation pour concentrer la question des crimes négrophobes et de la négrophobie sur elles/eux, n’est-ce pas… Et ainsi de faire croire ou de laisser penser au monde occidentalo-blanc, que la question raciale comme ITélé aime le dire est une problématique étasunienne. Que la négrophobie c’est qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs tout est mieux..

 

Bien que la question soit en réalité globale, il faut se rendre à l’évidence que le #BlackLivesMatter n’a été élaboré QUE les personnes noires aux Etats-Unis. Il n’est nullement élaboré pour nous autres vivant en Afrique, en Europe, aux Antilles, en Asie, en Amérique Latine, en Amérique du Nord (E.U non compris) ou au Moyen-Orient, que celles et ceux qui pensent le contraire cessent le mensonge. En tout cas, à l’instant actuel, ce sont les faits. Il s’agit d’un mouvement se voulant global pourtant en dépit du fait que la négrophobie, elle soit globale, ce mouvement n’est représentatif et bénéfique QUE pour les étasunienn-e-s noir-e-s vu qu’il ne visibilise qu’elles/eux. A aucun moment ce mouvement se sert de son hypervisibilité pour adresser de la condition des noir-e-s ailleurs qu’aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, je n’ai pas l’impression que le message passé est que la vie des noir-e-s comptent mais plutôt la vie des noir-e-s étasunienn-e-s comptent. D’ailleurs, on peut même se poser la question sur le pourquoi du manque d’effort des étasunienn-e-s noir-e-s à monter ce slogan revendicatif contre la négrophobie à l’échelle mondiale ce qui pourrait justement être bénéfique pour l’ensemble des afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais on ne peut pas les blâmer de produire des choses uniquement pour leur communauté, n’est ce pas?

 

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 #UNITEDWEFIGHT, oui mais on s’unit SEULEMENT pour vous ou pour NOUS TOUT-E-S/ TOUS???

 

Élever justement la lutte à une échelle beaucoup plus large ferait perdre un peu (m’enfin c’est ce que j’espère…) l’hypervisibilité des expériences étasuniennes noires à nos yeux pour permettre une mise en avant des expériences noires dans des lieux dont on ne pense pas, comme en Israël, au Pakistan, en Chine, en Irak, en Russie, en Algérie, en Australie…

 

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Je me rappelle avoir vu cette image partagé sur le FB d’Afropunk, à première vue, je me suis dis wow ces personnes ont enfin compris-es qu’il existe d’autres noir-e-s hors E.U, que NOUS AUSSI on compte TOUT-E-S mais NON en faites ce slogan revendicatif est limité aux E.U (dixit: liberal/republican qui met la puce à l’oreille). Puis, il manque le EVERYWHERE à la fin…

 

 

Un #TOUTESLESVIESNOIRESCOMPTENTPARTOUT ou #ALLBLACKLIVESMATTEREVERYWHERE a ainsi à mon avis beaucoup plus d’impact au niveau politique et international. Il permet de NOUS rendre TOUTES/TOUS VISIBLES qui que nous soyons, où que nous nous trouvons. Quel que soit notre religion, notre genre, notre ethnie, notre orientation sexuelle, notre appartenance géographique, notre condition physique, notre condition mentale, notre milieu social, nos origines…

Parce qu’en vrai, nous tout-e-s et tous en tant que noir-e-s avons des vies qui comptent et ce quelque soit l’endroit où nous nous trouvons.

 

 

 

Kel Lam.

 

Les privilèges des hommes noirs: parlons-en!

 

Exclusivement pour la communauté afrodescendante noire, nous pour nous, par nous sans les autres donc pas de comparaisons svp. De plus, les commentaires des autres non noir-e-s ne seront pas répondus pour cet article.

 

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J’ai voulu la représentation d’un groupe d’hommes noirs en contexte français mais Google a fait son négrophobe invisibilisant comme d’habitude. En écrivant « groupe d’hommes noirs » via Google Images, y’avait pratiquement rien ou par ci par là quelques images d’hommes noirs et de colons aux temps des colonies… Comme si il n’y avait pas de groupe d’hommes noirs en France à l’heure actuelle. Bref, j’ai tapé en anglais « group of black men », là le choix était conséquent.

 

 

 

En lisant ce titre, beaucoup se diront mais quelles privilèges ??? Alors qu’en faites, il existe des privilèges dont les hommes noirs disposent, tout comme les hommes de n’importe quel couleur de peau. Même si cela peut paraître paradoxal au vue du système français négrophobe dans lequel on vit, les hommes noirs disposent d’un privilège en tant qu’homme. Pourtant, beaucoup d’hommes noirs oublient, négligent et outrepassent ce privilège bien qu’ils en jouissent au quotidien. Certains réfuteront et diront que cela est impossible du fait de la couleur de peau. Certes, les privilèges dont les hommes noirs disposent ne sont pas aussi conséquent que ceux des hommes blancs voire des autres hommes racisés mais il y en a. Les hommes noirs ont des privilèges et contribuent à la domination consciente ou non des femmes et plus spécifiquement des femmes noires. Malheureusement nombreux sont les hommes noirs qui sont totalement dans le déni quant à leurs privilèges, négligeant ainsi l’oppression –non intentionnelle, je l’espère- qu’ils exercent sur les femmes noires et les autres minorités sexuelles noires. Ainsi, ceux-là tiennent une responsabilité sans même s’en rendre compte dans le système oppressif actuel (qui les oppressent) puisqu’ils y contribuent. Dixit l’adage qu’on connait toutes et tous : l’ennemi de l’homme noir est l’homme noir.

 

D’abord, il advient d’aborder brièvement le terme privilège au regard de la société, il n’est pas forcément à utiliser dans le cadre de l’oppression. On peut trouver des milliards de façon de définir ce qu’est un privilège. Pour ma part, il s’agit surtout avoir un avantage exclusif dans une société donnée à une période donnée du fait des normes édictées par celles-ci, cela peut alors résulter par exemple de notre genre, notre statut social, de notre apparence physique, de notre condition physique, de notre santé mentale, de notre religion, de notre culture, de notre orientation sexuelle, de notre validité… Par exemple, dans une société comme la France, il est plus avantageux d’être un jeune homme noir catholique riche valide et hétérosexuel sans troubles neuropsychologiques qu’être un vieil homme noir pauvre musulman queer ayant une déformation physique. On ne choisit pas d’avoir des privilèges, c’est ce que l’on est. Il en est de même avec la masculinité et le fait d’être homme. Les personnes noires devenu-e-s hommes n’ont pas choisis de l’être et encore moins de bénéficier du privilège de masculinité. Ce privilège de masculinité s’ancre indépendamment de la volonté de ceux qui l’usent. Il est l’avantage dans une société à être un homme. Il existe d’ailleurs dans la sphère francophone que très peu d’articles sur le sujet, malheureusement mais bref.

