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Cela faisait un moment que je voulais écrire un article à ce sujet mais faute de temps, j’ai toujours décalé l’écriture et la publication de cet article qui me tient pourtant à cœur : les violences policières sur les femmes racisées, et plus particulièrement les femmes noires en France. Pourquoi ? Parce que rare sont celleux qui en parle et il n’existe pratiquement aucune manifestation ou révoltes des quartiers à la suite de violences policières subies par les femmes noires contrairement à ce qui est fait pour les hommes noirs. Un fait qui faisait la une il y a un peu plus d’un an m’avait interpellé, mais cela ne vous a peut-être pas interpellé. Ou peut-être que vous l’avez remarqué mais que vous êtes restées silencieuxs.e.s dans votre coin. Vous vous souvenez de cette affaire de l’enseignant-chercheur de la Sorbonne Guillaume Vadot qui portait plainte contre « abus d’autorité, violences volontaires aggravées, agression sexuelle aggravée, menaces, injures publiques et vol » en septembre 2016 ? Voici un article qui traite du sujet pour vous rafraîchir la mémoire au cas où : ici. Est-ce que vous vous souvenez de l’élément déclencheur de l’agression qu’a subi ce professeur ?  Exacte. Peu, s’en souviennent (je fais la go, oklm, y’a rien). Ce professeur s’est fait insulter et agressé de la sorte parce qu’il était en train de filmer une agression policière sur une femme noire de 31 ans :  Marie Florence G (je n’ai pas trouvé son nom de famille, peut-être qu’elle veut rester anonyme…). Cette dernière criait de douleur tout en étant menottée entourée de nombreuxs.e.s policièr.e.s selon le deuxième témoin qui a filmé la scène, Maurice Makwala. Il existerait donc des preuves vidéos de l’interpellation violente à laquelle à fait face Marie Florence G. Et pourtant tout au long du suivi de cette affaire, son nom n’a jamais été évoquée et la violence dont elle a subi non plus. L’attention s’est focalisée massivement sur les violences qu’ont subi le professeur (privilège blanc ah) et Maurice Makwala (privilège d’homme ah). Je voulais partir sur ce point de départ pour montrer à quel point l’invisibilisation des violences policières sur les femmes noires est conséquent. Dans cet exemple-là, on peut voir que même si l’on a des preuves solides, des témoignages et des vidéos, cela ne choque pas et n’intéresse pas le fait qu’une femme noire soit violentée par la police. On peut voir le même traitement dans l’affaire de 2015 lorsqu’un groupe de 18 lycénn.e.s racisé.e.s ont portés plainte pour violences policières. Dans les médias, les voix qui étaient misent en valeur étaient celles des garçons comme on peut le voir ici. On voit que les voix féminines racisées ne comptent pas.

 

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Et plus une femme noire sera à l’intersection des discriminations, plus on se fichera de son vécu et par conséquent des violences policières qu’elle a subi. C’est le cas par exemple des femmes noires pauvres et réfugiées de Calais, dans le Nord de la France qui subissent régulièrement le comportement violent de policièr.e.s. Il est su depuis cette année grâce au rapport rendu publique par l’organisation Human Right Watch, que les violences policières envers les migrant.e.s renoi.e.s à Calais sont quotidiennes. QUOTIDIENNES. Certaines femmes se sont d’ailleurs plusieurs fois plaintes de viol de la part des policièr.e.s. il y avait par ailleurs le témoignage d’une soudanaise noire qui s’était plaint d’avoir été violée par un policier (j’avais trouvé l’article l’an dernier mais il a disparu comme par magie, j’ai seulement le titre : IMMIGRATION. Le fonctionnaire nie avoir abusé d’une jeune Soudanaise qu’il devait accompagner dans un centre de réfugiés-si jamais quelqu’un.e arrive à le retrouver). En plus, du fait qu’elles se fassent harcelées, agressées sexuellement voire violées sur leur camp malgré la répartition en non mixité des tentes, elles ont en plus à confronter les violences policières. Mais bon vu que ce ne sont pas des Théo, ça n’intéresse pas.

 

Parce que la découverte de la culture du viol ne s’est pas faite avec l’affaire Théo pour beaucoup d’entre nous. Il existe en réalité pas mal d’histoires de viols de policiers sur des femmes racisées. Comme celle-ci par exemple. Celle d’une racisée violée par un policier lorsqu’elle était en cellule de dégrisement dans les Yvelines: ici. Il existe d’autres ici dont la race des femmes n’est pas mentionné :  ici et ici.

Ou encore cette femme racisée et non valide qui a été violentée par les policièr.e.s : http://www.bfmtv.com/police-justice/paris-une-mere-de-famille-sourde-et-muette-accuse-des-policiers-de-l-avoir-violentee-1232129.html . Celle-ci également n’aura révolter personne également malheureusement.

Egalement dans le Tumblr Paye Ta Police, il y a pas mal de témoignages de femmes racisées qui dénoncent les violences policières qu’elles ont subi. Pas seulement celles de l’ordre du harcèlement ou de l’agression sexuelle mais également celle d’ordre psychologique et morale.

Comme celle là:

 “Bah c’est bien, ça vous fait un peu de changement, pour une fois que vous n’êtes pas à mendier ou faire mendier vos enfants dans le métro.” Le policer, à qui une jeune femme Rom expliquait avoir été battue à mort par son ex-conjoint, lors d’une tentative de dépôt de plainte pour violences conjugales . Il a finalement refusé de prendre la plainte.

