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Racisme

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Cela faisait un moment que je voulais écrire un article à ce sujet mais faute de temps, j’ai toujours décalé l’écriture et la publication de cet article qui me tient pourtant à cœur : les violences policières sur les femmes racisées, et plus particulièrement les femmes noires en France. Pourquoi ? Parce que rare sont celleux qui en parle et il n’existe pratiquement aucune manifestation ou révoltes des quartiers à la suite de violences policières subies par les femmes noires contrairement à ce qui est fait pour les hommes noirs. Un fait qui faisait la une il y a un peu plus d’un an m’avait interpellé, mais cela ne vous a peut-être pas interpellé. Ou peut-être que vous l’avez remarqué mais que vous êtes restées silencieuxs.e.s dans votre coin. Vous vous souvenez de cette affaire de l’enseignant-chercheur de la Sorbonne Guillaume Vadot qui portait plainte contre « abus d’autorité, violences volontaires aggravées, agression sexuelle aggravée, menaces, injures publiques et vol » en septembre 2016 ? Voici un article qui traite du sujet pour vous rafraîchir la mémoire au cas où : ici. Est-ce que vous vous souvenez de l’élément déclencheur de l’agression qu’a subi ce professeur ?  Exacte. Peu, s’en souviennent (je fais la go, oklm, y’a rien). Ce professeur s’est fait insulter et agressé de la sorte parce qu’il était en train de filmer une agression policière sur une femme noire de 31 ans :  Marie Florence G (je n’ai pas trouvé son nom de famille, peut-être qu’elle veut rester anonyme…). Cette dernière criait de douleur tout en étant menottée entourée de nombreuxs.e.s policièr.e.s selon le deuxième témoin qui a filmé la scène, Maurice Makwala. Il existerait donc des preuves vidéos de l’interpellation violente à laquelle à fait face Marie Florence G. Et pourtant tout au long du suivi de cette affaire, son nom n’a jamais été évoquée et la violence dont elle a subi non plus. L’attention s’est focalisée massivement sur les violences qu’ont subi le professeur (privilège blanc ah) et Maurice Makwala (privilège d’homme ah). Je voulais partir sur ce point de départ pour montrer à quel point l’invisibilisation des violences policières sur les femmes noires est conséquent. Dans cet exemple-là, on peut voir que même si l’on a des preuves solides, des témoignages et des vidéos, cela ne choque pas et n’intéresse pas le fait qu’une femme noire soit violentée par la police. On peut voir le même traitement dans l’affaire de 2015 lorsqu’un groupe de 18 lycénn.e.s racisé.e.s ont portés plainte pour violences policières. Dans les médias, les voix qui étaient misent en valeur étaient celles des garçons comme on peut le voir ici. On voit que les voix féminines racisées ne comptent pas.

 

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Et plus une femme noire sera à l’intersection des discriminations, plus on se fichera de son vécu et par conséquent des violences policières qu’elle a subi. C’est le cas par exemple des femmes noires pauvres et réfugiées de Calais, dans le Nord de la France qui subissent régulièrement le comportement violent de policièr.e.s. Il est su depuis cette année grâce au rapport rendu publique par l’organisation Human Right Watch, que les violences policières envers les migrant.e.s renoi.e.s à Calais sont quotidiennes. QUOTIDIENNES. Certaines femmes se sont d’ailleurs plusieurs fois plaintes de viol de la part des policièr.e.s. il y avait par ailleurs le témoignage d’une soudanaise noire qui s’était plaint d’avoir été violée par un policier (j’avais trouvé l’article l’an dernier mais il a disparu comme par magie, j’ai seulement le titre : IMMIGRATION. Le fonctionnaire nie avoir abusé d’une jeune Soudanaise qu’il devait accompagner dans un centre de réfugiés-si jamais quelqu’un.e arrive à le retrouver). En plus, du fait qu’elles se fassent harcelées, agressées sexuellement voire violées sur leur camp malgré la répartition en non mixité des tentes, elles ont en plus à confronter les violences policières. Mais bon vu que ce ne sont pas des Théo, ça n’intéresse pas.

 

Parce que la découverte de la culture du viol ne s’est pas faite avec l’affaire Théo pour beaucoup d’entre nous. Il existe en réalité pas mal d’histoires de viols de policiers sur des femmes racisées. Comme celle-ci par exemple. Celle d’une racisée violée par un policier lorsqu’elle était en cellule de dégrisement dans les Yvelines: ici. Il existe d’autres ici dont la race des femmes n’est pas mentionné :  ici et ici.

Ou encore cette femme racisée et non valide qui a été violentée par les policièr.e.s : http://www.bfmtv.com/police-justice/paris-une-mere-de-famille-sourde-et-muette-accuse-des-policiers-de-l-avoir-violentee-1232129.html . Celle-ci également n’aura révolter personne également malheureusement.

Egalement dans le Tumblr Paye Ta Police, il y a pas mal de témoignages de femmes racisées qui dénoncent les violences policières qu’elles ont subi. Pas seulement celles de l’ordre du harcèlement ou de l’agression sexuelle mais également celle d’ordre psychologique et morale.

Comme celle là:

 “Bah c’est bien, ça vous fait un peu de changement, pour une fois que vous n’êtes pas à mendier ou faire mendier vos enfants dans le métro.” Le policer, à qui une jeune femme Rom expliquait avoir été battue à mort par son ex-conjoint, lors d’une tentative de dépôt de plainte pour violences conjugales . Il a finalement refusé de prendre la plainte.

Ou encore celle-ci:

“Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En sortant de soirée, un homme m’a agressée et violée contre un grillage. Il m’avais menacée d’un couteau si je me débattais. J’étais terrorisée. J’ai mis une semaine pour m’en remettre et porter plainte. Au commissariat, dans le bureau j’étais seule avec le policier. Il m’a regardée d’un air sinistre, et m’a dit “Une fois ça t’a pas suffi, tu en veux encore sale pute ? Tu aimes te faire baiser comme une sauvage comme chez toi c’est ça?” En me mettant sa main entre mes jambes et en me touchant. C’était lui qui m’avait violée… j’étais pétrifiée. Il m’avait traitée de sauvage car je suis maghrébine. J’ai essayé de mettre fin à ma vie car j’avais peur de sortir de chez moi… J’ai déménagé et sors peu… je ne fais plus confiance à personne…

 

Et je voulais finir par deux affaires plus récentes, celle de Marie Reine, une femme noire qui s’est faite insultée et agressée par des policièr.e.s mysoginoiristes dont l’histoire figure ici, vous pouvez également trouver son pot commun ici.

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La militaire guadeloupéenne Morgane Blanchet, victime d’harcèlement moral et sexuel dans son camp militaire en printemps 2016, le témoignage de la concernée est ici. A soutenir impérativement! Actuellement, elle a tout perdue, est précaire et vit dans un foyer. Elle a porté plainte au printemps 2017. J’ai pas trouvé de pot commun pour son cas, si il y en a qui trouvent, qu’iels fassent signe.

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Morgane Blanchet

 

Bien sûr ce ne sont pas toutes les violences policières commis sur des femmes noires et racisées qui sont mentionnées ici. Je n’en ai sélectionné que quelques-unes parmi le lot (Google est votre ami). C’était surtout pour montrer que OUI les violences policières contre les femmes noires existent et qu’elles sont largement invisibilisées. Surtout celles qui décident de parler (car on peut comprendre qu’on ait pas d’information de celles qui n’osent pas parler). Et également un article pour inciter à toutes les femmes racisées de faire attention à la police surtout dans le cas où vous pensiez que vous ne pouviez jamais être victime de violences policières parce que vous êtes une femme. L’imaginaire collectif tendant à penser que les violences policières ne soient faites que sur des hommes racisés est à déconstruire. Les femmes noires en France ne bénéficient même pas d’hastag personnalisé pour parler de leurs expériences violentes avec la police du genre #JusticepourThéo et encore moins un hastag genre #Sayhername (comme aux US) pour visibiliser les violences policières faites aux femmes noires. Elles bénéficient encore moins de mobilisation forte (contrairement aux hommes noirs) lorsque ça les concerne. La solidarité afro a ses limites. Personne ne s’intéresse à nous, personne ne marche pour nous. Soyons vigilantes, entraidons-nous et supportons-nous.

Et n’oubliez pas de soutenir Marie Reine avec son pot commun et également Morgane Blanchet !

 

 

 

Kel Lam.

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La sorcellerie des bab

 

J’ai pensé à truc dernièrement. De plus en plus de bab se disent intersectionnell.e.s mais comment cela est même possible ?

Je pense que les bab sont vraiment des sheitans, ils ravagent tout sur leur passage, s’approprient tout et le mixe à leur sauce.

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Ca c’est l’image qui illustre le féminisme intersectionnel à la sauce bab, la bab est au centre bien couverte puisqu’à l’aise avec son féminisme bab et les autres follow dans l’ombre et puis on met une renoie quelque part pour montrer                                                         qu’on est inclusives hein                                                        Image prise ici: https://blackvoicesuw.wordpress.com/2016/11/08/how-intersectional-feminism-took-a-back-seat-for-the-2016-election/

Si il existe des féminismes intersectionnelles aujourd’hui, c’est que cela est le fruit d’un besoin vital des femmes racisé.e.s qui se retrouvent à la marge dans ce que l’on entend et comprend lorsque l’on parle de féminisme. Le terme de féminisme seul qui laisse penser dans l’esprit général une centralité sur les femmes blanches occidentales (un peu thuné). Lorsque Kimberley Crenshaw évoque le terme d’intersectionnalité en 89 à l’encontre des femmes noires c’est parce qu’elle part d’une constatation, que les problèmes que rencontrent spécifiquement les femmes noires sont complètement invisibilisés. Parce que pour les femmes racisées, il existe une intersection d’au moins deux discriminations : racisme et sexisme. Sans ajouter d’autres qui peuvent s’entasser : validisme, agisme, classisme… Ce qui fait donc que pour être féministe intersectionnelle, bah faut être racisé.e tout d’abord. LA RACE est au centre de la question de l’intersectionnalité puisque ce sont JUSTEMENT le fait que ces femmes soient racisées qui font qu’elles aient été complètement invisibilisées et effacées des questions féministes. Donc de quel droit les bab se lèvent le matin pour faire leur sorcellerie, s’approprier le concept d’intersectionnalité et lui faire perdre toute sa radicalité et son intérêt? Si t’es bab, tu peux pas te réclamer de l’intersectionnalité, c’est pour les racisé.e.s !!! Et puis de quel droit en plus, les bab se lèvent aussi de travers pour créer des groupes féministes dit inclusifs ???? Genre vous entre bab vous avez choisi que vous étiez inclusifs ??? Que vous étiez des bab tellement déconstruit.e.s, que vous acceptiez d’inclure dans votre groupe les personnes racisé.e.s, non valides, pauvres… Quel groupe minorisé est venu vers vous vous faire une autorisation ? Qui vous a certifié un diplôme en mode c’est bon VOUS ETES L’ELU.E, VOUS ETES L’ALLIE.E ??? Vous vous autodésigné inclusif? allié.e?? Même dans votre fausse inclusivité, c’est vous ensuite qui triez de ce qui relève des oppressions des minorisées ou non ? Dis donc, mais qui vous a menti comme ça qu’on avait besoin du maternalisme blanc pour résister ??