 

J’avais envie de concentrer cet article sur les privilèges des hommes noirs pour déjà déconstruire cette idée ancrée selon laquelle les privilèges d’hommes ne sont réservés qu’aux hommes blancs. Ensuite, je préfère me concentrer sur les hommes noirs et pas sur les autres hommes racisés parce que tout simplement je suis communautariste (fière de l’être 🙂 ), faut que l’on fasse des textes sur nous pour avancer ensemble.  Aussi parce que le fait que les hommes noirs prennent conscience de leur privilèges, travaillent dessus, peut aider nettement à une amélioration dans les relations (tout domaine confondue) hommes-femmes noires et cela ne peut être que bénéfique pour une meilleure communauté noire française. Puisqu’en vrai de vrai, on a besoin de s’entraider les uns, les autres tout genre confondu.

Les privilèges dont jouissent les hommes noirs traduisent d’une domination inconsciente normalisée et constante en plusieurs domaines. Par exemple, les hommes noirs dominent les institutions religieuses, politiques et culturelles. Sans ajouter que les hommes noirs en France sont les premiers en ligne à propager la mysogynoir (hein, on vous voit sur les réseaux sociaux et le #toutestnoirsaufnosmeuf, non nous n’avons pas oubliées.). Et donc ainsi regrettable de constater une domination envers les femmes noires dans l’abus sexuel, physique, verbal, moral et psychologique.

Il est donc du devoir des concernés de s’interroger sur leurs privilèges, de les déconstruire et d’aider celles qui n’en bénéficient pas voire qui en souffrent. Parce que prendre conscience de ses propres privilèges c’est aussi prendre conscience de la situation des autres et cela aide à la déconstruction d’un système oppressif.

 

Voici donc ci-dessous une courte (un peu longue en faites mais grave intéressante) liste des privilèges que les hommes noirs peuvent avoir. Bien sûr, il existe une diversité d’hommes noirs, les hommes noirs ne sont pas un groupe homogène. L’expérience d’un jeune homme noir athée homosexuel ne peut pas être le même que l’expérience d’un adulte homme noir musulman hétéro. Mais, en dépit de cela il existe des privilèges qui les concernent, tous deux.

 

-Lors des problématiques sociales et/ou politiques, tu n’as pas à choisir ta couleur de peau au détriment de ton genre.

-Quand tu lis des textes concernant l’histoire des Noir-e-s en Europe, aux Amériques, dans les Antilles, en Afrique ou en Asie, tu apprends majoritairement sur les hommes noirs.

-Tu t’es renseigné sur le Mouvement des droits civiques des Africain-e-s-Américain-e-s et du Black Panther Party et la majorité des leaders que tu connais sont des hommes noirs.

– En général, tu es pris beaucoup plus sérieusement en tant qu’une femme noire.

-Tu peux vivre toute ta vie sans lire un livre sur le féminisme noire, le féminisme africain (et le dénigrer).

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux auteures, blogueuses, activistes, militantes afroféministes, womanist et féministes noires afrodescendantes ou africaines.

-Tu peux vivre toute une vie sans t’intéresser à l’Histoire et aux expériences de vie des femmes noires dans la diaspora afro descendante noire ainsi qu’en Afrique ou aux Antilles.

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux problématiques concernant spécifiquement les femmes noires.

-Tu peux faire parti d’un mouvement noir de libération combattant la négrophobie (ou l’idolâtré), qui soit sexiste et mysogynoir et être OK avec ça, comme par exemple les Black Panther où quelqu’un comme Eldrige Cleaver, violeur affirmé et autoproclamé, avait une position dominante dans l’organisation.

Pour info : il violait les femmes blanches et noires. (Vous pouvez trouvez des citations de sa bibliographie écrite par lui même où il prône le viol et sa haine envers les femmes noires, admet qu’il les violait en masse dans les ghettos. Kathleen Cleaver, son ex-femme a parlé ensuite du problème de colorisme et de la fétichisation des femmes claires au sein de l’organisation et de la haine envers les femmes noires-surtout les plus foncées- quand elle quitta le parti). 

 

-Tu te fais plus d’argent qu’une femme noire du même niveau d’éducation et d’occupation que toi.

-Tu as le privilège de définir la beauté des femmes noires selon des standards occidentalo-blancs en ce qui concerne le teint de peau, la texture des cheveux, la forme du corps. Alors qu’en comparaison, les femmes noires te définissent rarement par des standards de beauté occidentalo-blancs en ce qui concerne ton teint, tes cheveux ou encore ton corps.

-En tant qu’homme noir, tu n’as pas à craindre d’être harcelé quotidiennement sur le fait d’avoir des cheveux qui ne correspondent pas à l’image que l’on attend d’un homme noir. Contrairement aux femmes noires, constamment harcelées à cause de leurs choix capillaires (Hann lala tu fais quoi avec les tissages ? Pourquoi tu veux faire la blanche ? Pourquoi t’es pas nappy ? C’est quoi cet afro ? C’est moche… C’est exotique, j’adore…Tu fais vraiment kamite, j’adore… Ta gueule, on fait ce qu’on veut).

-Ton apparence physique ne sera pas le standard ultime qui représentera ta valeur par les membres du sexe opposé.

-Tu peux croire que faire mal à une femme durant le sexe est synonyme de plaisir sans avoir à lui demander.

-Tu as le privilège ne pas être vierge et désiré une femme vierge.

-Quand le sujet du sexe est abordé, si tu dis « NON », il n’y a aucune chance pour ce que cela soit pris pour un « OUI » refoulé. Quand tu dis NON c’est NON.

-Si tu te fais violé, personne te dira « t’aurais dû te protéger.. » ou que ton viol est de TA FAUTE, que cela est dû à ton code vestimentaire, que cela est dû au fait que tu étais tard le soir dehors, que tu fréquentes des lieux qui ne sont pas pour toi.

-Tu peux avoir un humour ou un langage sexiste, mysogynoir OKLM. Ex : pute, noirtes, tourner le prénom Fatou en insulte… Les imitations humoristiques mysogynoir de ta mère, de ta sœur, bref de toutes les filles noires que tu connais, hein les connaisseurs de YouTube, en général ils mettent une perruque, prennent un accent kinf pourri au tempérament toujours énervée avec un comportement caricatural violent, dur et insultant.

-Tu vis dans un milieu où la polygamie est encore une option dans un monde dominé par les hommes mais où la polyandrie n’est même pas considérée, ne serait-ce qu’en option.

-En général, tu préfères être en relation avec des femmes plus jeunes socialement et sexuellement.

-Plus tu auras des partenaires sexuelles que tu sois en couple ou non, plus tu auras de succès auprès de mon entourage masculin.

-Tu as un accès facile à la pornographie qui implique une sphère virtuelle où l’on y trouve des hommes dégradant des femmes, souvent des jeunes femmes.

-Quand tu vas au cinéma ou que tu regardes les films en streaming, tu sais que la plupart des rôles principaux dans les films de noir-e-s sont tenus par des hommes. Tu sais aussi que les héros de films d’actions de noir-e-s sont des hommes.

-Tu peux facilement citer des artistes de rap hip hop masculins puisque ce sont des artistes d’un genre musical dominé par des hommes noirs.

-Tu peux facilement deviner également que la plupart des femmes qui apparaissent dans des clips hip hop sont seulement présentes pour le plaisir des hommes.

-La majorité des paroles hip-hop que tu écoutes ne font que perpétuer les idées de domination masculine sur les femmes que ce soit sexuellement ou socialement.

-Tu peux écouter et utiliser des mots comme putes et salopes qui dégradent les femmes et qui n’ont pas de portée similaire pour le genre masculin.