Ou encore celle-ci:

“Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En sortant de soirée, un homme m’a agressée et violée contre un grillage. Il m’avais menacée d’un couteau si je me débattais. J’étais terrorisée. J’ai mis une semaine pour m’en remettre et porter plainte. Au commissariat, dans le bureau j’étais seule avec le policier. Il m’a regardée d’un air sinistre, et m’a dit “Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute ? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En me mettant sa main entre mes jambes et en me touchant. C’était lui qui m’avait violée… j’étais pétrifiée. Il m’avait traitée de sauvage car je suis maghrébine. J’ai essayé de mettre fin à ma vie car j’avais peur de sortir de chez moi… J’ai déménagé et sors peu… je ne fais plus confiance à personne…

 

Et je voulais finir par deux affaires plus récentes, celle de Marie Reine, une femme noire qui s’est faite insultée et agressée par des policièr.e.s mysoginoiristes dont l’histoire figure ici, vous pouvez également trouver son pot commun ici.

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La militaire guadeloupéenne Morgane Blanchet, victime d’harcèlement moral et sexuel dans son camp militaire en printemps 2016, le témoignage de la concernée est ici. A soutenir impérativement! Actuellement, elle a tout perdue, est précaire et vit dans un foyer. Elle a porté plainte au printemps 2017. J’ai pas trouvé de pot commun pour son cas, si il y en a qui trouvent, qu’iels fassent signe.

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Morgane Blanchet

 

Bien sûr ce ne sont pas toutes les violences policières commis sur des femmes noires et racisées qui sont mentionnées ici. Je n’en ai sélectionné que quelques-unes parmi le lot (Google est votre ami). C’était surtout pour montrer que OUI les violences policières contre les femmes noires existent et qu’elles sont largement invisibilisées. Surtout celles qui décident de parler (car on peut comprendre qu’on ait pas d’information de celles qui n’osent pas parler). Et également un article pour inciter à toutes les femmes racisées de faire attention à la police surtout dans le cas où vous pensiez que vous ne pouviez jamais être victime de violences policières parce que vous êtes une femme. L’imaginaire collectif tendant à penser que les violences policières ne soient faites que sur des hommes racisés est à déconstruire. Les femmes noires en France ne bénéficient même pas d’hastag personnalisé pour parler de leurs expériences violentes avec la police du genre #JusticepourThéo et encore moins un hastag genre #Sayhername (comme aux US) pour visibiliser les violences policières faites aux femmes noires. Elles bénéficient encore moins de mobilisation forte (contrairement aux hommes noirs) lorsque ça les concerne. La solidarité afro a ses limites. Personne ne s’intéresse à nous, personne ne marche pour nous. Soyons vigilantes, entraidons-nous et supportons-nous.

Et n’oubliez pas de soutenir Marie Reine avec son pot commun et également Morgane Blanchet !

 

 

 

Kel Lam.

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Les résistantes camerounaises : invisibilisées et pourtant largement au dessus du game

 

 

Nous, les kainf ont à tendance à affirmer que les femmes africaines ont toujours été dans le combat anti-esclavagiste et anti-colonial et pourtant lorsqu’il faut sortir des exemples, ça bégaie. Alors pour les gent.e.s qui bégaient moins, iels vont en général te sortir quelques noms que l’ont connait tout.e.s à peu près mais sans savoir l’ensemble des combats concrets de ces personnalités comme par exemple les Amazones du Dahomey, la Reine Nzinga de l’actuel Angola…. On va te sortir « Reines d’Afriques », « les femmes fortes d’Afrique », des images sans noms, des bribes de récits sans histoires personnelles, on va tout cacher en magnifiant un imaginaire. Elles faisaient ci, elles faisaient ça, elles sont comme ci, elles sont comme ça… Mais qui sont-elles en réalité ? Personne ne sait. Des noms ? Des biographies non enjolivées ou floues? Peu de gent.e.s en ont sur les résistances africaines. On va donner toujours des exemples dans des luttes anciennes (bien qu’actuelles), lorsqu’il s’agit de parler de figures féminines dans des luttes plus récentes y’a presque rien qui sort, on va peut être parlé de Miriam Makeba ou encore de Djamila Bouhired mais ça part souvent en kinkinkin non mais y’a aussi Angela Davis, des femmes des Black Panthers, Rosa Parks….

Bref, très peu sur les Histoires coloniales contemporaines africaines et le rôle des femmes dans ces Histoires.  J’continue ici encore avec mon joli pays le Cameroun.

Personne ne parle des femmes camerounaises dans les combats anticoloniaux ou ne brandit de figures féminines à idolâtrer car peu de personnes connaissent les Histoires des femmes camerounaises. Surtout celles durant la guerre coloniale avec les Français.e.s (parce que oui les femmes blanches étaient aussi dedans).

Cette Histoire ci-dessous ne trouve pas sa centralité exclusivement dans le Sud Cameroun même si cela peut le paraître puisque l’organisation dont je vais parler était essentiellement basée là-bas. En effet, des femmes camerounaises de provenance de toutes les régions du Cameroun se sont ensuite ralliées à leur cause. Bien sûr, il existe d’autres Histoires féministes durant la résistance coloniale comme celles des femmes Anlu du Nord-Ouest du Cameroun qui ont effectuées de nombreuses marches pacifiques pour l’indépendance mais aussi pour la réunification du Cameroun.

Comme je l’avais mentionné dans l’article précédent Marthe Moumié fût (et est encore) une personnalité anticoloniale majeure au Cameroun bien qu’oubliée aujourd’hui. Elle fit partie à seulement 18 ans de la création de l’UDEFEC (l’Union démocratique des Femmes Camerounaises), une organisation politique de résistance de femmes camerounaises. Cette organisation était composée exclusivement de femmes anti impérialistes. Oui, la non-mixité politique n’est pas une invention occidentale. Il est important de souligner que l’UDEFEC était crée en 1947 en tant qu’organisation politique autonome pratiquement au même moment que le célèbre parti de l’indépendance l’UPC (Union des Populations du Cameroun). L’organisation indépendante et féministe camerounaise s’est ensuite affiliée à l’UPC en gardant son statut autonome lorsque la résistance armée dans la durée fût imminente. Mais l’UDEFEC avait tout de même son propre financement, sa propre stratégie et sa propre lignée politique.  A noter qu’au même titre que l’UPC, l’UDEFEC aura des soutiens de femmes de camerounaises en provenance de toutes les régions du Cameroun.