MAIS QUI A DIT AUX BAB QU’I.E.LS ETAIENT LE CENTRE DU MONDE SEIGNEUUUUUUUUUUUUUUUR.. Elles font genre c’est trop stylé, l’intersectionnalité, l’inclusivité mais c’est juste un moyen de nous voler ça pour se mettre ensuite au centre.

Tout le temps-là partout pour mettre leurs têtes aux cheveux fades dans les histoires qui les ne concernent pas. Toujours en train d’approprier les bails des racisé.e.s pour en faire du sale jusqu’à ce que personne ne reconnaisse même l’utilité ou la beauté du bail initiale. Téma l’exemple avec les coiffures kainf, tu vois des bab porter ça sur la tête on dirait qu’i.e.ls ont mis des serpillères qu’i.e.ls ont essayés d’arranger, vraiment ??? Y’en a même qui attachent les pagnes n’importe comment pour aller au travail (alors que nous les renoi.e.s essaient seulement de faire ça..) et sur le chemin quand elles te croisent elles ont le courage de te sourire en mode on est sista hein ??? AAAAAAAAA Et puis les sorcièr.e.s bab qui complotent avec elleux sont tous en mode avec leur accent de bab parisien bobo perché : c’est exotiqueeuu, c’est tellement extra les habits afrikiiin t’as acheté ça ouuù ? c’est-trop-beau ?

 

 

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Les cheveux qui ressemblent à rien, on sait pas si c’est du blé ou de la paille                                       et tout ça toujours sur notre dos                                      Image trouvé sur Google Images.

S’approprier nos coiffures, nos styles, nos vêtements, nos concepts ??? En vrai, c’est quand que vous nous laisser vivre ?? Que vous nous laisser tranquille ?? Même là où on habite maintenant vous venez nous serrer dans nos quartiers de racisé.e.s défavorisés parce que ceuuuu trop pas chers et puis ceu tellement multiculturelleennn, vous avez l’impression de voyager en restant à Pariis hann. Alors que nous on ne vous dérange pas dans vos quartiers de bobo, vous pouvez continuer de vivre chez vous entre vous là-bas. Vous vous ramenez dans nos quartiers vous investissez dans du n’importe quoi cassant l’esprit du quartier à petit feu, à Belleville on nous a enlever notre Tati, notre Fabio Lucci, notre Quick, on nous a mis un SEPHORA ???? Des Bars à Vins ???? C’est ça qu’on tchope ????

Gentrification_Paris
Téma les forts quartiers des racisé.e.s en rouge sur paname comment on est en train de disparaître au profit des vagues bab dessinées en bleu sur la carte (ces vagues vont même vers les logements sociaux weshh …). Et le graphique date d’il y a presque 10 ans, la situation a dû s’aggraver depuis. Dans bientôt i.els resteront pratiquement qu’entre bab et privilégié.e.s sur Paname. GENTRIFICATION = RACISME + CLASSISME

 

Vous vous ramenez comme ça dans nos quartiers, vous vous rendez même pas compte que nous les racisé.e.s on y est en voie de disparition à cause de vous et de l’augmentation des prix. Vous êtes le centre et vous êtes tellement colorblind, on est pire que le paysage aux yeux des bab. Avec la gentrification qui est en train de nous gâter les racisé.e.s défavorisé.e.s de Paris Est et des quartiers nords, on est obligé.e.s de s’évaporer dans des lieux éloignés en Ile de France, peu desservis en transports en commun mais surtout qui rentre dans notre budget. D’ailleurs, j’ai une pensée particulière pour nos quartiers de racisé.e.s dans le 20ème , 19ème , 18ème, 11ème , 10ème et le 12ème qui se vide à vitesse grand V de tous les racisé.e.s pour faire place à des bab bobo racistes fétichistes humanistes avec des sales accents FR perchés. Et pour les racisé.e.s aussi qui vivent dans les logements sociaux dans la soi disante couronne parisienne et qui sont elleux aussi obligés de prendre le large.

 

gentrification
La gentrification c’est du racisme.

 

Mais voyez par vous même que partout où les bab passent, tout se casse.

 

 

Kel Lam.

Propos coloristes, anti africain & cie

 

On a  tout-e-s à peu près (ou non) une définition basique du colorisme en tête : le fait que  des personnes ayant le teint clair soit valorisées au détriment des personnes ayant le teint foncé, provoquant ainsi des discriminations lourdes envers ces dernièr-e-s. Dans cette petite définition, on peut aussi y rajouter aussi les traits fins, la typologie du cheveux. On peut accessoirement élargir et ajouter aussi d’autres critères qui ne sont pas du ressort du colorisme mais du privilège occidental (vu que les deux soient liées) dont certain-e-s afrodescendantes noir-e-s bénéficient et ne s’en rendent pas forcément compte : l’accent, le passeport, le code vestimentaire, l’adoption de la culture occidentale ?

Il faut garder en tête que bien que les critères de beautés coloristes se rapprochent de la beauté occidentalo-blanche, ils ne sont pas exclusifs et propre à la beauté occidentale. Oui, il existe des personnes noires qui naissent avec des cheveux bouclés voire lisses et parfois blonds, ou avec des traits fins. Ce qui n’empêche en aucun cas que ces personnes soient noire d’ascendance africaine.

 

J’ai fais exprès de choisir des jeunes parce que je voulais pas qu’on pense que ce sont des personnes qui ont traités chimiquement leurs cheveux mais BREF. Pas besoin d’avoir la peau blanche ou claire pour avoir des traits fins, des cheveux non noirs et/ou  longs ou/et lisses ou bouclés.

Les clichés coloristes ont la vie dure et surtout qu’elles vont de pair avec les clichés coloniaux et racistes. Je ne vais pas me fatiguer à revoir ici l’historique du colorisme, comment la noirceur est perçue comme masculine voire déshumanisante alors que la clarté est synonyme de beauté, gracieuseté. Flemme.

Je vais m’attarder sur comment le colorisme contribue à insulter l’Afrique, à renforcer le sentiment anti-africain qui est déjà fort dans les sociétés occidentales. On peut voir un parallèle entre les propos coloristes, que ce soit les soi-disant « compliments » ou les insultes et la manière dont ceci est le reflet d’un rejet fort de l’Afrique et d’un dénigrement pour les peuples africains. Et je pèse mes mots, je n’exagère en rien.

Pas mal de renoies kinf vont peut-être se reconnaître dans ce passage bien qu’on pourrait écrire des milliards de romans de ce type de réflexions (rien n’a été inventé ci-dessous) :

Quand on t’aborde : « T’es martiniquaise ? » « T’es antillaise ? » « T’es guadeloupéenne ? » « T’es haïtienne ? » « T’es brésilienne ? » « T’es métisse ? » « Antillaise !! Antillaise !! » « T’es chabine ? » « T’es réunionnaise? » « Souvent des inconnu.e.s  me parlent directement créole….

Puis, quand tu sors le nom d’un pays africain : « Quoi ? Sérieux ? » « Ça existe des comme toi en Afrique ? » « Non impossible t’es trop belle pour être africaine » « Ah mais en faites-vous en (nom du pays) vous êtes pas des gens trop foncés » « Mais non tu mens les africaines elles sont très noires d’habitude » « T’es clair pour une africaine » « T’as des beaux cheveux pour une africaine »  « Ah mais t’as pas d’accent » «C’est impossible que tu sois africaine, tu fais pas du tout africaine» «Mais toi tu ne ressembles pas du tout à une africaine, tu fais antillaise» « Ah bon? mais tu fais trop martiniquaise pourtant».

J’espère que juste en lisant cela vous voyez le problème. Déjà, une personne en se basant sur votre physique se permet d’assumer vos origines sur la base du colorisme. Elle pense que la beauté est synonyme de clarté, forcément extérieur à l’Afrique ou le fruit d’un métissage. Et NON les compliments COLORISTES ne sont pas à prendre! Ils sont dégradants, c’est sale, c’est bas, c’est insultant parce que c’est au détriment d’autres renoi-e-s, c’est de la négrophobie et l’on vous fétichise par le même biais. Donc les sorcièr-e-s qui sourient ou acceptent ce genre de compliment, arrêtez. Quand une personne noire en France correspond au diktat de beauté coloriste noire (ou du moins une des caractéristiques), les gent.e.s ont tendance à penser que cette dernière est forcément originaire d’une communauté de la diaspora africaine, forcément originaire d’une île mais jamais d’Afrique ce qui est INSULTANT.

 

Détachons du cadre étasunien noir pour penser le colorisme dans le cadre français. Ce que le colorisme veut dire ici c’est que la beauté en Afrique n’existe pas, qu’elle n’existe qu’en dehors de ses frontières ou du moins dans des îles africaines dont les gent.e.s ont tendance à oublier que ce sont des parties de l’Afrique dixit Ile de la Réunion, le Cap Vert.

En France, il reprend les schèmes coloniaux avec les comparaisons idiotes haineuses posées par les autorités coloniales entre les Antilles et l’Afrique, du style :

Les personnes « belles » (synonyme de clair) sont forcément originaires des Antilles et non d’Afrique puisque là bas ils y sont tous « moches » (synonyme de foncé). C’est qu’aux Antilles tout le monde a les traits fins, en Afrique tout le monde a de gros traits, c’est qu’aux Antilles tout le monde est civilisé alors qu’en Afrique ce sont que des sauvages. C’est qu’aux Antilles tout le monde vit si bien et qu’en Afrique tout le monde vit si mal, on y croule sous la pauvreté et la saleté. C’est qu’aux Antilles il n’y a aucune culture, que le créole antillais c’est que du français mal formé, que les gent.e.s y sont bêtes et se prennent pour des blanc-h-es alors qu’en Afrique tout est authentique, il y a de vraies langues et les cultures et les traditions sont intactes et véritables, ce sont toutes des personnes fortes, battantes n’ayant aucun traumatisme psychologique des relations avec la France.

Il y a toujours ces imaginaires coloniales (et néocoloniales) qui persistent dans les esprits dans la majorité des esprits d’afrodescendant-e-s noires. Perso, quand quelqu’un s’approche de moi pour me demander si je suis antillaise, je me sens mal. J’ai compris petit à petit que la plupart de ces personnes ont en tête la vision caricaturale de femmes africaines forcément noires très foncées avec de grosses formes et des traits du visage très épais. Ou alors de jeunes femmes noires foncées avec des tissages que certain-e-s insultent avec le prénom Fatou. Et que dans les deux cas, ils trouvent cela moche. Pour ces personnes, tout-e-s les personnes qui viennent d’Afrique sont forcément moche. Ainsi, lorsque ces sorcièr-e-s rencontrent une personne africaine ou d’ascendance africaine qu’il trouve beau, c’est le choc, ils n’y croient pas.