-La plupart de tes films favoris impliquent des séquences de forces qui n’incluent pas des individus d’autres genres que le mien et souvent basés sur la violence.

-Tu as le privilège de définir le comportement des femmes noires sans toi-même définir et critiquer tes attitudes en tant qu’homme noir.

-Tu as le privilège de penser qu’une femme ne peut pas éduquer un enfant afin qu’il devienne un homme. Non c’est la place du père, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’une femme doit se soumettre à son homme ou qu’elle existe pour assister son homme. Difficile de penser qu’une femme peut être seule, indépendante sans nécessité d’un homme, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’avant l’esclavage, la colonisation et les invasions étrangères en Afrique, les relations de genre dans la communauté noire africaine étaient parfaites.

-Tu as le privilège de penser que l’afroféminisme, le féminisme noir est contre les hommes noirs et surtout vise à la destruction de la communauté afrodescendante noire. #oulouloucoucouleshotep 🙂

-Tu as le privilège de penser que l’échec d’une famille afrodescendante noire est à cause de la mère, qu’elle n’a pas donné une bonne éducation à ses enfants.

-Tu as le privilège de penser que les responsabilités de la maison (comme tâches ménagères et autres) sont des responsabilités de femmes.

-Tu as le privilège de penser que les femmes noires sont différentes sexuellement des autres femmes, et tu les juges de manière négative à cause de cela.

-Au collège ou au lycée ou à l’université, les filles sont cheerleaders pour les athlètes masculins (si si ça existe aussi en France) mais il n’existe pas de rôles similaires pour les hommes, des cheerleaders pour les femmes athlètes.

-Tu peux passer la majeure partie d’une journée à parler de sports, à jouer aux jeux vidéo pendant que les femmes seront occupées à réaliser des tâches ménagères ou à s’occuper des enfants.

-Tu peux passer des heures sans compter à regarder le sport à la télé et considérer que cela est naturel.

-Tu peux toucher, câliner, embrasser ou être émotionnellement expressive avec d’autres hommes durant un match sans que des observateurs y voient un comportement sexuel.

-Tu sais que la plupart des spécialistes sportifs sont des hommes.

-Si tu es entraîneur, tu peux motiver, punir ou embarrasser un joueur en lui disant qu’il joue comme une fille.

-Tu es sur que la plupart des entraîneurs, même dans les sports majoritairement féminins, sont des hommes.

-Tu as le privilège de faire du sport dehors le torse nu sans que cela soit un problème.

-En faites, tu as le privilège de faire tout ce que tu veux à l’intérieur ou à l’extérieur sans avoir ton haut alors que les femmes sont toujours censées se couvrir.

-Tu as le privilège de faire partie d’un monde dans lequel les mutilations et les défigurations des parties génitales du genre féminin sont utilisés pour dénié leurs sensations sexuelles ou protéger leur virginité pour vous.

-Tu as le privilège que le viol ne soit pas utilisé en tant que tactique première, outil pour terroriser ton genre pendant la guerre et les périodes de conflit.Tu ne subiras jamais le féminicide. Ex le féminicide en RDC ou encore les viols de masse en Amérique latine …

-Tu as le privilège de ne pas être capable de nommer une femme présidente en Afrique ou en Asie, que ce soit dans le passé ou le présent, de la même manière que tu le ferais pour les présidents masculins en Afrique et/ou en Asie.

-Tu as le privilège de voyager partout dans le monde et d’avoir constamment accès dans les pays en développement à des femmes de manière sexuelle et sociale.

-Tu as le privilège de faire partie d’un genre qui commence les guerres et qui contrôlent la majorité des armes de guerre et de destruction de masse.

-Tu sais que plus loin tu iras dans les études, plus tu auras du succès avec les femmes. Ce qui n’est pas le cas pour les femmes envers les hommes.

-Lors de ton entrée à l’université, même pendant tes études à l’université, tu as le privilège de ne pas te soucier si tu pourrais être capable de te marier ou non avec une femme noire voire de te marier tout court.

-Tu peux choisir d’être renfermé, introverti et de ne pas communiquer dans une relation (amicale ou amoureuse, quel que soit) et cela sera considéré comme malheureux/dommage mais normal.

-Tu as le privilège de ne pas connaître la définition des mots et des concepts comme patriarchie, phallocentrique, misogynie, hétéronormativité, complicité, womanism, africana womanism, le féminsme noire.

-Ta force en tant qu’homme n’est jamais liée à l’échec de ta famille alors que la force des femmes noires est souvent associée à l’échec de sa famille.

-Si tu envisages le divorce, tu sais que tu auras forcément plus d’options, d’opportunités de mariage et de cohabitation que mon épouse.

-Il y a beaucoup de chances pour que tu sois définie en tant qu’homme bien à cause de choses que tu ne fais pas plutôt que par des choses que tu fais. Si tu ne frappe pas, ne trompe pas, ne mens pas alors tu es considéré comme étant un mec bien. Alors qu’en comparaison, les femmes sont rarement définies comme étant des femmes bien sur des actions qu’elles ne font pas.

-Tu as le privilège de ne pas à avoir à assumer la majeure partie des taches ménagères et des responsabilités parentales.

-Tu as le privilège de ne pas avoir été éduqué avec des responsabilités domestiques comme cuisiner, faire le ménage, faire la lessive, la vaisselle.

-Tu n’as pas à craindre d’être considéré comme étant un traître envers la communauté noire si jamais tu appelles la police contre une femme noire. Par contre, pour une femme noire, l’histoire est tout autre.  

-Tu as le privilège de connaitre des hommes qui sont psychologiquement, physiquement et ou sexuellement abusif envers les femmes et pourtant tu continues de traîner avec eux OKLM et de les appeler voire les considérer comme tes potes, amis, frères.

 

La liste peut continuer et continuer…

 

Je me suis inspirée de la liste de The Black Male Privileges Checklist de Jewel Woods, un auteur universitaire africain américain. J’en ai traduit quelques-uns et introduit d’autres. Bien sûr, la liste des privilèges peut facilement être élargie.

 

Pour avoir accès à celle écrite par Jewel Woods en anglais (en prenant en compte le contexte africain américain différent du notre): ICI.

 

En espérant que cela pourra en inspirer certains… Qu’ils aideront les autres personnes noires qui ne bénéficient pas de leurs privilèges voire qui en souffrent au quotidien pour le bien être de notre communauté.

 

 

Kel Lam.

 

L’inexistence de représentation des couples noirs dans le cinéma français au profit du couple mixte

Parce que les représentations comptent…

**Le titre parle DES couples noirs au profit DU couple mixte parce que j’estime qu’au lieu d’avoir la représentation de la diversité du couple noir, on nous invisibilise en nous représentant par le couple mixte, en général valide et hétérosexuel.

**Aussi en vrai on peut élargir et ne pas se contenter seulement de parler de cinéma français mais de l’espace artistique français en générale. 