Leur statut politique consistait en plusieurs articles concis. Leur siège de l’organisation était à Douala. Les principaux axes de leurs luttes étaient la défense des familles camerounaises quant aux droits matériels, moraux, intellectuels et culturels, la défense des droits des femmes sur le plan économique, social et civique. Il fût acté que l’organisation serait exclusivement féminine mais n’avait pas pour optique de ne contenir seulement des camerounaises puisque l’on peut penser selon les dires de la militante Marthe Moumié que ces dernières avaient une optique de libération panafricaine également. Leur statut politique a été adopté en 1952 par l’Assemblée constitutive à Douala à l’unanimité par les cadres de l’UDEFEC qu’étaient : Mbem Emma Gisèle, Kamen Monique, Teck Cécile, Ngapeth Marie –Irène, Marthe Ouandié et Meido Marie.

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Marthe Eding, son mari était Ernest Ouandié

 

Elles étaient toutes jeunes, la vingtaine comme Marthe Ekemeyong (Moumié, le nom du mari) qui avait à peine 18 ans ou encore Marie Ngo Biyong (Ngapeth, le nom de son mari) qui en avait 26. Elles sont particulièrement connues pour avoir envoyées dès 1949 envoyées plus de 1000 pétitions au Conseil de Tutelles des Nations Unies pour réclamer l’indépendance totale des populations camerounaises mais aussi plus tard la réunification des territoires camerounais. Elles ont aussi financées l’éducation de celleux qu’elles percevaient comme leurs futur.e.s dirigeant.e.s du Cameroun. En effet, l’UPC avait mis en place une école censée former les prochain.e.s cadres du parti mais aussi du pays. Il y avait ainsi 5 femmes diplômées de l’UDEFEC de « l’Ecole des Cadres » : Marie Ndjat, Marie-Irène Ngo Biyong, Marthe Eding, Gertrude Omog et Marthe Ekemeyong.

Les femmes de l’UDEFEC ont rejoint l’Armée de Libération nationale du Kamerun lorsque la résistance armée était imminente de 1955 à 1957. Elles se sont combattues aux côtés des hommes, avec les armes en faisant même plus puisque beaucoup ont cachés des armes voire des documents officiels sous leurs vêtements (nos célèbres kabba ngondo ❤ ) au risque de se faire prendre. D’autres comme Marie Ndjat, ont mené des charges contre des préfectures afin de faire libérer leurs camarades emprisonné.e.s. Aussi, parmi les femmes de l’UDEFEC, certaines sont parties à l’étranger pour avoir de nouveaux acquis à utiliser sur place contre les colonialistes et les impérialistes. C’est le cas de Gertrude Omog qui est parti en Russie afin d’apprendre à piloter des avions de combats ainsi que le métier de parachutiste. Aussi, au même titre que Ruben Um Nyobe, Madame Ngapeth Marie Irène née Ngo Biyong a été chargée d’aller défendre le dossier du territoire camerounais (réunification), auprès de la quatrième commission de tutelle de l’Organisation des Nations Unies à New York aux Etats-Unis.

Le mouvement de l’UDEFEC fût interdit en 1955 en même temps que l’UPC par décret du gouvernement français de l’époque. Les deux organisations poursuivront tout de même leurs activités politiques dans la clandestinité, même si deux ans plus tard l’UDEFEC sera définitivement dissoute puisque la majorité des membres, surtout cadres, seront forcé à l’exil au Soudan en 1957. En dépit de cette dissolution, beaucoup continueront le combat de manière individuel ou collectivement. C’est cas par exemple de la plus connue, Marthe Ekemeyong.

marthe moumié
Marthe Ekemeyong, une des plus grande militante anticoloniale camerounaise

Marthe Ekemeyong généralement réduite au statut de « l’épouse de Félix Moumié » est pourtant une figure emblématique de la résistance anticoloniale camerounaise, a publié des ouvrages dans lesquels elle raconte ses mémoires, ses témoignages de militante. Elle a aussi reçu au cours de sa vie le soutien d’autres figures anticoloniales comme Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Ballah qui a d’ailleurs préfacé un de ces livres mémoires  (et aussi a aidé énormément de résistant.e.s camerounais.e.s <3) ou encore Sékou Touré qui lui avait d’ailleurs accordé à elle et son mari la possibilité d’un asile politique en Guinée, un peu avant l’assassinat de Monsieur Moumié.

Malgré son combat qui reflète le combat de nombre de femmes camerounaises et africaines dans l’ensemble, les reconnaissances envers l’apport des femmes dans les luttes anti coloniales au Cameroun mais aussi en Afrique sont restreintes. Les femmes résistantes camerounaises sont totalement invisibilisées et pourtant se sont énormément battues et ont beaucoup souffert pour l’ensemble des populations camerounaises. Elles subissaient en plus des violences physiques, morales et psychologiques de la part de la part des colons français.e.s , les mêmes violences physiques que les hommes. Elles étaient régulièrement menacées de mort ou d’enlèvement de leurs enfants (voire enlèvement définitif de leurs enfants). Parfois enceintes de leurs violeurs blancs, les bébés métis étaient aussi parfois enterrés à peine né.e.s. Elles ont été battues, torturées, violées, maltraitées, emprisonnées voire assassinées et ce quelque soit leur état, qu’elles soient valides ou non, enceintes ou non. Cependant, même en subissant toutes ces sévices et en se battant aux côtés des hommes, elles contribuaient à fournir l’apport ménager nécessaire et indispensable de la lutte pourtant souvent négligé lorsque l’on parle de lutte armée : elles effectuaient les repas, les tâches ménagères, les récoltes, le marché, elles s’occupaient des enfants et jouaient un rôle moral et psychologique pour elles-mêmes ainsi que pour les hommes engagés dans la lutte.