Je me souviens encore dernièrement d’une personne non-noire qui me fit ce « compliment » entouré de nombreux hommes noirs qui n’ont même pas été choqué à minima : « Ah mais toi c’est bien tu fais pas Fatou » « Comment ça ? C’est quoi une Fatou ? » « Bah on dirait t’es antillaise, tu portes pas de tissages fatiguées, tes cheveux sont biens, même ta peau tout ça t’es bien » « Bah non je suis africaine, je suis comme elles, je suis même une Fatou » « Non tu l’es pas ».

Sorcellerie en plein jour.

Bref, j’ai compris qu’implicitement c’est mon continent qu’on insulte, les pays et les peuples qui y sont. Ce sont mes gent.e.s et moi-même. Je ne vais pas jamais m’excuser de cela, je suis africaine et je suis fière de l’être. Avec ce colorisme colonial anti-africain, on néglige d’abord que les femmes noires foncées sont belles qu’on caricature ici à la bonne dose occidentale (l’image de la tanti renoi énervée, de la maman renoi masculine ou qui s’éclaircit, merci les hommes noirs pseudos comédiens pour le renforcement du stéréotype)  mais aussi on néglige qu’il existe une diversité de femmes qui existe en Afrique, qui ne sont pas tout-e-s foncées ou noires d’ailleurs. L’Afrique est un continent tout comme l’est l’Europe, l’Asie. Dans vos post censés représenter les beautés africaines où sont les Albinos ? les Maures ? les Handicapées? les Berbères ? les Malgaches ? les Peuls? les Réunionnais-e-s? les Vieilles ? …

 

 

 

   

Quand est-ce que les gent.e.s vont marquer au fer rouge dans leurs esprits qu’il existe une diversité africaine extraordinairement riche et belle ? Que ça vous plaise ou non l’Afrique n’a rien à avoir avec les idées coloniales françaises et belges. L’Afrique n’est pas le continent noir, ce n’est pas un continent divisé en deux parties coloniales : Afrique blanche, Afrique noire : ça n’existe pas. Et oui l’Afrique du Nord il n’y a pas que des arabes non il y a une diversité ethnique forte dans cette région africaine. Votre anti africanisme et votre négrophobie s’arrête là. Que vous aimez ou pas il existe une diversité de faciès dans toute l’Afrique entière, OUI  même en Afrique de l’OUEST, OUI !! 

Et oui la Mayotte, Madagascar et l’Ile de Réunion et le Cap-Vert font partie de l’Afrique !!!!!

Quand vous êtes en face de ce genre de situation n’hésitez pas à prendre la parole, arrêtez d’accepter qu’on vous fasse des faux compliments coloriste anti africain à la con comme ça parce que vous méritez mieux et l’Afrique aussi.

 

 

/!\ D’ailleurs, ce passing-antillais me fait penser aussi à toutes les bêtises anti-antillaises que l’on a pu me dire bien que je ne sois pas antillaise. Apparemment les femmes antillaises seraient pas sérieuses, seraient faciles, n’auraient aucune valeur, pas de principes et aucune culture?? Les personnes qui sous estiment la valeur DES cultures et des langues antillaises peuvent aller se pendre. Honnêtement vous devriez vous sérieusement vous pencher sur les créoles et les cultures antillaises, vous avez tord de ne pas le faire. Vous y verrez beaucoup de ressemblances entre les cultures afrodescendantes entre elles mais aussi le lien d’africanité qui existe en plus de similitudes entre les cultures africaines et antillaises. Surtout si vous êtes pro-noir-e et ou panafricain-e, comment est ce que vous pouvez envisager la lutte sans prendre les pays antillais en considération??? Comment??? Haiti?? Martinique?? Guadeloupe?? Jamaique?? Trinité et Tobago??.. Ainsi que les autres pays colonisés par la France comme la Nouvelle-Calédonie ou Mayotte.

Les populations antillaises sont à considérer, leurs parcours politiques résistant n’est pas à négliger. Il n’y a plus résistant que le parcours de ces afrodescendant-e-s arrivé-e-s en terre inconnue qui ont pu à partir de pratiquement rien reconstruire des cultures et des langages qui leurs sont propres.

 

 

 

                                                                                                                                               Kel Lam

#BlackLivesMatter… Pardon, mais lesquelles?

 

#BlackLivesMatter est un mouvement de résistance noir étasunien crée par trois femmes noires queer Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. Un mouvement qui vise à montrer que la vie des noir-e-s compte dans un monde négrophobe où justement nos vies ne comptent pas aux yeux de bon nombre de non-noir-e-s (voire aussi des noir-e-s). J’avais envie dans ce post de questionner ce mouvement, y soumettre des opinions que peut être d’autres noir-e-s se sont posé-e-s au vue de l’ampleur de la popularité actuelle de ce mouvement en dehors des Etats-Unis.

 

L’an dernier fin juin, lors d’une Rencontre à la Bellevilloise à l’occasion de la projection du film Les Marches de la liberté réalisé par Rokhaya Diallo, étaient présent-e-s des activistes étasunienn-e-s, plus précisément de Ferguson venu-e-s. Je me souviens d’une phrase d’un activiste qui m’a marqué, celui-ci disait que lorsque l’un-e d’entre elles/eux se faisait assassiné-e, nous ici en France devions automatiquement sortir dehors pour protester et montrer notre solidarité

 

De la solidarité, si vous êtes noir-e étasunienn-e, c’est en veux-tu en voilà ! En ce moment partout, on peut voir la diaspora africaine et afrodescendante noire manifester partout dans le monde son soutien pour les noir-e-s étasunienn-e-s. Que ce soit en Irlande, au Canada, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Afrique du Sud, au Brésil, au Burkina Faso, au Nigeria ou encore au Sénégal, la communauté afro se lève pour montrer leur solidarité que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les rues. Quand vous voyez ça, vous vous dites, waouh c’est cool, on est vraiment uni-e-s ! M’enfin…

 

BLMAFR

 

En voyant cet élan de solidarité partout à travers le monde, on ne peut que constater l’hypervisibilité de la communauté noire étasunienne, de sa culture, de son histoire et de son expérience. Lorsque le #BlackLivesMatter est brandi à travers le monde, on voit bien que ce mouvement ne s’applique pas aux noir-e-s afrodescendant-e-s et encore moins aux africain-e-s noir-e-s du monde entier et pourtant des crimes négrophobes, des tueries ou génocides qui ne touchent que nous à travers le monde cela ne manque pas dans ce monde raciste. Cela traduit malheureusement d’une sorte d’hiérarchie des vies des noir-e-s au niveau global.

Qu’il soit question des crimes négrophobes en masse en quantité semblables voire beaucoup plus importante qu’aux USA, il en existe et pourtant cela ne bénéficie pas de la même ampleur médiatique ou populaire…

Qu’il soit question des génocides négrophobes au Congo, en Ouest Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore au Brésil, aucun ne bénéficie de soutien palpable sur les réseaux sociaux et encore moins dans les rues.

 

Dernièrement encore ici en France, une Erythréenne a été tuée percuter par un poids lourd à Calais (tueries qui arrivent régulièrement là-bas), aussi un jeune comorien a été retrouvé mort dans un commissariat à Marseille, un nigérian s’est aussi fait assassiné en Italie… N’empêche, aucun soutien massif des afrodescendant-e-s et africain-e-s noir-e-s ne s’est fait sentir sur les réseaux sociaux ou dans les rues semblables à ceux prodiguer pour les victimes noir-e-s étasunienn-e-s. Oui, c’est ça l’autre versant de l’hypervisibilité et du privilège des noir-e-s étasunienn-e-s, cela fait que nous nous désintéressons, oublions voire minimisons ce qui se passe chez nous, voire à deux pas de chez nous ou ailleurs en grande quantité au profit de ce qui se passe des kilomètres de chez nous. Peut-on parler de la situation en Mayotte ? De la criminalité et de l’insécurité en Guadeloupe et en Martinique ? De la situation au Nord Mali? En Centrafrique ou au Burundi?  De Cynthia Vechel ou D’Alexander Brengtsson ?

 

On est toutes et tous là à montrer notre soutien pratiquement automatique pour les étasunienn-e-s noir-e-s mais est-ce qu’ils/elles NOUS soutiennent ?? Quand est-ce la dernière fois que l’on a entendu parler de manifestation de soutien de la communauté noire étasunienne pour une autre communauté noire de la diaspora ou pour une communauté africaine ou caribéenne ? Lorsqu’il y avait des crimes contre des Haitienn-e-s en République Dominicaine, lorsqu’il y a eu tueries et viols en Côte d’Ivoire à cause du conflit Gbagbo-Ouattara, lorsqu’il y a eu les révoltes sociales noires aux Pays-Bas et en Suède… Perso, je n’ai pas encore entendu. Ne serait-ce que pour montrer une solidarité sur les réseaux sociaux ? Avec une communauté nigériane aux USA qui se fait de plus en plus grande, on aurait pu penser qu’il y aurait pu y avoir des ponts réalisés entre les deux communautés, surtout avec l’actualité politique actuelle : le groupe terroriste Boko Haram qui sévit en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Qu’en est-il d’au moins manifester leur soutien aux personnes noir-e-s présent-e-s sur le même continent qu’elles/qu’eux? Au Canada ? Au Venezuela ? Au Brésil ? En Argentine ? Au Mexique ? NO INFO. Je veux pas être méchante mais je questionne seulement.

 

Mais bon, on ne peut pas les blâmer les noir-e-s étasunienn-e-s de « profiter » (consciemment ou non) de leur privilège d’hypervisibilisation pour concentrer la question des crimes négrophobes et de la négrophobie sur elles/eux, n’est-ce pas… Et ainsi de faire croire ou de laisser penser au monde occidentalo-blanc, que la question raciale comme ITélé aime le dire est une problématique étasunienne. Que la négrophobie c’est qu’aux Etats-Unis et qu’ailleurs tout est mieux..

 

Bien que la question soit en réalité globale, il faut se rendre à l’évidence que le #BlackLivesMatter n’a été élaboré QUE les personnes noires aux Etats-Unis. Il n’est nullement élaboré pour nous autres vivant en Afrique, en Europe, aux Antilles, en Asie, en Amérique Latine, en Amérique du Nord (E.U non compris) ou au Moyen-Orient, que celles et ceux qui pensent le contraire cessent le mensonge. En tout cas, à l’instant actuel, ce sont les faits. Il s’agit d’un mouvement se voulant global pourtant en dépit du fait que la négrophobie, elle soit globale, ce mouvement n’est représentatif et bénéfique QUE pour les étasunienn-e-s noir-e-s vu qu’il ne visibilise qu’elles/eux. A aucun moment ce mouvement se sert de son hypervisibilité pour adresser de la condition des noir-e-s ailleurs qu’aux Etats-Unis. Avec ce mouvement, je n’ai pas l’impression que le message passé est que la vie des noir-e-s comptent mais plutôt la vie des noir-e-s étasunienn-e-s comptent. D’ailleurs, on peut même se poser la question sur le pourquoi du manque d’effort des étasunienn-e-s noir-e-s à monter ce slogan revendicatif contre la négrophobie à l’échelle mondiale ce qui pourrait justement être bénéfique pour l’ensemble des afrodescendant-e-s noir-e-s. Mais on ne peut pas les blâmer de produire des choses uniquement pour leur communauté, n’est ce pas?