Un petit post pour faire écho à la fin de l’article précédent « C’est quoi ton type ? » où je parlais des personnes racisées qui privilégient d’autres racisées ou des personnes de même couleur qu’elles dans les relations amoureuses. J’en suis venue à me questionner sur la représentation de ces couples racisés sur le grand écran français. Pour enfin arriver à la conclusion que notre chère société française prône excessivement les couples mixtes: un-e blanc-he avec un-e racisé-e. Mais en tant que noire, je me suis surtout concentrée sur les noir-e-s, c’est pour cela que le post concerne l’inexistence de représentation des couples noirs. Cependant, il faut admettre que la représentation de l’ensemble des couples racisés dans le cinéma français est catastrophique.

Regardant de temps en temps les films français, j’ai fais le constat que quelque soit la représentation cinématographique française du couple, les couples noirs (j’entends par là tous les types de couples noirs-de tout genre, classe, valide ou non, etc-) n’y figurent jamais. Rare sont les fois où ils sont exposés de manière non discriminatoire, sans clichés, dans un cadre non humoristique, et surtout les MONTRANT HEUREUX ENSEMBLE. Or LES REPRÉSENTATIONS COMPTENT!!

 

 

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Thomas Ngijol et Claudia Tagbo dans « Le Crocodile du Bostwanga »

 

 

Souvent dans le cinéma français, pour montrer un-e noir-e en couple, on va surtout nous montrer un-e noir-e en couple avec un blanc-he, avec un message subliminal mais à peine caché que le couple mixte et le métissage sont la solution au racisme et que ce sont des facteurs qui montrent que tout le monde vit heureux dans le plus beau des mondes.

SPOILER ALERT : C’est faux !

 

 

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LES POUPÉES RUSSES, Romain Duris, Aissa Maiga, 2005, (c) IFC Films

 

 

 

 

 

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Aissa Maiga et Max Boublil dans « Prêt à tout »

 

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Thomas Ngijol et Karole Rocher dans « Fastlife »
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Louis Denis Lion et Audrey Lamy dans la série « Scènes de Ménages ». Bon, il ne s’agit pas d’un film mais ce couple a une telle popularité que j’ai pas pu résisté… A quand un couple NOIR dans « Scènes de ménages »?
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Omar Sy et Charlotte Gainsbourg dans « Samba »

 

Ce ne sont que des exemples parmi d’autres, mais bien évidemment, il y en a sûrement d’autres. Et comme souvent, les hommes noirs sont beaucoup plus à l’affiche que les femmes noires. Mais surtout, les rôles joués par les actrices/acteurs noir-e-s sont malheureusement souvent stéréotypés.

 

Pour revenir à mon spoiler alert, on sait très bien que c’est faux. Ce n’est pas parce que les racisé-e-s se mettent en couple avec des blanc-he-s que cela veut dire que le racisme est terminé. Prenons l’exemple du Brésil, apparemment le pays le plus métissé du monde, la négrophobie et la mysoginoir y bat des records et pourtant il existe une population métisse et noire importante. Petite digression, voici une petite occasion pour rappeler que ce n’est pas parce que vous êtes blanc-he-s et que vous couchez avec un-e noir-e (ou un-e racisé-e) que cela veut dire que vous n’êtes pas ou plus (MDR…) racisteoui parce que cela ne se passe pas comme une vaccination guérisseuse instantanée d’une maladieou que le racisme n’existe plus dans le monde entier.

 

Les couples noirs n’ont pas de représentation dans le paysage cinématographique français. D’ailleurs on pourrait élargir à la représentation en général dans la société comme je l’ai dis un peu plus tôt, représentation qui est elle assez mauvaise. Par exemple, lorsqu’un couple hétérosexuel noir et valide (parce que oui, vu l’hétéronormativité, le validisme et la négrophobie actuelle, les noir-e-s non hétéro, non valide sont carrément invisibles pour ce qui est de la représentation générale) est représenté dans les publicités, c’est souvent dans le cadre de la prévention du SIDA. Comme celle-ci datant de l’an dernier:

 

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Campagne de sensibilisation pour le dépistage du VIH SIDA (d’ailleurs là comme par hasard, on choisit bien des noir-e-s au teint plus foncés, traits négroïdes prononcés avec en plus coiffure afro, cheveux crépus et locksés… Oui, là on a le droit à notre représentation)

 

 

Il n’existe pas (voire trop rarement puisque je ne connais pas l’ensemble des films français) de couples noirs à l’écran français heureux qui donnent envie de rêver. Et je ne parle même pas de rôles principaux, même en tant que rôles secondaires ou de figurations, on est très souvent déçu-e-s. Je trouve dommageable qu’en tant que français-e-s, qu’à chaque fois que l’on ait besoin d’avoir une représentation des couples noirs, que l’on soit constamment obligé de devoir se tourner vers le monde anglophone ou vers le cinéma africain, caribéen voire sud-américain.

N’existe-il pas des couples noirs en France? Pourquoi cette forte invisibilisation de l’amour entre deux personnes noires à l’écran? Cela pose t-il un problème au cinéma français d’avoir à l’écran deux personnes noires amoureuses l’une de l’autre? Les couples noirs font-ils peur, sérieusement?  A quand un film ou une série avec un couple noir heureux, amoureux sans clichés, sans stéréotypes, ni discriminations? Ou même si les personnages ne sont pas forcément amoureux, au moins qu’on nous montre plus de représentativité des relations amoureuses entre noir-e-s en France avec tout ce qui a de diversité sociale, économique, de genre, de culture…

Nous aussi, nous avons bien droit à nos histoires d’amour à l’écran, non? Pourquoi n’existe-t-il toujours pas de films français romantiques (comme Jeux d’Enfants ou encore Amour & Turbulences) avec un couple noir en tête d’affiche ? Nous aussi on mérite des films français comme Love & Basketball ou Love Jones.

Bref, on mérite nos représentations amoureuses mais nous ne l’avons pas. Il serait donc temps de créer nos propres espaces, avec nos propres films, séries, web-séries par nous et pour nous. Parce qu’à allure où va notre société, si l’on prend pas les choses en main, la situation ne peut qu’empirer ou se déboucher hyper lentement (dixit attendre un ou deux siècles pour la sortie d’un film représentant un casting majoritairement noir avec une belle histoire d’amour comme script). On va pas attendre qu’on nous normalise pour avoir une visibilité dans cette société conservatrice française pour que les choses bougent.

Alors n’hésitez pas !! Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous êtes en couple, inondez les réseaux sociaux, rendez-vous visibles! Partout, sur Instagram, Twitter, Facebook… Si vous êtes célibataires, prenez les autres couples afro en photo et patientez, ne soyez pas rabat-joie, votre tour arrivera un jour… (Mdr, petite blague deuspi…). Non la vie ne se limite à être en couple, même en tant que célibataire, inondez les réseaux sociaux par votre beauté et celles de vos ami-e-s, votre famille, vos proches. 

Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous avez toujours hésitez à vous lancer dans la cinématographie ou la photographie, lancez-vous, n’ayez pas peur! On a besoin de votre talent pour nous montrer de beaux couples noirs en photo ou en vidéo. On a besoin de noir-e-s issu-e-s de la communauté pour une représentation juste, avoir quelque chose qui nous ressemble et auquel on peut s’identifier. N’hésitez plus à faire des films courts, des séries, des podcasts pour nous donner un peu plus de représentation! Que ce soit réalisé avec un téléphone portable, un appareil photo ou une caméra, bas de gamme ou haut de gamme, n’ayez pas honte et lancez-vous! N’oubliez pas, une contribution, même petite, reste une contribution et cela compte!