Elles ont su montrer par ailleurs qu’une libération décoloniale se conjugue forcément avec le genre, en incluant les questions féministes dans leur projet politique anticolonial. Et pourtant, aujourd’hui beaucoup qui se pensent pour la libération des noir-e-s dans les diasporas comme en Afrique ne prennent pas en compte ces questions de genre qui étaient si chères aux résistantes anticoloniales africaines. Déplorable, vraiment. C’est une insulte à leurs mémoires. Cela s’observe notamment par la considération et la place faite aux femmes dans nos milieux militants révolutionnaires noirs, africains, panafricains. Les conditions féminines des femmes noir-e-s en Afrique et dans les diasporas sont complètement négligées ce qui est défavorable à notre émancipation, notre émancipation et notre protection. En démontre notamment le féminicide dont a été victime Marthe Ekemeyong à l’âge de 78 ans, violée, battue, étranglée et laissée morte à son domicile. Mais aussi l’invisibilisation criant des femmes camerounaises dans les Histoires des luttes politiques du pays.

Il serait grand temps que ça change.

 

 

Kel Lam

Propos coloristes, anti africain & cie

 

On a  tout-e-s à peu près (ou non) une définition basique du colorisme en tête : le fait que  des personnes ayant le teint clair soit valorisées au détriment des personnes ayant le teint foncé, provoquant ainsi des discriminations lourdes envers ces dernièr-e-s. Dans cette petite définition, on peut aussi y rajouter aussi les traits fins, la typologie du cheveux. On peut accessoirement élargir et ajouter aussi d’autres critères qui ne sont pas du ressort du colorisme mais du privilège occidental (vu que les deux soient liées) dont certain-e-s afrodescendantes noir-e-s bénéficient et ne s’en rendent pas forcément compte : l’accent, le passeport, le code vestimentaire, l’adoption de la culture occidentale ?

Il faut garder en tête que bien que les critères de beautés coloristes se rapprochent de la beauté occidentalo-blanche, ils ne sont pas exclusifs et propre à la beauté occidentale. Oui, il existe des personnes noires qui naissent avec des cheveux bouclés voire lisses et parfois blonds, ou avec des traits fins. Ce qui n’empêche en aucun cas que ces personnes soient noire d’ascendance africaine.

 

J’ai fais exprès de choisir des jeunes parce que je voulais pas qu’on pense que ce sont des personnes qui ont traités chimiquement leurs cheveux mais BREF. Pas besoin d’avoir la peau blanche ou claire pour avoir des traits fins, des cheveux non noirs et/ou  longs ou/et lisses ou bouclés.

Les clichés coloristes ont la vie dure et surtout qu’elles vont de pair avec les clichés coloniaux et racistes. Je ne vais pas me fatiguer à revoir ici l’historique du colorisme, comment la noirceur est perçue comme masculine voire déshumanisante alors que la clarté est synonyme de beauté, gracieuseté. Flemme.

Je vais m’attarder sur comment le colorisme contribue à insulter l’Afrique, à renforcer le sentiment anti-africain qui est déjà fort dans les sociétés occidentales. On peut voir un parallèle entre les propos coloristes, que ce soit les soi-disant « compliments » ou les insultes et la manière dont ceci est le reflet d’un rejet fort de l’Afrique et d’un dénigrement pour les peuples africains. Et je pèse mes mots, je n’exagère en rien.

Pas mal de renoies kinf vont peut-être se reconnaître dans ce passage bien qu’on pourrait écrire des milliards de romans de ce type de réflexions (rien n’a été inventé ci-dessous) :

Quand on t’aborde : « T’es martiniquaise ? » « T’es antillaise ? » « T’es guadeloupéenne ? » « T’es haïtienne ? » « T’es brésilienne ? » « T’es métisse ? » « Antillaise !! Antillaise !! » « T’es chabine ? » « T’es réunionnaise? » « Souvent des inconnu.e.s  me parlent directement créole….

Puis, quand tu sors le nom d’un pays africain : « Quoi ? Sérieux ? » « Ça existe des comme toi en Afrique ? » « Non impossible t’es trop belle pour être africaine » « Ah mais en faites-vous en (nom du pays) vous êtes pas des gens trop foncés » « Mais non tu mens les africaines elles sont très noires d’habitude » « T’es clair pour une africaine » « T’as des beaux cheveux pour une africaine »  « Ah mais t’as pas d’accent » «C’est impossible que tu sois africaine, tu fais pas du tout africaine» «Mais toi tu ne ressembles pas du tout à une africaine, tu fais antillaise» « Ah bon? mais tu fais trop martiniquaise pourtant».

J’espère que juste en lisant cela vous voyez le problème. Déjà, une personne en se basant sur votre physique se permet d’assumer vos origines sur la base du colorisme. Elle pense que la beauté est synonyme de clarté, forcément extérieur à l’Afrique ou le fruit d’un métissage. Et NON les compliments COLORISTES ne sont pas à prendre! Ils sont dégradants, c’est sale, c’est bas, c’est insultant parce que c’est au détriment d’autres renoi-e-s, c’est de la négrophobie et l’on vous fétichise par le même biais. Donc les sorcièr-e-s qui sourient ou acceptent ce genre de compliment, arrêtez. Quand une personne noire en France correspond au diktat de beauté coloriste noire (ou du moins une des caractéristiques), les gent.e.s ont tendance à penser que cette dernière est forcément originaire d’une communauté de la diaspora africaine, forcément originaire d’une île mais jamais d’Afrique ce qui est INSULTANT.

 

Détachons du cadre étasunien noir pour penser le colorisme dans le cadre français. Ce que le colorisme veut dire ici c’est que la beauté en Afrique n’existe pas, qu’elle n’existe qu’en dehors de ses frontières ou du moins dans des îles africaines dont les gent.e.s ont tendance à oublier que ce sont des parties de l’Afrique dixit Ile de la Réunion, le Cap Vert.