 

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 #UNITEDWEFIGHT, oui mais on s’unit SEULEMENT pour vous ou pour NOUS TOUT-E-S/ TOUS???

 

Élever justement la lutte à une échelle beaucoup plus large ferait perdre un peu (m’enfin c’est ce que j’espère…) l’hypervisibilité des expériences étasuniennes noires à nos yeux pour permettre une mise en avant des expériences noires dans des lieux dont on ne pense pas, comme en Israël, au Pakistan, en Chine, en Irak, en Russie, en Algérie, en Australie…

 

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Je me rappelle avoir vu cette image partagé sur le FB d’Afropunk, à première vue, je me suis dis wow ces personnes ont enfin compris-es qu’il existe d’autres noir-e-s hors E.U, que NOUS AUSSI on compte TOUT-E-S mais NON en faites ce slogan revendicatif est limité aux E.U (dixit: liberal/republican qui met la puce à l’oreille). Puis, il manque le EVERYWHERE à la fin…

 

 

Un #TOUTESLESVIESNOIRESCOMPTENTPARTOUT ou #ALLBLACKLIVESMATTEREVERYWHERE a ainsi à mon avis beaucoup plus d’impact au niveau politique et international. Il permet de NOUS rendre TOUTES/TOUS VISIBLES qui que nous soyons, où que nous nous trouvons. Quel que soit notre religion, notre genre, notre ethnie, notre orientation sexuelle, notre appartenance géographique, notre condition physique, notre condition mentale, notre milieu social, nos origines…

Parce qu’en vrai, nous tout-e-s et tous en tant que noir-e-s avons des vies qui comptent et ce quelque soit l’endroit où nous nous trouvons.

 

 

 

Kel Lam.

 

L’inexistence de représentation des couples noirs dans le cinéma français au profit du couple mixte

Parce que les représentations comptent…

**Le titre parle DES couples noirs au profit DU couple mixte parce que j’estime qu’au lieu d’avoir la représentation de la diversité du couple noir, on nous invisibilise en nous représentant par le couple mixte, en général valide et hétérosexuel.

**Aussi en vrai on peut élargir et ne pas se contenter seulement de parler de cinéma français mais de l’espace artistique français en générale. 

Un petit post pour faire écho à la fin de l’article précédent « C’est quoi ton type ? » où je parlais des personnes racisées qui privilégient d’autres racisées ou des personnes de même couleur qu’elles dans les relations amoureuses. J’en suis venue à me questionner sur la représentation de ces couples racisés sur le grand écran français. Pour enfin arriver à la conclusion que notre chère société française prône excessivement les couples mixtes: un-e blanc-he avec un-e racisé-e. Mais en tant que noire, je me suis surtout concentrée sur les noir-e-s, c’est pour cela que le post concerne l’inexistence de représentation des couples noirs. Cependant, il faut admettre que la représentation de l’ensemble des couples racisés dans le cinéma français est catastrophique.

Regardant de temps en temps les films français, j’ai fais le constat que quelque soit la représentation cinématographique française du couple, les couples noirs (j’entends par là tous les types de couples noirs-de tout genre, classe, valide ou non, etc-) n’y figurent jamais. Rare sont les fois où ils sont exposés de manière non discriminatoire, sans clichés, dans un cadre non humoristique, et surtout les MONTRANT HEUREUX ENSEMBLE. Or LES REPRÉSENTATIONS COMPTENT!!

 

 

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Thomas Ngijol et Claudia Tagbo dans « Le Crocodile du Bostwanga »

 

 

Souvent dans le cinéma français, pour montrer un-e noir-e en couple, on va surtout nous montrer un-e noir-e en couple avec un blanc-he, avec un message subliminal mais à peine caché que le couple mixte et le métissage sont la solution au racisme et que ce sont des facteurs qui montrent que tout le monde vit heureux dans le plus beau des mondes.

SPOILER ALERT : C’est faux !

 

 

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LES POUPÉES RUSSES, Romain Duris, Aissa Maiga, 2005, (c) IFC Films

 

 

 

 

 

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Aissa Maiga et Max Boublil dans « Prêt à tout »

 

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Thomas Ngijol et Karole Rocher dans « Fastlife »
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Louis Denis Lion et Audrey Lamy dans la série « Scènes de Ménages ». Bon, il ne s’agit pas d’un film mais ce couple a une telle popularité que j’ai pas pu résisté… A quand un couple NOIR dans « Scènes de ménages »?
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Omar Sy et Charlotte Gainsbourg dans « Samba »

 

Ce ne sont que des exemples parmi d’autres, mais bien évidemment, il y en a sûrement d’autres. Et comme souvent, les hommes noirs sont beaucoup plus à l’affiche que les femmes noires. Mais surtout, les rôles joués par les actrices/acteurs noir-e-s sont malheureusement souvent stéréotypés.

 

Pour revenir à mon spoiler alert, on sait très bien que c’est faux. Ce n’est pas parce que les racisé-e-s se mettent en couple avec des blanc-he-s que cela veut dire que le racisme est terminé. Prenons l’exemple du Brésil, apparemment le pays le plus métissé du monde, la négrophobie et la mysoginoir y bat des records et pourtant il existe une population métisse et noire importante. Petite digression, voici une petite occasion pour rappeler que ce n’est pas parce que vous êtes blanc-he-s et que vous couchez avec un-e noir-e (ou un-e racisé-e) que cela veut dire que vous n’êtes pas ou plus (MDR…) racisteoui parce que cela ne se passe pas comme une vaccination guérisseuse instantanée d’une maladieou que le racisme n’existe plus dans le monde entier.

 

Les couples noirs n’ont pas de représentation dans le paysage cinématographique français. D’ailleurs on pourrait élargir à la représentation en général dans la société comme je l’ai dis un peu plus tôt, représentation qui est elle assez mauvaise. Par exemple, lorsqu’un couple hétérosexuel noir et valide (parce que oui, vu l’hétéronormativité, le validisme et la négrophobie actuelle, les noir-e-s non hétéro, non valide sont carrément invisibles pour ce qui est de la représentation générale) est représenté dans les publicités, c’est souvent dans le cadre de la prévention du SIDA. Comme celle-ci datant de l’an dernier:

 

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Campagne de sensibilisation pour le dépistage du VIH SIDA (d’ailleurs là comme par hasard, on choisit bien des noir-e-s au teint plus foncés, traits négroïdes prononcés avec en plus coiffure afro, cheveux crépus et locksés… Oui, là on a le droit à notre représentation)

 

 

Il n’existe pas (voire trop rarement puisque je ne connais pas l’ensemble des films français) de couples noirs à l’écran français heureux qui donnent envie de rêver. Et je ne parle même pas de rôles principaux, même en tant que rôles secondaires ou de figurations, on est très souvent déçu-e-s. Je trouve dommageable qu’en tant que français-e-s, qu’à chaque fois que l’on ait besoin d’avoir une représentation des couples noirs, que l’on soit constamment obligé de devoir se tourner vers le monde anglophone ou vers le cinéma africain, caribéen voire sud-américain.

N’existe-il pas des couples noirs en France? Pourquoi cette forte invisibilisation de l’amour entre deux personnes noires à l’écran? Cela pose t-il un problème au cinéma français d’avoir à l’écran deux personnes noires amoureuses l’une de l’autre? Les couples noirs font-ils peur, sérieusement?  A quand un film ou une série avec un couple noir heureux, amoureux sans clichés, sans stéréotypes, ni discriminations? Ou même si les personnages ne sont pas forcément amoureux, au moins qu’on nous montre plus de représentativité des relations amoureuses entre noir-e-s en France avec tout ce qui a de diversité sociale, économique, de genre, de culture…

Nous aussi, nous avons bien droit à nos histoires d’amour à l’écran, non? Pourquoi n’existe-t-il toujours pas de films français romantiques (comme Jeux d’Enfants ou encore Amour & Turbulences) avec un couple noir en tête d’affiche ? Nous aussi on mérite des films français comme Love & Basketball ou Love Jones.

Bref, on mérite nos représentations amoureuses mais nous ne l’avons pas. Il serait donc temps de créer nos propres espaces, avec nos propres films, séries, web-séries par nous et pour nous. Parce qu’à allure où va notre société, si l’on prend pas les choses en main, la situation ne peut qu’empirer ou se déboucher hyper lentement (dixit attendre un ou deux siècles pour la sortie d’un film représentant un casting majoritairement noir avec une belle histoire d’amour comme script). On va pas attendre qu’on nous normalise pour avoir une visibilité dans cette société conservatrice française pour que les choses bougent.

Alors n’hésitez pas !! Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous êtes en couple, inondez les réseaux sociaux, rendez-vous visibles! Partout, sur Instagram, Twitter, Facebook… Si vous êtes célibataires, prenez les autres couples afro en photo et patientez, ne soyez pas rabat-joie, votre tour arrivera un jour… (Mdr, petite blague deuspi…). Non la vie ne se limite à être en couple, même en tant que célibataire, inondez les réseaux sociaux par votre beauté et celles de vos ami-e-s, votre famille, vos proches. 

Afrodescendant-e-s noir-e-s français-e-s, si vous avez toujours hésitez à vous lancer dans la cinématographie ou la photographie, lancez-vous, n’ayez pas peur! On a besoin de votre talent pour nous montrer de beaux couples noirs en photo ou en vidéo. On a besoin de noir-e-s issu-e-s de la communauté pour une représentation juste, avoir quelque chose qui nous ressemble et auquel on peut s’identifier. N’hésitez plus à faire des films courts, des séries, des podcasts pour nous donner un peu plus de représentation! Que ce soit réalisé avec un téléphone portable, un appareil photo ou une caméra, bas de gamme ou haut de gamme, n’ayez pas honte et lancez-vous! N’oubliez pas, une contribution, même petite, reste une contribution et cela compte!

 

Sinon, si certain-e-s d’entre vous connaissent déjà des productions qui ont été réalisées-même petite- sur ce thème, veuillez faire tourner pour que l’on puisse aussi faire tourner! 🙂

 

 

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Photo d’un couple noir trouvé au hasard sur Google Image. Pour info, j’ai dû taper « black couple in love » pour trouver de belles photos de couples noirs amoureux. Parce qu’en français, « couple noir amoureux », ça n’existe pas. Juste pour vous montrer à quel point la situation en France est désastreuse…

 

 

Kel Lam.