 

Sinon, si certain-e-s d’entre vous connaissent déjà des productions qui ont été réalisées-même petite- sur ce thème, veuillez faire tourner pour que l’on puisse aussi faire tourner! 🙂

 

 

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Photo d’un couple noir trouvé au hasard sur Google Image. Pour info, j’ai dû taper « black couple in love » pour trouver de belles photos de couples noirs amoureux. Parce qu’en français, « couple noir amoureux », ça n’existe pas. Juste pour vous montrer à quel point la situation en France est désastreuse…

 

 

Kel Lam.

 

L’écho des Sistas

 

 

Petit post spécial pour la communauté afrodescendante

 

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Image prise du Facebook de l’Echo des Sistas

 

 

L’Echo des Sistas est un nouveau Tumblr dont j’apprécie énormément l’initiative et de ce fait j’ai décidé de vous le faire partager. Il s’agit d’un Tumblr crée pour les afrodescendant.e.s s’identifiant comme tel.l.e.s. Ce Tumblr n’est pas fait pour les hommes cis. L’Echo des Sistas a pour vocation d’être un espace safe pour les afrodescentant-e-s où ils/elles peuvent écrire leurs échos, leurs pensées, leurs confessions…

 

Etant à peu près sur le même concept que le Tumblr Black Women Confessions, l’Echo des Sistas est une innovation dans l’espace francophone à mon avis. Je n’ai personnellement toujours pas perçu de blog ou d’espace francophone qui permettait de libérer nos paroles. Pour moi, cela est surtout innovant dans le sens où il s’agit d’un espace safe. Il permet ainsi aux afrodescent-e-s d’avoir une plateforme où ils/elles peuvent s’exprimer sans honte, sans peur. On peut ainsi prendre la parole, nous livrer ANONYMEMENT  sur nos expériences, sur nos oppressions, nos sentiments, nos questionnements, nos échecs, nos joies, nos réussites, nos pertes, nos angoissses et notre quotidien. Que ce soit du positif ou du négatif, tout est permis sauf si l’écho est « insultant/haineux, transphobe, misogynoiriste, queerphobe, acephobe(ace pour asexuel.le/aromantique), grossophobe, sexiste(dont slut-shaming), raciste, islamophobe, validiste(physique, psychique & mentale »*.

Bref, une initiative à suivre et à partager!

 

 

Donc les Afrodescendant-e-s, à vos claviers et surtout n’hésitez pas à le faire partager à d’autres sistas.

L’Echo des Sistas sur FACEBOOK TUMBLR 

 

 

*Texte en italique pris du Tumblr de l’Echo des Sistas 

 

 

Kel Lam

 

C’est quoi ton type?

Parlons apparences, physique et relations. Je ne vais pas m’attarder à parler « amour » dans ce post, puisque soyons fran-ch-es, lorsque l’on parle amour logiquement on n’évoque pas le physique alors qu’ici c’est principalement ce que je vais faire en parlant de « type ». Ce que j’entends par type est l’apparence physique.

Nous sommes actuellement dans une société française dans laquelle le paraître compte énormément et où nous sommes souvent défini-e-s malgré nous (surtout nous les racisé-e-s) par des stéréotypes -souvent- discriminatoires du fait de notre apparence. Nous nous trouvons dans une société qui nous apprend à avoir un-e compagne/ compagnon avec un certain physique. Elle nous impose des règles de perception physique à suivre.  Ainsi seront jugés les formes, les courbes, les traits, la chevelure et sa texture, la couleur de peau et son teint (régulier ou non, hyperpigmenté ou non etc), la couleur des yeux, le corps non valide et bien d’autres caractéristiques physiques. Elle nous apprend qu’est ce qui est acceptable chez l’autre (et chez NOUS aussi) et ce qui ne l’est pas. On se concentrera alors dans ce post sur l’apparence physique et de son influence dans les relations amoureuses et sexuelles. Puisqu’en effet, sous la question « C’est quoi ton type ? » se cache l’expression décomplexée et normalisée du racisme, du colorisme et du privilège blanc.

Bien que montrant le racisme normalisé de la société française, cette question est courante et populaire. Une grande partie de la population française tend à avoir un type. Traduisez une grande partie de la population française a une perception discriminante (raciste, sexiste, validiste…) des physiques.

C’est quoi ton type ? AUCUN. Ça devrait être votre réponse spontanée, non construite incluant tout-e-s les racisé-e-s et les blanc-h-e-s à cette question.  Normalement, si vous avez un minimum de conscience sociale et que vous n’êtes pas raciste (ou raciste avec vous-même pour les racisé-e-s-, si vous ne comprenez pas, vous allez saisir d’ici la fin du texte), VOUS N’AVEZ PAS DE TYPE PRECONCU. Vous n’avez même pas idée à ce qu’elle/qu’il peut bien ressembler avant de l’avoir rencontré.

Avoir un type c’est avoir une image construite, un idéal forcément issu de la société de la suprématie blanche. En général, le physique type parfait est le suivant : blanc-he , brun-e, blond-e, un corps valide (jamais ouvertement mentionné puisque sous-entendu sans complexe), légèrement musclé pour le genre masculin ou avec des formes légères pour le genre féminin , yeux marrons, bleus ou vert, cheveux lisses ou au pire –légèrement -bouclés. Là je suis sure que nous avons tous des images de ce type qui défilent dans notre cerveau. Mais on ne va pas se limiter à cela, on va aller plus loin. Puisque la suprématie blanche a mis en place des standards de beauté occidentalo-blanches, en découle alors le colorisme, le racisme et tout ce qui s’en suit.

 

Du coup, avoir à tout prix un type relève aussi de la fétichisation, du complexe en plus du racisme. Pourquoi ?

 

                 De la fétichisation : C’est lorsqu’une personne est attirée par vous seulement à cause de votre couleur de peau et des stéréotypes racistes qui en découlent. La notion de fétichisation est donc très large. Elle ne concerne pas seulement l’aspect sexuel mais je choisis personnellement de mettre l’accent dessus ici puisqu’il est en rapport avec le post. Alors qu’est ce qu’est la chosification sexuelle d’une personne racisée ? Vous ne la trouvez pas belle (bien qu’elle le soit), vous ne lui trouvez rien d’exceptionnelle. Seulement, du fait de sa couleur de peau qui n’est pas blanc-h-e, vous la trouvez exotique, vous l’hypersexualisez, vous fantasmez sexuellement sur son corps, sur ce qu’elle représente, ce qu’elle va vous apporter sexuellement. Vous en faites votre chose sexuelle dans votre imaginaire et pas que, aussi dans le réel. Vous voyez la personne racisée en face de vous, non comme votre semblable, un être humain mais comme l’autre, comme un corps étranger non humain, un outil sexuellement excitant. Par exemple, il existe une forte fétichisation des hommes et femmes noir-e-s. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des préjugés sur le sexe des hommes noirs ? Ou sur l’extravagance de la  sexualité des femmes noires au lit ?