En France, il reprend les schèmes coloniaux avec les comparaisons idiotes haineuses posées par les autorités coloniales entre les Antilles et l’Afrique, du style :

Les personnes « belles » (synonyme de clair) sont forcément originaires des Antilles et non d’Afrique puisque là bas ils y sont tous « moches » (synonyme de foncé). C’est qu’aux Antilles tout le monde a les traits fins, en Afrique tout le monde a de gros traits, c’est qu’aux Antilles tout le monde est civilisé alors qu’en Afrique ce sont que des sauvages. C’est qu’aux Antilles tout le monde vit si bien et qu’en Afrique tout le monde vit si mal, on y croule sous la pauvreté et la saleté. C’est qu’aux Antilles il n’y a aucune culture, que le créole antillais c’est que du français mal formé, que les gent.e.s y sont bêtes et se prennent pour des blanc-h-es alors qu’en Afrique tout est authentique, il y a de vraies langues et les cultures et les traditions sont intactes et véritables, ce sont toutes des personnes fortes, battantes n’ayant aucun traumatisme psychologique des relations avec la France.

Il y a toujours ces imaginaires coloniales (et néocoloniales) qui persistent dans les esprits dans la majorité des esprits d’afrodescendant-e-s noires. Perso, quand quelqu’un s’approche de moi pour me demander si je suis antillaise, je me sens mal. J’ai compris petit à petit que la plupart de ces personnes ont en tête la vision caricaturale de femmes africaines forcément noires très foncées avec de grosses formes et des traits du visage très épais. Ou alors de jeunes femmes noires foncées avec des tissages que certain-e-s insultent avec le prénom Fatou. Et que dans les deux cas, ils trouvent cela moche. Pour ces personnes, tout-e-s les personnes qui viennent d’Afrique sont forcément moche. Ainsi, lorsque ces sorcièr-e-s rencontrent une personne africaine ou d’ascendance africaine qu’il trouve beau, c’est le choc, ils n’y croient pas.

Je me souviens encore dernièrement d’une personne non-noire qui me fit ce « compliment » entouré de nombreux hommes noirs qui n’ont même pas été choqué à minima : « Ah mais toi c’est bien tu fais pas Fatou » « Comment ça ? C’est quoi une Fatou ? » « Bah on dirait t’es antillaise, tu portes pas de tissages fatiguées, tes cheveux sont biens, même ta peau tout ça t’es bien » « Bah non je suis africaine, je suis comme elles, je suis même une Fatou » « Non tu l’es pas ».

Sorcellerie en plein jour.

Bref, j’ai compris qu’implicitement c’est mon continent qu’on insulte, les pays et les peuples qui y sont. Ce sont mes gent.e.s et moi-même. Je ne vais pas jamais m’excuser de cela, je suis africaine et je suis fière de l’être. Avec ce colorisme colonial anti-africain, on néglige d’abord que les femmes noires foncées sont belles qu’on caricature ici à la bonne dose occidentale (l’image de la tanti renoi énervée, de la maman renoi masculine ou qui s’éclaircit, merci les hommes noirs pseudos comédiens pour le renforcement du stéréotype)  mais aussi on néglige qu’il existe une diversité de femmes qui existe en Afrique, qui ne sont pas tout-e-s foncées ou noires d’ailleurs. L’Afrique est un continent tout comme l’est l’Europe, l’Asie. Dans vos post censés représenter les beautés africaines où sont les Albinos ? les Maures ? les Handicapées? les Berbères ? les Malgaches ? les Peuls? les Réunionnais-e-s? les Vieilles ? …

 

 

 

   

Quand est-ce que les gent.e.s vont marquer au fer rouge dans leurs esprits qu’il existe une diversité africaine extraordinairement riche et belle ? Que ça vous plaise ou non l’Afrique n’a rien à avoir avec les idées coloniales françaises et belges. L’Afrique n’est pas le continent noir, ce n’est pas un continent divisé en deux parties coloniales : Afrique blanche, Afrique noire : ça n’existe pas. Et oui l’Afrique du Nord il n’y a pas que des arabes non il y a une diversité ethnique forte dans cette région africaine. Votre anti africanisme et votre négrophobie s’arrête là. Que vous aimez ou pas il existe une diversité de faciès dans toute l’Afrique entière, OUI  même en Afrique de l’OUEST, OUI !! 

Et oui la Mayotte, Madagascar et l’Ile de Réunion et le Cap-Vert font partie de l’Afrique !!!!!

Quand vous êtes en face de ce genre de situation n’hésitez pas à prendre la parole, arrêtez d’accepter qu’on vous fasse des faux compliments coloriste anti africain à la con comme ça parce que vous méritez mieux et l’Afrique aussi.

 

 

/!\ D’ailleurs, ce passing-antillais me fait penser aussi à toutes les bêtises anti-antillaises que l’on a pu me dire bien que je ne sois pas antillaise. Apparemment les femmes antillaises seraient pas sérieuses, seraient faciles, n’auraient aucune valeur, pas de principes et aucune culture?? Les personnes qui sous estiment la valeur DES cultures et des langues antillaises peuvent aller se pendre. Honnêtement vous devriez vous sérieusement vous pencher sur les créoles et les cultures antillaises, vous avez tord de ne pas le faire. Vous y verrez beaucoup de ressemblances entre les cultures afrodescendantes entre elles mais aussi le lien d’africanité qui existe en plus de similitudes entre les cultures africaines et antillaises. Surtout si vous êtes pro-noir-e et ou panafricain-e, comment est ce que vous pouvez envisager la lutte sans prendre les pays antillais en considération??? Comment??? Haiti?? Martinique?? Guadeloupe?? Jamaique?? Trinité et Tobago??.. Ainsi que les autres pays colonisés par la France comme la Nouvelle-Calédonie ou Mayotte.

Les populations antillaises sont à considérer, leurs parcours politiques résistant n’est pas à négliger. Il n’y a plus résistant que le parcours de ces afrodescendant-e-s arrivé-e-s en terre inconnue qui ont pu à partir de pratiquement rien reconstruire des cultures et des langages qui leurs sont propres.