 

L’écho des Sistas

 

 

Petit post spécial pour la communauté afrodescendante

 

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Image prise du Facebook de l’Echo des Sistas

 

 

L’Echo des Sistas est un nouveau Tumblr dont j’apprécie énormément l’initiative et de ce fait j’ai décidé de vous le faire partager. Il s’agit d’un Tumblr crée pour les afrodescendant.e.s s’identifiant comme tel.l.e.s. Ce Tumblr n’est pas fait pour les hommes cis. L’Echo des Sistas a pour vocation d’être un espace safe pour les afrodescentant-e-s où ils/elles peuvent écrire leurs échos, leurs pensées, leurs confessions…

 

Etant à peu près sur le même concept que le Tumblr Black Women Confessions, l’Echo des Sistas est une innovation dans l’espace francophone à mon avis. Je n’ai personnellement toujours pas perçu de blog ou d’espace francophone qui permettait de libérer nos paroles. Pour moi, cela est surtout innovant dans le sens où il s’agit d’un espace safe. Il permet ainsi aux afrodescent-e-s d’avoir une plateforme où ils/elles peuvent s’exprimer sans honte, sans peur. On peut ainsi prendre la parole, nous livrer ANONYMEMENT  sur nos expériences, sur nos oppressions, nos sentiments, nos questionnements, nos échecs, nos joies, nos réussites, nos pertes, nos angoissses et notre quotidien. Que ce soit du positif ou du négatif, tout est permis sauf si l’écho est « insultant/haineux, transphobe, misogynoiriste, queerphobe, acephobe(ace pour asexuel.le/aromantique), grossophobe, sexiste(dont slut-shaming), raciste, islamophobe, validiste(physique, psychique & mentale »*.

Bref, une initiative à suivre et à partager!

 

 

Donc les Afrodescendant-e-s, à vos claviers et surtout n’hésitez pas à le faire partager à d’autres sistas.

L’Echo des Sistas sur FACEBOOK TUMBLR 

 

 

*Texte en italique pris du Tumblr de l’Echo des Sistas 

 

 

Kel Lam

 

C’est quoi ton type?

Parlons apparences, physique et relations. Je ne vais pas m’attarder à parler « amour » dans ce post, puisque soyons fran-ch-es, lorsque l’on parle amour logiquement on n’évoque pas le physique alors qu’ici c’est principalement ce que je vais faire en parlant de « type ». Ce que j’entends par type est l’apparence physique.

Nous sommes actuellement dans une société française dans laquelle le paraître compte énormément et où nous sommes souvent défini-e-s malgré nous (surtout nous les racisé-e-s) par des stéréotypes -souvent- discriminatoires du fait de notre apparence. Nous nous trouvons dans une société qui nous apprend à avoir un-e compagne/ compagnon avec un certain physique. Elle nous impose des règles de perception physique à suivre.  Ainsi seront jugés les formes, les courbes, les traits, la chevelure et sa texture, la couleur de peau et son teint (régulier ou non, hyperpigmenté ou non etc), la couleur des yeux, le corps non valide et bien d’autres caractéristiques physiques. Elle nous apprend qu’est ce qui est acceptable chez l’autre (et chez NOUS aussi) et ce qui ne l’est pas. On se concentrera alors dans ce post sur l’apparence physique et de son influence dans les relations amoureuses et sexuelles. Puisqu’en effet, sous la question « C’est quoi ton type ? » se cache l’expression décomplexée et normalisée du racisme, du colorisme et du privilège blanc.

Bien que montrant le racisme normalisé de la société française, cette question est courante et populaire. Une grande partie de la population française tend à avoir un type. Traduisez une grande partie de la population française a une perception discriminante (raciste, sexiste, validiste…) des physiques.

C’est quoi ton type ? AUCUN. Ça devrait être votre réponse spontanée, non construite incluant tout-e-s les racisé-e-s et les blanc-h-e-s à cette question.  Normalement, si vous avez un minimum de conscience sociale et que vous n’êtes pas raciste (ou raciste avec vous-même pour les racisé-e-s-, si vous ne comprenez pas, vous allez saisir d’ici la fin du texte), VOUS N’AVEZ PAS DE TYPE PRECONCU. Vous n’avez même pas idée à ce qu’elle/qu’il peut bien ressembler avant de l’avoir rencontré.

Avoir un type c’est avoir une image construite, un idéal forcément issu de la société de la suprématie blanche. En général, le physique type parfait est le suivant : blanc-he , brun-e, blond-e, un corps valide (jamais ouvertement mentionné puisque sous-entendu sans complexe), légèrement musclé pour le genre masculin ou avec des formes légères pour le genre féminin , yeux marrons, bleus ou vert, cheveux lisses ou au pire –légèrement -bouclés. Là je suis sure que nous avons tous des images de ce type qui défilent dans notre cerveau. Mais on ne va pas se limiter à cela, on va aller plus loin. Puisque la suprématie blanche a mis en place des standards de beauté occidentalo-blanches, en découle alors le colorisme, le racisme et tout ce qui s’en suit.

 

Du coup, avoir à tout prix un type relève aussi de la fétichisation, du complexe en plus du racisme. Pourquoi ?

 

                 De la fétichisation : C’est lorsqu’une personne est attirée par vous seulement à cause de votre couleur de peau et des stéréotypes racistes qui en découlent. La notion de fétichisation est donc très large. Elle ne concerne pas seulement l’aspect sexuel mais je choisis personnellement de mettre l’accent dessus ici puisqu’il est en rapport avec le post. Alors qu’est ce qu’est la chosification sexuelle d’une personne racisée ? Vous ne la trouvez pas belle (bien qu’elle le soit), vous ne lui trouvez rien d’exceptionnelle. Seulement, du fait de sa couleur de peau qui n’est pas blanc-h-e, vous la trouvez exotique, vous l’hypersexualisez, vous fantasmez sexuellement sur son corps, sur ce qu’elle représente, ce qu’elle va vous apporter sexuellement. Vous en faites votre chose sexuelle dans votre imaginaire et pas que, aussi dans le réel. Vous voyez la personne racisée en face de vous, non comme votre semblable, un être humain mais comme l’autre, comme un corps étranger non humain, un outil sexuellement excitant. Par exemple, il existe une forte fétichisation des hommes et femmes noir-e-s. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des préjugés sur le sexe des hommes noirs ? Ou sur l’extravagance de la  sexualité des femmes noires au lit ?

 

 

                Du complexe : Qu’est-ce que j’entends par là ? Une personne racisée complexée du fait de sa couleur de peau et de ce qu’elle représente dans la société, ici française. Du coup, dans ce cas-là, il faut que mon autre (tout sauf ce que je suis) puisse compenser mon manque, me sauver, et sauver ma progéniture- par extension-, exemple en ayant un enfant métis. Avoir un enfant métis à tout prix dans ce cadre complexé est le reflet d’une fétichisation de l’enfant métisse (en général, enfant métissé blanc-he et racisé), vu par certaines personnes comme une réussite sociale. En gros, c’est « Je me déteste donc je déteste mon autre, mon semblable, qui est de la même couleur que moi », c’est ce que j’entends par être racisme envers soi-même, c’est le racisme intégré. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, voici un exemple. Les hommes noirs et femmes noires qui disent constamment : NON, NON je ne sors pas avec des noir-e-s. Oui, c’est parce que souvent ils se détestent eux-mêmes, s’ils pouvaient changer de couleur, ils le feraient. Ce sont des personnes complexées, souvent remplis d’énormes préjugés et stéréotypes sur leurs semblables noir-e-s provenant de l’image dégradante donné par la société.

 

                Du racisme : Tout d’abord, je pense à toutes les blanches et tous les blancs qui ne se posent jamais de question dans leurs choix amoureux et sexuelles, pour qui leur moitié, c’est eux/elles dans l’autre. En gros, leurs choix sont QUE et SEULEMENT des personnes blanches, ce sont souvent des personnes type physique comme décrit précédemment. Pourtant, personne ne se pose de questions sur le pourquoi de leurs choix et encore moins eux-mêmes. Oui, vous connaissez une personne blanche comme ça, c’est assez commun. A la question pourquoi est-ce que tu ne sors qu’avec des blanc-hes ? Ils ne sauront pas quoi vous répondre, ils balbutieront. Cela parce qu’ils ne se posent pas de question puisqu’ils sont blanc-h-es, c’est le privilège blanc, les standards de beauté sont occidentalo-blancs donc en gros même si ils sont conscient-e-s de tout cela, certain-e-s préfèreront rester dans la norme. Sauf bien sûr, si c’est pour s’amuser de temps en temps, pourquoi pas essayer, hein ? Chosifier et fétichiser de temps en temps. Tu connais ces phrases racistes à la con : Je ne sais pas, c’est comment un-e noir-e au lit? Je veux bien essayer.

 

Bref, ensuite, on a les stéréotypes racistes qui empêchent les individus racisés d’interagir émotionnellement ou sexuellement entre eux. Vous connaissez ou pas ? Afin de ne pas reproduire la violence des propos, je ne les écrierais pas si dessous. Mais partout sur les réseaux sociaux et même dans la vie quotidienne, on entend souvent des stéréotypes racistes (mysoginoir, négrophobie, arabophobie, asiaphobie..) sur les racisé-e-s en ce qui concerne les relations amoureuses et sexuelles. Comme vous le remarquez, je précise bien les stéréotypes raciste sur les racisé-e-s car il n’y en a pas sur les blanc-h-es parce que le racisme anti-blanc n’existe pas. Juste une petite piqûre de rappel.

Du coup, à cause de ce genre de stéréotypes que les gens ont, certaines personnes racisées sélectionnent de par la couleur de peau avec qui choisir ou n’approchent que des personnes de la même couleur de peau qu’elles. On l’a vu tout à l’heure pour les blanc-h-es, que la raison était le privilège blanc qui les aveuglaient. Mais dans le cas des racisé-e-s ?

OUI, il existe des racisé-e-s qui ne choisissent de sortir qu’avec des personnes de la même couleur de peau qu’eux/qu’elles et NON, ce n’est pas du racisme. Par exemple, je suis un homme pro-noir vivant en France, conscient socialement, je ne regarde que la couleur de peau lorsque j’approche une personne que ce soit pour une relation amoureuse ou seulement sexuelle. Je ne veux sortir qu’avec des noir-e-s comme moi, parce que mon choix est social et/ou politique, il n’est plus personnel. Je ne sors pas avec parce que je l’aime (mais avec le temps, on ne sait jamais, hein!) ou parce que la personne m’attire émotionnellement mais parce qu’elle est noire (avec le bonus du physique en général qui passe crème). Je suis dans l’optique de rechercher la personne qui me ressemble le plus, pas seulement par rapport à la couleur de peau mais aussi parfois au niveau de la conscientisation, une personne qui soit en accord avec ma vision de déconstruction de suprématie blanche. J’agis ainsi en tant qu’outil humain, je me sacrifie en mettant de côté mes émotions. Je ne m’intéresse qu’aux noir-e-s aussi car je vis dans la psychose de l’extinction du peuple noir dont je ne veux pas être complice. Cet exemple peut sembler exagérer mais à peine, il est tiré de vraies conversations que j’ai eue à avoir avec diverses personnes noires.