 

 

                Du complexe : Qu’est-ce que j’entends par là ? Une personne racisée complexée du fait de sa couleur de peau et de ce qu’elle représente dans la société, ici française. Du coup, dans ce cas-là, il faut que mon autre (tout sauf ce que je suis) puisse compenser mon manque, me sauver, et sauver ma progéniture- par extension-, exemple en ayant un enfant métis. Avoir un enfant métis à tout prix dans ce cadre complexé est le reflet d’une fétichisation de l’enfant métisse (en général, enfant métissé blanc-he et racisé), vu par certaines personnes comme une réussite sociale. En gros, c’est « Je me déteste donc je déteste mon autre, mon semblable, qui est de la même couleur que moi », c’est ce que j’entends par être racisme envers soi-même, c’est le racisme intégré. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, voici un exemple. Les hommes noirs et femmes noires qui disent constamment : NON, NON je ne sors pas avec des noir-e-s. Oui, c’est parce que souvent ils se détestent eux-mêmes, s’ils pouvaient changer de couleur, ils le feraient. Ce sont des personnes complexées, souvent remplis d’énormes préjugés et stéréotypes sur leurs semblables noir-e-s provenant de l’image dégradante donné par la société.

 

                Du racisme : Tout d’abord, je pense à toutes les blanches et tous les blancs qui ne se posent jamais de question dans leurs choix amoureux et sexuelles, pour qui leur moitié, c’est eux/elles dans l’autre. En gros, leurs choix sont QUE et SEULEMENT des personnes blanches, ce sont souvent des personnes type physique comme décrit précédemment. Pourtant, personne ne se pose de questions sur le pourquoi de leurs choix et encore moins eux-mêmes. Oui, vous connaissez une personne blanche comme ça, c’est assez commun. A la question pourquoi est-ce que tu ne sors qu’avec des blanc-hes ? Ils ne sauront pas quoi vous répondre, ils balbutieront. Cela parce qu’ils ne se posent pas de question puisqu’ils sont blanc-h-es, c’est le privilège blanc, les standards de beauté sont occidentalo-blancs donc en gros même si ils sont conscient-e-s de tout cela, certain-e-s préfèreront rester dans la norme. Sauf bien sûr, si c’est pour s’amuser de temps en temps, pourquoi pas essayer, hein ? Chosifier et fétichiser de temps en temps. Tu connais ces phrases racistes à la con : Je ne sais pas, c’est comment un-e noir-e au lit? Je veux bien essayer.

 

Bref, ensuite, on a les stéréotypes racistes qui empêchent les individus racisés d’interagir émotionnellement ou sexuellement entre eux. Vous connaissez ou pas ? Afin de ne pas reproduire la violence des propos, je ne les écrierais pas si dessous. Mais partout sur les réseaux sociaux et même dans la vie quotidienne, on entend souvent des stéréotypes racistes (mysoginoir, négrophobie, arabophobie, asiaphobie..) sur les racisé-e-s en ce qui concerne les relations amoureuses et sexuelles. Comme vous le remarquez, je précise bien les stéréotypes raciste sur les racisé-e-s car il n’y en a pas sur les blanc-h-es parce que le racisme anti-blanc n’existe pas. Juste une petite piqûre de rappel.

Du coup, à cause de ce genre de stéréotypes que les gens ont, certaines personnes racisées sélectionnent de par la couleur de peau avec qui choisir ou n’approchent que des personnes de la même couleur de peau qu’elles. On l’a vu tout à l’heure pour les blanc-h-es, que la raison était le privilège blanc qui les aveuglaient. Mais dans le cas des racisé-e-s ?

OUI, il existe des racisé-e-s qui ne choisissent de sortir qu’avec des personnes de la même couleur de peau qu’eux/qu’elles et NON, ce n’est pas du racisme. Par exemple, je suis un homme pro-noir vivant en France, conscient socialement, je ne regarde que la couleur de peau lorsque j’approche une personne que ce soit pour une relation amoureuse ou seulement sexuelle. Je ne veux sortir qu’avec des noir-e-s comme moi, parce que mon choix est social et/ou politique, il n’est plus personnel. Je ne sors pas avec parce que je l’aime (mais avec le temps, on ne sait jamais, hein!) ou parce que la personne m’attire émotionnellement mais parce qu’elle est noire (avec le bonus du physique en général qui passe crème). Je suis dans l’optique de rechercher la personne qui me ressemble le plus, pas seulement par rapport à la couleur de peau mais aussi parfois au niveau de la conscientisation, une personne qui soit en accord avec ma vision de déconstruction de suprématie blanche. J’agis ainsi en tant qu’outil humain, je me sacrifie en mettant de côté mes émotions. Je ne m’intéresse qu’aux noir-e-s aussi car je vis dans la psychose de l’extinction du peuple noir dont je ne veux pas être complice. Cet exemple peut sembler exagérer mais à peine, il est tiré de vraies conversations que j’ai eue à avoir avec diverses personnes noires.

Personnellement, je trouve dommageable le fait de se focaliser sur la couleur de peau en premier lieu. De parler de sacrifice, de ne pas s’ouvrir sentimentalement, de faire comme si le mot « aimer » ne faisait pas partir de votre vocabulaire. Nous ne sommes pas des machines. Vous avez des sentiments, exprimez les. Cessez de d’agir comme des robots, si vous le faites, vous êtes des humain-e-s aussi. Juste une piqûre de rappel. L’amour, le ressenti, les sentiments c’est aussi pour les racisé-e-s.

Et si par exemple, vous êtes noir-e et que vous aimez un-e arabe ou un-e asiatique? Vous préférez faire semblant, vous mettre absolument avec un-e noir-e, juste pour la cause? Pour faire bien? Pour montrer que vous n’êtes pas un-e traître et que vous êtes une personne intègre? Vous savez, ce n’est pas votre partenaire qui définit votre niveau d’intégrité dans votre cause contre la négrophobie, plusieurs personnalités nous l’ont démontré avant nous : Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Alice Walker, Lorraine Hansberry…

 

Cependant, il est compréhensible pour moi que certain-e-s racisé-e-s privilégient les racisé-es ou alors leurs semblables elles/ils ne veulent pas à avoir à souffrir de racisme, fétichisation, de chosification et autre. Là dessus, dans ce cas là, je n’ai rien à redire.

 

La prochaine fois que vous serez attiré-e physiquement par une personne, posez-vous sincèrement la question, pourquoi cette personne vous attire-t-elle ?

 

Kel Lam

Afropéen-ne ?!

« Afropéen-ne »! C’est le mot du moment. Il ne cesse de prendre de l’ampleur depuis quelques années sur internet. Il commence à prendre une certaine place dans le domaine public. Cette année a eu lieu en Février la première rencontre « Afropéenne » à Paris au Carreau du Temple dans le cadre du festival AfricaParis.

Des articles ont tentés d’élaborer des définitions de ce terme. Ceux de Libération et de Culture Kamite m’ont particulièrement interpellée sur le sujet. En effet, je trouve que les définitions proposées sont loin d’être satisfaisante.