 

 

 

                                                                                                                                               Kel Lam

Les privilèges des hommes noirs: parlons-en!

 

Exclusivement pour la communauté afrodescendante noire, nous pour nous, par nous sans les autres donc pas de comparaisons svp. De plus, les commentaires des autres non noir-e-s ne seront pas répondus pour cet article.

 

group of black men
J’ai voulu la représentation d’un groupe d’hommes noirs en contexte français mais Google a fait son négrophobe invisibilisant comme d’habitude. En écrivant « groupe d’hommes noirs » via Google Images, y’avait pratiquement rien ou par ci par là quelques images d’hommes noirs et de colons aux temps des colonies… Comme si il n’y avait pas de groupe d’hommes noirs en France à l’heure actuelle. Bref, j’ai tapé en anglais « group of black men », là le choix était conséquent.

 

 

 

En lisant ce titre, beaucoup se diront mais quelles privilèges ??? Alors qu’en faites, il existe des privilèges dont les hommes noirs disposent, tout comme les hommes de n’importe quel couleur de peau. Même si cela peut paraître paradoxal au vue du système français négrophobe dans lequel on vit, les hommes noirs disposent d’un privilège en tant qu’homme. Pourtant, beaucoup d’hommes noirs oublient, négligent et outrepassent ce privilège bien qu’ils en jouissent au quotidien. Certains réfuteront et diront que cela est impossible du fait de la couleur de peau. Certes, les privilèges dont les hommes noirs disposent ne sont pas aussi conséquent que ceux des hommes blancs voire des autres hommes racisés mais il y en a. Les hommes noirs ont des privilèges et contribuent à la domination consciente ou non des femmes et plus spécifiquement des femmes noires. Malheureusement nombreux sont les hommes noirs qui sont totalement dans le déni quant à leurs privilèges, négligeant ainsi l’oppression –non intentionnelle, je l’espère- qu’ils exercent sur les femmes noires et les autres minorités sexuelles noires. Ainsi, ceux-là tiennent une responsabilité sans même s’en rendre compte dans le système oppressif actuel (qui les oppressent) puisqu’ils y contribuent. Dixit l’adage qu’on connait toutes et tous : l’ennemi de l’homme noir est l’homme noir.

 

D’abord, il advient d’aborder brièvement le terme privilège au regard de la société, il n’est pas forcément à utiliser dans le cadre de l’oppression. On peut trouver des milliards de façon de définir ce qu’est un privilège. Pour ma part, il s’agit surtout avoir un avantage exclusif dans une société donnée à une période donnée du fait des normes édictées par celles-ci, cela peut alors résulter par exemple de notre genre, notre statut social, de notre apparence physique, de notre condition physique, de notre santé mentale, de notre religion, de notre culture, de notre orientation sexuelle, de notre validité… Par exemple, dans une société comme la France, il est plus avantageux d’être un jeune homme noir catholique riche valide et hétérosexuel sans troubles neuropsychologiques qu’être un vieil homme noir pauvre musulman queer ayant une déformation physique. On ne choisit pas d’avoir des privilèges, c’est ce que l’on est. Il en est de même avec la masculinité et le fait d’être homme. Les personnes noires devenu-e-s hommes n’ont pas choisis de l’être et encore moins de bénéficier du privilège de masculinité. Ce privilège de masculinité s’ancre indépendamment de la volonté de ceux qui l’usent. Il est l’avantage dans une société à être un homme. Il existe d’ailleurs dans la sphère francophone que très peu d’articles sur le sujet, malheureusement mais bref.

 

J’avais envie de concentrer cet article sur les privilèges des hommes noirs pour déjà déconstruire cette idée ancrée selon laquelle les privilèges d’hommes ne sont réservés qu’aux hommes blancs. Ensuite, je préfère me concentrer sur les hommes noirs et pas sur les autres hommes racisés parce que tout simplement je suis communautariste (fière de l’être 🙂 ), faut que l’on fasse des textes sur nous pour avancer ensemble.  Aussi parce que le fait que les hommes noirs prennent conscience de leur privilèges, travaillent dessus, peut aider nettement à une amélioration dans les relations (tout domaine confondue) hommes-femmes noires et cela ne peut être que bénéfique pour une meilleure communauté noire française. Puisqu’en vrai de vrai, on a besoin de s’entraider les uns, les autres tout genre confondu.

Les privilèges dont jouissent les hommes noirs traduisent d’une domination inconsciente normalisée et constante en plusieurs domaines. Par exemple, les hommes noirs dominent les institutions religieuses, politiques et culturelles. Sans ajouter que les hommes noirs en France sont les premiers en ligne à propager la mysogynoir (hein, on vous voit sur les réseaux sociaux et le #toutestnoirsaufnosmeuf, non nous n’avons pas oubliées.). Et donc ainsi regrettable de constater une domination envers les femmes noires dans l’abus sexuel, physique, verbal, moral et psychologique.

Il est donc du devoir des concernés de s’interroger sur leurs privilèges, de les déconstruire et d’aider celles qui n’en bénéficient pas voire qui en souffrent. Parce que prendre conscience de ses propres privilèges c’est aussi prendre conscience de la situation des autres et cela aide à la déconstruction d’un système oppressif.

 

Voici donc ci-dessous une courte (un peu longue en faites mais grave intéressante) liste des privilèges que les hommes noirs peuvent avoir. Bien sûr, il existe une diversité d’hommes noirs, les hommes noirs ne sont pas un groupe homogène. L’expérience d’un jeune homme noir athée homosexuel ne peut pas être le même que l’expérience d’un adulte homme noir musulman hétéro. Mais, en dépit de cela il existe des privilèges qui les concernent, tous deux.

 

-Lors des problématiques sociales et/ou politiques, tu n’as pas à choisir ta couleur de peau au détriment de ton genre.