Personnellement, je trouve dommageable le fait de se focaliser sur la couleur de peau en premier lieu. De parler de sacrifice, de ne pas s’ouvrir sentimentalement, de faire comme si le mot « aimer » ne faisait pas partir de votre vocabulaire. Nous ne sommes pas des machines. Vous avez des sentiments, exprimez les. Cessez de d’agir comme des robots, si vous le faites, vous êtes des humain-e-s aussi. Juste une piqûre de rappel. L’amour, le ressenti, les sentiments c’est aussi pour les racisé-e-s.

Et si par exemple, vous êtes noir-e et que vous aimez un-e arabe ou un-e asiatique? Vous préférez faire semblant, vous mettre absolument avec un-e noir-e, juste pour la cause? Pour faire bien? Pour montrer que vous n’êtes pas un-e traître et que vous êtes une personne intègre? Vous savez, ce n’est pas votre partenaire qui définit votre niveau d’intégrité dans votre cause contre la négrophobie, plusieurs personnalités nous l’ont démontré avant nous : Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Frantz Fanon, Alice Walker, Lorraine Hansberry…

 

Cependant, il est compréhensible pour moi que certain-e-s racisé-e-s privilégient les racisé-es ou alors leurs semblables elles/ils ne veulent pas à avoir à souffrir de racisme, fétichisation, de chosification et autre. Là dessus, dans ce cas là, je n’ai rien à redire.

 

La prochaine fois que vous serez attiré-e physiquement par une personne, posez-vous sincèrement la question, pourquoi cette personne vous attire-t-elle ?

 

Kel Lam

Racisme Anti-Blanc ?

Qu’est-ce que l’on appelle « racisme anti-blanc » ? De quoi s’agit-il ? Et pourquoi existe-il une controverse chez certain-e-s racisé-e-s par rapport à ce terme ?

N’étant pas blanche et ne l’ayant jamais subie, j’ai voulu me renseigner sur le sujet. J’ai décidé de lire des témoignages de personnes ayant subies le racisme anti-blanc. Je me suis résolue à lire l’essai Racisme anti-blanc : ne pas en parler un déni de réalité de Tarik Yildiz. Un petit essai d’une cinquantaine de page (empruntable dans les bibliothèques universitaires). Cet essai est composé d’entretiens de victimes d’agressions relatant des expériences vécues de racisme anti-blanc par des adolescents, des jeunes, des adultes. Je vais le spoiler ci-dessus (bien qu’il n’y ait pas vraiment grand-chose à spoiler)…  En lisant ce mini corpus, j’eus l’impression de lire une succession d’arguments déconstruisant le racisme anti-blanc montrant aussi que la dénonciation de ce racisme tend à une invisibilisation du racisme réel.

 

Racisme de Moshe Yefet La main blanche (on peut supposer d'un genre féminin) invisibilisant, empêchant l'expression de la femme noire.
Racisme du photographe Moshe Yefet
La main blanche (que l’on peut supposer d’un genre féminin) invisibilisant et empêchant l’expression-du racisme et du sexisme- de la femme Noire.

Qu’est le racisme anti-blanc aux yeux des victimes d’agression ?

Souvent, les victimes enquêtées disent être agressées parce qu’ils/elles sont français-e-s. Ainsi, à la page 13, on peut y lire par exemple : « J’avais la haine agressé physiquement et verbalement parce que français » ? Français ? Où se trouve la problématique de la race ? Ou bien ont-ils seulement une vision excluante et raciste de la nation française en pensant que français est forcément synonyme de blancheur… Il y a d’ailleurs dans ce génial l’essai, une continuelle distinction faite par les personnes enquêtées qui vise à séparer les Français-e-s des Arabes et des Noir-e-s, comme si ces derniers ne faisaient pas partie de la population française. Exemple : «Tout le monde pense tout de suite au racisme des Français envers les Arabes ou les Noirs ». On comprend qu’il y a un EUX vs NOUS et que ce sont les Français VS les Arabes et les Noir-e-s. C’est vrai que c’est impossible d’être français-e et arabe ? Ou français-e et noir-e, hein ?

Tout d’abord, jusqu’à preuve du contraire, le racisme n’est pas le fait de se faire agresser en raison de sa nationalité. Mais bien à cause de sa couleur de peau. Lorsque l’on se fait agresser physiquement, verbalement (quelque soit la forme) en raison de sa nationalité, cela s’appelle de la xénophobie. Il faut cesser d’employer n’importe quel terme pour n’importe quoi. Ouvrir un dictionnaire ou réaliser des recherches ça ne fait pas de mal. Dès lors, je ne vois pas en quoi le  racisme anti-français peut exister. Et pour cause encore à la page 19, on retrouve cette vision irréfléchie « Quand on dit racisme, personne ne pense au racisme anti-français » ! C’est NORMAL,  et je pense que c’est parce que cela n’existe pas.

Ce qui saute aux yeux avec ces expressions, c’est que ces victimes qui disent subir ce racisme anti-blanc, oublient qu’ils/qu’elles sont blancs/blanches. Alors qu’ils/qu’elles sont censé-e-s dénoncer  une discrimination raciale basé sur leur blancheur, non ? C’est le but premier, non ?

Les Français-e-s Blancs et Blanches s’oublient. Ils trouvent différents « synonymes » pour ne pas dire blanc-he-s. Il y a le  « car ils/elles sont français-e-s » (de pure souche, hein ?), « car ils/elles  sont Gaulois-e-s »  qui leur permet d’éviter de se voir comme Blanc-he-s. Leur permet de ne pas voir leur couleur de peau. Quand est ce que les Blancs/Blanches reconnaîtront et accepteront tout simplement qu’ils sont blancs/blanches ? Sinon de quelle couleur sont les Blancs/Blanches ? Neutre? Transparent? C’est vrai que lorsque l’on fait partie de la majorité de la population, il est difficile d’avoir des réflexions par rapport à ses positions puisqu’elles sont vues comme normales. Et puis surtout, il leur est plus facile de voir la couleur de peau des Racisé-e-s, de les catégoriser en fonction d’eux, la norme.

Une autre expression des victimes qui revient souvent dans l’essai: « issus de l’immigration », les «amis issus de l’immigration», « les familles issues de l’immigration ». On sait que cette expression vise explicitement les familles noires et arabes tout le long de l’essai et non les familles européennes, américaines ou asiatiques, on le sait. Mais pourtant tout le long du texte, il y a le placement de cette expression pour pas faire raciste, on ne va pas dire explicitement que ce sont des noires ou des arabes. Prenez pas de pincettes, n’ayez pas peur des mots, employez les.

Il y a aussi tout un vocable limite qui revient souvent parmi les enquêté-e-s : « la loi de la jungle », « la jungle » qui se passe de commentaire surtout lorsque l’on sait que ce vocable est associé à un lieu où habitent des personnes majoritairement d’origine africaine…

Tout au long de l’essai, censé être sur le racisme anti-blanc, certaines personnes enquêtées en dévoilant leurs expériences vécues de racisme anti-blanc associe ce « racisme»  avec le sujet de l’intolérance aux non-musulman-e-s. Personnellement, je ne vois pas en quoi cela est lié ou peut être lié au racisme anti-blanc. Cela ne vise pas une couleur de peau mais la non pratique d’une religion. De manière plus générale, c’est de l’ordre de la tolérance de certaines personnes (religieuse ou non) envers la religiosité ou non d’autres personnes. On peut appelle cela à la rigueur de la discrimination religieuse.

« Sale gwer », « Sale porc » : En quoi serait-il spécifique au racisme anti-blanc ? Puisqu’il ne vise pas la couleur de peau mais la religion (voire la pratique) ou la non religion d’une personne. D’ailleurs, ça n’a rien à voir avec le racisme tout courtSi je suis noire, arabe ou asiatique et qu’on me le dit, ai-je subie du racisme anti-blanc ? Ai-je subie du racisme? NON et NON! Que d’arguments pour déconstruire ce soi-disant « racisme »

A la page 29, un père musulman explique « le racisme anti-blanc dans la cité est en fait un racisme contre ceux qui n’appliquent pas à la lettre certaines obligations religieuses de l’islam ». ????? En quoi est-ce que cela a un rapport avec la couleur de peau ???? Bien heureusement, celui-ci se reprend juste après en désignant cela comme de « l’intolérance contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux ».

Sérieusement et LOGIQUEMENT, comment peut-on encore parler de racisme anti-blanc après cela ? En quoi cela peut constituer un racisme au même titre que l’arabophobie, la négrophobie ou encore l’asiaphobie ? Je ne vois pas. En sachant, que l’on vit en France dans un système de suprématie blanche (ou hégémonie blanche) avec une société majoritairement blanche.


Penser la blanchéité

Photo (prise par une amie- :) - en ma compagnie) d'une affiche dans le métro parisien avec insrit "White Power KKK" ("Pouvoir Blanc Klux Klux Klan")  le 4 août 2015
Photo (prise par une amie- Nana 🙂 – en ma compagnie) d’une affiche dans le métro parisien avec insrit dessus « White Power KKK » (« Pouvoir Blanc Klux Klux Klan ») le 4 août 2015

/!\ Petit topo vocable pour ceux qui pensent que c’est TROP abusé de parler de suprématie blanche ou d’hégémonie blanche en France. Ce qui est appelé suprématie blanche est la domination sociale, économique et politique des Blanc-he-s. Ce qui est le cas en France. Que ce soit dans le monde politique ou économique, le pouvoir est majoritairement détenu par des Blanc-he-s d’une certaine catégorie sociale. Mais même dans la sphère sociale, si on a les critères caucasiens (la NORME: peau blanche, cheveux lisses-accessoirement blond-e yeux bleus ahah-, culture française bourgeoise..), on a beaucoup plus de chances de s’insérer et de s’élever socialement et ainsi d’accéder aux hautes sphères de la société. Si vous logique et normalement constitué-e, vous voyez de fait que ce système exclut de fait un pan de la population française et plus durement et massivement les racisé-e-s. 

Mais alors qu’est-ce que c’est d’être Blanc-he ? Qu’est-ce que cela représente-t-il ? Pourquoi les Français-es Blanc-he-s refusent de se voir comme tel? Pourquoi la majorité blanche voit la couleur de peau des autres mais pas la leur ? Parce que justement, la blancheité fait partie de la majorité, fait partie d’un système et que celle-ci suppose un privilège que beaucoup ne veulent pas remettre en question.