Tout d’abord, celui de Libération . Le contenu reprenant ce qui trame sur la blogosphère n’a pas vraiment d’intérêt mais la définition faite de l’ «Afropéen-ne», si. Vous pouvez consultez l’article ici : http://www.liberation.fr/debats/2015/04/09/afropeen-adj-qualifie-le-fait-d-etre-noir-et-ne-en-europe_1237052 . Il considère «Afropéen» comme un adjectif, au masculin, désignant « un Noir né en Europe ». Noir né en Europe ? Donc la noirceur d’un individu définit obligatoirement son identité? Je suis noir donc je suis Africain ? Donc si je suis Blanche, je suis forcément Européenne ? C’est vrai, j’oubliais des africaines blanches, cela n’existe pas (hein). Déconstruisons ces stéréotypes. La couleur de peau ne définit pas une identité et « l’origine » dans une moindre mesure (le berceau de l’Humanité est l’Afrique pourtant personne ne renvoie un Européen blanc à ses origines africaines, non ? Parce que l’Afrique est assimilée à la couleur noire, les Noir-e-s seront toujours renvoyés à leurs origines africaines contrairement aux Asiatiques, aux Européens…). Une définition très réductrice réalisée qui omet bon nombre d’individus. J’ai alors une pensée particulière pour les Maghrébins, Maghrébines et autres individus non Noir d’origine africaine né en Europe. Mais aussi une pensée pour les Africains vivants en Europe ayant adopté la culture européenne. Et pour finir pensée aussi aux FEMMES NoirES, invisible dans cette définition. On a beau dire qu’à travers la majuscule ajoutée aux mots tels que « Homme », « Noir » la femme est représentée. Je ne le pense pas. Je doute d’ailleurs qu’un homme puisse se sentir représenté à travers la majuscule ajoutée au mot « Femme » ou « Noire » (avec la marque du féminin). Bref, on est en 2015, les représentations comptent, faisons-y attention.

Plusieurs articles (majoritairement) afrocentristes ont élaborés un discours sévère de « l’Afropéanisme« . L’article publié sur le site Culture Kamite est le plus conséquent (et revêt ainsi plus d’intérêt au niveau de l’argumentaire proposé). Il propose une définition sans précédent. Il insulte fermement le terme et ceux qui s’en revendiquent. Déclarant ainsi que «Pour se démarquer de leurs congénères et échapper au mépris, de nombreux Africains vivant dans l’Hexagone se désafricanisent en se faisant appeler Afropéens, une identité artificielle reconnue nulle part. Sourire forcé aux lèvres, ils applaudissent des négrophobes patentés dans l’optique d’obtenir un strapotin». Il ne s’agit pas d’une blague. Vous pouvez le lire ici pour les intéressé-e-s: http://culture-kamite.com/a-force-de-sabreuver-a-la-television-les-afropeens-se-sont-vulnerabilises-ils-succombent-facilement-au-poison/. Les «Afropéen-e-s» seraient alors des personnes « naïves, vulnérables, dociles, complexés, aliénés » dont le seul sujet de conversation (favori du moins) est l’intégration.

La question de l’intégration soulevé ici est pertinente. Il est critiqué le fait pour un-e afrodescendant-e d’aborder le sujet de l’intégration puisqu’il/elle serait de fait entièrement africain-e. Pour contredire cet argumentaire (ou du moins le nuancer), j’invite les intéressé-e-s à porter leur attention sur l’itinéraire de vie de Maryse Condé, qui peut correspondre à bon nombre de français-e-s (ou simplement) afrodescendant-e-s vivant en Europe. En effet, Maryse Condé à son arrivée en France ne parvient pas à se fondre dans la société. En quête d’identité, elle se rendra en Afrique ce qui lui semble logique puisqu’elle considère que ce sont ses origines. Elle pense ainsi résoudre ses interrogations identitaires. Mais arrivée en Afrique, elle est totalement déconnectée de la vie, des cultures et de la vision de la femme qu’ont les Africains. Elle ne peut donc pas s’affirmer Africaine (du moins totalement). Vous pouvez visionner l’intégralité de cette question abordée par Maryse Condé dans le documentaire que je vous ai recommandé plus bas.

Alors, n’ayons pas peur de le dire. Ce n’est pas parce que vos origines sont africaines, que vous êtes forcément présentement (entièrement) africain. Comme je l’ai écrit précédemment, le/la Noir-e est visiblement considéré-e comme Africain-e. Alors que le/la Blanc-he malgré que ses ancêtres soient aussi des Africains ne sera jamais renvoyé à ses origines comme faisant partie intégrante de son identité présente. Je prends en exemple (mais c’en est un parmi tant d’autres), le/la Noir-e qui est en France depuis plusieurs générations en France et qui n’a strictement aucun lien avec l’Afrique. Pour elle/lui, l’Afrique lui semble loin. Cependant, malgré qu’il/elle n’ait aucune attache africaine, en raison de sa couleur de peau, la société lui rappellera sans cesse son « africanité« .


Qu’en penser? 

« Afropéen-e », est un mot valise entre africain et européen intéressant en ce qu’il acte le métissage culturel existant entre l’Afrique, l’Europe voire les Caraïbes. Je ne cesse de le mettre entre guillemets. Et pour cause, on peut s’interroger sur le « pourquoi » d’un mot valise, non ? Pourquoi l’expression africaine-européenne n’est pas plutôt restée ? Est-ce un effet d’américanisation ?

Il est d’usage contemporain d’employer l’expression « africain-e-américain-e» et non « afro-américain-e » lorsque l’on veut parler des noir-e-s américain-e-s. En effet, depuis des années l’expression « afro américain-e » a été largement critiquée par des intellectuelles et militant-e-s noir-e-s américains, car selon eux cette expression tend à minimiser l’héritage et l’identité africaine au profit de l’identité américaine. Avec le terme « Afropéen-e », on fonce tout droit vers la même problématique future, non ? On peut aussi s’interroger sur le fait que cette appellation tend à minimiser l’héritage et l’identité africaine ? On pourrait aussi se demander pourquoi pas un terme tel « Eurafricain-e » plutôt que qu’«Afropéen-e» ? Peut-être qu’après tout le terme « Afro- », forme atrophié d’africain, révèle bien la déportation, l’arrachement (aux origines) ou l’émigration d’un peuple ou bien la forme nouvelle d’une culture qui puise ses origines en Afrique… On peut aussi se demander qui qualifie qui ? Et par rapport à quoi? Les termes sans cesse attribués aux « Noir-e-s » comme « Afropéen », « Afro pessimiste » (ou optimiste d’ailleurs), « Afro-muppie » ne démontrent-elles pas la depersonnalisation des individus? De ces « Noir-e-s » qui sont avant tout des personnes. Personne ne songe à nommer le blanc d’ « Euro pessimiste », d’ « Euro muppie », d' »Europolitain »… On peut alors se demander si ce ne serait pas une énième qualification du/de la Noir-e par rapport au Blanc-h-e (la norme). La perpétuelle construction du/de la Noir-e par rapport au/à la blanc-h-e.

L’ « Afropéanisme » aborde avant tout une question complexe et individuelle : la question identitaire. De tout temps, il y a eu des Africains qui habitaient en Europe. Quelles que soit les périodes, cela existait déjà depuis des siècles donc pourquoi ressentir aujourd’hui le besoin de nommer un phénomène qui se produisait déjà ? Problème identitaire? Problème d’exclusion ? Problème sociétal ? Problème contextuel? Ou bien l’expérience singulière d’un vécu en tant que racisé-e dans un monde majoritairement blanc ? L’expérience du racisé-e peut être collective et partagé, mais l’identité l’est-elle ?