-Quand tu lis des textes concernant l’histoire des Noir-e-s en Europe, aux Amériques, dans les Antilles, en Afrique ou en Asie, tu apprends majoritairement sur les hommes noirs.

-Tu t’es renseigné sur le Mouvement des droits civiques des Africain-e-s-Américain-e-s et du Black Panther Party et la majorité des leaders que tu connais sont des hommes noirs.

– En général, tu es pris beaucoup plus sérieusement en tant qu’une femme noire.

-Tu peux vivre toute ta vie sans lire un livre sur le féminisme noire, le féminisme africain (et le dénigrer).

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux auteures, blogueuses, activistes, militantes afroféministes, womanist et féministes noires afrodescendantes ou africaines.

-Tu peux vivre toute une vie sans t’intéresser à l’Histoire et aux expériences de vie des femmes noires dans la diaspora afro descendante noire ainsi qu’en Afrique ou aux Antilles.

-Tu peux vivre toute ta vie sans jamais t’intéresser aux problématiques concernant spécifiquement les femmes noires.

-Tu peux faire parti d’un mouvement noir de libération combattant la négrophobie (ou l’idolâtré), qui soit sexiste et mysogynoir et être OK avec ça, comme par exemple les Black Panther où quelqu’un comme Eldrige Cleaver, violeur affirmé et autoproclamé, avait une position dominante dans l’organisation.

Pour info : il violait les femmes blanches et noires. (Vous pouvez trouvez des citations de sa bibliographie écrite par lui même où il prône le viol et sa haine envers les femmes noires, admet qu’il les violait en masse dans les ghettos. Kathleen Cleaver, son ex-femme a parlé ensuite du problème de colorisme et de la fétichisation des femmes claires au sein de l’organisation et de la haine envers les femmes noires-surtout les plus foncées- quand elle quitta le parti). 

 

-Tu te fais plus d’argent qu’une femme noire du même niveau d’éducation et d’occupation que toi.

-Tu as le privilège de définir la beauté des femmes noires selon des standards occidentalo-blancs en ce qui concerne le teint de peau, la texture des cheveux, la forme du corps. Alors qu’en comparaison, les femmes noires te définissent rarement par des standards de beauté occidentalo-blancs en ce qui concerne ton teint, tes cheveux ou encore ton corps.

-En tant qu’homme noir, tu n’as pas à craindre d’être harcelé quotidiennement sur le fait d’avoir des cheveux qui ne correspondent pas à l’image que l’on attend d’un homme noir. Contrairement aux femmes noires, constamment harcelées à cause de leurs choix capillaires (Hann lala tu fais quoi avec les tissages ? Pourquoi tu veux faire la blanche ? Pourquoi t’es pas nappy ? C’est quoi cet afro ? C’est moche… C’est exotique, j’adore…Tu fais vraiment kamite, j’adore… Ta gueule, on fait ce qu’on veut).

-Ton apparence physique ne sera pas le standard ultime qui représentera ta valeur par les membres du sexe opposé.

-Tu peux croire que faire mal à une femme durant le sexe est synonyme de plaisir sans avoir à lui demander.

-Tu as le privilège ne pas être vierge et désiré une femme vierge.

-Quand le sujet du sexe est abordé, si tu dis « NON », il n’y a aucune chance pour ce que cela soit pris pour un « OUI » refoulé. Quand tu dis NON c’est NON.

-Si tu te fais violé, personne te dira « t’aurais dû te protéger.. » ou que ton viol est de TA FAUTE, que cela est dû à ton code vestimentaire, que cela est dû au fait que tu étais tard le soir dehors, que tu fréquentes des lieux qui ne sont pas pour toi.

-Tu peux avoir un humour ou un langage sexiste, mysogynoir OKLM. Ex : pute, noirtes, tourner le prénom Fatou en insulte… Les imitations humoristiques mysogynoir de ta mère, de ta sœur, bref de toutes les filles noires que tu connais, hein les connaisseurs de YouTube, en général ils mettent une perruque, prennent un accent kinf pourri au tempérament toujours énervée avec un comportement caricatural violent, dur et insultant.

-Tu vis dans un milieu où la polygamie est encore une option dans un monde dominé par les hommes mais où la polyandrie n’est même pas considérée, ne serait-ce qu’en option.

-En général, tu préfères être en relation avec des femmes plus jeunes socialement et sexuellement.

-Plus tu auras des partenaires sexuelles que tu sois en couple ou non, plus tu auras de succès auprès de mon entourage masculin.

-Tu as un accès facile à la pornographie qui implique une sphère virtuelle où l’on y trouve des hommes dégradant des femmes, souvent des jeunes femmes.

-Quand tu vas au cinéma ou que tu regardes les films en streaming, tu sais que la plupart des rôles principaux dans les films de noir-e-s sont tenus par des hommes. Tu sais aussi que les héros de films d’actions de noir-e-s sont des hommes.

-Tu peux facilement citer des artistes de rap hip hop masculins puisque ce sont des artistes d’un genre musical dominé par des hommes noirs.

-Tu peux facilement deviner également que la plupart des femmes qui apparaissent dans des clips hip hop sont seulement présentes pour le plaisir des hommes.

-La majorité des paroles hip-hop que tu écoutes ne font que perpétuer les idées de domination masculine sur les femmes que ce soit sexuellement ou socialement.

-Tu peux écouter et utiliser des mots comme putes et salopes qui dégradent les femmes et qui n’ont pas de portée similaire pour le genre masculin.

-La plupart de tes films favoris impliquent des séquences de forces qui n’incluent pas des individus d’autres genres que le mien et souvent basés sur la violence.

-Tu as le privilège de définir le comportement des femmes noires sans toi-même définir et critiquer tes attitudes en tant qu’homme noir.

-Tu as le privilège de penser qu’une femme ne peut pas éduquer un enfant afin qu’il devienne un homme. Non c’est la place du père, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’une femme doit se soumettre à son homme ou qu’elle existe pour assister son homme. Difficile de penser qu’une femme peut être seule, indépendante sans nécessité d’un homme, hein ?