Lors d’un témoignage dans l’essai, une victime a tout de même reconnu que la probabilité d’agression -verbale ou physique- est plus forte « si la couleur de la peau est plus blanche car il existe ce stéréotype du blanc riche ». L’agression est donc vue comme « une revanche sociale » dit un autre à la page 44. C’est dommage qu’ils n’aient pas creusé, ces stéréotypes et les causes de ces stéréotypes.

Ainsi, refusant de se voir en tant que Blanc-he, certain-e-s se disaient victimes « parce qu’ils avaient l’air plus faible »… La blancheur est synonyme de faiblesse ? LOL, depuis quand ? Surtout en France ? Ou peut-être est-ce parce que ces Blanc-he-s étaient minoritaires dans les milieux où ils ont subis ces agressions? Ou étaient-ils/elles en minorités lors des agressions ? Ce qui est logique, non ? Ils n’ont pas l’air plus faible à cause de leur couleur de peau mais parce que par rapport aux autres groupes raciaux, ils étaient minoritaires. Logique. C’est justement lorsque l’on se trouve en minorité raciale dans un espace où il y a échanges voire contact avec la majorité raciale que l’on a l’impact des problématiques raciales actuelles. Et que l’on se rend vraiment compte (si l’on veut bien ouvrir les yeux) à quel point les questions raciales sont encore (et toujours) d’actualité.

Les Blanc-he-s se retrouvant dans des milieux où ils sont des minorités par rapport aux personnes racisé-e-s, se rendent compte de l’impact de l’instauration d’un système occidental qui les privilégie. Ils se rendent compte de leur blancheur inconsciemment (ou pas d’ailleurs) et des conséquences que peuvent avoir le privilège blanc. Et c’est ce qu’ils/qu’elles appellent à tord le « racisme anti-blanc ». En effet, quand ces jeunes les attaquent physiquement ou moralement, en prononçant « Sale Blanc », « Sale Français », ils s’attaquent au symbole que renvoie la blancheur française. Le symbole du/de la Blanc-he riche exploitant les minorités racisé-e-s. L’image de la France vieille blanche colonisatrice, esclavagiste. France qui est d’ailleurs aujourd’hui toujours impérialiste et colonisatrice, ce qui apparemment ne semble pas choqué grand monde parmi la population française. Le Blanc et la Blanche dominant-e synonyme de canon de beauté (on a tou-te-s en tête l’image d’un-e blond-e, brun-e, yeux bleus, yeux verts). Synonyme d’éducation parce que oui, les racisé-e-s ne sont pas assez présent dans les manuels d’histoire et de géographie, surtout en ce qui concerne leur présence en France (parce que oui, on est pas là depuis les années 80 mais depuis des siècles). Synonyme de culture aussi parce que oui c’est très classe et français de faire de la danse classique, il existe même des écoles réputées spécialisé-e-s pour. Mais le rap, le hip hop ah non non, c’est la rue, c’est voyou! Blancheur comme synonyme d’un système d’oppression pour les minorités racisé-e-s, les renvoyant au système raciale colonisateur exploitant. Ce sont sur ces bases là (pour ne citer que ceux là…) que se font ces agressions dites « racistes anti-blanche ». Je dirais que ce sont des agressions qui vise en réalité à déconstruire le système du privilège blanc. Cependant, la manière est mauvaise, ce n’est pas en s’en prenant aux Blanc-he-s (surtout les minoritaires de quartier ou de banlieue, parfois dans les mêmes conditions sociales ou précaires que les racisé-e-s qui les violentent), en les insultant ou les agressant, que le système va changer. Je ne cautionne pas du tout la démarche.

Donc vous l’aurez compris, ce qui est appelé « racisme anti-blanc » n’est en réalité qu’une des conséquences du VRAI racisme et d’une tentative de déconstruction du système français en place.  On ne peut en AUCUN CAS le considérer comme étant un racisme.

Il s’agit d’un fait de social « délicat à aborder »  puisque récupérer « facilement par divers mouvements ». Mais peut-être aussi parce que cela obligerait que l’on pose les questions de blanchéité, de privilège blanc voire de suprématie (/hégémonie) blanche et de mettre en exergue l’ensemble des conséquences qu’ont eu les razzias négrières et la colonisation dans la société française. Et de là améliorer les avancés sur les questions raciales, commencer à briser le privilège de la blancheur et le système en place. Lorsqu’on voit les enjeux (qui peuvent accessoirement avoir des conséquences colossales), on peut comprendre qu’il y ait énormément de réticent-e-s…

En bref, pour celles et ceux qui sont encore réticent-e-s et non logiques. Les Blanc-he-s ne PEUVENT pas et ne pourront JAMAIS se mettre à la place des personnes racisé-e-s qui vivent réellement le racisme au quotidien. Le fait d’avoir une couleur de peau blanche permet de ne pas se soucier de la question raciale parce que VOUS faites partie de la majorité et que la blancheur est LA norme. Parce que le système dans lequel on se trouve permet beaucoup trop d’avantages et de privilèges aux personnes blanches. Puisque VOUS êtes Blanc-he-s lorsque vous êtes refusez à un poste, VOUS savez ce n’est  à cause de votre couleur de peau. Puisque vous êtes Blanc-he-s vous savez vous ne serez jamais contrôlé-e ou tué-e par la police à cause de votre couleur de peau. Puisque VOUS êtes Blanc-he-s vous savez que vous ne serez jamais suivi-e dans les magasins par des vigiles pour suspicion de vols. Puisque vous êtes Blanc-he-s, VOUS savez que vous n’avez pas à vous questionner sur le racisme systémique et institutionnel de l’Etat français (Les connaisseurs et connaisseuses savent à quel point ça fatigue, GROS BIG UP!). Puisque VOUS êtes Blanc-he-s vous aurez plus de facilité à monter dans les hautes sphères de la société et du pouvoir. Et si vous ne vous en rendiez pas compte, MAINTENANT VOUS LE SAVEZ. Et la liste peut continuer, et continuer…

Comme d’habitude, sur les questions raciales, la France est en retard. Aux USA, les étasunien-ne-s blanc-he-s combattant (VRAIMENT! Pas comme ici…) le racisme, ont tenté d’apporter des réflexions sur la question de la blanchéité, sur le privilège blanc, la suprématie blanche et des institutions racistes. Il existe même des filières universitaires étasuniennes sur la blanchéité, des cours, des ouvrages.

Si vous êtes intéressés sur ces questions, vous pouvez regarder gratuitement:

Whitewashed : Unmasking the World of Whiteness https://www.youtube.com/watch?v=9hiuBlyso0U : Il est tout en anglais, non sous-titré, mais il est compréhensible pour ceux qui ont un anglais oral basique. C’est de loin mon préféré puisqu’il est effectué sous forme de micro-trottoir donnant la parole à différent-e-s Blancs et Blanches d’une grande honnêteté en matière raciale, certain-e-s ont conscience de leur blancheur, d’autres non. Un extrait de témoignage : « I don’t have any trouble admitting that I’m a racist. I think it’s absurd to try to fight with that. I grew up in this society, I was conditioned by it, I think internally in my psyche I have grounded and rooted those attitudes and I see them all the time. » / «Je n’ai pas de problème à affirmer que je suis un raciste. Je trouve idiot d’essayer de le nier, j’ai grandi dans cette société, j’ai été formé (conditionné) par celle-ci, Je pense qu’à l’intérieur dans mon esprit j’ai forgé et enraciné ces attitudes et je les vois tout le temps ».

 

White Like Me : https://www.youtube.com/watch?v=ItiXR5m1yAY Aborde aussi la question de la blanchéité et du privilège blanc en anglais, sans sous-titre, mais là aussi le tout est compréhensible et très intéressant.

De plus, récemment MTV USA (faut ne pas rêver pour la France, hein !) a réalisé un documentaire White People que vous pouvez regarder ici : https://www.youtube.com/watch?v=_zjj1PmJcRM . Il aborde la question de la blanchéité auprès de jeunes adultes blanc-he-s. Il n’est pas aussi pertinent que les documentaires précédents (peut être parce que là le réalisateur était racisé ce qui n’a pas mis les Blanc-he-s en confiance pour bien parler honnêtement de leur blancheur) mais est intéressant pour un début de dialogue sur la blanchéité. Voici un article critique (en anglais, encore) résumant un point de vue sur ce documentaire: http://www.upworthy.com/mtv-decided-to-make-a-bunch-of-white-kids-talk-about-whiteness-and-it-may-have-helped-them.

J’espère que dorénavant les Blanc-he-s anti-racistes, qui disent vouloir nous aider, NOUS les Racisé-e-s, commenceront à réfléchir sur la Blanchéité et à dénoncer le système dominant blanc, le privilège blanc. Plutôt que de seulement dénoncer Nos discriminations vécues, Nos racismes vécus. Chose que l’on fait déjà très bien Nous-même.

Kel Lam.

Un mal tabou marginalisé et consenti ?

Tout le monde le sait pourtant, les produits transformant chimiquement la peau contiennent des substances extrêmement dangereuses pour la santé. Des composants tels que le glucocorticoïde, le mercure ou encore l’hydroquinone sont interdits par la loi française. Pourtant, il continue d’exister aujourd’hui des produits éclaircissants et blanchissants dans lequels il est encore possible de les trouver. De plus, en dépit de ces substances interdites, malgré la dangerosité de ces produits sur la peau, ceux-ci sont tout de même en circulation en France ainsi que dans toute l’Europe. Il s’agit d’un marché en pleine émergence. On ne trouve plus les produits éclaircissants que dans les petits magasins de quartier destinés largement au public racisé mais on le trouve maintenant en grande surface (Auchan par exemple pour ceux qui l’aurait remarqué). En effet, il s’agit d’un marché qui s’élève à des milliards d’euros. Et souvent, qui dit « €€€ » dit aucun intérêt pour le sujet et les effets (pervers) du produit proposé pourvu qu’il fructifie le chiffre d’affaire.

Alors pourquoi ne pas pour une fois s’intéresser au sujet et aux réelles problématiques que rengorge l’éclaircissement et le blanchiment de la peau ?

Fondamentalement, le but de ces pratiques est de transformer la peau. C’est-à-dire de modifier la peau originelle, dit « naturelle », dans le but que la peau n’ait plus son apparence primaire. La transformation de la peau peut être le fruit d’une transformation naturelle ou chimique. Par exemple, la transformation naturelle renvoie au bronzage dû au soleil. Alors que la transformation chimique renvoie aux séances UV en centre de bronzage. Je profite d’ailleurs ici pour attirer l’attention sur ce phénomène qu’est le bronzage. En effet, si pour les peaux mates et noires, les produits éclaircissants et blanchissants sont en pleine expansion, en ce qui concerne les peaux pâles, claires, blanches, ce sont les centres de bronzages qui ne cessent de se multipliés. Ce qui peut paraître paradoxal et en contradiction (notamment avec cette idée d’une norme blanche sociale). Sauf que le marché florissant du bronzage n’a pas du tout les mêmes aspects que l’éclaircissement ou le blanchiment de la peau. Le bronzage est un synonyme de loisir, un synonyme de l’appartenance à une « société de loisirs », de privilège. Il réside alors une aspiration à l’appartenance à une élite sociale. Alors que pour certains il s’agit d’une mode, pour d’autres il s’agit d’un mode de vie qui fait partie de leur routine bien-être. Bronzer est alors synonyme de beauté. Malgré quelques similitudes, on peut ne donc pas réellement mettre le bronzage sur le même plan que le blanchiment ou l’éclaircissement.