L’identité est aujourd’hui propre à chacun/chacune. Elle est individuelle. Historiquement, l’identité a été un moyen pour l’Etat (dans le cas spécifique français) d’effectuer un contrôle sur les individus. De marquer les individus qui ne se fondent pas dans la société homogène (blanche) pour pouvoir les identifier et les gérer spécifiquement. Comme le sociologue Kauffman le dit, la question qui se pose n’est pas « qui suis-je ? » mais « qui est qui ? ». Ainsi en France, les questions posés sont: Qui est français, qui n’est pas français ? Interprétable en : Qui est donc légitime à rester sur le territoire et qui ne l’est pas ? Avec ces questions, la figure de « l’immigré-e » et des français-e-s non blanc-h-e-s (« pas de souches » comme dirait certains) viennent directement à l’esprit des personnes instrumentalisées, aliénées ou bénéficiaire du système. Ainsi, l’identité telle qu’elle nous est présenté aujourd’hui vise toujours à exclure.

La construction identitaire est et a toujours été une question de socialisation. L’individu est construit par la société globale et locale, c’est la société qui forme et transforme les individus. Il est ensuite difficile à l’âge adulte de déconstruire cette socialisation (surtout en ce qui concerne le genre). Nous nous construisons tous individuellement par rapport à notre environnement social puis à notre histoire de vie.

Pourquoi je parle de cela ? Parce que s’identifier, se définir c’est se construire et se donner une perspective de vie (future).

Exemple : si je suis née en France, à Paris, dans un milieu dit « populaire » et que je me considère Africaine, qu’en parallèle je développe à l’extrême ma culture africaine, que je multiplie mes séjours dans mon pays d’origine et que je ne sens aucune appartenance à la nation française (pour raisons X ou Y, souvent la discrimination raciale, l’exclusion ou tout simplement l’amour du pays d’origine), de fait je ne me vois pas avoir un futur en France. J’aspire seulement à un « retour aux origines », au « Bled », à mon pays d’origine. C’est caricatural, mais c’est pour la compréhension du propos.

L’identité oriente la vie des individus. Elle aide à se construire et à se projeter dans un avenir. En cela le terme « Afropéen-e » est intéressant puisqu’il permet de donner à l’individu racisé-e (qui le souhaite et/ou qui en a besoin) une perspective de vie (et identitaire) dans une Europe encore trop ancrée dans sa blancheur. Le racisé-e étant un individu invisible dans les sociétés européennes. Il permet en un sens de valoriser culturellement l’appartenance à deux cultures. Certaines personnes qui ont du mal à se positionner face à leurs identités africaines et européennes (en concurrence ?) trouvent un certain confort, un bien être avec le terme « Afropéen-e ». C’est un fait, le mot « Afropéen-e » est un terme légitime. Cependant ne nous emballons pas. Méfions-nous des étiquettes. Comprenons les sceptiques (la peur d’être enfermé-e dans une nouvelle catégorie identitaire non choisie). Bien souvent, lorsque les étiquettes sont institutionnalisés, elles se retournent contre le dominé. Ne serait-ce pas une énième dénomination pour se démarquer de la société européenne, française? Ou au contraire une dénomination permettant de favoriser l’intégration? Il serait ainsi peut être judicieux de ne pas s’enfermer totalement dans l’identité afropéenne. Non ?

D’ailleurs, n’avons-nous pas des identités plurielles ?

Nous nous trouvons dans une époque où il est «obligatoire» d’être conforme. Obligatoire de se positionner. De montrer que l’on rentre dans une identité unique. Ceux qui ne rentrent pas dans une identité spécifique sont souvent mal perçus.

L’identité est multiforme, complexe, temporelle, construite et donnée. Nous avons de fait plusieurs appartenances. L’identité est à la fois sociale, génétique, sexuelle, biologique, politique, religieuse, culturelle, psychologique, ethnique…Nous pouvons alors nous définir comme française, maltais, hétérosexuelle, nigériane, transsexuelle, queer, africaine, républicaine, lesbienne, ouvrière, femme, homme, noire, arabe, chrétienne, juive, socialiste, musulmane, asiatique, mandingue, berbère, libérale, basaa, bouddhiste, conservatrice, homosexuel, bambara, métisse, bretonne, européenne, wenzhou… Vous me suivez ? Il existe une multiplicité d’identité (libre à chacun de les hiérarchiser ou non), explorons les toutes. La diversité, c’est la richesse !


Remarque 

Dans des sociétés majoritairement blanches, les personnes de couleur noire sont sans cesse en quête (d’une nouvelle ?) identité. Elles sont toujours en train de se réinventer ou de subir une dénomination identitaire venue de l’extérieure (voire de ses semblables, racisme intériorisé quand tu nous tiens !) en fonction du pays «blanc» elles se trouvent. Ainsi, en France (parmi ceux qui me viennent directement à l’esprit) on retrouve ces mots là : nègre, renoi, négresse, esclave, niafou, fatou, mamadou, bounty, noire, afropolitain, noir, afropéenne, black, négro, karlouche… (Vous en avez d’autres en tête ?)

L’idée principale est donc qu’il faut faire attention à ce que le terme d’ « Afropéen-e » ne devienne pas un moyen d’asservissement (d’exclusion aussi ?) ou d’aliénation à notre encontre dans une société qui nous est déjà assez difficile en tant que racisé-e. Mais l’intérêt serait aussi de comprendre à l’envers pourquoi est-ce que ce terme à émerger.

L’emploi d’ «Afropéen-e » n’est-il pas en réalité la démonstration explicite de la difficile intégration du racisé-e (ou plus particulièrement du/de la Noir-e puisque ce sont eux les principaux visés dans les articles et ils le seront dans les articles futures) dans une société majoritairement blanche ? Ne pose-t-elle pas le problème du racisme au sein même de ce qu’être Français/Française ? De la question du synonyme entre français et blancheur et la difficulté pour cette société d’assimiler les racisé-e-s en tant que français ? Et n’est-elle pas une stigmatisation en devenir? Une dénomination qui visera à l’exclusion ? Ou bien à l’inclusion de ce groupe qui se revendique comme tel?

A votre avis ?

La Réflexion s’impose.


Pour approfondir (les intéressés et intéressées) :

Bien sûr, d’autres textes (ou documentaire) conviennent au sujet mais ceux là illustre la réflexion proposée dans cet article.

Autour de la « question identitaire noir » en France :

Noirs, l’identité au cœur de la question noire réalisé par Arnaud Ngatcha : documentaire d’à peu près une heure très intéressant à visionner (ou re-visionner) attentivement. Il est en plusieurs parties sur Dailymotion.

Autour de la question identitaire :

Kaufmann Jean-Claude,« L’identité », in Joyce Ain , Identités, ERES « Hors collection », 2009 p. 55-63. DOI : 10.3917/eres.ain.2009.01.0055

Pape Virginie,« Identités plurielles ou l’Odyssée de notre Vie », in Joyce A , Identités, ERES « Hors collection », 2009 p. 65-78. DOI : 10.3917/eres.ain.2009.01.0065 : lire surtout jusqu’à la page 72, la partie domaine animalier pour les courageux est tout aussi intéressante

Kel lam.

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