-Tu as le privilège de penser qu’avant l’esclavage, la colonisation et les invasions étrangères en Afrique, les relations de genre dans la communauté noire africaine étaient parfaites.

-Tu as le privilège de penser que l’afroféminisme, le féminisme noir est contre les hommes noirs et surtout vise à la destruction de la communauté afrodescendante noire. #oulouloucoucouleshotep 🙂

-Tu as le privilège de penser que l’échec d’une famille afrodescendante noire est à cause de la mère, qu’elle n’a pas donné une bonne éducation à ses enfants.

-Tu as le privilège de penser que les responsabilités de la maison (comme tâches ménagères et autres) sont des responsabilités de femmes.

-Tu as le privilège de penser que les femmes noires sont différentes sexuellement des autres femmes, et tu les juges de manière négative à cause de cela.

-Au collège ou au lycée ou à l’université, les filles sont cheerleaders pour les athlètes masculins (si si ça existe aussi en France) mais il n’existe pas de rôles similaires pour les hommes, des cheerleaders pour les femmes athlètes.

-Tu peux passer la majeure partie d’une journée à parler de sports, à jouer aux jeux vidéo pendant que les femmes seront occupées à réaliser des tâches ménagères ou à s’occuper des enfants.

-Tu peux passer des heures sans compter à regarder le sport à la télé et considérer que cela est naturel.

-Tu peux toucher, câliner, embrasser ou être émotionnellement expressive avec d’autres hommes durant un match sans que des observateurs y voient un comportement sexuel.

-Tu sais que la plupart des spécialistes sportifs sont des hommes.

-Si tu es entraîneur, tu peux motiver, punir ou embarrasser un joueur en lui disant qu’il joue comme une fille.

-Tu es sur que la plupart des entraîneurs, même dans les sports majoritairement féminins, sont des hommes.

-Tu as le privilège de faire du sport dehors le torse nu sans que cela soit un problème.

-En faites, tu as le privilège de faire tout ce que tu veux à l’intérieur ou à l’extérieur sans avoir ton haut alors que les femmes sont toujours censées se couvrir.

-Tu as le privilège de faire partie d’un monde dans lequel les mutilations et les défigurations des parties génitales du genre féminin sont utilisés pour dénié leurs sensations sexuelles ou protéger leur virginité pour vous.

-Tu as le privilège que le viol ne soit pas utilisé en tant que tactique première, outil pour terroriser ton genre pendant la guerre et les périodes de conflit.Tu ne subiras jamais le féminicide. Ex le féminicide en RDC ou encore les viols de masse en Amérique latine …

-Tu as le privilège de ne pas être capable de nommer une femme présidente en Afrique ou en Asie, que ce soit dans le passé ou le présent, de la même manière que tu le ferais pour les présidents masculins en Afrique et/ou en Asie.

-Tu as le privilège de voyager partout dans le monde et d’avoir constamment accès dans les pays en développement à des femmes de manière sexuelle et sociale.

-Tu as le privilège de faire partie d’un genre qui commence les guerres et qui contrôlent la majorité des armes de guerre et de destruction de masse.

-Tu sais que plus loin tu iras dans les études, plus tu auras du succès avec les femmes. Ce qui n’est pas le cas pour les femmes envers les hommes.

-Lors de ton entrée à l’université, même pendant tes études à l’université, tu as le privilège de ne pas te soucier si tu pourrais être capable de te marier ou non avec une femme noire voire de te marier tout court.

-Tu peux choisir d’être renfermé, introverti et de ne pas communiquer dans une relation (amicale ou amoureuse, quel que soit) et cela sera considéré comme malheureux/dommage mais normal.

-Tu as le privilège de ne pas connaître la définition des mots et des concepts comme patriarchie, phallocentrique, misogynie, hétéronormativité, complicité, womanism, africana womanism, le féminsme noire.

-Ta force en tant qu’homme n’est jamais liée à l’échec de ta famille alors que la force des femmes noires est souvent associée à l’échec de sa famille.

-Si tu envisages le divorce, tu sais que tu auras forcément plus d’options, d’opportunités de mariage et de cohabitation que mon épouse.

-Il y a beaucoup de chances pour que tu sois définie en tant qu’homme bien à cause de choses que tu ne fais pas plutôt que par des choses que tu fais. Si tu ne frappe pas, ne trompe pas, ne mens pas alors tu es considéré comme étant un mec bien. Alors qu’en comparaison, les femmes sont rarement définies comme étant des femmes bien sur des actions qu’elles ne font pas.

-Tu as le privilège de ne pas à avoir à assumer la majeure partie des taches ménagères et des responsabilités parentales.

-Tu as le privilège de ne pas avoir été éduqué avec des responsabilités domestiques comme cuisiner, faire le ménage, faire la lessive, la vaisselle.

-Tu n’as pas à craindre d’être considéré comme étant un traître envers la communauté noire si jamais tu appelles la police contre une femme noire. Par contre, pour une femme noire, l’histoire est tout autre.  

-Tu as le privilège de connaitre des hommes qui sont psychologiquement, physiquement et ou sexuellement abusif envers les femmes et pourtant tu continues de traîner avec eux OKLM et de les appeler voire les considérer comme tes potes, amis, frères.

 

La liste peut continuer et continuer…

 

Je me suis inspirée de la liste de The Black Male Privileges Checklist de Jewel Woods, un auteur universitaire africain américain. J’en ai traduit quelques-uns et introduit d’autres. Bien sûr, la liste des privilèges peut facilement être élargie.

 

Pour avoir accès à celle écrite par Jewel Woods en anglais (en prenant en compte le contexte africain américain différent du notre): ICI.

 

En espérant que cela pourra en inspirer certains… Qu’ils aideront les autres personnes noires qui ne bénéficient pas de leurs privilèges voire qui en souffrent au quotidien pour le bien être de notre communauté.

 

 

Kel Lam.

 

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