Il convient tout d’abord de mettre en lumière que même si les femmes sont souvent les premières visées dans l’utilisation de ces produits, les hommes aussi les utilisent. Essentiellement, des produits éclaircissants. Une enquête sociologique avait été effectuée par Emeriau Céline auprès des vendeurs mais aussi des acheteurs montrant que les hommes aussi utilisent les produits éclaircissants. De plus, un chercheur congolais M’Bemba Ndoumba Gaston avait démontré à partir de plusieurs enquêtes, qu’au Congo les hommes utilisaient autant de produits éclaircissants et blanchissants que les femmes. Il faut aussi impérativement distinguer l’éclaircissement du blanchiment. Nombreux sont ceux qui confondent ces deux termes alors qu’ils ne renferment pas les mêmes affinités.

L’éclaircissement est le fait de s’éclaircir la peau sans pour autant viser la teinte la plus claire possible. La personne de couleur mate ou noire ne le fait pas pour être blanc ou blanche. Des préjugés sociaux autour de ces personnes circulent souvent sur le fait que ce soient des personnes déracinés ou honteuses de leur cultures. Mais non, souvent ce sont au contraire des personnes qui revendiquent leur culture ou leur attachement à celle-ci. La pratique de l’éclaircissement est en réalité un révélateur du colorisme ambiant régnant au sein de chaque groupe racial mat ou noir mais aussi à l’échelle de la société. Il réside toujours une préférence (collective-implicite ou non) quel que soit le groupe racial d’appartenance pour la teinte la plus claire. Ici, par exemple le Noir qui souhaitera s’éclaircir la peau n’aura pas pour exemple un Blanc mais un Métisse ou un Noir plus clair que lui. Les fantasmes pour celui-ci se tourneront sur les peaux de John Legend, Michael Ealy ou encore Terrence J. Il y résidera alors chez certains une constante comparaison maladive. On retrouve d’ailleurs cette idée chez Fanon, de cette constante comparaison destructrice entre les Noir-e-s, ceux qui ne pouvaient pas s’imaginer comme étant l’égal des Blancs, ceux-ci étant la norme. Ainsi, dans le but alors de se sentir plus désiré-e, plus belle/beau ou mieux accepté-e, la personne en question optera pour l’éclaircissement de la peau. Et cela marche (malheureusement ou pas, d’ailleurs !). Lorsque la plupart des femmes (celles qui ont témoignés dans les enquêtes d’Emeriau) s’éclaircissent la peau, elles sont mieux vues, beaucoup plus complimentées. La vie leur semble plus facile dans la globalité. De même, les hommes (quel que soit le type de couleur de peau) sont beaucoup plus attirés par celles-ci. Un homme qui s’éclaircissait la peau avait d’ailleurs témoigné dans le livre d’Emeriau  qu’il se sentait plus beau, propre et apte à draguer (ce parallèle peut être fait avec le témoignage recueilli par M’Bembe N’doumba Gaston d’un homme noir s’éclaircissant la peau). Par ailleurs, il faut souligner que l’utilisation de produits éclaircissants s’utilise chez certain-e-s à des fins dermatologiques à cause du manque de connaissance (ou la non prise en compte ?) de dermatologues spécialisés pour les peaux mates ou noires. Ces peaux étant généralement stigmatisées comme des peaux à problèmes, grasses, les bons produits adaptés réellement à leurs peaux. Par conséquent, lorsque vous avez un teint mat ou noir, que vous vous rendez directement dans un parashop ou dans une pharmacie ou parapharmacie et que vous demandez des propositions de soins pour votre peau à cause de quelques boutons ou tâches, on vous dirigera vers des produits alliant éclaircissement et matification. Pourtant aujourd’hui, certains instituts sont spécialement conçus pour les peaux/cheveux mates et noires. De même, certains produits sont censées résoudre les problèmes dermatologiques rencontrés par les peaux mates et noires).Ces produits n’étant pas à la portée de tout le monde financièrement, il sera plus facile pour d’autres de se diriger directement à la petite boutique du quartier vendant massivement des produits éclaircissants promettant des résultats rapide avec à la clé une peau claire et matifiée.

Le blanchiment est une méthode radicale. Au sens où il réside une volonté d’employer une méthode total, efficace avec des moyens d’actions forts qui s’attaquent à l’essence profonde, à la racine même, ici la noirceur, la mélanine. Ce pigment à l’origine de la couleur foncée se voit évincer au profit de l’imposition d’une couleur blanche artificielle. Le blanchiment de la peau n’est pas pratiqué sur la base d’une comparaison au sein d’un groupe racial mais dans le but de l’atteinte d’une norme racial explicite : le/la Blanc-he. Cette pratique permet de se distanciée totalement de la couleur noire et du poids socio-historique lié à cette couleur de peau. La couleur noire agissant comme un marqueur physique, elle sert à effectuer une discrimination raciale de fait. Il s’agit alors d’une pratique qui touche majoritairement les Noir-e-s. Le blanchiment de la peau n’est pas forcément pour couper avec ses racines africaines ou renier sa culture africaine. C’est surtout dans le but de s’évader, de se détacher des stéréotypes racistes qui entourent la couleur noire. Certains Noir-e-s sont alors esclave de leur couleur de peau, n’ayant pas les possibilités d’affirmer leur négritude ou de rester eux-mêmes tout en faisant face au racisme ambiant. Ils ont alors tranchés en utilisant le «sérum de dénigrification».

Avec le blanchiment de la peau, on a une multitude de discours véhiculé. On a d’abord le discours esthétique avec l’idée de la primauté de la beauté caucasienne occidentale, le discours social avec l’idée du privilège blanc qui réside au sein d’une société mais aussi un certain discours identitaire puisqu’il y a ici une identification explicite aux Blanc-hes. Le blanchiment de la peau les permet d’être mieux perçus dans l’ensemble de la société. Mais aussi d’être mieux perçus par eux/elles-mêmes. La pratique permet alors d’atteindre une réelle libération.

Le blanchiment et l’éclaircissement sont des manières d’éradiquer un mal être, un sentiment d’infériorité. C’est un moyen de faire face à l’exclusion, de pouvoir se conformer à la norme et pouvoir faire partir ou du moins de répondre à des critères imposant un idéal caucasien. Il s’agit pour les individus pratiquant ces méthodes de transformation chimique corporelle d’aborder une nouvelle vie où ils/elles sont plus visibles (socialement et esthétiquement), plus complimenté-e-s et plus apprécié-e-s. Cela agit alors comme une drogue. Cela crée une dépendance, une addiction. Ces individus ont ensuite du mal à se débarrasser de ces différents produits.

Celles/ceux qui se blanchissent/éclaircissent la peau ont-ils tort ?

Non, le réel problème émane de la société. Véhiculant la primauté d’une certaine teinte de peau en marginalisant, celle-ci contribue fortement à ce mal généralisé. Elle oppresse et néglige une catégorie d’individus en lui imposant un idéal qui ne pourra jamais lui convenir. Elle consent à ce mal en laissant le racisme ambiant se propager avec toujours plus de vigueur. Ainsi, on peut se poser la question de savoir si  les produits de transformation corporelle chimique listés comme dangereux  ne l’étaient pas, ne saurions-nous pas majoritairement à peaux claires dans ces sociétés occidentales? Ceux qui refusent d’utiliser ces produits d’éclaircissement et de blanchiment ne seront pas en fin de compte des résistant-e-s au système? Au même titre aujourd’hui avec que le port du cheveu crépu (surtout porté en afro) qui est (malgré lui) un acte militant.

Au final, ceux qui se blanchissent et s’éclaircissent la peau n’essayerait-ils pas seulement de se conforter à la règle ? Cette règle qui impose une affirmation de la suprématie du privilège sociale, économique et esthétique du/de la caucasien-e. On remarque d’ailleurs que cela agit sous différents formes chez tous les peuples anciennement colonisés ainsi que leurs descendants. Par exemple, en Asie du Sud-Est, nombre sont ceux (surtout des acteurs et actrices de Dramas coréen, japonais ou encore des stars de K-pop) qui réalisent des interventions chirurgicales (étirement des yeux, allongement du nez, gonflement des lèvres voire des pectoraux…) afin de se rapprocher de l’idéal caucasien. On peut aussi prendre l’exemple de l’éclaircissement et du blanchissement de la peau en pleine expansion en Asie Occidentale ou encore au Maghreb. Partout, l’on tente de se conformer à cette règle inatteignable.

Au lieu de sans cesse stigmatisé ces pratiquant-e-s en les pointant du doigt, en les dénigrant ne devrions pas justement les comprendre ? Comprendre le passage à l’acte ? En identifier les raisons ? Et aussi peut-être qu’au lieu de ne lutter seulement contre l’éclaircissement et/ou le blanchiment de la peau et de se concentrer seulement sur les sociétés productrices de ces produits, il ne serait pas plus judicieux de lutter contre le diktat caucasien globalement imposé ?

A quand une réelle prise en charge des pratiquant-e-s de ces produits et qui souffrent ? A quand réel suivi psychologique ? Une norme (globale) sociale, économique et esthétique qui serait ENFIN pluri-identitaire, pluriethnique et pluriculturelle ?

Le marché autour des produits éclaircissants et blanchissants étant plus florissant que jamais, il est vrai que l’on peut douter d’un éventuel changement. L’environnement global est prédestiné a encouragé ce mal et à le maintenir au sein de la société comme un secret tabou et silencieusement accepté. Au contraire, il serait plus que temps d’en discuter ouvertement et sans honte (surtout de la part des pratiquant-e-s puisqu’il n’y a pas lieu d’en avoir) si l’on veut qu’un changement aboutisse.

Sources utilisées :

Le site du Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine, l’onglet Connaître le bronzage en cabine : http://www.snpbc.org/marche-du-bronzage-en-cabine/

M’Bemba-Ndoumba, Gaston. — Ces Noirs qui se blanchissent la peau. La pratique du « maquillage » chez les Congolais : un résumé de son essai sur la question ici : https://etudesafricaines.revues.org/6088

FANON Frantz, Œuvres, Peaux Noires, Masques Blancs, Collection Cahier. Dans le chapitre 5, l’expérience vécue d’un Noir où la notion de « sérum de dénégrification » est abordée.

EMERIAU Céline, S’éclaircir pour faire « peau neuve », Une pratique entre santé et identité, PUN, Editions universitaire de Lorraine : pour tout ce qui concerne les enquêtes, recherches sur les personnes utilisant les produits éclaircissants et blanchissants.

Kel lam.

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